Passage en force

Le manifeste de M.Macron est digne d’un audit de consultant. Il me semble qu’il synthétise les thèses développées pendant des années par ceux que l’on considère comme nos meilleurs économistes.

Pourquoi, dans ces conditions, ne nous dit-il rien des raisons qui justifient ses réformes ? Peut-être cela les faciliterait-elles ? Pourquoi se limite-t-il à une communication pour midinettes ? Mais, au fond, il est fidèle à la tradition française. En France, le chef réfléchit. Puis il impose.

D’ordinaire cela provoque la résistance au changement. Ce changement toucherait-il moins de points sensibles que les précédents ?

Qui est M.Macron ?

Dans son manifeste, M.Macron dit qu’il veut faire entrer la France dans le 21ème siècle. Lui-même semble y avoir pénétré grâce à son rang de sortie à l’ENA. Il l’a propulsé, chose unique au monde, parmi les puissants de notre pays, puis chez Rothschild. C’est là qu’il a découvert les délices du capitalisme global et libéral (quelqu’un a-t-il un nom plus juste ?). Mais aussi les codes et les valeurs d’une sorte de jet set politique « cool » qui a dirigé la planète pendant longtemps ? Comment peut-on refuser un tel bonheur ? se dit-il peut-être en nous regardant. Décidément, le Français n’a pas volé sa réputation de retardé mental.

C’est une théorie.

Solidarité négative

Michel Crozier disait, qu’en France, il n’y a de solidarité que négative. L’union de l’opposition semble le démontrer. Elle aimerait bien faire tomber au moins un ministre. Mais, pour cela, il faudrait provoquer une émotion populaire. Une solidarité négative.

En France, tant qu’il n’y a pas de manif, le gouvernement peut faire ce qu’il veut. C’est comme cela, certainement, que le syndicat a trouvé une utilité. Il permettait de donner l’impression de mouvements populaires, avec peu de monde. C’est aussi pourquoi ceux qui rêvent referendum, MM. de Gaulle et Macron en tête, se font des illusions. Ils croient que le peuple va exprimer son amour pour eux. Mais, si le Français exprime quelque-chose, c’est son mécontentement. Réjouissons-nous de son indifférence ?

Unis ou unanimes ?

L’opposition est unie, ai-je dit. On me répond « unanime », mais pas « unie ». J’ai du mal à faire la différence.

En 40, les députés, unanimes mais pas unis, ont voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. La guerre d’Irak a produit une union sacrée de démocrates et de républicains, unanimes mais pas unis. Comme toutes les guerres, d’ailleurs.

L’unanimité a quelque-chose de louche. On y perd un peu de son âme, et de son identité. Avant de s’y engager, il faut peut être y réfléchir à deux fois. Et ne pas signer de chèque en blanc.

La démocratie trahie ?

L’opposition au Président de la République est unie. Elle dénonce le manque de démocratie du régime.

Elle a bien raison. Et cela a toujours été le cas. Le gouvernement se moque de son opposition. C’est peut-être pour cela que celle-ci, lorsqu’elle est de gauche, a besoin des syndicats. Lorsqu’ils font plier le service public, le peuple est à genoux, et le gouvernement doit se rendre.

Mais sommes-nous un pays démocratique ? De toute manière, les partis politiques sont incapables de s’entendre. La troisième et la quatrième République, qui étaient certainement démocratiques, furent des chaos. Et rien n’a changé depuis. La démocratie ne peut vivre si elle est représentée par des esprits totalitaires. Il lui faut un consensus germanique.

La question qui demeure est : voulons-nous d’une démocratie ? Il n’est pas impossible que nous ne soyons pas bien différents des Russes et des Egyptiens. Ce que nous désirons avant tout, c’est une vie tranquille ?

Génération People

Lors d’une commémoration de la mémoire de Nelson Mandela, la première ministre danoise, une célébrité internationale inconnue en France, avait pris un selfie d’elle et de MM.Obama et Cameron. Mme Obama était consternée.

A la dernière coupe du monde, M.Macron s’est aussi fait prendre en photo avec M.Poutine et la dirigeante croate.

Regardez comme on est cool ? Admirez-nous ? Génération People ?

Génération football

Notre président s’est donné en spectacle à la dernière coupe du monde. Il a aussi montré qu’il pouvait réussir l’épreuve du costume mouillé, fatale à son prédécesseur. (C’est moche de frapper un homme à terre ?)

Poudre aux yeux ? Probablement. Ce n’est pas pour rien qu’on le voit aussi souvent dans Paris Match. Il doit prendre le Français pour une midinette. Mais il y a peut-être de l’honnêteté dans son amour du foot.

J’ai en effet noté un phénomène curieux. Il y a cinquante ans, le foot était un sport populaire. Et un ascenseur social pour des gens comme vous et moi, Rocheteau, Platini et Herbin. Puis il est devenu une activité de mercenaires. Et l’élite s’y est intéressée. Peut-être parce qu’elle est une élite en tout. Complexe du surhomme ? Jupiter ?

Le député résiste au changement

Nos députés luttent, avec l’énergie du désespoir, contre les suppressions de postes que leur impose M.Macron. M.Macron leur inflige ce qui ne les émeut guère lorsque cela arrive au reste de la population : le chômage. Faut-il aimer la vengeance ?

Je ne le pense pas. M.Macron semble s’être fait une spécialité du passage en force. Il ne se donne même pas la peine d’expliquer le sens de ses réformes. Celle-ci a été préparée par des générations d’esprits brillants, qui ont montré qu’il y avait trop de députés, disposant de trop peu de moyens. Des députés en nombre réduit seraient des députés efficaces. Pourquoi ne pas nous le rappeler ? Cette réforme a été préparée par ceux qui s’y opposent aujourd’hui. Surtout, pourquoi ne pas faire ce que l’on ne fait pas dans l’entreprise : faciliter la reconversion du député chômeur ? Cela serait un exemple de flexisécurité. Et cela montrerait que nous avons encore quelques vertus chrétiennes.

La naissance d'Europe

Lorsque M.Macron a parlé d’Europe lors de son élection j’ai été surpris. Cet homme est un doux utopiste, ai-je pensé. Au mieux, j’y ai retrouvé une idée de ce blog : un nationalisme européen serait extraordinairement profitable pour ses pays membres.

Mais il avait raison. La scission du moment n’est pas gauche / droite mais pro ou anti Europe. Et elle touche tous les pays européens. Ce qui se joue n’est pas la dislocation de l’Europe, mais sa naissance. En effet, l’UE est un projet d’intellectuels éthérés, imposé dans l’indifférence générale. Si elle survit, elle aura été choisie.