Du marché et de la régulation par l'offre et la demande

Mon savon à barbe ayant disparu des étagères de mon supermarché, pas assez rentable ?, je vais le chercher ailleurs. Du coup, j’y fait mes courses. Surprise : le pain y est 20% moins cher, même fournisseur, pourtant. J’en doute, je vérifie tout ce que je peux. C’est bien le même. Pour le thé, près de 15% de moins.

Jusqu’ici, je ne regardais pas le prix, pensant que le jeu de l’offre et de la demande devait réguler le marché. Il n’en est rien ! Quant au supermarché, je ne le crois plus géré par des commerçants. Là aussi, l’actionnaire doit être roi. Et l’économiste. En ces temps de crise ne nous dit-il pas que l’inflation nous ferait le plus grand bien ?

Chaos, principe du capitalisme de marché ?

Irak. L’intervention américaine a donné l’Irak à des intérêts particuliers. D’où révolte du peuple. D’où terreau pour Al Qaeda. Europe. Mme Merkel a besoin de l’Angleterre pour faire pièce à la France et bâtir une Europe libérale. L’irresponsabilité de M.Cameron ne lui facilite pas la tâche. Alors, elle temporise. Avec le temps, on peut faire avaler n’importe quoi aux uns et aux autres. D’ailleurs, tout va bien en Allemagne. Le marché européen redevient porteur, la baisse de l’euro favorise les exportations, le marché domestique consomme. Le capitalisme de marché a vaincu l’Italie ? Mediobanca avait des participations dans les très grandes entreprises. Mission de reconstruction donnée en 46. Aujourd’hui, elle se retire. C’est le marché financier qui la remplace. Il en est de même dans la PME. Là, c’est un capitalisme familial qui disparaît. Ukraine. Le peuple veut nettoyer la corruption oligarchique. Mais les mêmes sont à la tête du pays. Les USA désertent Israël. Reste l’Europe. Mais l’Europe est un chaos confus. Aux USA, les Républicains vont reprendre le pouvoir. Cependant, le peuple s’en méfie. La faute à Bush. Il a fait l’envers de ce qu’il avait promis.
Le régulateur américain mène une croisade contre le financement par les banques internationales des ennemis des USA. Pour cela, il va au-delà de l’esprit des lois et inflige des peines terrifiantes. Résultat : les banques, par prudence, ne font plus d’affaires avec les pays qui auraient le plus besoin de leurs services. Le petit investisseur est bien meilleur que le grand analyste. Et cela parce qu’il a moins de pression à la conformité. Innovation chez les fonds d’investissement. Plutôt que d’acheter des entreprises, ils les reconstruisent de zéro. Les vieilles industries innovent. La destruction créatrice ne les liquide pas (cf. montres, stylos, voiliers, vêtements traditionnels, livres…). Elle en fait des niches hyper rentables et innovantes. Destruction créatrice de HP ? HP cherche de nouvelles idées pour renouveler des affaires qui vont mal. Pour l’instant, la seule certitude, c’est que 50.000 personnes ont été licenciées. Bataille de la batterie. Par l’effet d’échelle on veut abaisser massivement son coût. Destruction créatrice de l’automobile. Cependant, une grosse partie de ce coût est de la matière…
Football. La nature d’une société influe sur le succès du penalty. L’anxiété de l’échec est insoutenable pour l’individualiste. 

Le marché fait des bulles

La vidéo en ligne attire l’argent de la publicité disait The Economist la semaine dernière. « « House of cards » est une des rares séries en ligne qui a eu un succès mondial, et son titre laisse entendre ce qui peut aller mal quand les entreprises se ruent dans une nouvelle mode Internet« .

Ce qui m’a fait penser que la crise est le propre de l’économie de marché. Sans information tout le monde fait la même chose. (C’est comme cela que je m’appelle Christophe, et qu’il y a une vingtaine de Christophe Faurie qui paient des impôts, si j’en crois un sympathique agent du fisc.) Du coup, il y a crise. Beaucoup y perdent, et le marché aussi.

Plusieurs choses compliquent l’affaire. Les entreprises fonctionnent comme des pétroliers. Il faut longtemps pour les lancer, et une fois en marche, il est difficile de les manœuvrer, voire de les arrêter. Et peut-on faire autrement ? Pourquoi laisser le territoire libre à l’adversaire ?

De la nécessité d’un minimum de réglementation ?

Ou peut-être de lire ce que Jean-Pierre Schmitt et moi avons écrit ?

Alstom : occasion de remise en cause ?

Le sort d’Alstom suscite une sorte de guerre de religion. Je regrette, qu’une fois de plus on ne cherche pas à tirer des leçons de ses mésaventures, de façon à les éviter à l’avenir. Quelques observations :

  • Alstom vaut de l’ordre de 10md$ alors que facebook paie le double pour 32 développeurs (WattsApp). N’y a-t-il pas quelque-chose qui cloche dans le capitalisme financier ?
  • Alstom brûle du cash. C’est le mal endémique de l’entreprise française. C’est un problème de technique, pas de génie ou de malédiction. Ne faudrait-il pas s’interroger sur la gestion de l’entreprise par nos « élites » depuis l’après guerre ?
  • Pour sauver Alstom, le précédent gouvernement l’avait renfloué. Puis il avait vendu sa participation à Bouygues. Mais, entre-temps, il s’en est pris à Bouygues Télécom, lui faisant perdre beaucoup d’argent. Ce qui fait que Bouygues n’a probablement rien de plus pressé que de vendre sa participation dans Alstom. Ne serait-il pas temps que le gouvernement s’interroge sur l’efficacité d’une politique industrielle à courte vue ? 
  • Une collègue me parle d’un élu régional. Son inquiétude : lorsque leurs dirigeants prennent leur retraite, les entreprises locales sont achetées par des étrangers à la région. Ils délocalisent emploi et savoir-faire. La région se désertifie. Et si c’était ce qui se jouait au niveau de la nation ? Alstom est, probablement, le résultat de siècles de savoir-faire national accumulé. S’il est envoyé ailleurs, avec toute sa sous-traitance, aurons-nous de quoi créer de nouvelles entreprises ? A cela, on répond qu’il faut couper les branches chétives pour laisser la sève aller là où l’arbre est fort. Mais y a-t-il des secteurs économiques forts, prêts à investir ? Justement, le problème n’est-il pas que la mode est à l’enrichissement personnel, pas à l’investissement ? Plus grave. L’économie de marché est basée sur l’échange. Chacun y apporte ce qu’il est particulièrement adroit à produire. Or, les pays émergents n’ont rien de neuf à proposer. Ils se contentent de prendre aux pays développés ce qu’ils ont. N’y a-t-il pas panne du fonctionnement de l’économie de marché ?

Révolutions et libéralisme

Chaos syrien. Les libéraux, qui ont déclenché la révolution, sont incapables de s’organiser. Ils laissent le champ libre au gouvernement et aux extrémistes musulmans. Eux, au moins, ont une ligne directrice. Voici ce que disait la radio il y a deux jours.

Je me demande, s’il n’y a pas là le moteur de tous les troubles mondiaux de ces derniers temps. Le libéralisme, le modèle du marché, c’est l’individualisme du consommateur. Il est assez puissant pour briser une société, mais pas assez cohérent pour en prendre le contrôle. Ainsi, il fait le jeu de forces qu’il juge singulièrement rétrogrades.

Et si l’enjeu urgent du moment était de créer un mouvement social qui soit à la fois démocrate et solidaire ?

Le marché et la ligne Maginot

La ligne Maginot a probablement mieux protégé l’Allemagne que la France. Si nous ne l’avions pas eue, nous aurions regardé ce qui se passait autour de nous, et nous aurions construit notre armée. C’est à cause de cette ligne que nous avons été faibles.

Je pense qu’il en est de même avec le marché. Avoir une ligne Maginot, c’est se lier un bras dans le dos. En effet, vouloir défendre notre agriculture, ou notre exception culturelle, ou encore une grande Russie, comme M.Poutine, c’est limiter ses mouvements, c’est être obligé, ailleurs, à donner des concessions. (M.Poutine détruit son économie, ce qui fait le jeu de ses concurrents.)
Le marché nous force-t-il à renoncer à nos valeurs ? Je ne le pense pas. Mais il faut changer de tactique. Il faut partir des lois du marché, suivre l’exemple des Anglo-saxons. Si ce jeu aboutit à quelque trahison de valeur, le sursaut populaire qui en résultera forcera le marché à reculer. La loi du marché, c’est la contre offensive ?
Abzeichen Festungstruppen Maginot-Linie.jpg

« Abzeichen Festungstruppen Maginot-Linie » par —Mottenberg 10:37, 15. Nov. 2008 (CET). Original uploader was Mottenberg at de.wikipedia — Transferred from de.wikipedia; transfer was stated to be made by User:Kowelix. (Original text : eigene Fotografie und Grafik). Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

Grand Paris

Grand Paris, sortir des illusions, approfondir les ambitions. Livre de Jean-Pierre Orfeuil et Marc Wiel. Scrineo, 2012. Le Grand Paris, ce que l’on a fait, ce qui aurait dû être fait.
« On pourrait ne retenir de la vision de Nicolas Sarkozy et ses collaborateurs que sa mégalomanie brouillonne, dont témoignent l’énormité de l’investissement public envisagé en période de disette de ressources publiques, les virages à 180 degrés sur les moyens de le financer, de l’autofinancement magique par les plus values foncières à l’impôt et la dette, ou encore la création de nouvelles institutions là où il était diagnostiqué qu’il y en avait trop. » L’irrationalité semble la raison même du projet. On croirait entendre Louis XIV. On casse les projets d’aménagement existants, trop médiocres. Seule la démesure est digne de la France. On ne sait pas la financer ? On masque le trou (20md€). La mesquinerie est indigne des conquérants ?
Qu’est-ce que cela va donner ? Des cercles vicieux. L’opposé des objectifs du projet. Toujours plus de spéculation, des conditions de vie de plus en plus mauvaises pour le Parisien, moins d’emplois, plus de dettes pour la nation… Or, on aurait pu faire bien, quasiment pour rien. Pour cela, il aurait fallu accepter la réalité et avoir l’expérience de l’urbanisme…
Si je comprends bien, le moteur de la transformation de la région parisienne, c’est la spéculation internationale. Elle fait augmenter le prix de l’immobilier. Ce renchérissement force les populations à s’éloigner de leur lieu travail. Ce que les pouvoirs publics veulent combattre par des investissements en infrastructure. Ils ouvrent de nouveaux terrains à la spéculation… Bref, en quelque sorte, l’argent public pave notre enfer de ses bonnes intentions (enrichit le spéculateur et creuse le déficit national).
« On n’a pas besoin de lumière, quand on est conduit par le Ciel ». Le précédent gouvernement semble avoir cru que gouverner c’était confier le pays aux forces du marché. Donc atomiser la société. En particulier, écarter, quel que soit le prix à payer, la résistance au changement. Il a donc flatté les intérêts de la RATP, et des collectivités de gauche… Et le corps des ponts et chaussées, qui aurait pu être un intermédiaire compétent, n’existe plus…
Le livre propose des solutions assez simples et pratiques aux problèmes de l’agglomération parisienne. Il illustre ce qu’aurait pu faire une institution intermédiaire comme le corps des ponts, s’il était encore en vie. Il me semble, surtout, qu’elles ont un principe commun. La démesure a été rendue possible par un manque d’informations. Il nous empêche de percevoir le dit cercle vicieux. L’éparpillement des acteurs, leur concurrence ?, en est la cause. (C’est le principe même du modèle du marché.) Si l’on veut prendre à contre le cercle vicieux, on doit rétablir l’information du public, et aider les acteurs concernés par l’aménagement du territoire à se remettre à travailler ensemble.
(De la spéculation : un commentaire.)

Marché, et rémunération du talent

Ce qui nous rapporte de l’argent est-il ce pour lequel on est le meilleur ? Je doute que beaucoup de gens répondent oui à cette question. (En dehors de ceux dont la seule motivation est de gagner de l’argent. Et qui sont devenus des experts du système.) D’ailleurs, le génie n’est-il pas bien souvent reconnu à titre posthume ? Et même si l’on se limite aux entrepreneurs qui réussissent, ils gagnent généralement bien moins que leurs héritiers !

Et si la principale caractéristique du marché était d’enrichir les héritiers ?

(De même ce qui vaut le plus cher pour nous n’a pas de valeur pour le marché. C’est pourquoi il le détruit allègrement.)

Uber et les bénéfices de la réglementation des taxis

Uber, taxis à commander en ligne, est le dernier assaut en date contre le monopole des taxis. Ses prix sont déterminés par l’offre et la demande. C’est optimal, a priori : c’est susceptible de ramener le revenu du taxi à zéro, ou presque (le taxi passant de professionnel à amateur), et d’éliminer les congestions, puisque plus la demande est forte, plus le prix est élevé.

Cela, c’est la théorie. Car, dans la pratique, pour paraphraser Mme Thatcher, le marché n’existe pas. Il y a une société, et cette société est très inégalitaire. Le modèle d’Uber signifie plusieurs choses. D’abord que seuls les riches pourront voyager en taxi. Ensuite qu’un taxi amateur ayant un salaire proche de zéro peut avoir d’autres intérêts que ceux de son passager.

Régime sans gluten

On me parle de régime sans gluten. Certaines personnes ne le supportent pas du tout. D’autres, difficilement. On me dit aussi que des raisons économiques (faciliter sa récolte ?) auraient conduit à développer des variétés de blé que nous tolérerions mal.

Je ne sais pas ce qu’il en est de ce dernier point. Cependant il pourrait illustrer un des vices de l’économie de marché. Le fait que l’on prenne des décisions qui concernent notre vie, sans nous consulter. Certains Anglo-saxons ont voulu démontrer l’équation démocratie = marché. Mais elle ne convainc que le vrai croyant. Pour ma part, il me semble que c’est à la démocratie de définir ce qu’elle veut, et ensuite aux entreprises de le lui fournir. Tout le monde y trouve son compte. L’entreprise n’a pas à créer notre besoin ; elle possède un objectif clair et rassurant. Quant à nous nous y gagnons la maîtrise de notre sort. Ce serait une réinvention de la planification. Mais démocratique, et non plus technocratique.