Populaire BBC

Un scandal secouait, l’autre jour, la BBC. Un de ses commentateurs sportifs, ancienne gloire du football, avait traité un ministre de « nazie ». La BBC lui a interdit son antenne. La plupart des participants à l’émission se sont montrés solidaires de sa cause. L’émission vedette semblait vidée de sa substance.

Je me suis demandé si être un média public, avec toute la réserve que cela signifie, est compatible avec des émissions qui soient « populaires ». Car, tant que le peuple sera ce qu’il est, il aimera les sportifs plutôt que la rigueur intellectuelle.

Un média public est un bien commun qui ne peut être financé par le marché ?

Valeur

Le marché ne semble pas croire au vaccin. Moderna gagne plus de 15md$ par an, mais sa valeur pour le marché n’est que quelques-fois ce montant.

Une théorie économique dit que la valeur d’une entreprise est fonction des revenus que peut en attendre l’investisseur. Ce qui est logique. Seulement, lorsque l’on compare les entreprises les unes avec les autres, on est surpris des différences de valorisation. Pourquoi de tels écarts entre les « price earning ratios » (PER) ? GM a un PER double de celui de VW, mais d’un dixième de celui de Tesla (même si ce dernier a beaucoup baissé). Or VW a un savoir-faire et une force de frappe qui devraient ridiculiser Tesla.

(PER : 4 pour Moderna, 58 pour Tesla, 6 pour GM, 3 pour VW, 78 pour Amazon.)

D’ailleurs, dans beaucoup de cas, ce PER n’est pas calculable : les grosses valeurs du NASDAQ sont souvent en pertes.

Pour une autre théorie, le prix d’une action est fonction de ce que l’on pense que le marché pense qu’il doit être…

Il semble qu’il y ait des moments où la seconde théorie rejoint la première. Soudainement, on se rend compte que Twitter perd de l’argent, qu’Amazon s’essouffle, que Salesforce a de faibles marges… Peut-être qu’il y a alors moins d’argent à placer et que le marché a moins besoin de croire à de belles histoires ? Peut-être aussi que, en dépit de toute la volonté de l’investisseur, les belles histoires ont besoin de donner quelques signes rassurants pour être crues ?

Intelligence d'Android

Android partage la culture du PC : il n’est pas intelligent. 

Selon l’expression de ma mère, « ce n’est ni fait ni à faire ». Non seulement c’est laid, mais, contrairement à la logique d’Apple, il n’y a pas de cohérence. Rien n’est correctement fini. Même le français utilisé semble celui d’extra terrestres. Et l’on ne sait jamais bien à qui appartient l’application que l’on utilise et à quoi vont servir les données auxquelles elle demande accès. D’ailleurs, c’est le principe même d’Android : il est proposé gratuitement par Google pour servir ses intérêts. 

Curieux choix : d’un côté du pas cher, moche et dangereux, de l’autre (Apple), du beau et bien fait, mais un très mauvais rapport qualité prix. L’économie de marché produirait-elle nécessairement une société de classes ? 

L'invention du marché ?

La mort est une maladie à laquelle on ne consacre pas assez d’investissements, entendait-on il y a quelques temps. 

Le moyen du changement, c’est souvent le sophisme. Par exemple, ce blog cite une idée qu’ont eue des Américains : beaucoup d’entreprises s’étaient engagées à payer une retraite à leurs salariés ; cela était donc une dette, et les dettes se renégocient, en particulier lorsque l’entreprise est en faillite ! Il suffisait donc de mettre des entreprises en faillite pour gagner beaucoup. 

Et s’il en était de même du marché ? Le marché n’est que « défaillances » exploitées par le virtuose. Et si le dit virtuose avait convaincu la société des bénéfices d’un marché libre, et réussi le casse du siècle ?

Le bon arbre est un arbre mort

Un arbre mort vaut plus qu’un arbre vivant, me disait-on. 

Paradoxalement, il en a été de même de Flaubert ou de Baudelaire. 

C’est un des paradoxes du marché. Il donne de la valeur à ce qui est nocif. L’air pur ne vaut rien, l’eau pur ne vaut rien, la terre vierge ne vaut rien, les services que l’on se rend au sein d’une famille ne valent rien, le pétrole ne vaut que par son coût d’extraction… Une entreprise vaut plus cher en pièces que d’un seul tenant, alors qu’elle n’est pas viable en pièces, etc. 

Un des maux les plus dangereux de notre temps, c’est le marché libre. En effet, c’est lui qui fixe la valeur des choses et de la vie. Et il le fait d’une façon perverse. 

Marché et aliénation

L’économie de marché fait-elle notre malheur ? C’est ce que pensent certains. Seulement, la solution qu’ils proposent, plus de marché, ne satisfait pas les autres. Ce qui fait que, bien qu’ils partagent le diagnostic, ils préfèrent ne pas en envisager les conséquences. 

Qu’est-ce qui pourrait rendre toxique le marché ? Il semble avoir un talent fou pour exploiter nos failles. Nous aimons le sucre ? Il nous en fournit à gogo, et nous transforme en obèses. Il s’oppose, d’ailleurs, à toutes les règles sociales. On interdit la drogue ? Voilà qui est bon pour les affaires ! Et c’est probablement cet effet pervers qui le rend si dangereux : et s’il était en train d’exploiter une faille dont nous n’avons pas conscience ? 

Que faire ? L’ennemi du marché semble être le groupe humain, ce que l’on appelle la « société ». C’est cela qu’il essaie sans cesse de faire exploser. Si le groupe est uni, il peut imposer au marché ses valeurs. C’est, d’ailleurs, ce que l’on tente de faire en ce qui concerne l’émission du carbone. Autrement dit, le marché n’est pas plus un mal que tel ou tel jeu, le tabac, l’alcool ou les sucreries, ce qui est un mal, c’est de se laisser dominer par lui. 

Le territoire et le marché

On m’a enseigné que le marché était la source de toute création. Il fallait liquider le vieux (par exemple l’industrie textile) pour libérer les moyens qu’il immobilise, afin qu’ils aillent vers le marché, qui les transformerait en innovations. Eh bien, cela pourrait être grossièrement faux. 

Comme le dit Michael Porter, le véritable creuset de l’innovation est le « cluster », c’est-à-dire le territoire. C’est là que, depuis des siècles, tout un écosystème d’acteurs apprend et se transforme et amasse des connaissances. Et c’est l’innovation extérieure et l’évolution de la société qui, loin de le rendre obsolète, est le ferment de la transformation de cet univers créatif. 

Bref, si l’on veut transformer le pays, il faut partir de ses territoires, et chercher à voir s’ils n’ont pas une identité « économique » (des savoir-faire propres), et ce que signifient ces savoir-faire dans le monde actuel. 

C’est le fonds qui manque le moins. Voilà ce qui pourrait être dorénavant la devise de la France. 

Le marché, idée erronée ?

La céramique est une des plus anciennes inventions de l’humanité. Curieusement, aujourd’hui, elle a des applications de « pointe ». Outre le bijou, il y a la greffe, et tout ce qui ressortit aux très hautes températures, qu’elle supporte mieux que tout autre matériau (donc, application aux moteurs d’avion). La céramique a été un des pionniers de l’utilisation de la nouvelle technologie de l’impression 3D. 

Il en est ainsi de l’innovation. Elle est le fruit de l’empilage local de savoir-faire, de leur combinaison, au cours du temps, de la constitution « d’écosystèmes » d’entreprises et de compétences professionnelles… auxquels de nouvelles circonstances donnent de nouvelles applications. 

Et c’est ce qui explique peut-être pourquoi nous allons aussi mal, et pourquoi le Brexit a eu lieu. Il semble qu’une forme de pensée nommée « libérale » ait cru que ce qui était ancien était dépassé, et que l’innovation se faisait par l’opération du saint esprit, quelque part au sein d’un « marché » mondial. En France, en Angleterre et ailleurs, on a donc liquidé les industries traditionnelles, sans comprendre qu’elles avaient le potentiel de renaître. Rien ne les a remplacées. Sinon des déserts économiques pleins de chômeurs mécontents. 

L’erreur est humaine…

Défaillances du marché

L’économiste parle de « défaillance du marché », comme si c’était une exception. Mais c’est la règle ! Le marché n’est qu’erreurs. Et c’est pour cela que certains l’aiment tant. Parce qu’ils sont passés maîtres dans l’art d’en tirer parti. 

D’où viennent ces défaillances ? De l’irrationalité de la société. Vous pouvez lui faire prendre des vessies pour des lanternes. Et c’est pourquoi l’art du management est un art de la tchatche, du boniment. M.Trump, maintenant honni, en est l’exemple même. Il a longtemps été le plus admiré des plus admirés. Jack Welsh est un Donald Trump qui a bien tourné. 

Une source première de défaillance est la loi sociale. Ce qui est conçu pour faire le bien de la société est un coût par le marché. Par exemple l’Etat. En conséquence, les virtuoses du marché cherchent à nous faire voir la situation avec leurs yeux, de façon à ce que nous démontions ce qui est bon (mais qui est généralement difficile à comprendre) pour nous à leur profit. C’est ce que l’on nomme « libéralisation ». Interdit d’interdire. S’il n’y avait pas de feu rouge, ça accélérerait la circulation…

Une autre grande source de défaillance est l’incapacité pour le marché d’évaluer ce qui se passe à l’intérieur d’une entreprise. Tesla est une société relativement ordinaire, qui n’a probablement pas le dixième de la compétence d’un constructeur ordinaire, y compris dans son domaine. Or, elle vaut dix fois le constructeur ordinaire, pour le marché. (Ce qui, au passage, est une prédiction auto-réalisatrice : grâce à sa survalorisation, AOL a acquis Time Warner, en 2001.) Cette défaillance a peut être bien conduit au phénomène « start up » : un savoir-faire valant plus « dehors » que « dedans ». Seulement, le savoir-faire se développe mieux dedans que dehors… Car, il a besoin, pour émerger, de moyens et de compétences complémentaires. On les trouve dans une entreprise, pas dans un marché dont la règle est l’affrontement et pas la coopération ! D’où les fonds d’investissement, incubateurs et accélérateurs, qui cherchent à isoler la start up des lois du marché…

Les Lumières espéraient que la raison dominerait un jour le monde. Elle semble encore loin du but…

Art dévoyé ?

Il semble qu’il n’y ait plus d’art. Pourquoi ? J’aurais bien du mal à définir ce qu’est l’art. Mais ce qui ne me plaît pas semble avoir deux causes : le marché et l’intellectuel. 

Plus précisément ? Par « marché », il faut entendre une sorte de « populisme » : c’est considérer l’être humain comme une « masse animale », ramenée à des instincts aussi bas que possible. Par intellectuel, il faut entendre quelque-chose comme ce qu’est devenu le mot « élite » dans l’esprit de beaucoup de gens : un dévoiement ridicule du sens original du mot. 

Voilà qui rappelle Aristote et son « juste milieu ». Et si « l’art » était, comme chez lui, le « juste milieu » entre les deux dérives extrêmes que sont « le marché » et « l’intellectuel » ? On ne serait probablement pas beaucoup plus avancé.