Histoire de l’Angleterre

MARX, Roland, Histoire de la Grande Bretagne, éditions Perrin, 2004.
Ce livre me fait croire que les caractéristiques de la perfide Albion sont apparues par étapes :
Les souverains normands et leurs successeurs pensaient accroître leurs terres en conquérant l’Angleterre. Or, ils perdent leur place dans cette chasse. Le roi de France leur prend leurs possessions françaises. Ils veulent les retrouver. Les intérêts économiques de la bourgeoisie rejoignent les leurs. Pendant 5 siècles l’Angleterre a le regard tourné vers la France.
Déboutée, elle ne cherchera plus à conquérir le continent, mais à y entretenir le chaos. Son échec explique peut-être la haine, toujours vivace, de l’Anglais pour le Français. Et le fait qu’il se sente si bien chez nous. (Faut-il aussi mettre le faible pouvoir de la royauté anglo-saxonne au compte de son peu d’intérêt pour son île ?)
De ce fait se forme un sentiment national précoce.
Cette nation se divise en deux classes. D’un côté les hommes libres, de l’autre ceux qui ne le sont pas. Dès cette époque, la classe supérieure est relativement ouverte, large, pragmatique et démocratique. Ce qui assurera sa survie jusqu’à nos jours. Ainsi que la pérennité d’un étonnant niveau d’inégalité sociale.
Avec Henri VIII et Elisabeth, le pouvoir royal est pragmatique. A tort ou à raison, le comportement du souverain anglais me rappelle celui d’un dirigeant d’entreprise, non celui de Louis XIV. Il est préoccupé d’intérêts concrets, plus que de gloire ou d’épate ; son pouvoir tient à sa capacité à s’entendre avec la classe supérieure.
Mais les souverains suivants ont la tentation de l’absolutisme continental et du catholicisme, qui va avec. Ce sera la révolution. L’individualisme (de la classe supérieure) vainc. En 1688, il s’est débarrassé du pouvoir royal et de l’église. Son triomphe est celui de l’innovation. D’où évolution explosive qui va l’amener au sommet du monde, vers 1815.
La doctrine libérale s’impose peu après. Initialement, elle paraît favorable aux intérêts anglais. Mais, à partir de 1870, l’économie a vieilli et perdu de son mordant, le reste du monde l’a dépassée et la submerge de sa production.
Entre les deux guerres l’Angleterre fait l’erreur de se tromper d’ennemi : elle le croit français, et aide efficacement l’Allemagne à préparer la guerre. Économiquement, elle devient protectionniste, dirigiste et de plus en plus collectiviste, après guerre. Mais, sa situation, qui s’était redressée, est victime de la crise des années 70. Ce sont alors les réformes Thatcher qui seront poursuivies par Tony Blair, qui veut en corriger les effets pervers pour l’homme.
Le livre s’arrête en pleine euphorie. Cependant, les germes de la situation actuelle sont déjà présents : le succès libéral a tenu à du non répétable. Vente d’entreprises publiques, pétrole de la mer du Nord, politique du laisser faire qui conduit à la disparition d’un tissu économique vieillissant qui n’est pas remplacé… Et, si j’en crois The Economist, développement d’un secteur financier qui doit moins à la compétence nationale qu’à un opportunisme un rien parasitaire, et distribution par les travaillistes d’une richesse nationale qui n’était que spéculative.
L’intégration européenne arrive en deux temps. Dans l’immédiat après guerre, elle est inconcevable. La Grande Bretagne se veut puissance mondiale. Elle est farouchement nationaliste. Mais, dès les années 60, elle doit renoncer à ses complexes de supériorité, et sacrifie, sans arrière pensée, le Commonwealth.
Je retire de ma lecture une curieuse impression. Celle d’un « libéralisme » qui n’est qu’un feu de paille, qui consomme aujourd’hui ce qui est nécessaire à l’avenir. Mais aussi celle d’une nation qui renie fort rapidement ce à quoi elle semblait croire dès lors que le temps se couvre. Greed and fear ?

Michel Onfray et Freud

J’entends des bribes de la démolition de Freud par Michel Onfray, sur France Culture. Vu le manque d’exhaustivité de mon écoute, mon opinion ne peut être que partiale :

  • Je partage au moins son idée que Freud a abusé du terme « scientifique ». Comme Marx, Taylor et les économistes modernes, il a probablement appelé sa pensée « scientifique » pour des raisons de marketing. Mais ses « diagnostics » m’ont toujours paru risibles, d’autant plus qu’ils se prêtent à la prédiction auto-réalisatrice. Michel Onfray va plus loin et présente Freud en malade, pathologiquement pervers, qui fait une science de sa maladie.
  • Je pense aussi comme lui que Freud a été le fruit de son temps : il a surfé sur la vague de la libération sexuelle qu’a générée, en réaction, la rigueur victorienne.
  • Michel Onfray dit que la psychanalyse permet de comprendre Freud et personne d’autre. Il est certain que nous voyons tous midi à notre porte. Mais cette porte peut aussi être celle de beaucoup de gens. Et c’est pourquoi nous avons eu quelques penseurs dont les découvertes ont eu une portée universelle. Le rôle de la société est aussi de faire le tri entre ce qui marche et ce qui ne marche pas dans les travaux d’une personne, de même qu’elle a éliminé l’alchimie de l’œuvre de Newton (qui d’ailleurs était probablement une sorte d’autiste).
Et c’est peut-être là où Michel Onfray s’égare. Il affirme que l’homme est un animal comme les autres, que l’éthologie est utile à son étude. C’est faux. L’homme est un animal politique, il a la capacité de créer des sociétés, et ces sociétés, en retour, lui permettent de se spécialiser, par exemple de consacrer sa vie à la philosophie.

Complément :

  • Michel Onfray croit que l’homme a longtemps pu penser trouver dans ses idées la vérité, parce qu’il se croyait d’essence divine. Plus de Dieu, plus de certitude. L’introspection de Freud est un délire. Mais il n’y a pas besoin d’être Dieu pour approcher de la vérité (ou de quelque chose qui en fait office) : il suffit de regarder autour de soi et d’essayer d’en tirer des enseignements. D’ailleurs, l’homme appartenant à la société, il est bien placé pour comprendre les troubles de ses semblables. 

Naissance et déclin des nations

OLSON, Mancur, The Rise and Decline of Nations, Yale University Press, 1984. Les individus tendent à former des coalitions. Et ces coalitions, en protégeant leurs intérêts, nuisent à ceux de la société. Cette thèse expliquerait l’évolution récente du monde, ainsi que des phénomènes plus anciens tels que la formation des castes en Inde, et des classes en Angleterre.
  • Lorsque les nations se constituent elles connaissent des phases explosives de croissance jusqu’à ce que les coalitions se forment et bloquent leur évolution (ce qui se passe actuellement en Occident). Ces coalitions ont un effet particulièrement pervers en phase de récession : elles conduisent au sous-emploi massif.
  • Leur perversion vient en grande partie de ce qu’une coalition se forme d’autant plus facilement qu’elle a peu de membres : de ce fait, elle défend les intérêts d’une infime partie de la société. Les coalitions majeures sont les oligopoles économiques et les syndicats. Sur le long terme, des coalitions importantes peuvent se former, elles défendent alors des intérêts larges (la sociale démocratie suédoise recouvre la quasi-totalité de la nation).
  • Conséquences ? Les politiques gouvernementales, macroéconomiques, sont contreproductives. Particulièrement, d’ailleurs, quand elles servent les intérêts de lobbies. Pour rendre efficace une société, il faut s’occuper du cas particulier de chaque coalition. On entre dans le domaine de la microéconomie. Exceptions : 
  • Il est parfois possible de tromper les réflexes des coalitions. C’est ce qu’aurait fait le Keynésianisme. Voici pourquoi. Le comportement des coalitions obéit à des règles. Les coalitions ont beaucoup de mal à s’accorder, elles décident lentement. Pour ces raisons, elles tendent à s’accrocher à des principes de cohésion simples (faciles à négocier), qui, une fois acceptés, sont quasi impossibles à remettre en cause. Ainsi, les démarrages de phase d’inflation peuvent les abuser et faire qu’elles s’approchent de l’optimum économique (de la société) sans s’en rendre compte.
  • La suppression des frontières et les révolutions sont bonnes pour l’innovation et la croissance, puisqu’elles détruisent les coalitions ou les rendent inopérantes en les ouvrant à la concurrence extérieure.
Commentaire :
  • Cela semble parler de notre crise. Simon Johnson y voit la main d’oligarques. Sommes-nous condamnés à un long déclin avec un sous emploi massif ? 
  • Le Keynésianisme de nos gouvernements a été judicieux ? Mais a-t-il été opérant ? Les oligopoles continuent à augmenter leurs bénéfices, sans relancer l’économie.
  • Il me semble que la globalisation de ces dernières décennies fut une tentative faite par les oligopoles occidentaux de construire des oligopoles mondiaux (cf. la stratégie de l’automobile ou de l’aéronautique). Alors, la réaction des pays émergents pourrait-elle amener une dislocation de ces coalitions et un redémarrage de la croissance, y compris chez nous ?
  • Ce que dit aussi ce texte, c’est que la nature a horreur des individus isolés : elle les constitue immédiatement en société. Car ce que décrit Olson, la création de coalitions de plus en plus complexes, ressemble à s’y méprendre à la constitution d’une société et de sa culture. Cela signifie-t-il qu’il ne peut y avoir de croissance sans dislocation sociale ? Que création = individualisme ? Et qu’il faut des crises pour casser le tissu social afin qu’il devienne innovant ? C’est la théorie de Schumpeter, sa vision du capitalisme. Mais, il avait fini par penser que la société bloquerait ces crises en générant des oligopoles qui se rejoindraient pour former une sorte de communisme (au sens détention collective des moyens de production, pas URSS). L’innovation deviendrait un processus comme un autre pour ces bureaucraties (à l’image de l’innovation de Bosch). Il n’y aurait plus besoin de « destruction créatrice », de crise. Peut-être qu’alors la société se sera détournée de l’économie, Dieu trop violent pour ses enfants ? L’économie sera alors devenue une préoccupation secondaire pour notre société, qui aura trouvé une autre source d’aliénation, pour reprendre le vocabulaire de Marx.
Compléments :
  • SCHUMPETER, Joseph A., Capitalism, Socialism, and Democracy, Harper Perennial, 3ème edition, 1962.
  • SCHUMPETER, Joseph A., The Theory of Economic Development: An Inquiry into Profits, Capital, Credit, Interest, and the Business Cycle, Transaction Publishers, 1982.
  • Karl Marx.

Logique de la gauche

Un tortueux enchaînement de pensées m’a amené à me demander si la gauche n’est pas une machine à nous imposer de beaux principes théoriques. Mais y a-t-il une logique derrière ces principes ?

L’insistance sur le droit des immigrés signifie probablement que la gauche pourrait en avoir contre la notion de citoyen, donc de nation. « Droits de l’homme » signifiant l’impossibilité de tout édifice social ? Idéal d’Hegel et de Marx d’une fin de l’histoire où tous les hommes seraient frères ? Mais pourquoi alors cette insistance sur la culture, concept social par excellence ? La gauche penserait-elle qu’il y a une culture unique, qui serait celle de la société finale ?

À creuser

Compléments :

Karl Marx (suite)

Quelques réflexions suscitées par le billet précédent :

  • Je pense que ce que disent la sociologie, l’ethnologie, la théorie de la complexité et mon expérience, c’est que vivre en société c’est suivre des règles, règles qui ont une logique d’ensemble (par exemple « main invisible » de l’économie, ou religion). Dans ce sens, nous aliénons notre liberté. Dans un autre sens, sans règles nous sommes des pantins dont on a coupé les ficelles.
  • Ces règles que nous suivons avec bonne volonté ont pour rôle de faire le bonheur collectif. La liberté, c’est donc suivre des règles acceptées. De ce fait, nous sommes généralement libres et nous réalisons naturellement l’idéal de Marx, Hegel et Kant.
  • En fait, la transformation de notre environnement, notamment du fait de notre action, et nos mutations internes (innovation), font que les règles du groupe évoluent et doivent évoluer sans fin (c’est le « changement »). Par contre il est possible qu’un jour ce mécanisme de création de règles ne soit pas assez adaptable pour résister à la sélection naturelle, et nous disparaîtront. Ça sera le terme de notre histoire.
  • Le danger qui nous menace est soit une erreur humaine malencontreuse, une innovation qui tourne mal et qui détruit l’humanité sans l’intention de lui nuire, soit un acte de parasitisme qui attaque la société au bénéfice du seul parasite. Le parasitisme est probablement la seule menace à notre liberté.
  • Notre raison, notre capacité à distinguer et à modifier les règles que nous suivons, nous sert donc à améliorer les règles du groupe quand il est en difficulté (changement), et à nous garantir des parasites.

Karl Marx

SINGER, Peter, Marx, a very short introduction, Oxford University Press, 2000, semble dire que l’œuvre de Marx s’explique simplement.

Elle est bâtie sur celle de Hegel, qui voit l’histoire comme la découverte par l’homme que son esprit fait partie d’un esprit universel. Tant qu’il ne le sait pas il se heurte à ses semblables, qu’il croit différents de lui, ce qui limite ses possibilités et sa liberté. Le jour où il comprendra son erreur, il sera libre et efficace, en faisant ce dont il a envie, il fera le bien commun.
Puis arrivent Bauer et Feuerbach. Reprenant le même type de raisonnement, ils expliquent que l’homme a affublé Dieu de ses talents, de ce fait s’en privant, se les aliénant. Il faut se débarrasser de Dieu, du coup l’homme retrouvera ce qu’il a donné à la religion.
Marx fait de même mais avec l’économie. Le propre de l’homme c’est de produire. Or, le système productif aliène la production de l’homme qui en devient esclave. Il semble aussi prendre l’argument de Hegel à l’envers : ce ne sont pas les idées, l’esprit, qui guident l’homme, mais la production qui forme l’esprit. Mais la marche de l’histoire est la même chez Marx que chez Hegel : le capitalisme produit la division des tâches, qui fait que l’homme perd de vue l’unité de sa production ; or tout système productif est dépassé par sa propre logique qui crée un autre système ; jusqu’à ce que l’homme voit clair, c’est le « communisme ». Il n’est plus esclave de la production ; fin de la division des tâches, l’homme travaille comme il l’entend ; non seulement il y gagne sa vie, mais encore il fait le bien commun.
Si cette interprétation est correcte, l’analyse que fait Marx du capitalisme et de ses maux est d’une importance secondaire. Elle cherche seulement à montrer que l’on est bien dans le mouvement qu’il prévoit. De même, il ne sert à rien de décrire ce qu’est le communisme (ce que ne fait pas Marx), puisque c’est un aboutissement nécessaire. C’est une sorte de démonstration mathématique, par laquelle on prouve qu’il existe une solution unique, sans pour autant dire laquelle.
Compléments

Ce blog veut changer le monde

Bsa dit : Lentement mais surement vous comprenez que comme disait Jean Gagnepain, au cœur des puissants est le désir de tyrannie. Et oui, les faits parlent d’eux-mêmes les dirigeants ont déclaré la guerre aux peuples. La France est parait-il en 45 place pour la liberté de la presse. Parlant non? Ce qui méritait un plus long développement qu’un commentaire de réponse.

Mon métier a la particularité de me faire côtoyer aussi bien les grands que les petits. Depuis un quart de siècle je suis un « électron libre ». Or, je ne vois aucune différence, il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Chaque jour, je rencontre plusieurs automobilistes qui passent au feu rouge ou roulent en sens interdit. Il est aisé d’imaginer ce qu’ils feraient à la tête de l’état, idem pour mes colocataires, qui se haïssent tous. Il n’y a même pas de solidarité entre membres d’une famille ou d’un même corps de l’administration, aussi prestigieux soit-il. Celui qui est, un moment, subordonné exècre l’incompétence de son supérieur, ce dernier le lui rendant au centuple.

Ce qui crée cette hostilité, ce sont les dysfonctionnements de notre système qui est en plein changement, et qui fait qu’aucun d’entre-nous n’a les moyens d’accomplir correctement sa mission. Du coup, on en veut au reste du monde.

A contrario, voilà ce que donne un changement, lorsqu’il est réussi : chacun découvre les qualités de l’autre et l’estime ; le dirigeant se débarrasse de ses courtisans, et dirige en direct ses troupes. L’entreprise devient « optimiste ». C’est pour de tels moments que je fais ce métier.

Ce que je commence à voir, c’est que la logique marxiste, qui explique que le peuple crée la richesse du monde, et est exploité par les « capitalistes », a été utilisée, à l’envers, par un remarquable travail de manipulation des esprits. Il nous a convaincu que les pauvres exploitent les riches, sans qui rien ne serait. Aujourd’hui l’économiste socialiste Attali peut dire sans rougir que les taxis bénéficient d’une « rente ».

Cette logique conduit naturellement à détruire l’état, perçu comme un outil de répression par des riches tellement habitués à ses bienfaits qu’ils ne voient pas ce qu’il leur apporte.

En réalité parler de riche et de pauvre, de lutte des classes ?, est faux. Nous voyons partout des tire-au-flanc qu’engraisse un état nourri de nos impôts. Qu’ils crèvent ! Dès que cette idée a gagné les esprits, l’état est condamné. Comme le régime soviétique.

Quand la société met en pratique ces théories, ce que nous fîmes ces dernières décennies, nous nous comportons comme l’a prévu Marx : nous exproprions le faible de son travail, à coup de machines. Cependant, dans notre cas, le bénéficiaire du système n’est pas le possédant marxiste, mais un employé, le « working rich ». Ce n’est pas le capital économique qui fait le vainqueur ou le vaincu, mais, paradoxalement, le « capital social ».

Cependant, l’homme n’est pas idiot, confronté à la faillite de son idéologie il change d’opinion. C’est ce qui est arrivé après la seconde guerre mondiale. Ce qu’on oublie aujourd’hui est que la crise d’avant guerre, les totalitarismes et la guerre, étaient vus par nos ancêtres comme la conséquence du capitalisme. Les états d’après guerre ont été résolument, lourdement, socialistes. Les pays anglo-saxons furent des pionniers de ce mouvement. D’où les lamentations de Hayek dans The road to serfdom, qui sont difficilement compréhensibles aujourd’hui.

En fait, pour le faire changer d’opinion, et de comportement, il ne faut pas que prouver à l’individu son erreur (anxiété de survie), il faut surtout lui montrer une échappatoire (anxiété d’apprentissage).

Ce blog ne croit pas à la méchanceté fondamentale des puissants, et de l’homme en général. Il cherche à comprendre ce qui ne va pas dans la logique de ce dernier, pour lui couper toute possibilité de justification, de lâche rationalisation. Il cherche surtout une « échappatoire », qui lui permette de construire une société durable. Une solution qui satisfasse tout le monde et ne fasse perdre la face à personne. Simple réflexe professionnel.

Compléments :

  • Sur les raisons qui font qu’une société d’individualistes se répartit apparemment en classes : The Logic of Collective Action.
  • Du capital social : Fils d’appareil.
  • De nos techniques de manipulation : Conservateur et bolchévisme.
  • Sur Jacques Attali : Attali m’a tué. Je me demande si le bon élève Attali n’a pas manqué d’esprit critique à l’époque où il étudiait l’économie. A-t-il suffisamment examiné ses hypothèses ? S’est-il demandé si elles étaient compatibles avec le socialisme ?
  • The Economist, héraut du libéralisme, doute : Le marché ne marche pas.
  • Ce qui fait espérer une sortie élégante de notre idéologie actuelle, c’est qu’une société amicale à l’homme l’est probablement aussi à l’économie : Lois sociales et économie de marché.
  • Sur l’expropriation par la machine : Crise occidentale : raisons structurelles.
  • Sur l’après guerre : SASSOON, Donald, One Hundred Years of Socialism: The West European Left in the Twentieth Century, New press, 1998.

Attali m’a tué

Et si j’avais une nouvelle fois tort ? Et si je faisais une mauvaise querelle au gouvernement ?

Et si la réforme de la taxe professionnelle venait de la Commission Attali ? Et si les collectivités locales étaient victimes d’une idée de gauche ?

Les économistes de tout bord, à l’époque de la commission, pensaient qu’il fallait faire sauter les rigidités de l’économie, qu’ils appelaient « privilèges » : nous étions tous des « rentiers ». L’exemple le plus symbolique était celui des taxis. Bizarrement les économistes de gauche semblaient les plus farouches promoteurs de l’idée : je me souviens d’un économiste apparemment ultralibéral qui m’a dit avoir été surpris que ses collègues de gauche aient voulu exproprier les privilégiés (les taxis, donc). Lui était pour un dédommagement.

D’ailleurs la mise en œuvre du changement semble bien avoir été conçue comme un licenciement sec : les cafouillages actuels ne montrent-ils pas que la question du financement des collectivités locales n’avait pas été envisagée ? (Ou était-ce une façon de faire d’une pierre deux coups : donner de l’argent aux entreprises, et rendre les collectivités locales dépendantes du pouvoir central ?)

Cette idée à plusieurs particularités :

  • Elle nie tout ce qui est culturel dans notre vie, comme irrationnel : pourquoi respecter le Ramadan ? Pourquoi s’arrêter de travailler le dimanche ? Pourquoi des syndicats ? Et, rapidement, pourquoi une enfance et des écoles ? Elle nie la dimension sociale de la vie (celle qu’étudient la sociologie, l’ethnologie ou la théorie de la complexité), et veut faire de nous des électrons libres. De manière amusante, c’est de l’application de ce type d’idées que l’historien anglais E.P.Thompson date l’émergence de la classe ouvrière anglaise. Ce serait curieux qu’une idée socialiste fasse de nous une masse de larves illettrées en concurrence parfaite.
  • Pour être honnête, elle s’appliquait à toutes les couches de la population. Cependant la théorie (The Logic of Collective Action) et la pratique montrent qu’elle donne de bien meilleurs résultats avec les pauvres qu’avec les riches.

La commission Attali serait-elle toujours d’accord avec son idée ? La mode chez les scientifiques de l’économie n’est-elle pas à la relance Keynésienne ? Pourquoi démolir les collectivités locales, les CCI… et mettre des gens au chômage, alors qu’on essaie de l’éviter ailleurs ? Et si, finalement, le gouvernement suivait avec détermination une idée fixe ? Ou était-il au dessus de la volonté humaine d’abandonner une idée aussi belle, et sanctionnée par l’opposition ?

Compléments :

700

100 billets de plus, qu’ai-je à déclarer de nouveau ?

Ce blog est un changement que ma vie n’a toujours pas absorbé.
Il est difficile d’écrire régulièrement des billets, parce qu’ils correspondent à un état créatif qui n’est pas naturel. Je dois me mettre en état d’écrire. Petit à petit les paradoxes de mon environnement m’assaillent, je m’indigne… De là viennent des idées qui se nourrissent les unes des autres. Ce blog illustrerait-il à la fois ce que je n’ai jamais su faire (passer d’un sujet à un autre, de l’action à la réflexion), et ce qui est ma vie ?
Je la définis par trois animaux : le dauphin, qui passe de l’air à l’eau (ce qui m’est désagréable), fonctionnement sain de mon existence ? ; l’autruche, le refus de voir ce qui devrait me forcer à réfléchir ; l’albatros, ne plus avoir qu’un sujet d’intérêt (enseigner à plein temps, diriger une entreprise ou être un consultant ordinaire), idéal utopique, bonheur végétatif qui me tente parfois avec la séduction de l’Alzheimer précoce.
Je semble régulièrement passer par ces trois états : une confiance aveugle en celui qui est en face de moi, une envie paresseuse de croire aux « valeurs officielles » du monde qui m’entoure ; puis un doute désagréable et obligation d’allumer mon intellect ; effort qui débouche sur une conclusion diamétralement opposée à mon point de vue de départ ; ce qui conduit à une transformation de la situation initiale. La pression baisse, cela devient insupportable?, je pars.
J’illustre le mythe de Sisyphe vu par Camus : je suis toujours le même cycle ; mais je dois éprouver du plaisir à le parcourir.
Compléments :
  • Sur les valeurs officielles : Nouvelle économie.
  • C’est probablement parce que j’ai autant de mal à penser, que toute ma carrière a consisté à construire autour de moi des mécanismes qui permettent aux organisations de devenir efficaces. C’est-à-dire de résoudre leurs problèmes sans mon aide, de m’éviter d’avoir à réfléchir. La substance de mes livres : construire « l’ordinateur social » qui permettra à l’organisation de trouver « l’effet de levier » qui la transformera. Comme Adam Smith et Marx, j’espère que mon idéologie fondatrice est approuvée par la science…

Notre discours économique se répète ?

Dans The Affluent Society (Mariner Books, 1998), John Galbraith fait une analyse des théories économiques. Pour lui, elles ne font qu’exprimer des avantages acquis, au mieux l’expérience limitée, et l’époque, de ceux qui les ont conçues. Dans ce qu’il considérait comme désuet dans les années 50, on retrouve des idées actuelles :
  1. Le Darwinisme social de Spencer (1820 – 1903), qui aurait inventé la phrase « survie du mieux adapté ». Son idée était que le bon fonctionnement du marché demandait l’élimination du plus faible. Cette théorie servait à justifier les grandes fortunes du début du 20ème siècle (Rockefeller : « ce n’est pas une tendance mauvaise des affaires. C’est simplement la réalisation d’une loi de la nature, d’une loi de Dieu »). Bizarrement elle a été remise à la mode par la Nouvelle économie (Pour un salarié adaptable ?).
  2.  « Cependant, l’argument de Ricardo pour laisser tout au marché – sans laisser la compassion interférer avec le processus économique – était essentiellement fonctionnel. L’oisiveté n’étant pas subventionnée et la substance n’étant pas gaspillée, plus était produit et le bien-être général serait ainsi augmenté. » Travailler plus pour gagner plus ? (Il faut ajouter que Ricardo avait une vision déprimante du monde : il y aurait toujours abjecte pauvreté.)
  3. Marx : « Le problème était que le pouvoir d’achat des travailleurs ne restait pas à la hauteur de ce qu’ils produisaient. Une crise devenait inévitable. » La relance par la consommation ?
Discours économique : science ou idéologie ? Et idéologie qui a échoué ? Ne serait-il pas temps d’avouer notre ignorance, et de nous mettre, ensemble, à chercher une solution ? (Forcément dans une voie qui n’a pas encore été explorée.) Sur ce sujet : L’économie n’est pas une science.