Glasnost

Partout dans le monde, la génération Macron prend le pouvoir ? Un jeune prince s’est emparé de l’Arabie Saoudite. Comme Xi Jinping, il a déclenché une campagne anti corruption (une pratique culturelle), pour se débarrasser des gêneurs. C’est surtout, peut-être bien, le dernier avatar du printemps arabe. Et aussi celui d’un changement plus fondamental, qui consiste à transformer le monde en un marché.

Les USA ont attaqué le royaume par son point faible : le pétrole. S’il veut survivre, il doit entrer dans le moule mondial de l’économie de marché. Comme il ne sait pas faire grand chose, il se raccroche aux modes du moment : il parle de transformation numérique et de développement durable. Et aussi, il doit s’acclimater aux moeurs occidentales, qui vont avec. Glasnost.

Comment cela se terminera-t-il ?

Marché

M.Macron et la crise du logement. Il semble vouloir utiliser le mécanisme du marché pour la régler. Il l’avait déjà fait pour la question du transport, avec ses bus.

C’est ennuyeux. L’idée que le marché est une panacée a émergé récemment. Des travaux « scientifiques » ont essayé de prouver son efficacité parfaite. Rien dans l’histoire ne le laissait penser. Et l’application de cette idée a conduit à une succession de désastres, à commencer par ENRON, qui fut le champion de ce combat. Comme le montre les problèmes que suscite AirBnB, le marché provoque un trouble à l’ordre public, qu’il faut guérir par l’intervention de l’Etat.

Les USA sont pragmatiques et se sont rendus compte de leur erreur. Malheureusement la France, surtout ses hauts fonctionnaires, a généralement une guerre de retard. Elle s’enthousiasme pour des idées dont on sait qu’elles ne marchent pas. Espérons que les dégâts seront limités ?

Tourisme

Apparemment, le gouvernement voudrait qu’il y ait cent millions de touristes en France. Mais, ailleurs, où le tourisme a beaucoup cru ces derniers temps (Espagne), la population se révolte. Car le tourisme provoque de sévères désagréments. Particulièrement lorsqu’il est le fait des Anglais. (Une émission de France Culture, ce matin.)
Le libéral dit : le tourisme rapporte de l’argent, donc il est bon. Seulement, le tourisme rapporte à certains, et coûte aux autres. D’ailleurs, ceux qui ont le plus à gagner ne sont pas forcément des nationaux. En particulier, AirBnB prend 17% du prix de la location. Alors on répond : réglementons. Interdiction de posséder des résidences secondaires en ville, par exemple. (Cela se ferait à Amsterdam, selon l’émission.) D’où la situation actuelle de la France : à coups de réglementations faites par un corps législatif qui vit dans l’abstraction, on parvient à des aberrations. 
Echec et mat ? Il existe un troisième type de technique de conduite du changement. Il consiste à « organiser l’autonomie ». C’est le « changement planifié ». Après une analyse de la question, tirée par le bas, le haut met en place le dispositif qui permettra à ce même bas de réaliser le changement tout en en profitant. C’est la technique qui a été utilisée par les Américains pour mettre en oeuvre le plan Marshall, afin qu’il ait des effets positifs pour tout le monde, notamment pour eux. 
(Selon Kurt Lewin, ce changement est le changement démocratique. Entre dirigisme et laisser-faire, il y a une troisième voie.)

GPA

Hier, France Info interrogeait une personne qui produisait un enfant pour d’autres. Elle expliquait qu’elle avait fait un prix un peu au dessous de celui du marché, à 40.000€, et qu’elle avait appris ce qu’il fallait faire sur Youtube. Pour le reste, elle ne s’attacherait pas à l’enfant qui n’était pas le sien. Il est possible qu’elle ne s’arrête pas à cet essai. 
Exemple de transformation numérique ? Comme quoi la résistance au changement n’est pas où on le croit ?
Cela m’a aussi fait penser à des amis. Ils ont procédé à deux adoptions ordinaires. Et ils se demandent toujours quel a été l’impact de la vie avant adoption sur le comportement actuel de leurs enfants. Il se trouve aussi que, parmi leurs parents, il existe une personne née sous X et que cela trouble beaucoup. Curieux, que l’on se pose aussi peu la question de sa responsabilité dans la création d’un être humain. 

A qui profite le marché ?

À qui profite le marché ? La réponse, selon Uber ou Airbnb est : à l’intermédiaire. Il ponctionne les échanges. Or, il peut le faire exagérément, puisqu’il est en situation de monopole. Il crée la concurrence, mais il n’y est pas soumis. 
De ce fait il peut contribuer à la déflation puisque qu’il peut pomper plus de valeur qu’il n’en crée. En outre, il fait payer à la collectivité les externalités qui résultent de son existence. (Embouteillages, usure des routes, augmentation des loyers…)
Créer partout des marchés (plate-formes Internet, mise en concurrence des fournisseurs des grandes entreprises, mise en concurrence des personnels des entreprises…) a été la grande innovation de notre temps…

Les conséquences imprévues d'Airbnb

Un ami me faisait remarquer qu’Airbnb permet de faire payer l’hébergement chez soi au prix d’une chambre d’hôtel. Du coup, il est bien plus rentable de proposer un bien en location saisonnière qu’en location permanente. Dans le villes courues par le touriste, comment va faire le petit peuple pour se loger ? (Exemple de San Francisco.)
Nous avons eu la tentation de laisser au marché le soin d’administrer les affaires humaines. Ce n’est pas être pas une bonne idée. Ce type d’exemple montre que nous ne sommes pas égaux devant le marché. Il amplifie considérablement l’avantage qu’apporte la richesse.

Clients, méfiez-vous des vendeurs

J’en suis arrivé à la conclusion que je ne pouvais pas me vendre. Je devais être acheté. Je crois que cela explique le succès de mes missions. Pourquoi ? 
Mon métier est de travailler avec un patron à la conception d’une stratégie et de sa mise en œuvre. J’interviens lorsqu’il y a (gros) risque. Mes missions sont, paradoxalement, courtes, et, évidemment, délicates. 
Me « vendre »  instaure une relation, avec mon client, qui est antinomique avec le concept même de changement. En effet, il croit que, parce que je lui demande de l’argent, je lui suis redevable, et que j’ai une obligation de résultat. Or, c’est son entreprise, et souvent sa carrière, qui sont en jeu. S’il n’a aucune anxiété de survie, s’il est passif, la mission est vouée à l’échec. 
 Pour ces raisons, je ne prospecte pas, et je ne travaille qu’avec des gens qui viennent me chercher.

2016 : le retour de 29 ?

Cette fois-ci c’est la bonne ? Paul Krugman, après avoir rappelé une pensée de Samuelson « les marchés ont prédit 9 des 5 dernières récessions« , disait que s’ils voyaient juste, nous étions bons pour Armageddon. Hier matin, le chroniqueur de France Culture, qui annonce la reprise en France depuis un an, expliquait que les raisons sur lesquelles reposait son raisonnement pouvaient tout aussi bien signifier la « Tempête parfaite ». D’autant que les marchés tendent à la prédiction auto-réalisatrice. Va-t-on rejouer 29 ?
Rien ne va plus ?

(PS. Les mécanismes en marche.)

Les origines du communautarisme ?

Communautarisme. Les nouveaux bien pensants me montre que je n’ai pas vu que c’était une question à prendre au sérieux. D’autant que ce blog accorde beaucoup de place à la résilience et à la théorie de la complexité. Or, à y bien regarder, elles montrent le changement comme la création d’un écosystème, et un écosystème, c’est une communauté ! Le communautarisme serait-il le nom du changement que nous vivons ? Essai de modélisation…
Karl Polanyi. Pour lui la notion de marché était contre nature. Elle conduit à la destruction sociale. Chaque nation cherche, disait-il, à transmettre la patate chaude au reste de l’humanité. (En particulier, à l’époque, aux colonies. Et, c’était le facteur explicatif de la guerre.) Explication. Marché = concurrence parfaite. L’homme contre l’homme. Pour éviter cette lutte fratricide, l’union fait la force.
Mancur Olson (The logic of collective action). En situation de concurrence parfaite se forment, au sommet de la société, des oligopoles qui s’auto-contrôlent. Donc des communautés. Autrement dit le marché-chaos est entretenu par une ou des micro sociétés.

Résumé. Le marché semble provoquer la formation de communautés. Soit en action, soit en réaction. Communautés qui s’affrontent. (Ce qui rejoint l’analyse d’Hélène Strohl des nouveaux bien pensants.)

Vers une paix perpétuelle ?
Théorie de la complexité. Pour que le monde soit en bonne santé, il faut que ces communautés se complètent et se comportent comme des organes. Avec une subtilité : Kant pense (Vers la paix perpétuelle) qu’une forme de conflit est nécessaire, ou inévitable. Mais un conflit constructif, stimulant. 
Alors, ce qui se joue, c’est :
  1. l’émergence d’organes, plutôt que de communautés (i.e. complémentarité plutôt que similarité concurrente) ;
  2. le passage du refus de l’autre, à une reconnaissance mutuelle ? 
(POLANYI, Karl, The Great Transformation: The Political and Economic Origins of Our Time, Beacon Press 2001.)

FNUMPS victimes du marché ?

Si je résume deux billets précédents, nos politiques nous donnent deux choix :
  • UMPS : le problème du pays est la flexibilité de l’emploi. L’emploi ne peut pas s’adapter à la demande du marché. D’où chômage. 
  • FN : sortons de l’euro, dévaluons et cela rendra notre économie compétitive. 
Ces deux choix viennent de la même idée :

  • Le marché est créateur de valeur. Il est parfait, ou quasiment. Laisser-faire. 
  • L’homme est un coût. Pour que le marché fonctionne correctement, il faut que l’homme ait le bon prix. C’est la question de la compétitivité. 

Cela produit un cercle vicieux : « Etre plus compétitif » se fait au détriment des autres. Cela les force à s’ajuster. Puis nous à réagir… Spirale déflationniste. Il y a une autre façon de voir les choses :

  • Le marché est une place d’échange. Or on n’échange que ce qui est différent. 
  • L’homme est le créateur de valeur, et pas le marché. En effet, l’homme transforme l’expérience en connaissances. 
Conséquences :

  • Interprétation de la crise. On a tué le créateur. Du coup, le marché n’a plus rien à se mettre sous la dent. Notre société s’auto-détruit. 
  • Changement à mener pour redresser la situation : action pour l’innovation. S’intéresser à ce que l’homme a envie de faire, et l’encourager à créer, et le « mettre en valeur », en utilisant le marché pour cela. Action.