Alexandre Jardin dit que l’on vote contre. Cela n’est-il pas en train de changer ? Les votes Fillon, Macron et Mélenchon semblent des votes pour. Mme Le Pen demeure un vote contre. Mais elle peut se faire rogner à gauche par M.Mélenchon, et à droite par M.Fillon. Sera-t-elle au second tour, comme le disent les sondages ? M.Macron, qui représente une voie moyenne de type Juppé, avec l’avantage de la nouveauté, a peut être toutes ses chances.
Étiquette : Macron
Les chances de M.Macron
M.Macron a-t-il une chance d’être élu ? Il est de gauche, alors que l’on est parti pour une alternance. En outre la gauche n’a jamais eu de candidats naturels, mais a toujours été traversée par les intérêts particuliers. Quand elle n’est pas dirigée par des manœuvriers géniaux comme Jaurès, Mitterrand ou Hollande, un temps, elle explose en luttes fratricides. Que peut faire M.Macron avec un tel panier de crabes ?
Eh bien, il y a peut-être une solution. Il faudrait un désistement de M.Hollande en sa faveur, et une sélection de M.Sarkozy par les Républicains. Sachant que Marine Le Pen sera au second tour, la gauche non suicidaire peut avoir un vote tactique. De même que la droite modérée, qui hait Sarkozy. Cela représente peu de voix, mais suffisamment pour battre M.Sarkozy. Ensuite, il a une bonne chance face à Mme Le Pen, puisque son succès vient probablement beaucoup d’un rejet du couple présidentiel Hollande, Sarkozy.
Peu de chances que cela se produise. Mais cela signifie que M.Macron a bien joué. Habile manœuvrier, après tout ?
L'étrange M.Macron ?
Qui est M.Macron ? Un ultra libéral adoré par The Economist. Mais aussi un fervent de M.Rocard. Donc un radical. Un adhérent à une pensée qui a fait de la France ce qu’elle est. Une pensée, aussi, honnie par le socialisme. Rappelez-vous l’affrontement entre Clemenceau et Jaurès. Or, M.Macron a été ministre d’un gouvernement socialiste ! Mais alors, il est bourré de contradictions, cet homme ?
L’anarchie vaincra !
Au contraire. Le radicalisme est proche de l’anarchie et du protestantisme. En effet, son principe est que, s’il a été correctement formé, un homme n’a pas besoin de lois. Il fera naturellement ce qui est « bien ». D’où les « hussards noirs ». Ils doivent apporter à tous les éléments de jugement nécessaires à l’homme de bien. D’ailleurs, l’origine de la théorie libérale actuelle n’est pas anglaise, mais française. Les philosophes des Lumières cherchaient des « lois naturelles » qui pouvaient organiser la société sans intervention humaine. En effet, l’homme est un loup pour l’homme, pensaient-ils. Ceux d’entre-eux que l’on a appelé les « économistes » croyaient que ces lois étaient celles du marché. Ne s’autorégule-t-il pas ? Les Anglo-saxons n’ont fait que reprendre cette théorie. Cependant, ils ont constaté que le marché, laissé à lui-même, suscitait des crises. La seconde guerre, et le fascisme, on résulté de telles crises. Ils ont pensé qu’elles étaient des maladies monétaires. Les « monétaristes », qui est à l’origine de notre société actuelle, ont proposé un mécanisme régulateur : la gestion de la masse monétaire par la banque centrale. (On notera que l’homme libéral ne devant pas être réglementé par l’homme, ils sous-entendaient par là que la banque centrale était d’origine divine.)
Pour leur part, les radicaux se sont vite méfiés du laisser-faire. Ils ont découvert d’autres mécanismes de régulation que le marché : notamment la solidarité. Ils croyaient beaucoup en l’assurance (mutuelles), par exemple. L’économie sociale (les associations, coopératives, mutuelles…), c’est aussi eux. L’économie oui, mais l’acteur économique, l’entreprise, doit être géré comme une démocratie. C’est ce que disait Proudhon. Et Marx, le père du socialisme moderne (ou plutôt du gauchisme ?), l’appelait « utopiste ». Quant à l’État providence et planifié d’après guerre, qui fait du citoyen un assisté, ce n’est pas eux. C’est un héritage de la pensée technocratique. Une pensée plus ou moins fortement totalitaire… En ce sens, la loi El Komry, dans la mesure où elle signifie encore quelque-chose, est une loi radicale ! Elle veut faire de l’entreprise une démocratie.
Le pari d’Emmanuel ?
Lorsque j’écoute des Espagnols ou des Allemands, ou que l’on me parle de ce qui se passe en Angleterre, je vois des sociétés en détresse. C’est un peu comme si l’on y avait remplacé le chômage par le système victorien des Poorhouses. Le perdant trime pour une bouchée de pain, dans des conditions infectes. D’ailleurs, il ne produit rien. Son travail est une punition? Or, on nous dit que c’est parce que ces mesures ont réussi ailleurs qu’il faut les appliquer chez nous ! Et si ce n’était pas ce que pensait M.Macron (ou M.Valls) ? Et s’il reconnaissait dans ces mesures quelque-chose de typiquement français ? Et s’il pensait que, de ce fait, cela réussira chez nous, même si cela a échoué à étranger ? Et si cet échec était une partie de la preuve ?
Un acte de foi ?
La logique de M.Hollande
M.Macron serait bloqué dit Politico. A la fois il n’a pas d’argent pour alimenter son parti, et, curieusement, il a le même électorat que celui de M.Juppé. C’est un ministre de gauche, qui a un électorat de droite, et bien à droite !
Encore plus bizarre, il est protégé par M.Hollande. Quelle stratégie poursuit donc M.Hollande ?
Il est possible qu’il ne cherche pas à atteindre un objectif (stratégie dite « rationnelle ») mais à conserver une situation qui lui est favorable (stratégie dite « ritualiste »). Pour maintenir son pouvoir, il juge peut-être bon d’entretenir une forme de chaos.
Question : est-ce que ce chaos ne provoque pas le chaos ?
(La stratégie du chaos est une stratégie de haut fonctionnaire, cf. France Télécom ou Crédit Lyonnais, elle permet de bloquer les contre-pouvoirs. Il est aussi possible que M.Hollande soit « génétiquement » à l’aise dans cet état de faits : toute sa vie professionnelle s’est passée au milieu du chaos du PS, et il semble même que son enfance ait été marquée par le chaos, entre un père extrémiste, et mal dans sa peau, et une mère socialiste.)
Stratégie Macron
“Why are we in this situation like this one with Front National? Why? Because the two classical political parties failed in proposing something convincing to people … I am not the one who created such a situation.” Voici ce que dit M.Macron. Et qui explique probablement sa stratégie : proposer une alternative aux partis traditionnels qui soit opposée au FN.
La bateille du centre
Pendant longtemps la France a été gouvernée au centre. C’est le principe du radicalisme, issu de la révolution, et du gaullisme, monarchie sans roi. Il y a quelque temps ce blog disait que M.Valls cherchait à constituer un mouvement des hommes de bonne volonté de tous bords. Mais M.Macron l’aurait pris de vitesse. (M.Hollande divise pour régner ?) Et M.Juppé ? Et s’il était une résurgence du gaullisme, donc du même phénomène : le retour du centre ?
Cependant, que ce soit les Lumières ou la monarchie, radicalisme et gaullisme étaient des créations nationales. Les nouveaux centrismes prennent leurs idées à l’extérieur. L’exemple de l’entreprise me dit que ça ne marchera pas. Les constructeurs allemands ne savent pas faire de petites voitures, et les Français de grosses voitures, par exemple. Un changement doit être adapté à une culture. Aujourd’hui on veut résoudre des problèmes nationaux avec des solutions globales, il faut faire le contraire, je crois. Encore un petit effort ?
Emmanuel Macron et la French tech
French Tech, terme que je viens de découvrir, mais qui semble sur toutes les lèvres. Si j’en crois ce que j’ai vu récemment, les entreprises « anciennes » voudraient participer au mouvement. Même des relativement petites. Et si, d’un seul coup, il y avait des financement pour les start up ? Et Emmanuel Macron semble avoir parfaitement compris les règles du marketing à l’Américaine.
Quand l’esprit cartésien prend la dimension correcte d’un problème il est généralement beaucoup plus efficace que ses équivalents étrangers. La French Tech va-t-elle être une success story ?
M.Macron et les fonctionnaires
M.Macron s’en prend aux fonctionnaires. Cela se comprend. Qu’est-ce qui justifie encore que certaines professions soient protégées ? Et comment se fait-il par exemple, que leur retraite n’entre pas dans le calcul de l’impôt sur la fortune, alors qu’elle est garantie ? Et qu’un calcul d’actualisation classique montre qu’elle atteint facilement le million d’euros. D’ailleurs, l’inflexibilité de la fonction publique ne force-t-elle pas le reste du pays à la flexibilité ? Et si le travail précaire, la PME sous-traitante.. c’était, en grande partie, de son fait ?
Je lis ce raisonnement depuis des années dans les journaux anglo-saxons. C’est étrange qu’il paraisse une nouveauté chez nous. Malheureusement, cette justice est justice en trompe l’oeil. Car il y a des gens qui seront toujours protégés : les riches. Et ces riches doivent rarement leur argent à leur mérite. Mais pltôt à leur naissance, à leur mariage, à leur arrivisme, au hasard… Démolir le statut des fonctionnaires, c’est vouloir la misère pour tous, pour enrichir un peu plus les riches. Car eux sont au dessus de la justice. Notre problème est : comment remettre en piste ceux qui ne sont pas fonctionnaires.
MM.Macron et Sarkozy : même combat ?
Ryan Heath de Politico, s’étonne que M.Sarkozy s’oppose à M.Macron :
SARPOCRISY 1: As members of Les Républicains stormed out of the French Parliament in reaction to the government’s decision to use the a constitutional decree to push ahead with the “Macron Law” on liberalization of French economy, some in the party, including Nicolas Sarkozy himself, seem to have been hit by a peculiar case of amnesia. Or is it “Sarpocrisy”? The former French president was in 2007 quoted saying: “We must take down the barriers that exist in some regulated professions and furthermore, we need to put an end to benefits resulting from unfair market positions.” Which is what the Macron law was about… See more at http://bit.ly/1LdsOOB h/t Antoine Sander.
SARPOCRISY 2: It was the same Sarkozy who in 2007 commissioned a report on the “liberation of French growth,” led by Jacques Attali. The rapporteur for the work was no other than… Emmanuel Macron himself! The new law project borrows heavily from the 2007 report — of which Sarkozy said he supported 313 of the 316 propositions, such as more Sunday trading. Now that the law has Macron’s rather than Sarkozy’s name on it, the tune has changed. http://bit.ly/1IiStzj
Je ne savais pas que M.Macron avait été rapporteur de la Commission Attali. Ce qui confirme ce que j’ai vu en étudiant les changements de ces dernières décennies : de gauche ou de droite, ils partent des mêmes idées. Pensée unique. Pour le reste, tout est une question d’habileté politicienne ? Y compris le choix d’un camp ?
Immigration en Europe : mort par chaos ?
Enquête sur les boat people de l’Europe. Ils viennent des zones de conflit (Syrie), et de pauvreté (Mali). (Mais peut être pas d’extrême pauvreté, car il faut pas mal d’argent pour faire le voyage.) Leur nombre n’est pas en augmentation significative. S’ils meurent plus, c’est peut-être parce qu’en attaquant les bateaux des passeurs, l’Europe les force à prendre des embarcations de fortune. C’est aussi parce que l’Italie a mis un terme à son programme Mare Nostrum, qui repêchait les embarcations en difficulté. On lui reprochait d’encourager l’immigration. On pense maintenant que ce n’était pas le cas. Il permettait simplement d’éviter des morts. Alors pourquoi ne pas adopter le dispositif qui a permis la prise en charge mondiale des boat people vietnamiens ? Parce que l’Europe donne un tel spectacle de désorganisation lamentable que personne n’a envie de l’aider. (Quant aux Australiens, ils empêchent les boat people d’approcher de leurs côtes. Ils les auraient découragés.)
L’Europe, justement. Portrait en regard de MM.Schäuble et Varoufakis. Chacun ressemble à l’image que donne son pays. M.Schäuble est un invalide digne et droit. M.Varoufakis, un dilettante hypocrite, qui s’occupe fort peu de son ministère des finances, trop occupé à gagner de l’argent sur le circuit des célébrités et à mener la vie de la jet set. La Grèce est proche de la sortie. Les fonds spéculatifs ne croient plus à ses chances. L’impact de son départ, pour l’Europe, serait limité. Ce serait même une bonne opération pour les marchés financiers. Mais elle peut gagner du temps en payant ses salaires avec des reconnaissances de dette. Quant à la France, son problème est la flexibilité de l’emploi, dit The Economist. Avec un euro inflexible, l’emploi doit s’adapter. Or, la France, contrairement à l’Allemagne, protège l’emploi en place. D’où chômage et précarité. MM.Hollande, Valls et Macron savent ce qu’il faut faire mais ils sont bloqués par la résistance du système (politique ?). Ils font donc du Schröder en sous marin. Ils facilitent les licenciements, notamment en réformant la justice. Et ils réduisent les charges patronales. De manière à ce qu’elle ne puisse pas être détectée, la manœuvre a été divisée en petits morceaux. Mais peut-elle être efficace dans ces conditions ? Et l’Angleterre, ne devrait-elle pas être notre modèle ? Voilà un pays qui a fait de la flexibilité de l’emploi sa loi fondatrice. Eh bien tout va mal, et M.Cameron, qu’interviewe The Economist, s’en fiche. L’Europe tape sur Gazprom. Message : M.Poutine est un tigre de papier. Les USA, depuis la guerre du Vietnam, ont maintenu la paix en Asie. La Chine en a profité pour se développer. Ce qui lui donne les moyens d’éliminer l’influence américaine… Quant au Japon, la protection américaine l’a infantilisé. Aux USA aussi M.Obama essaie de faire passer ses traités de libre échange en douce. Comme en France, son parti n’en veut pas, mais il a l’appui tacite de son opposition. Et il y a des tas de candidats à l’investiture républicaine. Pas que l’on compte être élu, mais parce qu’un coup de pub est toujours bon pour une carrière.
La Chine, Eldorado de la bagnole occidentale, c’est fini. Le marché se contracte. Maintenant surcapacité et guerre des prix. Cela va être fatal aux producteurs locaux. Mais ce n’est pas grave. Ce n’est pas le véhicule, mais le composant qui compte aujourd’hui. Les compagnies aériennes occidentales, c’est fini. Après le low cost, qui va attaquer le long courrier, les « connecteurs » mettent le dernier clou à leur cercueil. Emirates, Etihad, Qatar et Turkish Airlines emploient, comme l’Ouest, la technique de la subvention massive. Mais eux sont riches. Et leurs aéroports, contrairement à ceux de l’Ouest, sont à des emplacements stratégiques.
Il y a une grosse spéculation sur la dette d’entreprise. Cela devrait claquer l’année prochaine en Europe, et un peu plus tard en Amérique. (Attention, M.Drahi ?)
Les sciences du management n’ont plus que de vieux gourous.
