De l’erreur de laisser les sauvages à l’âge de pierre

Un numéro de Scientific American présentait une photo de sauvages prise par un drone. L’article dit que nous avons décidé de laisser les peuplades qui ne nous ont pas rencontrés dans l’ignorance de notre présence. Erreur grave. Un calcul montre pourquoi :

  • Imaginons que la richesse mondiale soit uniforme (pour simplifier) Rh par homme. Population civilisée : Nc. Les Ns sauvages, étant hors de l’économie, ont une richesse nulle.
  • Supposons qu’en entrant dans notre monde, ils reçoivent la nouvelle richesse moyenne R’h (on s’arrache leurs pagnes). Ils produisent alors NsR’h et vendent, nécessairement, la même chose ; le reste du monde produit donc, pour leurs besoins (R’h – Rh)Nc = R’hNs.
  • D’où R’h = Rh(Nc/(Nc-Ns)) soit à peu près Rh(1+Ns/Nc) (si Ns << Nc)

Avec de tels calculs on peut montrer que l’immigration et la croissance démographique sont bonnes : elles augmentent le marché, la capacité de production et le PIB. Bien sûr ces calculs ne tiennent pas compte de ce que l’économie appelle des « externalités » : les résultats d’une production en croissance permanente (effet de serre), ou d’une démographie galopante, ou encore les difficultés que pose l’entrée d’immigrés dans une société. En bref, de mon métier, le changement.

(Reprise de l’argument de Jean-Baptiste Say qui nous poussait à produire le plus possible. SAY Jean-Baptiste, Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996.)

Malheureuse Inde

Up to their necks in it, The Economist, 17 juillet 2008. « En dépit de bonnes lois et d’intentions meilleures encore, l’Inde cause autant de pollution que n’importe quel pays pauvre en voie d’industrialisation« . The Economist peint une situation effrayante : l’écosystème indien est saturé, et le développement économique du pays ne va qu’aller en s’amplifiant.

Un exemple : l’Inde est incapable de recycler ses déchets, si bien que sa population fait ses ablutions dans un Gange dont l’eau dépasse par endroits de 300.000% les normes d’insalubrité. Avec les conséquences attendues : 1000 morts d’enfants par jour. The Economist dénonce les « gouvernements locaux désemparés, les gouvernements d’Etats corrompus, le gouvernement central surchargé et divisé par des querelles incessantes« .

Voici la manifestation usuelle d’un changement mal mené : on en veut à l’homme alors qu’il ne fait que ce qu’il a toujours fait (se baigner dans la Gange et mener les affaires du pays à la manière indienne). Jusqu’ici il n’y avait aucun mal à procéder ainsi. Mais la croissance économique (le nom du changement dans ce cas) a rendu dangereux ces comportements. Comment l’Inde peut-elle évoluer ? Deux scénarios :

  1. Revenir au statu quo, arrêter le développement économique. C’est ainsi que se terminent la plupart des changements mal menés. Scénario peu probable.
  2. L’Europe de Mathus : l’innovation technologique sauve le pays.

The Economist appelle cette dernière solution de ses voeux. Il nous encourage, par exemple, à adopter les OGM. Or, ce qui freine l’usage de ces OGM est le principe de précaution. Le doute que beaucoup éprouvent quant à leurs effets secondaires. Les dangers que font courir à la planète la croissance économique signifieraient-ils que nous ne puissions plus être « prudents« , la vertu suprême du dirigeant, selon les Grecs ? Que nous devons nous livrer à une course en avant aveugle ?

Références :

  • Ce que The Economist pense de Malthus : Malthus, the false prophet.
  • Pourquoi les OGM ne semblent pas donner toutes les garanties qu’ils n’aient pas d’effets néfastes : SERALINI Gilles-Eric, Ces OGM qui changent le monde, Flammarion, 2004.