Contre-pouvoir

M.Macron semble avoir dit à la presse qu’il ne fallait pas confondre contre-pouvoir et tentative systématique d’abattre le gouvernement. En écoutant la radio publique, j’ai le même sentiment que lui. Le journaliste cherche la faille, si possible une fake news, qui provoquera un mouvement de foule.

Il ne l’a pas fait avec les précédents gouvernements. Ce qui dénote une étrange connivence entre des courants politiques qui se disaient opposés, à mort. Mais, est-ce une mauvaise chose ? Le journaliste est en train d’apprendre son rôle de contre-pouvoir. Et on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. De même, j’ai le sentiment que le gouvernement n’est jamais aussi bon que lorsqu’il sait que rien ne lui sera pardonné, y compris des fausses rumeurs ; et qu’il fait preuve d’une complaisance certaine sans cela. Quant à nous, nous dansons sur un volcan : le populisme. Notre moindre tentation à la facilité sera amplifiée en coup d’Etat. Le principe de la démocratie, c’est la vertu, disait Montesquieu…

(Conférence de presse.)

Défaite

On ne changera jamais les politiques ! Ils nous prendront toujours pour des imbéciles. Le parti présidentiel perd (ou ne gagne pas) deux élections, et ses adversaires braillent que c’est un tsunami.

Il n’en reste pas moins que, pour le peu que j’en ai vu, les députés de M.Macron n’ont rien compris à ce qu’être député veut dire. Ils se plaignent même de ce qui jusque-là était considéré comme l’ordinaire du métier (être sollicité par l’électeur). Ils sont peu charismatiques, c’est sûr. Et arrogants, c’est probable. Eux aussi nous prennent pour des imbéciles ? Décidément les anciens et les modernes ont beaucoup en commun ?

Le changement serait-ce remplacer des gens qui ne comprendront jamais rien, par des gens qui n’ont rien compris ? L’homme ne peut pas apprendre ? Comme au football, si l’on veut changer les résultats de l’équipe, il faut changer l’entraîneur ?

Le nom Macron

De qui Macron est-il le nom ? se demandait-on à l’époque de l’élection présidentielle. La question me semble être restée sans réponse.

A l’époque de la Commission Attali, j’avais invité un de ses membres à un Club Economie que j’animais. C’était un économiste respecté, jeune. Il venait de publier un livre dans lequel il appliquait la logique de la gestion d’entreprise à l’économie française. Il avait identifié les réformes qui pourraient rapporter le plus à l’entreprise France, et avait mis, en regard, leur coût, dans une logique de Return On Investment, pour utiliser le mot français approprié.

Avec le recul, je pense qu’il représentait la tendance Macron. A savoir un mélange d’amour du marché et d’idées « socialement avancées ». Il s’était trouvé en opposition avec une autre race d’économistes, qu’il qualifiait de « bien roses ». Ils partageaient ses objectifs mais pas, pour parler comme ce blog, sa philosophie de conduite du changement. De manière inattendue, l’économiste de gauche voulait exproprier, alors que l’économiste de droite voulait payer. Le cas des taxis illustre le différend. Des deux côtés on estime que le chômeur doit conduire un taxi. Il se trouve que les taxis existants ont payé très cher le droit de faire leur métier. Pour l’économiste de gauche, il fallait liquider le gêneur. Pour l’économiste de droite, il fallait obtenir son consentement contre une partie des gains réalisés. L’économiste rose a gagné. (Ce qui a fait le lit du FN ?)

M.Macron a peut-être réussi la dernière étape d’un changement. La gauche s’était convertie à l’économie. La droite avait adopté la contre-culture de gauche. M.Macron a fait la fusion de l’économie et de « l’avancée sociale ».

Réforme de l'éducation

On réforme le secondaire. Plus de filières, mais des majeures et des mineures. Voilà un changement… Qu’ai-je à en dire ? Je n’y comprends rien. Quel est le problème qu’a voulu résoudre le gouvernement ? Pourquoi cette méthode plutôt qu’une autre ? Et quid de sa mise en oeuvre ? Et quid de l’opposition ? Il n’y en a plus, ou personne ne sait quoi penser ?

En quoi ces réformes prennent-elles en compte les questions fondamentales qui se posent à la société. A savoir, la disparition du projet de la Révolution, une école qui « libère » l’individu par l’éducation ; la disparition du projet de la 3ème République : l’ascenseur social ; et, finalement, l’excès d’offre par rapport à la demande qu’ont causé les réformes Haby, et le décalage entre le besoin de la société et la formation dispensée par l’école ?

Probablement, comme le programme de gouvernement de M.Macron, cette réforme a été conçue par des « spécialistes ». Elle améliorera peut-être la situation, mais elle accepte un statu quo mondial comme un acquis. Surtout, c’est un changement de droit divin. Comme d’habitude, mais mené avec un talent qui asphyxie la résistance au changement.

L'homme de Davos

M.Mélenchon devrait-il lire The Financial Times ? Voici ce qu’on y dit de M.Macron. « Le président Macron est un ancien banquier, qui s’est engagé dans la libéralisation de l’économie française mais qui a aussi des idées progressives en termes de société. Il s’est engagé à réaliser une intégration européenne renforcée et une coopération internationale contre le changement climatique. Il est diplômé des meilleures écoles françaises et parle anglais couramment. En d’autres termes, le président Macron est l’idéal de Davos. Si, dans dix ans, il sort de la politique française, il n’est pas difficile de l’imaginer accoudé au comptoir du centre du congrès, en tant que patron d’une grande entreprise ou d’une organisation internationale.« 

Voilà comment il est vu, et voilà pourquoi il a un tel succès international.

Mais est-ce réellement lui ? Un Français peut-il avoir ce type d’ambition ? D’ailleurs a-t-on envie de diriger une entreprise lorsque l’on a gouverné un pays ?

(En VO : President Macron is a former banker, who is committed to liberalising reform of the French economy but who also has “progressive” social attitudes. He is committed to deeper European integration and international co-operation on climate change. He is a graduate of France’s leading educational institutions and speaks fluent English. In other words, President Macron ticks every Davos box. If, in a decade’s time, he finds himself out of power in France, it is not hard to see him propping up the coffee bar in the congress centre, as the head of a big corporation or international organisation.)

Sympathie

M.Macron n’est pas sympathique. C’est rare pour un homme politique. Le charisme est un atout décisif dans cette profession. M.Macron est un manoeuvrier. J’observe, autour de moi, que ceux qui ont voté pour lui ont fait preuve des mêmes caractéristiques. Ils ne l’ont pas élu « par défaut », comme on le dit parfois, mais pour sa capacité à changer le pays, d’une manière acceptable, mais pas idéale.

M.Macron sait probablement qu’il ne lui sera rien pardonné. Il sait aussi qu’il sera jugé sur ses résultats. Saine situation ?

Bien s'entourer

Le premier ministre Edouard Philippe est allé rencontrer les élus concernés par notre Dame des Landes. Qu’un premier ministre s’informe ainsi avant de prendre une décision me semble nouveau.

Il y a peu on disait que, à quelques exceptions près, le gouvernement était fait d’inconnus. Cela a toujours été le cas. Mais, cette fois, j’ai l’impression que les inconnus sont des gens compétents, qui travaillent. Ils ne prendront pas forcément de bonnes décisions, mais, au moins, ils jugeront en leur âme et conscience. Et ils sortiront de l’anonymat ?

M.Macron a su s’entourer. Ce qui est une qualité.

Turquie et France

La Turquie se sent isolée. Elle se cherche un allié. M.Macron semble le candidat idéal.

Qu’a-t-il à gagner ? Des affaires.

La presse ne s’intéresse qu’aux droits de l’homme. Mais reflète-t-elle les intérêts du peuple ? Comme un vieux film le faisait dire à Surcouf : « on se bat toujours pour ce que l’on n’a pas » ? (Un Anglais lui demandait pourquoi il se battait pour de l’argent, alors que les Anglais se battaient pour l’honneur.)

Papillon Macron

2017 aura été l’année Emmanuel Macron. Venu de nulle part, il a saisi le courant d’air qui l’a amené aux sommets. Théorie du chaos et effet « battement d’aile du papillon » ?

Extra terrestre ? Alors que le Français vivait, depuis des siècles, une liaison passionnelle avec ses gouvernants, M.Macron ne suscite ni haine ni amour. Ses députés sont une armée de robots. Mais ses opposants ne signifient plus rien. La politique a été nettoyée à sec. Quant à l’électeur, il est devenu pragmatique : ce qui compte est « que ça marche » ?

Qui aurait prévu un tel changement ?

Président Macron

Si j’en crois la radio publique, M.Macron est le président de la France qui a profité du changement.  Au sens premier du terme, c’est une France de parvenus. Un peu moins blingbling qu’à l’ère précédente, mais parvenus tout de même. Ce qui laisse sans réponse la question dont cette même radio a pris conscience récemment : la paupérisation d’une partie de la population. En particulier de la classe moyenne, dans laquelle, particularité française, nous nous reconnaissons.

L’étranger pense plutôt que la France a fini par changer comme tout le monde.

La nouvelle société n’est ni celle de la justice, ni celle du progrès. Mais on ne proposait aucune autre solution. Les politiques précédentes ligotaient le pays, ce qui lui faisait prendre tous les coups, sans pouvoir en rendre aucun. Probablement, la France n’a pas beaucoup d’affection pour M.Macron, mais elle juge qu’il est un moindre mal. Peut-être aussi est-elle lasse de se battre pour des idéaux dont elle finit toujours par être le dindon ?