Saint Madoff

Je lisais dans les Échos que l’on soupçonne que Bernard Madoff aurait pu siphonner 170md$. C’est de l’ordre de grandeur de la dette de la France, ou de la richesse d’un pays qui est entre le 35ème et 50ème rang mondial. Comment une personne peut-elle détourner une telle somme, alors que des centaines de millions d’autres, en travaillant vaillamment, et en joignant leurs forces, ne parviennent pas à réunir autant d’argent ?

Le phénomène ressemble singulière au wu wei chinois, au non agir : si vous avez compris le principe du système (LI), vous en obtiendrez ce que vous en désirez, sans effort (c’est aussi l’idée d’effet de levier). Seul le « saint » peut atteindre à cette connaissance ultime. Madoff aurait-il été un saint du capitalisme ? Il en a tellement bien compris le principe qu’il l’a vidé de sa substance, quasiment sans effort.

Et pied de nez à la Chine. Elle a perdu son âme pour nous copier, résultat : politique du bras de fer et du passage en force, soit l’Occident à son plus idiot. Si elle avait appliqué les recommandations de ses pères, elle aurait cherché à comprendre le principe du capitalisme. Aujourd’hui, elle serait riche et paresseuse, elle dirigerait le monde du bout des doigts.

Madoff le durable

How the Wall Street Journal and the New York Times Buried the Madoff Scandal for at Least Four Years semble avoir trouvé une surprenante explication à la durabilité de l’escroquerie de Bernard Madoff : ses investisseurs savaient qu’il était un escroc !
Ils croyaient qu’il commettait des délits d’initié : il était courtier, il était au courant des achats et des ventes des grandes entreprises et aurait pu investir un peu avant de passer des ordres pour son fonds ; ainsi il était sûr d’où allait se diriger le marché. Ils savaient aussi qu’ils avaient peu de risques d’être punis pour leurs méfaits. « ils comprenaient qu’il était un escroc mais pas un type qui menaçait leur portefeuille. »
Morale de la finance internationale ?

Scénario pour Hollywood ?

Grand classique du film américain tiré d’une histoire vraie (Serpico, American gangster…) : une corruption massive des services de l’état, généralement de la police. Cette fois-ci les cercles gouvernementaux seraient concernés.

Fouad Sassine mène l’enquête et m’envoie des éléments qui complètent ceux que j’avais trouvés la semaine dernière.

  • Un premier article explique que l’affaire Madoff avait été repérée et dénoncée depuis longtemps aux autorités de régulation du marché, qui, bizarrement, n’avaient rien fait. Par ailleurs, Bernard Madoff semblait avoir monté un mécanisme de « lobbying » (corruption ?) efficace.
  • Pour un second article (où l’on retrouve les informations qui apparaissent dans ce blog), on est en face, en ce qui concerne la gestion de la finance américaine, d’une fraude énorme, obéissant au même principe que celle de Madoff, mais infiniment plus importante. Elle est couverte par le gouvernement parce qu’il ne sait pas comment faire autrement.

Effectivement, les techniques utilisées par les banquiers ressemblent à celles d’Enron, or son dirigeant a été condamné à plus de 25 ans de prison, et son auditeur (Arthur Andersen) a été mis en faillite.

On attend le héros.

Compléments :

Rayonnant Madoff

Bernard Madoff semble s’être toujours comporté avec la plus claire des confiances. Se ventant même de son insolent succès.

Escroc de génie ? Autre hypothèse, qui m’est venue en tête à la lecture de l’histoire d’Enron. Les grands scandales américains sont le fait de personnes persuadées d’être dans le droit chemin. Certes, elles font des entorses à la loi, mais la fin ne justifie-t-elle pas les moyens ? Richard Foster, ancien directeur du plus prestigieux cabinet de conseil mondial, ne leur donne-t-il pas son absolution ? Le capitalisme n’est-ce pas une infraction aux règles de la société qui a été couronnée de succès ? La loi du Far West.

Et n’était-ce pas la doctrine néoconservatrice, son interprétation de l’œuvre de Léo Strauss ? La ligne de conduite de la présidence Bush ? Et, plus généralement, l’explication de l’usage politique des droits de l’homme par les gouvernements américains ?

Complément :

BNP escroquée par Madoff

J’ai croisé le chemin de l’audit interne de la BNP : comment une organisation aussi efficace peut-elle être victime d’une escroquerie aussi grossière ?

J’ai lu plusieurs témoignages d’organismes pris au piège des suprimes. Eux aussi n’avaient pas procédé aux contrôles les plus évidents. Plus exactement, leurs contrôles semblent s’être réduits à : 1) il faut le faire parce que tout le monde le fait ; 2) le vendeur est quelqu’un de respecté. Voilà, selon Robert Cialdini, deux « courts-circuits » fréquents dans la décision humaine : « validation sociale » et principe « d’autorité ».

Comme l’homme, la BNP n’aurait-elle pas utilisé sa raison pour décider ? Et les Américains sont des experts de l’art de la manipulation des lois sociales ? L’art de l’influence selon Robert Cialdini.

Mais, n’y a-t-il pas eu inexpérience ? 1) L’escroquerie était grossière ; 2) le peu que je connais des as de la finance me montre qu’ils ont surtout du « flair ». Et un solide bon sens. De paysan. L’expérience des employés de banque se limite-t-elle à leurs diplômes ? Ne faudrait-il pas revenir au modèle du compagnonnage et de l’apprentissage patient ?

Un exemple de technique d’influence : Totalitarisme et management.

Hypocrisie américaine

Matthew Yglesias (Irony Department) a regardé le site web de Bernard Madoff, héros de la dernière escroquerie financière en date. Ce que disait ce site :

In an era of faceless organizations owned by other equally faceless organizations, Bernard L. Madoff Investment Securities LLC harks back to an earlier era in the financial world: The owner’s name is on the door. Clients know that Bernard Madoff has a personal interest in maintaining the unblemished record of value, fair-dealing, and high ethical standards that has always been the firm’s hallmark.

Retour à un favori de ce blog : l’hypocrisie. Et la forme qu’elle prend dans le monde anglo-saxon et allié.

Je continue à penser que l’hypocrisie est naturelle : notre tête a une logique, nos actes une autre. Les mettre en cohérence demande du temps. Mais l’hypocrisie est d’autant plus facile que l’homme est seul face à ses problèmes. Son cerveau a une faible capacité de calcul. S’il avait des amis, il saurait les résoudre. C’est la société qui nous rend intelligents. Et c’est probablement parce que l’Amérique est une société individualiste (qui de plus a une ambition de réussite personnelle inconnue ailleurs) qu’elle se prête à ce type de phénomène.

Nous sommes tous des hypocrites !
Jihad américain et Perfide Albion