Prospective : se projeter dans l’avenir

Définition de prospective que je ne connaissais pas. La prospective c’est se projeter dans l’avenir. Plus exactement c’est trouver l’avenir attirant parce que l’on y a créé un projet motivant, que l’on sait pouvoir mener à bien.

L’avenir ne se prévoit pas, il se prépare. (Maurice Blondel)

Notre période manque singulièrement de prospective : on n’y parle que fondamentalisme ou (néo)conservatisme, retour vers les valeurs du passé ou à la nature… Aurions-nous un problème avec l’avenir ?
Compléments :
  • L’article : RICHOU, Saphia, BERTIN, Evelyne, Prospective et Psychanalyse : des espaces de transition pour bâtir le futur. Colloque « Prospective et Entreprise », Paris, 6 décembre 2007.
  • Une version de la transformation d’identité de Maslow ?

La pensée solidariste

AUDIER, Serge, La pensée solidariste, PUF, 2010. Le solidarisme a été un courant majeur de la pensée française du tournant 19ème / 20ème. Il est à la fois scientifique (sociologie), philosophique et politique. Il est associé au radical-socialisme et au protestantisme. Il légitimera les premières lois d’assistance sociale de notre pays.
Le débat qu’il induit apparaît étonnamment moderne. Il attaque frontalement le libéralisme, et celui-ci déploie exactement les mêmes arguments qu’aujourd’hui. Or ils étaient bien plus clairement exprimés alors que maintenant :
Les libéraux expliquent qu’il existe des lois naturelles auxquelles il ne faut pas toucher, puisqu’elles garantissent que l’homme ne peut asservir l’homme (c’est la définition originale de libéralisme). Parmi ces lois, il y a le contrat. L’État doit en assurer le respect, c’est tout son travail.
Léon Bourgeois, homme politique majeur et champion du solidarisme, prend l’argument à contre. Il montre que l’homme doit tout à la société, à la fois ses maux (épidémies) et ce qui lui est essentiel. Par conséquent, en naissant l’homme hérite d’une dette envers elle. Qui dit dette dit contrat. On est ramené au cas, libéral, précédent.
Conséquence ? Il faut socialiser les risques sociaux par mutualisation. La richesse étant vue comme un effet heureux (injuste) de l’héritage collectif, plutôt que comme le résultat unique de son effort personnel, chaque associé contribue à cette assurance en fonction de sa (bonne) fortune.
Mise en œuvre ? Bourgeois paraît hostile à l’État et favorable à une forme d’autoassurance (mutuelle). Une solution qui semble difficile à réaliser. Finalement c’est l’Etat qui a joué le rôle d’assureur, l’impôt (progressif) étant la contribution de chacun.
Il existe d’autres nuances de cette doctrine. Notamment celle, plus humaine, morale, moins calculatrice et mécanique, de Charles Gide, protestant promoteur de la coopérative et de l’économie sociale. Mais, elles semblent toutes vouloir faire une synthèse entre libéralisme et socialisme. Elles affirment que la société est la condition de la réelle liberté individuelle. Car, un homme qui doit se prostituer pour vivre, ne peut pas être libre. Surtout, l’individu ne naît pas fini. Il a besoin de la société pour se développer et donner son plein potentiel.
Il n’est donc pas uniquement question d’assurance sociale. Il faut aussi s’assurer que la société fournit à l’homme ce dont il a besoin pour se développer harmonieusement (l’école), et apprendre à jouer son rôle d’associé (altruisme), et qu’elle transmet plus aux générations suivantes qu’elle n’a reçu.
Par ailleurs ce débat fait surgir les raisons de ce dont on ne perçoit plus aujourd’hui que les conséquences. Par exemple, le libéral prône la charité (ONG, Téléthon…), le solidariste lui répond justice. Car la charité est le fait de l’individu, et la justice est de la responsabilité de la société, elle sous-entend l’État.
On y parle aussi de « mondialisation » : le progrès de la mondialisation est celui de l’interdépendance de la race humaine, donc du solidarisme ! Et de ce que l’on appelle maintenant « dumping social » : ce n’est pas une fatalité, il faut construire une entente internationale pour faire respecter les mêmes lois partout. Puisque le contrat qui lie les hommes est désormais mondial !  

Commentaire :
Curieusement, à l’époque le libéral n’était pas anglais, mais français. Les Solidaristes voyaient l’Angleterre comme un modèle pour la France. Raison ? Le solidarisme a été (aussi ou surtout ?) une réaction aux méfaits du libéralisme (les promoteurs du solidarisme arguent de son échec manifeste). Peut-être était-ce les avancées du libéralisme anglais qui avaient suscité ceux de son solidarisme ?
Dans un sens ce livre est un massacre du libéralisme. Tous les arguments de ce dernier y sont balayés de manière magistrale. Comment le libéralisme a-t-il pu renaître, sans que cette contre-argumentation ne soit, au moins, agitée ?
Certes, il n’a pas présenté ses fondations aussi clairement. Il les a noyées dans les théories des économistes et des universitaires du management. Il a aussi utilisé une forme de propagande en associant ce que la société considère comme le bien, avec ce qui lui est avantageux. Mais ces fondations demeuraient visibles.
Défaut majeur dans la cuirasse du solidarisme ? Nous n’héritons pas autant qu’il serait souhaitable de nos parents ? Nous avons besoin de commettre leurs erreurs pour apprendre ce qu’ils savaient ? Et leçon pour le libéralisme : s’il veut prospérer il doit liquider l’éducation ? Le libéralisme n’est pas compatible avec la raison ?…
Compléments :
  • Le solidarisme me semble proche de la thèse de John Stuart Mill. (Et de Maslow !)

France anglo-saxonne

Il y a peu, je cherchais à me renseigner sur Nick Klegg, lorsque je suis tombé sur cette citation :

I believe every single person is extraordinary. The tragedy is that we have a society where too many people never get to fulfil that extraordinary potential. My view – the liberal view – is that government’s job is to help them to do it. Not to tell people how to live their lives. But to make their choices possible, to release their potential, no matter who they are. The way to do that is to take power away from those who hoard it. To challenge vested interests. To break down privilege. To clear out the bottlenecks in our society that block opportunity and block progress. And so give everyone a chance to live the life they want.

Cette opinion est aussi celle de J.S.Mill, de la pyramide d’Abraham Maslow, et, plus curieusement, l’avenir de la France selon Alain Ehrenberg. Allons-nous devenir des Anglo-saxons ?
Je crois qu’effectivement nous devons prendre notre sort en main, et qu’un rôle de la société est de nous y aider. Mais la société ce n’est pas que cela, c’est aussi un réceptacle de savoir-faire, un « capital » social, une « organisation » qui coordonne notre comportement collectif et nous permet de changer sans nous en rendre compte. Tout ceci est indépendant des individus qui la composent. 

Service gratuit

Depuis longtemps je me demande pourquoi les services sont comptés dans le PIB. Beaucoup de « services payants », ne sont-ils pas des services que la société fournissait gratuitement jusque-là ? Maslow ne disait-il pas que l’amitié était la psychanalyse de l’homme bien portant ? Si l’on paie pour la psychanalyse va-t-on payer pour l’amitié ? Création de « valeur » illusoire ?
Je viens d’avoir l’idée suivante. Au fond ce que paie la société, c’est la spécialisation, la professionnalisation. C’est pour que des gens deviennent des amis spécialisés qu’il faut les payer pour qu’ils n’aient pas l’obligation de faire autre chose pour vivre (donc d’être des amis amateurs). L’innovation c’est cela : une spécialisation reconnue par la société. 
Ce qui semble aller dans la direction de l’idée d’Adam Smith selon laquelle la « la division du travail est limitée par l’étendue du marché » : pour maximiser la richesse du monde, il faut éliminer les barrières à l’échange, ainsi chacun pourra se concentrer sur son talent, et laisser le reste à d’autres, plus doués. C’est la justification de la globalisation.
Compléments :

Identité nationale

Pourquoi n’ai-je rien écrit sur « l’identité nationale » ? Pourtant l’identité et la nation sont des thèmes qui reviennent régulièrement dans ce blog ?

Une émission de RFI me fait m’interroger. Si j’ai bien compris, les préfets organisent des débats qui visent à définir ce qu’est être français. D’ordinaire j’aime les débats : entendre des idées diverses permet de former les siennes sans effort. Mais là il ne se passait rien. Des monologues sans intérêt et des gens qui parlaient de manipulation.

Pour les psychologues, l’identité est la façon dont nous nous voyons. Ce n’est pas ce que nous sommes. Que disons-nous de nous ? Petit pays, en déclin et vieillissement accélérés, pauvre, mal géré, endetté, intolérant, haineux, ridicule, arrogant, sans aucun poids international et encore moins un quelconque prestige. Même notre histoire et notre culture, dont nous fûmes fiers, sont maintenant tournés en dérision par nous-mêmes, dénoncés comme totalitaires, colonialistes et honteux.

On dit que ce débat est voulu de manière négative, afin de définir ce qui n’est pas français… Mais si les minorités cherchent de plus en plus à affirmer leur identité de minorité, n’est-ce pas justement parce que ce qui est perçu comme notre « identité » n’a plus rien d’attirant ?

L’identité joue un rôle déterminant dans la conduite du changement. En fait, un changement c’est une transformation de l’identité d’une organisation. Or l’identité humaine est en grande partie un construit social, et la « réalisation » de son identité et le moteur le plus fort que puisse connaître l’homme (cf. Maslow). En transformant l’identité du groupe, le changement fait que ses membres se voient « mieux » que ce qu’ils croyaient être. Chester Barnard, d’ailleurs, définit le « leader » comme celui qui est capable de transformer l’identité d’une organisation.

Tout cela me fait conclure que ce qui ne va pas dans le projet du gouvernement c’est de nous interroger sur notre « identité », que nous jugeons coupable. Il devrait plutôt nous aider à construire l’identité que nous méritons. Au lieu de remuer les eaux salles, il ferait mieux de jouer les éclaireurs. Nous avons besoin de « lumières », comme l’on disait au 18ème siècle.

Compléments

  • J’en étais là dans mes pensées quand j’ai trouvé un article de The Economist, qui semblait m’approuver. Selon lui, le progrès (une autre idée des Lumières) c’est se fixer des idéaux et chercher à les atteindre. Si nous doutons du bien fondé de ce que nous appelons progrès, c’est qu’il correspond à des idéaux usés. Il faut les réinventer et le progrès redeviendra séduisant. Onwards and upwards.

Contrôler le banquier

Depuis la crise, les économistes se demandent comment maîtriser les banquiers. Nouvelle tentative :

  • Problème : le système de motivation des contrôleurs les encourage à ne rien contrôler, d’ailleurs leurs contacts fréquents avec les contrôlés leur fait partager leur point de vue.
  • Solution : un système de contrôle supranational, si possible une banque centrale.

Réflexion :

  • Une banque centrale a une structure hiérarchique ce qui donne un pouvoir disproportionné à un homme seul. Or l’erreur est humaine…
  • Toutes les crises aux USA viennent de ce que le pays croit en même temps au père Noël. Dégager le contrôleur de la culture nationale est sûrement une bonne idée. Mais évidemment pas applicable à l’Amérique (d’ailleurs la suggestion est faite pour l’Europe). Pourquoi ne pas créer une force de contrôle sur le modèle de la police ? Les policiers sont mal payés, mais ils ne deviennent généralement pas des voleurs, et ils les attrapent. Maslow observe que l’argent motive peu, et mal. Ce qui motive ultimement c’est « l’auto réalisation », l’éclosion de son identité. Or, cette identité est surtout sociale. Donc si la lutte contre le crime financier est une vertu nationale, s’il existe un organisme qui porte cette mission, il recrutera une élite efficace, motivée et incorruptible.

Culturellement impossible ? Seul moyen de contrôler la finance américaine c’est une crise si terrible qu’elle modifie sa culture, ou un affaiblissement tel du pays qu’il ne pose plus de risques ?

Compléments :

Changement et pensée chinoise

Correspondances entre l’ancienne pensée chinoise et mes réflexions du moment :

  • J’écrivais dans un livre que ce qui cause les échecs du changement est que l’intuition du dirigeant est trompée par la complexité de l’organisation (implicitement il la croit « hiérarchique », « linéaire »). Pour faire bouger une organisation sans s’épuiser, il faut beaucoup s’entraîner pour que prendre des décisions efficaces devienne une seconde nature. C’est probablement la même chose pour le navigateur qui joue avec les dépressions pour aller le plus vite possible. Beaucoup de choses me paraissent « évidentes » alors qu’elles ne le sont pas à d’autres. Par contre, je me demande s’il ne faut pas désapprendre pour réapprendre. Il y a une foule de techniques qui allaient de soi dans ma jeunesse, que j’ai oubliées. Le fait de les expliquer a gommé mes réflexes. Et il faut que j’apprenne ce que je savais.
  • Le Confucianisme insiste pour donner à chacun sa place. Je crois que dans une entreprise un peu grande, ce qui fait le dysfonctionnement est que chacun n’est pas où il devrait être. Une fois que tous sont à « leur » place, l’organisation fonctionne, elle devient « intelligente » : non seulement elle résout ce qui jusque-là la bloquait de manière franchement irritante, mais elle va infiniment au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer, je suis devenu inutile. En quelque sorte, il y a une disposition des membres de l’entreprise et de la définition de leur fonction, qui représentent une forme d’optimalité : les dysfonctionnements disparaissent et l’ensemble se met à savoir résoudre « naturellement » les aléas qu’il rencontre ( à les utiliser pour se « réinventer » ?). D’après Confucius quand l’édifice est bien en place, il est indestructible, et son « souverain » le fait évoluer sans effort (non agir).
  • Chaque chose doit avoir son nom, insiste Confucius, qui déclenche l’action adaptée. Ce n’est pas très clair pour moi. Cependant, j’opère une sorte de classification des gens et de ce à quoi ils me semblent exceptionnellement bons. Il me faut peu de temps pour attribuer un talent particulier à quelqu’un, et en parler de manière convaincue. Généralement mes recommandations sont bonnes : les gens ont l’effet que j’avais prévu, ou, plus exactement, sont adaptés à la tâche pour laquelle ils me semblaient faits. Il y a des exceptions, mais, souvent, une modification mineure de posologie permet de corriger de manière satisfaisante la prescription.
  • Et l’abandon de l’égo ? Vouloir transformer une organisation c’est « vouloir » quelque chose. Mais, au fond, ce que je veux c’est que l’organisation devienne ce qu’il me semble qu’elle mérite de devenir, qu’elle se « réalise » comme dit Maslow. Peut-être que c’est un genre d’abandon d’égo ? C’est faire passer l’organisation avant soi ? Et si l’égo, la volonté bornée, irrationnelle, de domination, était l’énergie nécessaire au mécanisme d’apprentissage, qui est aveugle ? Il faut se battre contre les événements pour en intérioriser les règles ? Mais une fois que l’on a appris, il n’y a plus besoin d’égo ? Je dois avoir 0 en Taoïsme.

J’ai tout de même un différend avec ce que j’ai compris de Confucius. L’optimum confucianiste repose sur une hypothèse qui n’est peut-être pas juste. Cette hypothèse est que l’homme partage avec la nature un principe qui lui permet de « non agir » sur elle. Il me semble que ceci n’est vrai qu’approximativement :

  1. l’homme sera toujours dépassé par la complexité du monde, il ne pourra jamais qu’absorber une sous-partie de ses règles ;
  2. il existe des moments de « chaos », où rien ne va plus et où les règles qui lui étaient une seconde nature ont dépassé leur date de péremption.

Motivation de Maslow

Un article d’Annie Kahn illustre la théorie sur la motivation humaine, de Maslow :

  • L’article commence mal, il reprend la thèse anglo-saxonne, selon laquelle la France, du fait de ses rigidités, sortira après tout le monde de la crise (ou, comme d’habitude, au moment de la prochaine crise ?). De manière inattendue, il conclut qu’il n’y a rien de certain « « La France passe son temps à nous étonner », ajoute le professeur Garelli. »
  • Maslow dit que le sommet de la motivation humaine est « l’auto-réalisation », la transformation de son identité en ce qu’elle doit être. Or, l’identité de l’homme est liée à celle du groupe auquel il appartient. Au début de l’article, ma nationalité était un fardeau ; à la fin, j’aurais presque pu dire que j’étais français, à l’étranger.

Voilà un truc pour dirigeant : rendez vos employés fiers de leur entreprise, ils feront des miracles.

Compléments :

  • La nécessité pour l’homme de réalisation sociale : A lire absolument.
  • MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.

Du citoyen

Discussion avec Marc Rousset, qui publie un nouveau livre sur l’Europe. Il oppose citoyen et droits de l’homme. Curieux.

  1. J’ai un intérêt professionnel pour Platon, Rousseau, Kant et la pensée chinoise. Mon métier consiste à faire tenir ensemble des « organisations », des entreprises. Eux ont voulu maintenir au mieux de sa forme la société qui leur semblait idéale. A une échelle plus grande, ils parlent de mon sujet. Et je reconnais mon expérience dans ce qu’ils disent. Or, ils soulèvent un paradoxe : ils ne parlent pas de droits de l’homme, mais de « devoirs », de morale. C’est probablement cela être un citoyen. Trouver ces devoirs est le but de la philosophie pour Platon, de la raison pour Rousseau et Kant. Pour ces derniers le droit de l’homme est celui de ne pas subir le diktat arbitraire d’un autre homme. C’est en faisant ce qu’il doit que ce droit ultime est respecté.
  2. Et les droits de l’homme ? Il est possible qu’ils aient été initialement les « devoirs » de la société. Peut-être, comme la pyramide de Maslow, disaient-ils à la société ce qu’elle doit apporter à l’homme ? Mais est-ce, pour autant, qu’ils pouvaient être revendiqués pas l’individu pour son compte propre ? Les droits ne seraient devenus un dû que récemment. Influence anglo-saxonne ? La vision du monde anglo-saxonne semble construite sur celle du marchand. Ce qui donne un univers d’individus isolés dont le comportement est encadré par quelques lois explicites. En dehors, tout est permis. Quant aux « droits de l’homme » ils s’expliquent probablement ainsi : la dictature du marché globalisé n’ayant pas encore fait le bonheur mondial, il faut, en attendant, protéger l’homme de la main haïssable de la société. Tout ce qui bride les désirs immédiats de l’individu est inacceptable. Exemples :

  • L’épisode du « foulard islamique » montre que la France demeure dangereuse, imprévisible, et rétrograde. L’argument de l’état laïc est incompréhensible.
  • Toutes les opinions sont bonnes à exprimer, y compris celles des révisionnistes.
  • Dans le modèle citoyen, l’immigrant est accepté parce qu’il se reconnaît dans les valeurs du pays, c’est une sorte de membre de la diaspora qui rejoindrait la terre promise. Il devient citoyen. Dans le modèle anglo-saxon, l’homme a le droit d’aller où il veut, il appartient au monde. D’ailleurs l’immigration est économiquement favorable puisqu’elle augmente la taille du marché, et, par la concurrence qu’elle introduit, elle abaisse le coût de main d’œuvre (logique du marchand).

Il n’y a certainement pas que les Ango-saxons (têtes de Turc commodes) qui soient impliqués dans l’affaire. Tous les individualismes ot dû se prêter main forte, qu’ils aient eu envie de faire du commerce ou non.

Compléments :

  • Sur la vision anglo-saxonne du monde : CROZIER, Michel, Le mal américain, Fayard, 1981 ; HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.
  • MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.
  • Sur la Chine traditionnelle et le changement : Le discours de la Tortue.

Maslow et les droits de l’homme

Ce matin RFI parle des droits de l’homme à Cuba. On y trouve des détenus politiques. Un Cubain interrogé répond qu’au moins les gens ne souffrent pas de faim. Ce qui n’est pas le cas d’un milliard de personnes dans le monde. Et leurs droits ?

Argument qui ne dédouane pas Cuba, mais qui m’a fait réfléchir. Les rebonds de l’histoire sont bizarres. Aujourd’hui notre monde capitaliste est vu comme le berceau des droits de l’homme. Or, c’est en réaction aux excès capitalistes, à la déchéance de ses victimes, qu’a été créé le communisme. Et on oublie que les idées socialistes ont massivement influencé notre société occidentale. Un proto communiste est donc légitimement surpris d’être accusé d’enfreindre les droits de l’homme.

C’est vrai aussi que ne pas crever de faim paraît un droit fondamental. Ce qui me remémore Maslow. Pour lui la construction de l’homme se fait par saturation successive de besoins. Notamment, il faut le nourrir, lui donner de l’amour, et confiance en soi. Ensuite, il s’auto-réalise, il devient ce qu’il doit être. Tout cela est apporté par la société.

Du coup, une société qui fait de l’homme un produit que le « marché du travail » échange est attentatoire à ses droits : elle casse le tissu social qui est nécessaire à sa constitution. Il en est probablement de même d’un licenciement non préparé. L’idéologie anglo-saxonne (ou du moins celle d’une élite dirigeante), qui croit que l’homme est seul, que la notion de « société » est vide de sens, est donc, plus généralement, attentatoire aux droits de l’homme. Bien sûr, l’idéologie totalitaire, qui nie l’individu, n’a pas de leçons à lui donner.

La bonne solution, si elle existe, est probablement entre les deux. Peut-être d’ailleurs qu’elle a à voir avec notre capacité au changement. Le droit de l’homme c’est ne pas être soumis à des changements pour lesquels il n’a pas été fait ? Si changement brutal il y a, ils doivent être assumés par la société ?

MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.
Origines de cette reflexion : Bernard Kouchner et les droits de l’homme.