The Voysey Inheritance

Pièce d’un certain Harley Granville-Barker, qui semble avoir été un auteur célèbre, en Angleterre, au début du siècle dernier. (BBC)

Madoff avant Madoff. La pyramide de Ponzi est éternelle. Un jeune homme découvre que son père et avant lui son grand père escroquaient leurs clients. Ces derniers confiaient leur capital à l’entreprise, en échange de revenus récurrents. Le capital servait, sans le leur dire, à des affaires douteuses. Tout l’exercice consistait à pouvoir rembourser le capital, quand il était réclamé. Généralement le jour du décès du client. 

Le jeune homme est honnête ? Que doit-il faire ? Continuer la tradition ? Après tout personne ne s’est jamais rendu compte de rien. Expérience existentielle. Dans l’épreuve, chacun révèle sa nature. Et elle n’est pas très belle.

Et, comme dans la vie réelle, on ne fait confiance qu’à l’escroc. Un homme honnête a quelque chose d’inquiétant. Au fond, on ne peut pas échapper à sa nature. 

C’est aussi l’occasion de s’intéresser à Ponzi. Et si ce dispositif n’était pas utilisé que dans les escroqueries ? Et si, certaines générations, par exemple, consommaient le capital de l’humanité ?… 

Auto hypnose

Comment piéger un homme ? Un spécialiste du cerveau me parlait « d’auto hypnose« . Il suffit d’enfermer un individu dans des « croyances limitantes« . Il s’agit de trouver un principe qu’il ne peut mettre en cause. Il faut ensuite le placer dans une situation dont il ne peut sortir sans enfreindre le dit principe. Il est cuit. Son cerveau disjoncte.Il est en votre pouvoir !
Exemple : l’affaire Madoff. Les victimes de Madoff auraient pensé qu’elles participaient à un mauvais coup. Mais elles n’avaient pas compris que c’étaient elles qui en étaient les pigeons. Or, elles ne pouvaient pas dénoncer Madoff, puisqu’elles en étaient complices. Il en est peut-être de même du fonctionnement de l’Etat français. Nos gouvernants se font élire en dépensant notre argent en cadeaux improductifs. C’est fatal au pays. Tout le monde le sait, mais pense qu’il en profite plus que les autres. Qui dénoncera à temps la supercherie ?

Antidote ? Être un « observateur de sa vie« . L’auto hypnose est nécessaire à la vie. Elle permet de se concentrer sur une tâche. Mais elle doit être décidée en connaissance de cause.

Facebook et la rationalité des marchés

Des scientifiques essaient d’évaluer Facebook. Conclusion ? Son prix d’introduction en bourse est surévalué de 50 à 200%. Pire : « la nouvelle génération commence à trouver que Facebook est peu intéressant, « c’est ce qu’utilisent les parents » ». (Facebook shares are overvalued, say financial analysts – New Scientist)

Mais pourquoi veut-on évaluer une entreprise en fonction de ses revenus futurs, comme le font tous les modèles économiques ? La bourse est un marché et fonctionne selon l’offre et la demande. Si l’action de Facebook vaut aussi cher, c’est qu’il y a des gens qui sont prêts à acheter à ce prix. Dans ce groupe, il y a des gogos qui croient au Madoff et des gens qui savent qu’ils jouent, mais qui ont confiance en leur talent (et en leur chance). 

À quoi servent donc les hedge funds ?

Madoff aurait-il été un nigaud? Il y avait plus rentable et moins dangereux que Ponzi ? Les honnêtes hedge funds auraient rapporté, en moyenne, 2% par an (moitié moins qu’un placement en obligations) à leurs investisseurs. Cependant, ils auraient spectaculairement enrichi leurs dirigeants, qui ont reçu « presque 100md$ de commissions entre 2008 et 2010 ».

Investir dans des hedge funds donnera à quelques dirigeants chanceux l’occasion de profiter d’une retraite précoce sur leur yacht. Cela ne permettra pas aux fonds de pension [les investisseurs qui leur ont apporté leur argent] de réduire leur déficit. (Rich managers, poor clients)

Ponzi redéfini

L’armée d’avocats et de consultants qui aide à récupérer les 19,6 md$ de la fraude de Bernard Madoff est en passe de gagner 1,3md en honoraires. (Financial Times)

À qui profite le crime ? N’y a-t-il pas un phénomène plus général à l’œuvre ici ? Certaines professions profitent de leur position pour rançonner la société, comme jadis les seigneurs du Rhin rançonnaient les voyageurs ?

Foot, BP et Kerviel

La BBC ce matin déplorait que l’équipe de France de football ait été choisie à la place de celle d’Irlande : l’Irlande, elle, sait jouer au football.
Ce que nos joueurs savent faire, c’est gagner beaucoup d’argent. D’ailleurs, partout, gagner de l’argent est devenu une fin en soi. Et pour cela, le plus efficace n’est pas de bien faire son travail. Pour les financiers, le retour sur un investissement est fonction du risque. Pour s’enrichir il suffit donc de faire courir des risques à une entreprise. Bien sûr elle finira par le payer. Espérons que l’on ne sera pas là quand elle le fera. 
C’est peut-être cela l’enseignement des affaires Kerviel et BP, qui ne sont probablement que des cas extrêmes d’un comportement général.
Compléments :
  • Ce que je vois de l’affaire Kerviel me fait penser à l’affaire Madoff. Si Bernard Madoff a aussi bien réussi, c’est que ses investisseurs soupçonnaient qu’il était un escroc, mais pas le type d’escroquerie qu’il commettait. Jérôme Kerviel aussi semble avoir été entouré de l’estime de tous. On soupçonnait, semble-t-il, que ce qu’il faisait était louche, mais on n’en imaginait pas les conséquences.
  • D’ailleurs, les choses ne semblent pas parties pour changer : les grandes entreprises américaines nagent dans le cash. Plutôt que de l’investir dans leur activité, elles ont décidé d’acheter leurs actions, qui sont au plus haut. 

Roulette russe

Ce, qu’en substance, une société de « gestion de fonds » dit de ses faits d’armes :

(X) est l’une des rares sociétés de gestion alternative à ne pas avoir investi dans les fonds Madoff ou dégradé ses termes de liquidité.

Drôle de profession. Imaginons-nous un fournisseur d’énergie nous expliquer que, contrairement à ses concurrents, aucune de ses centrales nucléaires n’a explosé ? Si un gestionnaire de fonds ne vous fait pas perdre tout ce que vous lui avez donné, vous devez vous estimer heureux ?

On comprend mieux que ceux qui n’ont pas fait d’énormes erreurs au cours de l’année méritent une énorme récompense, un gros bonus.

Recycler Madoff

Bernard Madoff aurait fait preuve d’un immense talent pour donner à son fonds l’apparence d’une honnête activité (A sidekick sings). Il m’a fait penser au personnage de Leonardo di Caprio, dans Attrape moi si tu peux. D’où une idée :

Pourquoi ne pas utiliser B.Madoff comme di Caprio, c’est-à-dire pour combattre le crime financier ?

Les Américains nous disent que leurs organismes de contrôle ne peuvent être efficaces parce que l’on y gagne moins d’argent que dans une banque, et que l’Américain ne peut faire son devoir que contre de l’argent (Salaire des banquiers). Mais voilà que l’on a une ressource gratuite, hyper compétente, et facilement motivable (en lui promettant de sortir de temps à autre de son cul de basse fosse) !

Une idée d’objectif : il sort de prison lorsqu’il a permis aux USA de récupérer plus de 50md$ de fraude. (Trop facile ?)

Buffett = Madoff ?

Un article explique de W.Buffett vient de vendre pour 4,9md$ de produits dérivés. Il s’agit d’un pari sur des indexes, qui peut lui faire perdre de l’ordre de 35,5md$, dans 10 ans. Il aura alors 88 ans.

J’ai déjà vu passer un billet de ce type, il y a quelques mois, mais n’ayant pas réagi à temps, je n’ai pas réussi à le retrouver. La présomption que j’en ai tirée est la suivante : W.Buffet a trouvé un moyen élégant de lever d’énormes fonds. Il vend des produits dérivés sur tout et n’importe quoi, à très long terme. Du coup, il récupère énormément d’argent, qu’il peut investir dans des acquisitions. C’est sûrement un excellent investisseur, mais, surtout, il a réussi à expédier le risque après sa mort. Il a construit sa fortune à crédit. Mais un crédit qu’il a de fortes chances de ne jamais payer.

C’est à creuser. Mais il y a probablement derrière tout ceci quelque chose de l’âme de l’Amérique. L’Américain veut faire fortune, et il a trouvé un moyen pour cela : prendre énormément de risques, et les faire porter par quelqu’un d’autre. La société américaine (et mondiale), dans le cas de Goldman Sachs ? La postérité dans celui de Buffett ou Madoff (s’il avait réussi à tenir la distance, ou avait vécu moins vieux) ?

Bien sûr, ça ne réussit pas à tous les coups, mais que pèsent, pour un Américain, quelques années de prison ou de discrédit par rapport à des décennies au firmament de la richesse mondiale ? D’ailleurs, peut-il envisager que sa bonne étoile l’abandonne ?

Compléments :

  • W.Buffett a appelé les produits dérivés des armes de destruction de masse. Ce qui montre qu’il est conscient d’adopter une stratégie à très haut risque.

Le FMI juge le monde

Les enjeux internationaux de France Culture évoquent l’opinion du FMI sur l’état économique du monde. En gros, les USA vont rapidement se redresser. Mais ça va mal se passer pour l’Europe. Surprenant : n’est-ce pas les USA qui sont à l’origine de la crise ? Les Asiatiques dont les économies ont été dévastées en 97 par la gestion américaine de leur économie ont dû ressentir une frustration équivalente.

Explication du FMI : les économies d’Europe ne sont pas assez libérales, leurs rigidités sociales s’opposeront à une reprise rapide. En outre, leurs banques sont fragiles : contrairement à celles de la vertueuse Amérique, elles masquent leurs actifs toxiques. Or, l’économie européenne est beaucoup plus dépendante des banques que celle des USA. Et là se trouve un curieux cercle vicieux : plus votre économie va mal, plus vous avez d’actifs toxiques !

Derrière ce paradoxe, il se peut qu’il y ait une explication simple. Celle notée par Paul Krugman au sujet de la crise de 97 : c’est le « marché » qui impose sa loi à l’économie en crise. Non seulement il doit être sauvé (la crise doit être circonscrite pour ne pas être « systémique »), mais selon la méthode qui lui semble bonne (la « rigueur », pour les économies asiatiques). Or, ce « marché » est probablement constitué par un tout petit nombre d’entreprises critiques pour le fonctionnement de l’économie, notamment les grandes banques américaines. Quoi qu’il arrive, elles doivent être protégées.

Je me demande si la logique de ce cœur protégé n’est pas le parasitisme. Comme le montre l’affaire Madoff, il est relativement facile, lorsque l’on est bien placé, d’organiser des fuites d’argent à son profit. Depuis quelques années le % le plus riche américain absorbe l’intégralité des augmentations de PIB du pays, le reste de la société s’endettant (l’endettement a représenté, par rapport aux revenus annuels : 55% en 60, 65% au milieu des années 80, 133% en 2007, et il n’est revenu qu’à 128% en dépit de féroces économies). Il en est probablement de même avec le reste du monde.

Ce qui menace le « marché » est qu’il est très dépendant des américains ordinaires qu’il a parasités. Si leur situation se dégrade, l’état des banques américaines aussi. La relance keynésienne tentée par MM. Bush et Obama n’a pas réussi mieux qu’un fragile décollage. Une seconde relance fait peur. L’état américain n’a donc pas d’autres solutions que de nous expédier sa crise, pour sortir son peuple du chômage (le taux réel de chômage américain serait de 18,2%) et de l’épargne forcenée, sans demander d’efforts à ses banques.

La victoire ne sera que de courte durée : aucun système ne peut fonctionner sur le principe du parasitisme. Quant au FMI, son opinion ne fait que refléter des théories qu’il s’agit maintenant de réformer.

Compléments :

  • L’ouvrage cité : KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.
  • Ce que M.Madoff révèle du fonctionnement du système économique mondial : Saint Madoff.
  • En fait, le parasitisme ne semble pas se limiter au système financier, le système médical en a été l’une des plus grandes réussites : Le marché contre l’homme, Les origines du déficit de la sécu ?. Le jeu du parasite est probablement de mettre la main sur tous les points névralgiques du système pour le faire travailler pour lui.
  • Sur l’état, peu glorieux en dépit de l’opinion du FMI, des USA : Mike Whitney: The Deflating Economy (d’où je tire les informations des deux avant-derniers paragraphes).
  • Tentatives de réforme : Combat de libéraux et de banquiers.