Casse du siècle

Depuis que j’ai entendu parler de M.Macron, je m’épuise à chercher une vision un rien enthousiasmante dans ses idées. Et si je regardais au mauvais endroit ? Car, il y a un hold up à réaliser. Il est même triple. Il y a l’Angleterre à désosser, d’abord. Ensuite, il y a l’Allemagne. Elle nous inflige la rigueur depuis trente ans, et un euro au dessus de nos moyens. Cela nous vide, à son profit, de notre industrie. Il suffirait qu’elle inverse sa politique, pour que notre économie cesse de suffoquer, et que remontent nos salaires. Enfin, il y a notre image. Quand vous êtes à l’étranger, on vous présente ses condoléances quand on apprend votre nationalité. Les rodomontades de nos gouvernements successifs nous ont probablement coûté très cher.
Cependant, si M.Macron a en tête hold up, il est concevable qu’il ne s’en vante pas. 
(Au moins, j’espère que ses réformes internes ne sont là que pour la galerie. Car, je doute sérieusement de l’efficacité de leur mise en oeuvre. Dans ce domaine a-t-il vraiment appris des erreurs de ses prédécesseurs ?)

En marche

En anglais, En marche est traduit par Forward (en avant) ou On the move (en déplacement, to move, c’est, notamment, déménager). J’ai constaté que, généralement, la solution du problème était dans sa formulation. Le nom du mouvement de M.Macron est en train de devenir commun, alors que, comme le traineau de Citizen Kane, il y a peut-être là le secret de son histoire. 
En marche, a les initiales d’Emmanuel Macron. Cela fait aussi penser aux premières paroles de la Marseillaise : Aux armes, citoyens, Marchons, marchons, qu’un sang impur… 

Les Allemands ont cherché à donner à leur armée « l’esprit d’Austerlitz« . Une caractéristique de l’armée républicaine était son autonomie. En quelque sorte, ses troupes faisaient ce qu’elles voulaient. D’où, probablement, les carrières météoritiques de simples soldats, devenus généraux en quelques campagnes et de nombreux exploits individuels. Simples soldats qui, parfois, étaient fort bien nés et instruits, mais qui devaient leur promotion à leur seul courage. Voilà l’ascenseur social, tel que probablement la France l’a toujours entendu. 
Aurait-on raison de dire que M.Macron est Napoléon ? Dans ces conditions, ne fait-il pas un pari ? Qu’il y a chez nous un esprit d’initiative qui sommeille ? En marche, voudrait, alors, dire « wake up« , réveillez-vous ? Je fais la nique aux grands de ce monde, ça ne vous donne pas envie de m’imiter ?…

Proportionnelle

M.Macron veut mettre de la proportionnelle dans l’élection législative. Cela semble « plus démocratique ». 
Pourtant mêmes les démocraties les plus admirées, comme l’Angleterre, ne le sont pas tellement. L’Angleterre est gouvernée par des partis très minoritaires. Son système « de first past the post », est conçu pour donner une majorité au parti qui reçoit un peu plus de voix que les autres. La plupart des démocraties privilégient la stabilité. Il est probable qu’il en est de même des électeurs; Ils n’attachent pas une importance démesurée au choix qu’ils ont exprimé par leur vote. En dehors de ceux que seul le chaos peut satisfaire.
Comme le disait Tocqueville, toute société obéit à des principes (culturels), et la loi doit s’y adapter. 

Changement Macron

France Culture disait, ce matin : MM.Trump et Macron se ressemblent : ils défendent les intérêts de leur pays. Sous entendu : ils oublient les valeurs universelles.
On a beaucoup parlé du programme de M.Macron, de sa « pensée ». Je lis son oeuvre. C’est désespérant. Faut-il chercher là le changement ? Jusqu’ici les présidents français étaient des exceptions culturelles. Ils refusaient les règles internationales. Ils croyaient que leur rôle était de fanfaronner devant leur opinion publique. Du coup, la France prenait tous les coups. M.Macron, lui, est formidablement à l’aise dans la culture de l’élite internationale. C’est un président normal, pour ses collègues présidents. Or, nous retirer le handicap formidable des rodomontades présidentielles peut nous donner un peu d’air. Forts, nous serons peut-être en mesure d’imposer nos idées universelles au monde ? Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire. 

Universalisme

Un ami suédois me dit que le Français est « universaliste ». Je n’ai pas compris de quoi il parlait. Mais il m’a semblé, à son sourire entendu, qu’il pensait avoir porté un coup fatal à mon pays. (A la façon croix d’argent et gousse d’ail dans le cas du vampire.) La France est un pays totalitaire (et ridicule), qui veut imposer au monde la seule bonne façon de se comporter. Voilà pourquoi j’ai été surpris qu’Emmanuel Macron parle d’universalisme dans Révolution. Pour lui c’est effectivement une caractéristique de la culture France. On l’a trop longtemps négligé. Il faut y revenir.
Peut-être y a-t-il plusieurs façons d’être universaliste ? On disait de Condorcet que c’était un « mouton enragé« . Etre placide, timide et complexé, il était prêt à tout dès qu’il s’agissait d’imposer ce qu’il croyait être la vérité. C’est à dire, les « lois naturelles » qu’il croyait pénétrer par son raisonnement. Il en est peut-être de même de bon nombre d’intellectuels français, Sartre par exemple, ou Robespierre. Ce sont des Dr Jekyll, qui, sous l’emprise de l’Idée, deviennent des Mr Hyde. C’est le principe de toutes les inquisitions. 
Mais si l’universalisme « a priori » est terrorisant, l’universalisme « a posteriori » a du bon ? La caractéristique de l’esprit français, c’est le système. C’est à dire remplacer une pile de constations compliquées par une loi simple, qui les explique. M.Macron parle de Lumières. Peut-être la France est-elle utile au monde quand elle est capable de lui indiquer ce qu’il cherche sans parvenir à le formuler ? La France éclairant le monde ?

Déficit

Le gouvernement fait faire un audit des comptes publics. On les trouve plus en déficit que prévu. La France prend un nouveau coup de rigueur. 
Je crois que le président Obama est plus grand par ce qu’il n’a pas fait, que par ce qu’il a fait. Ce blog a beaucoup parlé de son renoncement à la guerre. Mais il y a aussi son renoncement à la rigueur. Curieusement, on a oublié que les USA étaient décrits comme un Etat en faillite. Une faillite qui n’avait rien à voir avec celle de la France. Brutalement, sans que je comprenne bien ce qui s’est passé, les dettes ont disparu. Elles ont été effacées par les recettes tirées de la croissance. 
En fait, la France est bien plus en déficit qu’on ne le dit. L’Etat est solidaire de ses grandes entreprises. Or, EDF et la SCNCF ont chacune 40md de dettes. Et je ne sais pas l’état des finances des villes. En particulier celles de Paris si elle obtient les Jeux olympiques. Mais, est-ce une bonne idée de freiner un peu plus ? Effacer la dette n’aurait-il pas été plus probable si on ne l’avait pas dénoncée ?
M.Macron semble exceptionnellement habile à exploiter les événements. Ce déficit masque-t-il une manoeuvre tactique ? Tactique risquée ?

Programme

J’entends dire que M.Macron n’a pas de programme. Pas sûr. Lorsque l’on voit ce qu’il veut faire de l’assemblée nationale, en réduire la taille pour donner les moyens dont il a besoin au député, je retrouve ce que j’ai lu souvent chez les meilleurs d’entre nous. Il me semble que M.Macron met en oeuvre ce qui est sorti, notamment, de la commission Attali, à laquelle il a participé, et où il s’est fait des amis de tous les participants. 
Il a constaté que personne n’avait eu le courage de faire ce qu’il fallait pour mettre en oeuvre ces idées. Alors, il a conçu un dispositif dans lequel il aurait les mains libres pour le faire ? As de la conduite du changement ? 

La SNCF change ?

M.Macron ne veut plus de grands projets technologiques ruineux ? Au moins, plus de nouveaux TGV. Il se préoccupe des « mobilités au quotidien« , d’après La Tribune, et aussi des dettes de la SNCF. Mes plaintes de banlieusard et de voyageur du Havre, de Corrèze, de La Rochelle et d’ailleurs auraient-elles été entendues ? 
M.Macron cite le général de Gaulle. Mais je me demande s’il ne le trahit pas un peu. Car la France gaulliste c’est celle des grands projets, et des champions nationaux, qui nous ont coûté si cher. Une France pragmatique, qui se préoccupe du « quotidien », ça c’est une révolution ? 

Emmanuel Macron

Enigmatique Emmanuel Macron. Il semble appartenir à un monde qui lui est propre. Il y a une sorte d’Harold et Maude dans son histoire. D’abord une relation fusionnelle avec sa grand-mère (morte récemment), puis avec son épouse, son ancienne enseignante. Son ascension fulgurante ? Elle est due à son passage par l’inspection des finances, qui ouvre immédiatement le minuscule réseau de la richesse, du pouvoir et du show biz ; mais aussi à sa capacité hors du commun à « séduire les vieux« . Depuis toujours, il les fascine. C’est eux qui l’ont propulsé dans les honneurs. Pour autant, il ne leur doit rien. (Peut-être, comme M.Hollande, les déçoivent-ils ?) Il est bien plus fort que Rastignac.
Il semble vivre son rêve, et n’être susceptible à aucune aliénation. Etre président est peut-être plus une mission qu’une ambition, pour lui. Seule concession au formatage social : il a mal vécu son échec à Normale Sup. Il se voyait probablement en grand philosophe diplômé. Mais, il ne souffre pas longtemps d’hybris. Il se relève vite de ses faux pas. Surtout, il semble avoir une redoutable efficacité naturelle. Il est né pour ce qu’il fait. Il se trouve que ce qu’il aime, les gens qu’il a envie de rencontrer, par exemple, se révèle utile à ses projets. Et il est naturellement agréable et toujours bien disposé à l’endroit de ceux qu’il rencontre. Et il possède une forme de pragmatisme. Par exemple, il sait jouer de Paris Match : c’est peut-être ringard, à l’ère numérique, mais ça marche. Liberté ultime ?