Couverture

En écoutant la radio publique ce matin, je pensais que l’on entendait peu parler du gouvernement. Quand il est question de lui c’est pour dire qu’il est mal aimé, ou qu’un scandale le menace. Les gouvernements précédents ne me semblent pas avoir eu le même traitement.

Curieusement, son image à l’extérieur de chez nous est extrêmement différente.

La presse représenterait-elle avant tout ses propres opinions ?

Président philosophe

La connaissance intime par M.Macron de Hegel impressionne Jürgen Habermas. (Article en Anglais du Spiegel)

Il distingue dans le discours de M.Macron des subtilités qui nous échappent. En particulier, l’essence de son projet européen serait de modifier le principe même de l’UE. Aujourd’hui l’UE est l’enfant de quelques pères fondateurs éclairés, elle doit devenir l’affaire des citoyens. Il aurait aussi fait un discours sur la Réforme, qui serait à la fois une façon de réinventer le modèle laïc, et un signal amical aux pays du nord.

Faut-il être un trésor vivant de la philosophie mondiale pour comprendre M.Macron ?

(Message général : M.Macron est quasiment trop beau pour être vrai. C’est une chance à côté de laquelle l’Allemagne ne devrait pas passer. Et pourtant, elle risque fort de la rater, tant elle est enlisée dans ses petits calculs médiocres.
Par ailleurs, J.Habermas ne s’intéresse qu’au projet européen de M.Macron. Il ne semble pas capable de juger l’efficacité des réformes françaises. Au moins nous avons un point en commun.)

ISF

France Info sur les Fintech (il y a quelques jours) : la France et l’Allemagne veulent profiter du Brexit pour voler à Londres ses start up. Pour cela il est impératif de proposer aux entrepreneurs un système fiscal qui leur plaît. L’ISF ne plaide évidemment pas en faveur de notre pays.

Il est curieux que M.Macron n’ait pas formulé la question de l’ISF de cette façon. Pourquoi nous a-t-il affirmé que ceux qui gagnaient beaucoup représentaient le bien ? Simplement pour contredire M.Hollande qui braillait qu’ils incarnaient le Mal ? Au moins, contrairement au riche M.Hollande, cela lui a évité d’être hypocrite ? Mais pourquoi n’a-t-il pas dit comme Mao : « ce qui compte n’est pas la couleur du chat, mais qu’il attrape les souris » ?

Décidément, en politique rien ne change : l’idéologie est tout, le pragmatisme, rien ?

Ca va mal finir

Nicolas Sarkozy à propos d’Emmanuel Macron : « Ça va très mal finir » (Le Point). M.Sarkozy pense que M.Macron est coupé des réalités, et que son réveil (et le nôtre) va être douloureux.

Il semble que M.Macron partage un point de vue que j’ai souvent rencontré. (Mais que je croyais sur le déclin.) « J’ai travaillé dur, et j’ai réussi. Le monde de l’entreprise est merveilleux. S’il n’y a pas plus de personnes dans mon cas, c’est dû soit à des blocages, soit à de la paresse. »

Pour autant, M.Macron est-il condamné à l’échec ? Il n’a toujours pas d’opposition crédible. Pour le moment la roulette de l’économie mondiale est favorable. Et, il faut être insensible à la douleur, pour diriger ce pays.  Surtout, c’est mon opinion depuis le début, le jour où les Français jugeront qu’il n’y a rien à attendre de leur gouvernement, ils diront « impossible n’est pas français ». Pour faire des miracles, il faut marcher sur les eaux.

(Je dis, ailleurs, que si les cabinets de stratégie sont utiles, c’est parce qu’ils créent un tel chaos qu’ils forcent les organisations à réagir.)

Président des gagnants

M.Macron ne parvient pas à « être populaire », disent des journalistes de Politico (lien). Et ce en dépit de tous ses efforts. Il fait preuve d’une curieuse maladresse. En effet, il prend des mesures concernant l’éducation, l’économie, l’industrie, voire l’Europe, qui peuvent avoir des conséquences bénéfiques sur des questions qui préoccupent les petites gens, mais il n’en parle pas. Il se plait à nous jeter à la tête les reproches que nous font les étrangers. (Comme le dit son livre, il est convaincu par les vertus de la concurrence, à condition qu’elle se fasse dans des conditions d’égalité. Mais il est protectionniste en ce qui concerne l’Europe.)

Si ses opposants ont si peu de pouvoir de nuisance, c’est parce qu’ils sont jugés pires que lui ?

Ce qui pose un problème de systémique : comme se fait-il qu’un peuple démocratique tende à générer une offre politique qui ne le représente pas ?

(Enantiodromie : c’est en voulant faire le mal que l’on fait le bien ?)

Dernier de cordée

L’argument du « premier de cordée » de M.Macron a frappé les esprits. Par là il entend qu’il y a des personnes qui entraînent les autres, et qu’elles doivent être encouragées.

L’Angleterre le jette à la figure de la France depuis plusieurs siècles. Si nous ne voulons pas de riches, c’est par jalousie et paresse. Il est inattendu, donc, qu’un Français le reprenne.

Certes, il n’est pas impossible que ce soit en partie vrai. Mais le désir de la réussite financière, énorme, n’est pas répandu chez nous, comme il l’est aux USA. Nous ne nous définissons pas par l’argent que nous gagnons. (C’est particulièrement frappant chez les entrepreneurs que je côtoie : ils cherchent la liberté.) Et c’est bien en termes culturels que se place le débat. Car ce qui caractérise le modèle anglais est que la richesse est, massivement, héritée. C’est cela dont la France ne veut pas, au moins depuis la Révolution. Et c’est pour cela que la question de l’héritage est importante pour nous, au moins depuis ce temps. (Ce qui fait que la noblesse demeure puissante en Angleterre, mais pas chez nous. Aux USA, les Roosevelt, les Kennedy, les du Pont, les Trump, les Bush… sont increvables.)

M.Macron, contrairement à ce qu’il dit, serait-il un agent de l’étranger ?

Idées noires

En considérant la loi sur le travail (billets précédents), on peut se demander si M.Macron n’a pas voulu appliquer à la France ce qu’elle refusait : le tout à l’économie et l’économie toute libérale.

Lorsque M.Sarkozy a décidé de réformer l’enseignement supérieur, un professeur (qui avait voté pour lui) m’a dit : « il nous insulte ». M.Sarkozy avait cru déceler que la faille du système français était le manque d’évaluation (alors que l’enseignant français est un des plus évalués au monde). Les enseignants étaient des parasites incapables. M.Macron croit il aussi qu’il doit apporter la lumière à des retardés ? Sommes nous condamnés à élire des gens qui nous méprisent ?

Droit du travail

Que peut changer le nouveau droit du travail pour une PME ? D’un côté une avocate spécialisée, qui travaille pour la PME et suit la question depuis des années. De l’autre des patrons de PME. Résultat ?

On est bien en France, hyper technocratique. Le texte est effroyablement compliqué. L’esprit ? Simplifier ! L’idée est, en dehors d’un corps de principes intangibles, que l’entreprise puisse adapter ses lois aux conditions qui lui sont propres. D’après un participant, il y aurait aussi un souci de se conformer à la société actuelle : le jeune est un indépendant, qui ne se reconnaît plus dans les syndicats. En pratique ? Il en reste la possibilité donnée au dirigeant de court-circuiter ses délégués syndicaux, pour faire voter ses employés sur les mesures qu’il juge nécessaires.

Le patron de PME fait grise mine. Il n’y a rien qui l’enthousiasme. Sa peur : c’est le Comité d’entreprise, il fait émerger deux ou trois individualités qui vont vouloir briller auprès de leurs collègues, en rendant la vie difficile au dirigeant. Or, ce seuil n’a pas disparu. Il y en a même un nouveau, et qu’il découvre : à onze salariés il faut un comité économique et social. Découragement : la PME n’a pas les moyens de se payer un directeur juridique, il est clair qu’il lui en faudrait un. Décidément, les études ont raison : la PME française est très peu rentable, ce qui force le dirigeant à s’occuper, mal, de beaucoup de choses.

La grande innovation, c’est vider le CDI de son sens. Désormais le I ne protège plus de rien. En fait, le véritable esprit de la loi serait-il de faciliter le licenciement ? En espérant que ce qui bloque l’embauche est la difficulté de licencier ? Mais cela ne peut-il pas encourager à se débarrasser du collaborateur récalcitrant ? De même, l’accord collectif s’impose au contrat de travail, antérieur. Plus aucun engagement fait au salarié n’est sûr. Crée-t-on ainsi une saine ambiance ? Toujours est-il que ces mesures ne donnent franchement pas envie de recruter à notre échantillon.

Modèle Sarkozy

M.Sarkozy aurait dit de M.Macron que c’était lui « en mieux ». C’est aussi ce qui me frappe, depuis son élection. M.Macron me paraissait comme un intellectuel, un énarque de l’ombre. Mais, il me semble maintenant que ce qui lui plaît est d’être dans l’action. Un psychologue me disait « il ne sait pas fabriquer, mais il sait vendre. C’est un bon VRP. » (Ce qui était un compliment.)

Le plus étrange est que MM.Sarkozy, Valls et Macron soient du même type. Et d’un type qui n’était pas fréquent jusque-là. Et que l’échec de M.Sarkozy non seulement ne l’ait pas condamné, mais l’ait amené à s’améliorer, façon sélection naturelle. Peut-être répond-il, justement, aux besoins de notre temps ?

Fonctionnaires

Les fonctionnaires sont en grève. Ils se plaignent d’être une « variable d’ajustement ». Ils subissent restructuration après restructuration.

Ils ont raison. Je l’observe depuis longtemps. Il se passe dans l’administration quelque-chose de ridicule. Rien n’a changé avec M.Macron. C’est une sorte de caricature du privé. D’une part, on réduit les effectifs, car on ne remplace pas tous ceux qui partent en retraite, mais sans réorganiser les services. D’autre part, on investit dans des logiciels, qui n’ont fait leur preuve nulle part, seulement parce que c’est ce qu’emploie le privé, mais sans procéder à la modification des processus de travail que cela devrait entraîner. Je soupçonne qu’en croyant faire des économies, on perd de l’argent. Surtout, le problème majeur de l’administration est l’incapacité de ses managers à manager, et une structure en pyramide inversée. Cela produit un phénomène qui s’apparente aux supplices que les Romains faisaient subir à certains condamnés à mort : ils les jetaient à l’eau dans un sac, avec un chat et un coq.

Car, ce que savent aussi les fonctionnaires, c’est qu’ils sont dans un sac, dont ils ne peuvent pas sortir. Dans le privé, l’ajustement se fait pas le licenciement. Les salariés du public ont une retraite garantie, une assurance sociale solide, et peuvent donner à leurs enfants une scolarité décente.