SNCF

La SNCF doit se préparer à l’ouverture de son monopole à la concurrence. Le gouvernement va reprendre sa dette. (Article du Point.) Questions : 
  • L’ouverture à la concurrence est-elle une bonne idée ? En Angleterre elle a produit un désastre. 
  • Si l’Etat reprend la dette des entreprises publiques, ne risque-t-on pas de s’enfoncer dans des siècles de rigueur budgétaire ? 

Régimes spéciaux

M.Macron veut s’en prendre aux régimes spéciaux. Etrange, il semble chercher la provocation. Sa loi sur le droit du travail ne lui fait-elle pas déjà courir assez de risques d’un mouvement social ? Penserait-il que les gouvernements précédents ont eu peur de leur ombre ?… 
Les régimes spéciaux créent certainement des inégalités criantes. Cependant, il ne faudrait pas que leur suppression aligne l’ensemble des non riches sur les conditions les plus mauvaises. Il va aussi falloir trouver un moyen de recréer une prospérité qui donne un peu d’ascension sociale à l’ensemble de la population. 

M.Macron et le changement

Et s’il y avait quelque-chose qui changeait avec M.Macron ? Ce blog dit que le politique ne sait pas conduire le changement. Exemples à l’appui. Mais avec M.Macron, cela change. A l’étranger, il semble, seul contre tous, mener un combat. Il paraît jouer habilement des forces en présence. Ce qui signifie qu’il les connaît. Et qu’il a un projet bien mûr en tête. En France, les négociateurs de la « loi travail » semblent, eux aussi, suivre un processus bien préparé. Ils reçoivent les syndicats séparément. Ils dévoilent une partie du projet à la fois… Le gouvernement aurait-il pris, enfin, au sérieux la mise en oeuvre du changement ? Enfin, est-il convaincu, que l’on ne gouverne pas par décret ? 
En tout cas, il ne semble pas que, pour le moment, ce type de changement soit celui qu’ait tenté ses prédécesseurs, et dont parlent mes livres. C’est un changement qui ne touche qu’aux structures, et pas à la vie des citoyens. Du moins, c’est ce qu’il me semble. Son idée est, probablement, que la société peut se transformer favorablement si on la place dans des conditions correctes. Créer ces conditions est un changement relativement plus simple que celui qui consiste à modifier en force le fonctionnement des entreprises, ou la vie des Français, comme on a longtemps voulu le faire. 
(à suivre)

Droit du travail : les bénéfices

Si je devais noter la conduite du changement de l’élève Macron, je lui donnerais 0. La transformation du droit du travail est un changement sans objectif quantifié. L’exemple type de ce qu’il aurait fallu faire aurait pu être donné par la loi des 35h : j’ai dix pour cent de chômeurs, si je réduis de 10% le temps de travail, je n’ai plus de chômeurs. Mais la loi des 35h n’a pas été présentée ainsi. Elle était un acte de foi. Et c’est pour cela qu’elle a échoué. Eh bien, la loi sur le travail est aussi un acte de foi… 
Plus curieux. M.Macron est un grand communicant manipulateur n’est-ce pas ? Mais qui a entendu parler des bénéfices de la loi ? Au mieux on nous explique que c’est ce que réclame le MEDEF. Mais qui a la moindre estime pour la sagacité du MEDEF ? Y compris, d’ailleurs, pour gérer ses propres intérêts. 
La pente est raide, et les freins ont lâché…
L’acte de foi est un changement incontrôlé. Son succès dépend de nous. Il est donc extrêmement compliqué de savoir comment il va tourner. Quelques observations en vrac :
  • A chaque fois que je demande à un dirigeant quel a été son plus gros casse-tête, il me répond : le premier recrutement. En effet, un mauvais recrutement, ce peut être la faillite, et la poubelle. (C’est tellement vrai que j’ai préféré rester seul.) La loi soulage-t-elle cette difficulté ? Non. 
  • Curieusement, je ne crois pas que l’intérêt de la loi soit la flexibilité, mais de permettre à l’entreprise de faire ses lois. En effet, le droit français, social ou autre, est extrêmement complexe. (D’autant qu’il s’est mis à délirer.) Même pour un spécialiste. Il est donc intelligent pour un dirigeant de proposer à ses employés un « contrat social » construit sur le bon sens de son métier. Puis de faire valider ce contrat par les services compétents. Quitte à le modifier. 
  • Il semble que l’on puisse remplacer des blocs d’employés dépassés par d’autres blocs plus à jour. Je dis, alors, attention : il faut être capable de reformer les dépassés, sans quoi nous le serons tous rapidement. Or, la formation professionnelle est peut-être ce qui marche le moins bien en France. 
  • La question à cent milliards est : cette réforme va-t-elle créer une masse d’emplois ? Je crois que la question est systémique. Cette mesure peut-elle renverser la logique actuelle de réduction de coûts, déflation et chômeurs, en une logique d’investissement dans le métier de l’entreprise ? Cela pourrait survenir si patrons et employés se castagnaient sur les intérêts de l’entreprise. Alors, quelques idées intelligentes leur percuteraient-elles peut-être le cerveau. Or, il se trouve que c’est exactement les conditions qu’essaie de créer M.Macron. Mais, quoi qu’il arrive, il faudra du temps avant que ce nouveau mode d’interaction entre dans les moeurs de l’entreprise…
En résumé, ce changement de type « acte de foi » n’est pas celui dont parlent mes livres. Pour qu’il réussisse, il faut (logiquement) un miracle. Or, si les miracles surviennent rarement, ils ne sont pas impossibles.  Il nous reste un espoir. 

Parrain

Différentes personnes me disent que M.Macron conduirait le changement comme dans le film La parrain. A coups « d’offres que l’on ne peut pas refuser ».  
On ajoute que ce n’est pas un homme bien. Car ce sont des méthodes peu démocratiques. Cependant, les méthodes démocratiques ont déjà été utilisées. C’était celles de ses prédécesseurs. Et elles n’ont pas donné de résultats très démocratiques. Serait-ce pour cela que M.Macron a des moyens de pression sur beaucoup d’hommes bien ?

Etat négociateur

Je lisais que La Poste s’intéressait à une banque italienne. L’Etat italien n’a-t-il pas là un otage dans la négociation STX ? En fait, la France et l’Italie se tiennent par la barbichette. Hier l’Italie refusait l’entrée d’Air France dans le capital d’Alitalia, maintenant c’est la France qui fait des difficultés à Fincantieri. Au passage, tout le monde a à y gagner : chaque gouvernement est loué par son opinion pour défendre les intérêts nationaux.
Camouflet aux précédents présidents ? C’est peut-être une règle du jeu qui n’a pas été suffisamment respectée par l’Etat français. Tendance générale ? Notre gouvernement, à l’intérieur ou à l’extérieur, semble avoir choisi la voix de la négociation. Mais, apparemment, en sachant se placer en situation de force. 
La journaliste Anne Fulda, écrit que c’est son talent de négociateur qui a fait la fortune de M.Macron chez Rothschild… (Il a été le plus jeune associé de Rothschild, et ce n’est pas uniquement à son entregent d’inspecteur des finances qu’il doit sa promotion.)

Engagement

Dans son livre, M.Macron parle « d’engagement ». Un terme vieillot. C’est celui qu’ont employé les intellectuels d’après guerre. Il a culminé dans « l’artiste engagé », qui désignait l’animateur de maison de la culture. Celui qui éduque les misérables. 
Ce qu’il entend par là n’est pas clair, pour moi. Il parle d’associations, lui-aussi… A moins qu’il pense surtout aux membres de son mouvement ? Vu ce que l’on en dit, ce serait pire que tout. Que l’animateur de maison de la culture, en particulier. 
A la réflexion, je me demande si la personne qui est « engagée » n’est pas celle qui donne son temps à la société, sans compter. Elle est « désintéressée ». En conséquence, on peut trouver des « engagés » partout : dans les associations, dans l’entreprise, dans l’administration. « Executive » de Chester Barnard ? Les gens qui, selon lui, constituent la colonne vertébrale d’une société durable. 
Avons-nous encore des « engagés » ? Si oui, ils ont été jetés au bas de la société par l’individualisme triomphant. Peut-être que M.Macron espère créer un appel d’air ? Qui remettra cette hypothétique population à la place qu’elle n’aurait pas dû quitter ? 

Révolution

Sous la pression de mes proches, qui voulaient que je leur en fasse la synthèse, j’ai fini par lire l’ouvrage de M.Macron. Ce fut éprouvant. Quoi que court et bien écrit. C’est typiquement français : un système. M.Macron fait un panorama complet des problèmes de la France. Il en tire un réquisitoire poli, mais sanglant. Ceux qui l’ont pris pour un ami ont dû se mordre les doigts. De même il répond à ce qu’on dit de lui, et qu’il a entendu. 
Avoir raison avec Macron
Il m’a fait comprendre pourquoi on a préféré « avoir tort avec Sartre que raison avec Aron ». L’homme a besoin de rêve. Tant pis s’il produit des Goulags. Dans le livre de M.Macron, on trouve l’existentialisme : comprendre l’âme de la France, et agir selon elle. Proudhon : chercher les forces qui sont à l’oeuvre, pourquoi elles produisent le mal, et comment leur faire faire le bien. Troisième voie, et deuxième gauche, aussi. Mais la société de ses rêves ne fait pas rêver. Il n’est pas « libéral » au sens « individualisme ». Il appartient à une ancienne tradition française, qui reconnaît le rôle fondamental de la société pour assurer la liberté de l’homme. Mais il est libéral, au sens de M.Mélenchon : il veut faire entrer le pays dans un XXIème siècle, qui est aux antipodes de notre rêve multiséculaire. 
Président engagé
Ce livre est faussement simple. M.Macron a une solution pour chaque problème. Mais il ne l’exprime pas clairement. Surtout, il ne donne pas une ligne directrice commune qui permettrait de s’y retrouver. On dit que c’est parce qu’il ne sait pas où il veut aller. Et s’il avait, au contraire, en tête un plan minutieusement, et froidement, préparé ? Il en donne le calendrier : dix ans. Il veut faire non seulement changer la France, mais surtout l’Europe. Car l’Europe est le moyen pour la France d’affirmer sa souveraineté et de servir ses intérêts. Et l’Europe a perdu son âme. Quant à la France, il veut donner le pouvoir au bas, à « ceux qui font ». C’est en bas qu’on est le mieux placé pour régler les problèmes d’en bas. Pas à l’Elysée ou au Palais Bourbon. Et cela est vrai partout : entreprise, administration, région. Il veut surtout libérer ceux qui « s’engagent ». (Ceux qui contribuent, beaucoup plus que d’autres, à l’intérêt collectif ?) Cela ne signifie pas la disparition de l’Etat, au contraire. L’Etat doit combattre pour l’intérêt général. Ce qu’il ne fait plus. (Puisqu’il perd son temps à nous dire ce que nous savons mieux que lui.) Mais cela demande une réorganisation du pays de fond en combles. Il semble qu’il sache ce que cela signifie. Et qu’il s’y soit préparé. Façon main de fer dans un gant de velours ?
Bref, on va voir ce que tout ceci va donner. Mais, si M.Macron ne rompt pas prématurément, nous sommes partis pour une intéressante aventure. 

M.Macron et l'armée

La démission du chef d’état major aurait été une erreur de M.Macron. A tort ou à raison, je pense que M.Macron ne fait pas d’erreur. Il a une stratégie. Et il exploite les événements pour la mener à bien. Un article me semble confirmer mes idées reçues : avec le général de Villiers s’achève l’élimination de l’équipe qui pendant 5 ans a fait la pluie et le beau temps pour notre défense. Le général, en tenant des propos malheureux, s’est fait piéger, je crois.
Dans son livre, M.Macron annonce qu’il va s’attaquer à l’administration. (Ce qu’il entend par là n’est pas clair, mais il s’attend à un affrontement sanglant.) Pour cela il s’est entouré d’une équipe qui peut tenir tête à ses oligarques. Lui même a un caractère totalement différent de celui de ses prédécesseurs, de Gaulle compris : il ne cède pas. Il l’a montré avec MM. Trump et Poutine, qui avait terrorisé, paraît-il, Nicolas Sarkozy.
Mais ce n’est rien en comparaison avec son prochain combat. Le combat du siècle, dirait un boxeur. C’est Mme Merkel. Elle a fait plier l’intégralité des machos allemands et a ridiculisé les Grecs et les Italiens, quand à nos précédents présidents, comme Circé, elle les a transformés en ses exécuteurs des basses oeuvres. Or, M.Macron veut la faire changer de politique. Sera-t-il à la hauteur d’un adversaire aussi formidable ?

Systémique Macron

Quand M.Macron a annoncé sa candidature, j’ai à peu près vu comment il pouvait réussir, mais j’ai jugé ses chances nulles. (Une loi qui n’a pas d’exception est que j’ai toujours tort.) En fait, je crois qu’il avait perçu un effet Bergson ou Titanic. Alors que l’on pensait que les hommes politiques avaient des comportements indépendants, ils formaient un système. Du coup, M.Macron a exploité une faille du dit système, qui s’est effondré, emportant avec ses constituants. Exit FNUMPS. 
Et s’il faisait la même chose au niveau international ? Les Anglais, par exemple, rejouent le drame des Républicains. Il aurait suffi à ses derniers qu’ils portent M.Juppé à leur tête pour qu’ils gagnent la présidence et l’Assemblée. Il se peut que les Anglais, eux aussi, s’entêtent dans le Brexit. 
Dans ces conditions, il ne faudrait pas chercher la force de M.Macron dans ce qu’il dit, mais dans ce qu’il est. Antisystème. 
(Ces caractéristiques illustrent une théorie du changement. Le changement se faisant de l’intérieur, les agents du changement sont des « hybrides », ils sont installés dans le système, mais voient plus loin que ses limites. M.Macron est à la fois un haut fonctionnaire et un banquier…)