In quiétude

M. Macron victime du syndrome Sarkozy / Hollande ? MM. Sarkozy et Hollande ont perdu leur pouvoir quasi instantanément : leur comportement a immédiatement montré qu’ils ne comprenaient pas ce que ressentait la population. 
Pour M.Macron, la situation pourrait être pire. Si cette faiblesse se révèle entre les deux tours, ses multiples oppositions vont se réveiller et le mettre, dès les législatives, en situation de canard boiteux. Président impotent. Mme Le Pen voudra-t-elle encore du pays après un tel gouvernement ? Tout peut se jouer en peu de temps. Il va falloir du génie pour ce tirer d’un tel piège.

(Ce qui explique peut-être pourquoi M.Macron a suspendu un jour sa campagne, lundi : pour réfléchir ?)

Première Macron

Ce qui m’a toujours surpris, c’est à quel point les Anglais nous haïssaient. Il suffit de lire The Economist, ou d’écouter les émissions amusantes de la BBC pour en être frappé. Il y a peu de pays qui nous aiment. A quoi cela est-il dû ? La France n’a jamais été qu’une grande puissance sans lendemain, mais elle a toujours manifesté un complexe de supériorité ridicule ? Si M.Macron devient président, la France sera dans une position inédite. Pour la première fois, peut-être depuis Louis XIV, elle ne manifestera pas bruyamment, au moins extérieurement, son exception.

Une situation durable ? Si c’est pour manipuler le système mondial de l’intérieur, peut-être. Si c’est une reddition sans conditions, probablement pas. 

Accord parfait

J’ai suivi le débat entre candidats à la présidentielle par ouï dire. Ce que je retiens des propos tenus sur France Info, vers 6h : on n’a pas parlé des candidats judiciairement poursuivis, M.Macron a concentré les attaques, et lui a tendu à être d’accord avec tout le monde. Ce que les commentateurs semblaient lui reprocher. 
Mais 1) n’est-ce pas bon d’être l’homme à abattre, cela montre que l’on est important ? 2) N’est-ce pas cohérent d’être d’accord avec tout le monde, lorsque l’on n’est « ni gauche ni droite » ? 
Et si la fadeur de M.Macron était son principal intérêt (mais pas forcément la meilleure façon de se faire élire) ? Car, à l’étranger la France est ridicule. Je me suis même entendu demander comment quelqu’un comme moi pouvait rester dans un pays tel que la France ! Combien cette image désastreuse lui coûte-t-elle en termes économiques et d’emploi, et même d’influence ? Et qu’est-ce que son image de grande gueule lui rapporte-t-elle ? De toute manière, elle finit toujours par plier l’échine. Si un président parvenait à installer chez nous un régime de coalition de type européen du nord, voilà qui serait un changement. Peut-être que le Français cesserait alors de diriger son énergie contre ses concitoyens, et lui donnerait des emplois utiles ?

Programme

Quel est le programme de M.Macron ? Mes amis aimeraient que je leur fasse un résumé de son livre, mais je temporise. J’ai regardé ce que dit wikipedia : je n’en tire rien. Ce que je cherche, c’est un principe, qui pourrait produire une transformation. 
Indirectement, j’aperçois plusieurs scénarios possibles :
  • Le scénario Rocard. M.Macron résulte de la troisième voie, le radicalisme. Mais le radicalisme n’a plus de programme depuis pas loin d’un siècle. 
  • Le scénario étranger. A l’étranger, M.Macron semble être perçu comme la « normalisation » de la France. Enfin, un Français à la page. Seulement, n’est-ce pas une page de retard ? Clinton, Blair, Schröder sont peu aimés dans leurs pays. Leur monde est sans chômage, mais inamical. 
  • Le scénario bus et lois El Khomri. M.Macron poursuit ce qu’il a fait au gouvernement. 
Morale ? Ce que l’on appelle libéralisme. Faire comme les autres, mais en cherchant à en atténuer les excès. La France doit regarder la vérité en face. Comme disait M.Valls : « il faut être pragmatique ». Nous n’aimons pas ce que nous avons, mais nous n’avons rien d’autre. C’est à trop vouloir le nier que nous avons autant perdu. Voila mon interprétation du moment.

De quoi Macron est-il le nom ?

De quoi Macron est-il le nom ? se demandaient des journalistes. Emmanuel Macron déprime beaucoup de mes proches. Mais quel est son programme ? se demandent-ils. M.Macron me semble bien plus qu’un programme. 
Retour aux sources
Voici ce que je déduis des lectures qui alimentent ce blog. La République française a été traditionnellement dirigée par des Radicaux. Leurs idées étaient celles de la Révolution, pacifiées. C’était le gouvernement du peuple par le peuple. Ce sont eux qui ont fait la France actuelle. Ou celle que l’on regrette. Ils avaient un programme, ils l’ont appliqué. Il y a des changements qui réussissent ! Mais leur succès a été tel qu’ils ont épuisé leurs idées. Ils n’ont pas su trouver un second souffle. Cela a changé avec de Gaulle. Il jugeait la France radicale instable, et lâche. Il était d’accord avec son programme, mais la France avait besoin d’un homme providentiel pour fonctionner. Il a bâti la 5ème République sur le modèle monarchique. Car la monarchie, c’est l’alliance du roi et du peuple contre les classes privilégiées. Les fameuses élites. Sur ce, Pompidou et Mitterrand décident de changer le système de l’intérieur, sur un modèle anglo-saxon, gauche, droite. Dans un premier temps, il a fallu unifier chaque camp. Ce qu’ont fait Mitterrand et Chirac. On en est là aujourd’hui. L’émergence d’un mouvement « ni gauche ni droite », ou plutôt portefeuille à droite et cœur à gauche (nous sommes tous des Bobos !), est un retour aux sources. 
M.Macron a senti venir l’opportunité. Saura-t-il l’exploiter ?

Crime contre l'humanité

La colonisation est un crime contre l’humanité, dit M.Macron. Curieusement, personne ne s’est demandé ce que cela signifiait. 
La notion d’humanité est récente. Chaque groupe humain semble avoir toujours pensé qu’il représentait à lui seul la race humaine. Et donc que les autres hommes étaient une race inférieure, ou une étape primitive de l’évolution. D’ailleurs beaucoup de noms de peuples signifient « les hommes », ou quelque-chose d’approchant (Pakistan : le pays des purs ; l’Empire du milieu : c’est le milieu qui fait fonctionner le monde…). 
La notion de crime contre l’humanité serait née en réaction aux crimes nazis (cf. Stéphane Hessel). Mais « humanité » était une idée des Lumières. Les France républicaine et radicale ont colonisé, notamment l’Europe, au nom de l’humanité !  Il s’agissait de libérer les peuples de leurs chaînes. Et l’on ne faisait que suivre l’exemple du Christianisme et de l’Islam. Ils apportaient la vraie foi. D’ailleurs, les missionnaires ont précédé les colons, et leur ont survécu. Quant aux colons, comme le montre Camus et comme on l’a vu aux USA, en Australie, au Canada et ailleurs, étaient généralement de pauvres diables. 
C’est donc depuis peu que la colonisation est un crime contre l’humanité. Sommes-nous criminels ? La soft power, la conquête par l’influence (sournoise) de la culture, est-ce une forme de colonisation ?…  Ce n’est pas en faisant de l’explication de texte que l’on fait parler de soi !

Qui est Emmanuel Macron ?

Weber semble avoir formulé la question que nous pose M.Macron. Ethique de responsabilité ou éthique de conviction ?
La fiche wikipedia de M.Macron montre un homme de conviction. On y voit même une sorte de quête spirituelle extrêmement originale dans le monde politique. Il a fait des études de philosophie aux côtés des plus grands, après une formation scientifique, il a participé à Esprit… Il semble s’inscrire dans une « troisième » voie propre à notre culture, entre capitalisme et communisme. Ce n’est pas le militant sorti du rang ordinaire. 
Considérer la colonisation comme crime contre l’humanité est cohérent avec ces convictions : Humanité est une invention des Lumières, et Clémenceau était farouchement opposé à la colonisation. Mais agiter un terme aussi fort avec toutes ses menaces implicites s’apparente à une provocation.
Art du Trump ? Quelque-chose qui ressemble à une sortie de route, mais qui permet de faire parler de soi, et touche une sensibilité de l’électorat, ou plutôt d’un électorat décisif pour l’élection, que personne n’avait vue ? Cela révélerait un talent exceptionnel, et inattendu. 
(A suivre)

M.Macron nouvel Obama ?

L’ambassadeur d’Angleterre disait de M.Obama, peu avant son élection (en substance), que c’était un homme de grandes capacités, mais qui n’avait pas « trouvé ses repères ». Autrement dit, il n’était pas mûr pour gouverner. Je pense que l’histoire lui a donné raison. M.Obama est un cérébral, qui a trouvé une bonne histoire pour se faire élire. Mais une fois au pouvoir, il n’a pas compris que gouverner était autre chose qu’une belle histoire, c’était résoudre des problèmes du moment, sans a priori. M.Obama a été victime du mal de l’intellectuel supérieur : il a cru que gouverner c’était, seul dans sa chambre, trouver « l’unique bonne solution ».
Je me demande si M.Macron ne repart pas sur le même chemin. Il représente l’attrait de la nouveauté. Il est intelligent. Comme M.Obama il a la double propriété d’être une bête politique tout en paraissant frais, neuf et honnête, voire innocent. Mais est-il parvenu à atteindre des convictions solides, ou n’en est-il encore qu’à un jeu de concepts ?

Esprit, Ordre nouveau et personnalisme

Avant guerre, il y a eu un courant de pensée qui a cherché une voie, entre le capitalisme et le Marxisme : le « personnalisme« . Le nœud du problème est la question de l’individu. Individu = chose qui maximise son utilité, selon le Marxisme et la théorie économique. Ils sont matérialistes. Ils nient « l’humanité » = essence de l’homme. (Essence divine pour le croyant, mais pas besoin d’être croyant pour penser que l’homme est autre chose que la seule matière. D’où présence d’athées.) L’antithèse de l’individu est la personne. On appellerait probablement ce courant « humanisme ».
Il est divisé en deux principaux : « Esprit, qui est avant tout Emmanuel Mounier, approfondira surtout la réalité de la personne alors que l’Ordre Nouveau s’attachera plutôt, en s’inspirant plus directement de Proudhon, à définir le cadre organisationnel qui va permettre à l’humanité nouvelle d’émerger. » (wikipedia.) Il y a aussi « Jeune droite » qui « rassemblait de jeunes intellectuels plus ou moins dissidents de l’Action française« . 
A ces idées sont liés des gens comme MM.Delors, Rocard, Mendès-France, mais aussi la CFDT, le PSU, la nouvelle gauche, la deuxième gauche, Daniel Cohn-Bendit. Il y avait une proximité avec la pensée de Camus. Mais, pour compliquer les choses et brouiller le message, il y a eu les épisodes opposés du Pétainisme et de 68, qui semblent avoir, au moins un temps, séduit beaucoup de Français. Ce sont ces épisodes qui m’ont fait me tromper sur tous ces gens. Jusqu’à penser qu’Ordre nouveau sonnait fasciste.
Critères de jugement
Morale de cette histoire ? Pour parvenir à décrypter quelqu’un, il faut 
  • savoir à quelle famille de pensée, à quelle tradition, il se rattache ;
  • comprendre sa tactique. En particulier, croyant servir ses idéaux, il peut être amené à utiliser une cause qui aura des conséquences contraires à ses convictions. (Comme Heidegger et le nazisme ?)
(M.Macron, qui serait dans cette mouvance, ne serait donc ni libéral, ni de gauche – au sens gauchiste du terme ? C’est un humaniste, et pas un matérialiste ?)