Le marché contre les grandes écoles ?

Pierre Veltz fait remarquer que les grandes écoles d’ingénieurs absorbent notre élite scientifique. Or, lorsque j’écoute Catherine Martin (billet précédent), je ne peux que constater que tout ce monde fait l’objet d’un grand massacre : une partie est éjectée vers 45 ans et ne fera plus que de petits boulots précaires. D’ailleurs, si l’on regarde bien les catégories de personnels qui ont le plus de chances de survivre, ce sont les commerciaux, pas les ingénieurs !
Si quelqu’un vous dit que le marché fait une allocation optimale de la valeur, vous pouvez être sûr qu’il veut défendre ses avantages acquis.

(Cela me rappelle ce que disait un professeur d’école d’ingénieurs dans les années 80 : il nous manque 10.000 ingénieurs… Était-ce pour les mettre au chômage ?)

L'entreprise attire-t-elle les meilleurs ?

Depuis des années, j’entends The Economist et quelques autres dirent que l’économie de marché (par opposition au modèle étatique) sait, seule, reconnaître et rémunérer le talent. Cela va de soi. Plus j’y pense, plus cela me semble faux. 
Ce qui me frappe c’est le nombre énorme de gens compétents, expérimentés, remarquables… hors circuit. Voici les hypothèses que je formule à ce sujet :
  • L’économie de marché, c’est la lutte pour s’accaparer le plus d’argent possible. Éliminer un collègue, c’est pouvoir gagner son salaire. Ces personnes, peut-être parce qu’elles travaillaient trop ou étaient trop sûr de leur compétence ?, n’ont pas su se défendre. Elles ont été, logiquement, les victimes du combat pour l’enrichissement personnel.
  • En mineur, un homme compétent fait peur. Sa compétence le signale naturellement comme ennemi de la majorité. Cela peut expliquer la médiocrité de nos gouvernants : celui qui finit par gagner est le sous-estimé de tous. I Claudius.
La main invisible du marché fait triompher ce que fait triompher une guerre : Mirabeau, Danton, Robespierre, Napoléon, Staline, Mao, Cortès… mais pas le talent. Seul la main visible de l’homme sait reconnaître le génie. 

La fin du progrès technique

La voiture sans chauffeur n’a vraisemblablement pas d’avenir, dit The Economist. Pas pour une raison technique : elle fonctionne. Mais parce que la baisse des salaires combinée aux économies permises par le « digital » rendent plus avantageux d’utiliser un chauffeur que d’investir dans la recherche. 
En créant une classe de pauvres, l’économie de marché a tué l’intérêt économique du progrès technique. Pire : on pourrait être tenté, de plus en plus, de remplacer la machine par l’homme. On aurait alors une sorte de progrès négatif. Une destruction de ce que l’humanité a créé. Paradoxal. 

Le marché crée-t-il de l'emploi ?

Il y a quelques temps, je parlais de « moment thucydidien ». On nous a lavé le cerveau. 
Ne serait-ce pas le cas avec la création d’emploi ? Dans les années 60, il n’y avait pas de chômage, et le SDF était inconnu. Depuis que le marché domine la planète, le chômage et l’exclusion sont partout. Il y a même de plus en plus de « travailleurs pauvres ». Et s’il y avait un lien de cause à effet ?
Et si c’était la société humaine qui créait l’emploi ? C’est-à-dire qui répartissait entre ses membres ce qu’ils ont collectivement produit ? Et si le marché était un mode de répartition par nature « injuste » ? (Et inefficace : il semble un mode d’exploitation par destruction plutôt que de création.)

Les marchés aiment-ils la France ?

Je teste ma dernière théorie : les marché seraient manipulés par les Anglo-saxons pour servir leurs intérêts…
Une façon de faire, l’indicateur de Schiller. Pour The Economist, il indique l’estime que le marché a pour l’avenir d’une économie. L’indicateur mesure le rapport entre le prix d’une action et le bénéfice par action (après lissage). Et ce calcul a été fait pour un ensemble d’entreprises, je l’espère, représentatives appartenant à plusieurs économies nationales.
Alors, les bons sont-ils récompensés, les mauvais, punis ? Pas si simple.
  • En grandes masses : Amérique du nord (23,4) ; pays développés (19,5) ; pays du Pacifique (19,4) ; Monde (19,2) ; Pays nordiques (17,5) ; Asie émergente (16,8) ; Marchés émergents (15,4) ; Amérique latine émergente (14,7) ; Europe (14,1).
  • Pour les pays, le gagnant, c’est le Danemark (31) suivi des USA (26,6), de l’Indonésie (25,1) et du Japon (23,5). Les perdants, la Russie (5,6), le Brésil (9,9), et une bonne partie de l’Europe (avec 3,4 en Grèce). La France, à 14,2, est, curieusement, mieux placée que la perfide Albion (12,8) qui n’est pas loin de la Turquie (11,5). Mais tout de même au dessous de l’Allemagne (17,3), pas si brillante que je le pensais. 
A tort ou à raison, je crois que le marché se raconte de belles histoires et les croit. Le traitement coûte cher à l’Europe. Ne suffirait-il pas qu’elle trouve quelque chose d’intelligent à dire sur son avenir pour que, brutalement, le prix de ses actions s’envole ? 

    Argentine et Russie : le marché en guerre contre la démocratie ?

    La Russie vient d’être condamnée à verser 50md$ à un oligarque. Hier une décision de la justice américaine en faveur d’un « fonds vautour » américain pourrait avoir pour conséquence une faillite de l’Argentine… (Et l’affaire de la BNP est du même type.)
    Désormais les Etats ne sont plus souverains. Et la justice est l’arme des marchés financiers ! Ceux-ci étant aux mains non des USA, comme on le dit souvent, mais plus vraisemblablement d’une petite clique d’individus qui tire les ficelles de son économie. Et elle a déclaré la guerre aux ennemis du marché. (Cela coûterait déjà 1000 milliards $ à la Russie.)
    La démocratie serait-elle morte ?
    Et si les BRICS n’étaient pas en passe de créer un nouveau FMI (billet précédent), mais un système financier séparé. Le nôtre ayant été parasité ? 

    Ukraine : la série de l'été en Russie

    Ukraine. Les séparatistes abattent par erreur un avion civil. En Russie, la popularité de M.Poutine est exceptionnelle (83%). « Les Russes voient la guerre en Ukraine comme un drame télévisuel captivant ». Toutefois, « M.Poutine se soucie de son image internationale ». La Pologne s’arme pour pouvoir faire la guerre à la Russie. Mais l’industrie de la France n’aura pas de contrats, puisqu’elle fournit la Russie.
    En Italie, M.Berlusconi est lavé d’une partie des charges qui pesaient sur lui. La justice, de gauche, a obéi à M.Renzi, qui a besoin de l’appui de M.Berlusconi pour réformer le sénat. La Croatie est dans de sales draps. Et son élite, corrompue, ne fait rien pour l’en tirer. La Grèce est sous tutelle de ses créditeurs internationaux. Elle aimerait s’en dégager. Ce ne sera probablement pas possible. L’Allemagne est la seule puissance européenne qui compte. Mais elle n’agit pas en leader. (Ou en Führer ?) Israël / Palestine. Les deux camps semblent commencer à penser qu’il faudrait peut-être trouver une solution pacifique à leur éternel conflit. Les islamistes chassent les chrétiens d’Irak. L’anarchie règne dans les pays qui bordent le lac Tchad. Les sectes islamistes y prospèrent. La Malaisie élit un nouveau président. L’opposition, mauvaise perdante, ne devrait pas pouvoir paralyser le pays.
    Aux USA, le choix des parents influe considérablement sur le succès des enfants. Les parents riches s’occupent de plus en plus de leurs enfants. Ils les couvent, et leur parlent beaucoup (ça développe l’intellect). Les pauvres pas du tout (l’année dernière, 61% des femmes n’ayant pas le bac qui ont accouché étaient célibataires). Tout se joue dans les premières années de la vie.
    Le marché (l’Occident ?) n’aime pas certains pays. Ce qui leur coûte gros. En réduisant massivement la valeur de leurs sociétés (le « price earning ratio » des entreprises russes est de 5,2, contre plus de 25 pour les entreprises américaines), et en leur faisant payer cher leurs emprunts (9,8% à l’Argentine, contre quasiment zéro en Occident). Siemens change de dirigeant. Entreprise pas assez rentable. Il faut faire un élégant redécoupage d’activités pour plaire aux marchés financiers. De manière plus préoccupante, l’entreprise semble avoir développé une culture de la défiance fort peu allemande, et sa conséquence : « une mauvaise capacité à la réalisation de projets ». Microsoft rationalise son portefeuille d’activités. Le pragmatisme est au pouvoir.
    Le coût des énergies propres est bien supérieur à ce que l’on pensait jusque-là. « Les gouvernements devraient attaquer les réductions d’émissions plutôt que s’entêter à promouvoir certaines formes d’énergies renouvelables. »
    On essaie d’expliquer la schizophrénie par la génétique. Ce qui pourrait avoir un peu plus de succès que les travaux de ce type menés pour d’autres maladies.
    Justice. « Pour toutes les culture, présentes ou passées, l’intention du criminel compte plus que le mal qu’il a fait. » « On peut donc faire l’hypothèse que l’impartialité résulte de l’évolution, qui a voulu que (la raison l’emporte sur la passion). »

    Recherche introvertis (désespérément ?)

    Le blog de Harvard recherche des introvertis. Car, ils savent écouter. Et, aujourd’hui, en marketing, c’est décisif. D’autant plus que nous vivons à l’ère des médias sociaux…
    Décidément, le monde change. Fini « big data » qui fait travailler le marché pour vos intérêts ? Finis les « créateurs de valeur », qui inventent l’avenir par le seul génie de leur intellect ?… Serions-nous en passe de redécouvrir que l’homme, les groupes humains, et les marchés sont des êtres complexes et dignes d’intérêt, voire d’admiration ?
    (Le consommateur redevient complexe et intéressant, décidément : un autre article.)

    Hamas, Ukraine, drones, marché et individu

    La mesure de rétorsion a connu une révolution ! Guerre des drones de M.Obama, Ukraine, Israël contre Hamas, c’est partout pareil. Les USA et Israël visent des individus. La rétorsion n’est pas collective.
    Ce qu’il y a de curieux est que lorsque ces mêmes personnes nous parlent de marché, il s’agit d’une force aveugle et mystérieuse. Mais, pourquoi le marché ne serait-il pas comme Al Qaeda, la Russie ou le Hamas, le fait d’un petit nombre de meneurs, qu’il suffirait d’intimider ? N’est-ce pas, d’ailleurs, ce que réussit le pouvoir Chinois vis-à-vis d’Internet et, plus généralement, des aspirations à la démocratie ?
    Nous traiterait-on comme des imbéciles ?

    The Economist comme monopole

    J’ai toujours reçu The Economist le vendredi. Depuis quelques temps, il arrive le samedi (après avoir eu un écart le mardi, la semaine de l’élection européenne). Mon créneau de lecture étant le vendredi soir, je le lis donc désormais sur Internet… 

    Que se passe-t-il ai-je demandé au service client ? C’est normal m’a-t-on répondu. Autrement dit, pour The Economist le client compte bien peu devant une petite économie de transport. Jadis le client était roi. Maintenant, on lui fait les poches. Comme à tous ceux qui se trouvent en position de faiblesse. Voila le « libre échange » que The Economist appelle de ses vœux ?