Economie et droits de l’homme

Le changement dont il est question dans un précédent billet a « démonté » le modèle républicain. Un modèle qui reposait sur le principe des « droits de l’homme ».

La raison semble en être que ce modèle a été interprété comme inefficace économiquement. Il conduisait à un régime d’assistanat.

Il se pourrait que ce raisonnement soit faux. Ce qui expliquerait le déficit actuel, et le malaise social général.

Nos réformateurs tablaient sur un phénomène dit de « ruissellement ». Les créateurs de richesses enrichiraient le pays, en le faisant travailler à leurs oeuvres. Or, cela ne s’est pas produit. Ce régime est beaucoup moins efficace que le précédent.

Pourquoi ? Probablement parce que ce ne sont pas une ou deux personnes qui tirent l’économie, mais tout un tissu social, et que celui-ci doive-t-être alimenté « correctement » pour donner son potentiel.

Les droits de l’homme pourraient avoir la conséquence imprévue d’être un optimum économique…

Exit Margaret

Comment traduit-on « free market economy » ? me suis-je demandé. Simplement par « économie de marché  » ? Seulement, « free market » avait quelque-chose d’anarchiste, ce que n’est pas nécessairement l’économie de marché.

Free-market economy fut le rêve de Thatcher, Trump l’a enterré. Que s’est-il passé ? Thatcher rêvait d’un capitalisme populaire. Seulement, le peuple a vendu ses actions et les financiers internationaux les ont acquises. Et ils ont vidé les entreprises nationales de leur substance. Si bien que, pour avoir de nouveau de l’eau potable, l’Etat anglais est contraint de nationaliser les dénationalisées.

Mais, ce n’est pas la fin de l’histoire. Le « free market » ne veut pas mourir. Et il fait comprendre à Trump qui est le maître.

Qu’est-ce que cela va donner ? La « free market economy » est le résultat de plusieurs décennies d’un travail de sape. Quelque-chose d’équivalent est-il en marche et va-t-il imposer un nouvel ordre mondial ?

Voici ce que disait, en substance, une émission de la BBC que je citais précédemment. (Invisible Hands.)

Esprit d’entreprise

Les universitaires du management disent généralement que, sans stimulation extérieure, l’entreprise tend à stagner. Voilà qui n’est pas le discours que l’on entend aujourd’hui.

C’est vrai que l’on parle des vertus de la concurrence. Seulement, elle disparaît bien vite : le monopole semble le destin naturel de l’économie de marché. Car la loi du marché, c’est l’investisseur, et sa loi, à lui, c’est le profit à court terme ?

Ce qui fait que, nouveau paradoxe, les grandes ères de développement économique ont été des périodes de planification étatique. Elle a imposé la modernisation de l’entreprise, souvent par nationalisation ! USA et Europe d’après guerre, Japon et Chine modernes, par exemple. La Start up nation française est obtenue à coups de fonds publics, de même que le « new space » américain.

Hold up ?

Attention : théorie du complot !

Au temps de la bulle Internet et de la nouvelle économie, les universitaires américains et mes professeurs de MBA expliquaient que le marché financier était parfait et qu’il fallait vider les entreprises de leur argent et le lui donner. D’où plans de licenciement massifs et élimination de pans entiers de leur activité.

Or, quand on l’observe de près, le « marché » est constitué d’un petit nombre de membres des meilleures familles. Ils sont à la tête des grandes entreprises, des fonds d’investissement, et des cabinets de conseil. J’ai donc fini par penser que la théorie du marché était une forme de hold up.

Récemment, j’ai étendu ma théorie à la start-up. Car, depuis quelques années, il est question « d’open innovation ». L’entreprise ne crée plus, dit-on. L’innovation vient de la start-up. La grande entreprise achète celle qui a réussi. Seulement, on a découvert que la start-up avait besoin d’argent. Alors notre gouvernement lui a donné le produit de l’impôt, très généreusement. Il finance donc la recherche des grandes entreprises, qui en fait l’économie.

Bref, l’Occident ne serait-il pas aux prises avec un phénomène qui vide les poches du peuple, jugé paresseux et obsolète, pour enrichir une « élite » auto-proclamée ?

(En fait, lorsque l’on appartient aux meilleures familles, on n’a pas besoin de toucher à l’entreprise pour être riche. Si vous êtes un universitaire ou un homme politique dans l’air du temps, en entrant dans le circuit des conférences américaines, vous devenez rapidement multimillionnaire. Libre à vous, si vous désirez des milliards, de monter une start-up.)

Self help

Self help : je tombe sur une ancienne émission de la BBC. Préoccupation éternelle de l’humanité. Chez les Grecs, il s’agissait de guider son existence. Récemment c’est un devenu un « business » extrêmement lucratif.

La raison d’être de la littérature de self help est l’inefficacité : celui qui s’y adonne doit en consommer toujours plus.

Cela m’a fait penser à la systémique. Elle parle de « déplacement de charge ». Lorsque l’homme est face à une difficulté il tend à choisir une solution de facilité (l’alcool, par exemple). Si bien qu’il s’enfonce de plus en plus. La systémique a ainsi tout un catalogue des erreurs que nous commettons.

Alors, me suis-je dit : apporter la mauvaise solution à un problème le rend permanent, une part de notre économie de marché serait-elle fondée sur ce principe ?

Seulement, pour que cela puisse être, il faut que le client vous fasse confiance. Trahison d’un (du ?) principe fondamental de la société ?

Alors, le bon self help ? Utiliser les autres pour faire le diagnostic de ses maux mais ne pas se reposer sur eux, ne pas renoncer à son libre arbitre ?

Copyright

Nous sommes en retard ! Nous sommes en retard en intelligence artificielle, notre industrie a une guerre de retard ! Il faut rattraper les Chinois, les Indiens, les Américains. Voilà ce que l’on dit au plus haut niveau de l’Etat. Là où se trouve l’élite intellectuelle.

Mais le plus haut niveau de l’Etat a-t-il réfléchi un instant ? Car est-ce que les Chinois, les Indiens et les Américains sont heureux ?

Certes les Chinois et les Indiens nous ont écrabouillés en nous achetant la corde pour nous pendre. Mais qu’ont-ils gagné ? Demain ce sera eux qui fabriqueront des avions et des voitures, mais nous n’auront pas les moyens de les acheter, car nous n’aurons plus d’économie. Mort, où est ta victoire ?

Et si, au lieu de regarder chez les autres, qui feront toujours ce que nous ne savons pas faire, nous regardions chez nous et fassions ce qu’ils ne savent pas faire ? Peut-être aurions-nous quelque-chose à échanger ?

Histoire de multinationale

A l’époque de la « nouvelle économie », après la chute du mur de Berlin, on disait, les gourous du management en particulier, que le « marché » avait gagné, qu’il était la perfection même, et que la multinationale, si elle voulait survivre, devait se transformer en place de marché.

C’est effectivement ce qui s’est passé. Des entreprises comme Stellantis se sont débarrassées de quasiment tout leur savoir-faire et ne sont presque plus que des services d’achat.

Des places à prendre ?

Salaire de la peur

Global fight intensifies against superbug ‘menace’
GSK joins UK government in committing £130mn to tackle growth of antimicrobial resistance

Financial Times du 16 mai

De l’économie de marché. La recherche devenue privée recherche le profit. En conséquence de quoi, elle ne se lance que s’il y a crise. Il est plus rentable de guérir que de prévenir.

Leçon de conduite du changement : le changement est d’autant plus facile que « l’anxiété de survie » est élevée.

Mauvaise santé

‘I don’t have a choice’: UK patients turn to medical loans for treatment costs
Boom in healthcare borrowing prompts warnings from doctors and campaigners

Financial Times, 4 mai

L’article commence ainsi :

Faced with a daunting NHS wait-list for her first hip replacement, Helen Walters travelled to Turkey for a private operation that drained her entire pension.

On peut se réjouir des malheurs de nos voisins, mais cette situation ne nous pend-elle pas au nez ?

J’ai dans ma bibliothèque un livre qui se nomme « Market driven healthcare ». Eh bien, j’ai l’impression qu’en ayant voulu construire notre système de santé sur le modèle du marché (avec des hordes de bureaucrates pour en faire respecter les règles, ce qui en a fait une bureaucratie soviétique), on l’a démoli. Et que ceux qui en sont responsables vont maintenant nous lancer à la figure : regardez, on vous l’avait bien dit, ça ne marche pas ! Finie la sécurité sociale. Et, pour éviter une révolte populaire, il y a l’hospice.

Mauvais esprit ?

New space

J’ai toujours une guerre de retard. J’ai découvert le « new space », il y a un ou deux ans, alors qu’il aurait été inventé par M.Bush, en 2004, et stimulé par M.Obama.

Son principe est qu’il y a des affaires à faire sur la Lune, en particulier, et que c’est à l’initiative privée de l’exploiter. Ce qui demande que le droit de propriété s’applique à la Lune. Ce qui va à l’encontre des traités qui la régissent. Mais ce n’est pas un traité international qui peut arrêter les USA. En fait, surtout, il faudra fort longtemps pour pouvoir y gagner de l’argent. Alors, la NASA finance et financera encore pendant des décennies « l’initiative » privée des milliardaires américains.

(On va s’installer sur la Lune, La science CQFD, France culture.)

C’est étonnant à quel point nous, Européens, sommes innocents. Soudainement nous croyons qu’une vague d’innovations crée un nouveau Far West de l’entreprenariat, alors qu’il y a derrière cette mode, totalement artificielle, les manoeuvres d’un Etat (et que la technique en matière spatiale a énormément régressé). Et nous sommes persuadés que seul le marché libre peut créer l’innovation, alors que tous les autres peuples font assaut de protectionnisme ! A qui profite le crime ? se demanderaient les zélateurs de la théorie du complot.