Manu

Le président de la République aurait réprimandé vertement un adolescent qui l’aurait appelé « Manu ». J’entendais la radio en débattre. Cela m’a rappelé une théorie de psychologie.

La psychologie observe que tout événement produit chez l’homme une interprétation, une « histoire ». Malheureusement, cette histoire n’est pas toujours juste. D’où déconvenues. Ce qui est à l’origine de la dépression. Pour éviter ce biais, il faut chercher s’il n’y aurait pas d’autres possibilités que celles que nous envisageons. (Voir, par exemple, les travaux de Martin Seligman.) C’est comme cela que doit fonctionner la justice.

Curieusement, dans ce que j’ai entendu, l’hypothèse selon laquelle à quinze ans, on ne peut pas être autre chose qu’un pauvre être sans défense n’a pas été envisagée, pas plus que celle selon laquelle le Président puisse agir selon ses convictions.

(PS. M.Macron à l’âge de son interlocuteur aurait probablement tenu tête à un président de la République. En tout cas, ce n’est pas bien plus tard qu’il a tenu tête à sa famille en choisissant d’épouser un de ses professeurs.)

Popularité

La popularité du gouvernement est en baisse continue, lit-on. Est-ce important ? D’ailleurs les syndicats rassemblent des « marées humaines » de mécontents, et pourtant le gouvernement ne tremble pas.

Peut-être faudrait-il s’interroger sur le degré du « mécontentement » ? Je soupçonne que le mécontentement que suscite le gouvernement est simplement une façon de lui dire que nous le surveillons, que notre confiance aveugle ne lui sera jamais acquise. C’est un mécontentement peu dangereux.

Le mécontentement dangereux, me semble-t-il, a trouvé un nom récemment : le dégagisme. C’est le phénomène dont ont été victimes MM.Hollande, Sarkozy et surtout Giscard d’Estaing. Ce que disent ces cas, c’est que le dégagisme n’est pas l’état d’esprit de l’opposant, mais celui de l’ancien supporter. Et si la force du gouvernement venait de ce que l’on ne l’aime pas ?

Changement en France

Pourquoi le changement est il difficile en France ? Nos gouvernements répondent : le Français est un retardé. Et si c’était une prédiction autoréalisatrice ?

Nos valeurs ont changé. Qui se reconnaît dans nos syndicats ? dans leur « lutte des classes » et leurs « avantages acquis » ? Qui veut encore de la carrière de papa ? Mais aussi qui peut s’abstraire des combats économiques internationaux ?… Nous ne voulons plus du monde de nos parents. Pour autant,  c’est lui qui nous a modelé. Du coup nous sommes pris dans des contradictions. Par exemple, nous voulons la liberté, mais nous attendons un Etat providence. La question n’est pas triviale.

Nos gouvernements de technocrates appliquent des recettes sans avoir dit la question qu’ils veulent résoudre. Et ils prennent notre résistance pour de la bêtise.
Un gouvernement digne de ce nom devrait nous mettre en face de choix de société. Car on le paie pour qu’il nous regarde de l’extérieur. Et, aussi et surtout, nous montrer qu’ils ont d’autres solutions que celles que nous envisageons instinctivement. (Par exemple le bureaucratique Etat providence gaulliste a balayé un modèle « solidariste » bien plus léger.) Pour le reste, c’est à nous de choisir. A lui d’organiser, de planifier, ce que demande la réalisation du choix. Le monde à l’envers.

Communication présidentielle

Tu avais une petite mine. Tu avais une belle cravate. Un présentateur de télé me parlait un jour de sa frustration. Ce qu’il disait semblait laisser indifférents ses proches. Seul les intéressait ce à quoi il semblait.

C’est le paradoxe de la communication. Ce ne sont pas les mots qui font le message reçu par l’auditeur. Je crois que c’est ce que sait M.Macron. Alors, il parle en actes. Quel message veut-il faire passer ? Je fais respecter les lois, je défends mes idées ? Je suis courageux, moi ?

En marche sur l'eau ?

Emmanuel Macron pourrait-il refaire en Europe, ce qu’il a fait en France ? Les partis européens se disloquent, et il pourrait en rassembler bien des morceaux ? Et, de 0, se retrouver à la tête du plus gros parti européen ?

Bergson faisait du progrès une lutte de l’esprit contre la matière. La plupart d’entre-nous sont arrêtés par la matière, les obstacles. Les « mystiques », non. M.Macron serait-il, dans son genre, un mystique ?

Clémenceau Macron ?

M.Macron a adopté la technique de Clémenceau. Il interpelle ses opposants et lutte pied à pied pour défendre ses idées. C’est une hypothèse. Et, en outre, comme Clémenceau, il fait respecter la loi, dans les universités ou ailleurs.

J’entendais l’autre jour des journalistes débattre de son dernier débat avec des journalistes. Ils disaient, d’une certaine façon, que M.Macron, paradoxalement, en revenait aux principes de la démocratie. Car la 5ème République n’a rien de démocratique. Ce qui est compatible avec mon hypothèse Clémenceau : Clémenceau fut le champion de la démocratie parlementaire, l’homme dont les discours à la Chambre renversaient les gouvernements.

Et si, après M.Trump, M.Macron faisait advenir le rêve du démocrate militant, que celui-ci a été incapable de réaliser lorsqu’il était au pouvoir ?

(L’émission de France Culture dont il est question plus haut avait retrouvé un étrange enregistrement de la préparation d’une interview de G.Pompidou par J.M.Cavada. Ce dernier, non seulement expliquait ce qu’il allait demander, mais ne savait plus que faire pour ne pas froisser le président…)

Paradoxe de l'écologie

J’ai été surpris de découvrir la puissance du ministère de l’écologie. Il y a quelque-chose d’étrange dans ce gouvernement. Car M.Macron semble souvent du côté de M.Trump. Il pense que c’est l’économie qui fait la richesse d’une nation, et qui fournit des emplois. Les autocars ont du bon, et les normes environnementales, qui empêchent le petit peuple d’avoir un logement dont il a les moyens, sont un mal.

Mais, peut-être que le bon jugement demande, au préalable, une instruction à charge et à décharge ?

M.Macron et la dispute

M.Macron semble avoir un talent rare. Il aime disputer avec ceux qui ne partagent pas son point de vue. « Vous avez vos questions, j’ai mes réponses », disait Georges Marchais. Presque toujours, la discussion politique est une confrontation de monologues. La raison en est que, sans une prudence de tous les instants, il est facile de faire des erreurs fatales. Mme Le Pen, lors du débat télévisé de la présidentielle, en donne l’exemple. Voilà pourquoi :

  • Le « framing ». C’est ce qu’a tenté Mme Le Pen. Il s’agit d’induire une réponse par la formulation de la question. Mme Le Pen a violemment attaqué M.Macron. Elle s’attendait à ce qu’il devienne agressif, et qu’il perde la face. Il a désamorcé l’attaque, en lui disant « pourquoi tant de haine ? ». Son procédé s’est retourné contre elle. Peu de gens seraient capables de cette manoeuvre. 
  • Le bien et le mal. Nous sommes si sûrs d’avoir raison que la contradiction est impossible. Du coup, nous perdons nos moyens lorsque l’on ne nous tient pas le discours attendu. Comme Condorcet, nous devenons des « moutons enragés ». Ce qui nous amène au point suivant :
  • La politesse. Nous sommes formés pour éviter le conflit. D’une part, cela nous amène à avaler des couleuvres. D’autre part, celui qui perd son sang froid perd la face. Mais la politesse n’excuse pas tout :
  • La paresse intellectuelle. Le psychologue Robert Cialdini dit que la seule chose que l’homme optimise, c’est son cerveau. Il l’utilise le moins possible. Nous ne sommes pas formés à décortiquer en temps réel la parole d’un interlocuteur. Retour au premier point, et sensibilité à la manipulation. 

D’ou, trois questions pratiques :

  • La force de M.Macron ? M.Macron est peut-être l’idéal de Socrate et des existentialistes : un homme qui a trouvé ce à quoi il croit. Comme Clémenceau, il a peut-être des principes chevillés au corps, et ces principes résistent à l’examen. Parmi eux se trouve, qui sait ?, celui selon lequel l’autre peut être convaincu par le raisonnement. 
  • Indestructible Macron ? Clémenceau, ne l’était pas. Par exemple, il lui est arrivé, dans un discours brillant, de faire sauter son propre gouvernement. (Mais c’était peut-être un acte manqué : il était épuisé par sa tâche.)
  • Comment devenir Macron ? Entraînement ? « Accouchement » à la grecque, façon Socrate ? Il faut se confronter au bain glacé de la contradiction, pour parvenir à ce qui est stable en soi ?

Communication présidentielle

M.Macron serait-il en train de trouver une façon efficace de communiquer ? Il convoque des journalistes qui ne pensent pas comme lui, et ils parlent des sujets du moment, sans politesse excessive.

Il faut du talent pour employer cette méthode. Visiblement, M.Macron a un plaisir certain à affronter le mécontent. Martin Seligman qualifierait cette capacité « d’optimisme » : M.Macron est enchanté par ce qui rendrait la plupart d’entre-nous fous : une opposition frontale. Clémenceau lui ressemblait probablement.

Cela ressemble à un phénomène paradoxal, que j’ai souvent observé. Il suffit qu’un dirigeant discute avec des gens mécontents, en reprenant leurs arguments !, pour faire cesser le mécontentement. Mon hypothèse ? Drame de la solitude. Ce qui crée l’inquiétude d’une société, c’est la conviction que son dirigent n’est pas au courant de ce qui s’y passe (ou qu’il est incompétent). Découvrir que le dirigeant existe et qu’il est ferme dans ses convictions rassure ses collaborateurs. Le mécontentement est un appel au secours.

Gallieni

Taxis de la Marne. Il nous faut un Gallieni. Pour éviter que la grève de la SNCF ne paralyse la France, il faut organiser un transport par bus et taxis. Voici ce que l’on m’écrivait.

Mais je crois que le gouvernement est plus Pétain (version 14 18) que Gallieni. Ne compte-t-il pas sur l’épuisement de la grève ? Et, plus elle aura été longue et coûteuse, moins elle aura de chances de se reproduire. Qu’est-ce qui fait, d’ailleurs, que cette grève semble pouvoir être moins efficace que les précédentes ? Peut-être le non paiement des jours de grève ? L’affaire aurait été préparée de longue date ? La caractéristique de nos gouvernements ce n’est pas le courage de Gallieni, c’est le vice de Talleyrand ?

Forme d’art de la guerre. Ce n’est peut-être pas ce que l’on attendrait d’un régime démocratique.