Quel est le mandat d'un président ?

Un interviewé disait que M.Macron pensait avoir reçu un « mandat » de la France. Ne se trompe-t-il pas ? me suis-je demandé. Comme tous ses prédécesseurs, il n’est qu’une solution par défaut.

Mais peut-être y a-t-il là un mandat par défaut. Qu’est-il reproché aux « prédécesseurs » ? Une partie de la France a jugé qu’ils se moquaient d’elle. Et si ce que l’on attendait d’un président était qu’il rassemble le pays, non qu’il le divise ? Et si, inconsciemment, le pays rejetait le manichéisme, qui est devenu la règle en politique ? Le discours d’investiture de M.Macron semblait dire qu’il avait entendu le message…

Panne de réformes

Paradoxe Macron. Il se dit un réformateur courageux. Il fait effectivement des réformes. Mais cela ne donne rien, en dehors de grèves interminables. La France fait moins bien que des pays comparables, qui ne se réforment pas. (Si l’on écarte l’Angleterre, suicidaire.)

Quand on veut changer la performance d’une entreprise, on modifie sa façon de travailler. (Par exemple, les constructeurs automobiles sont passés du Mass Manufacturing au Lean Manufacturing, dans les années 90, ce qui a réduit par deux le temps de conception des nouveaux modèles.) Surtout, on investit pour gagner. Et cela marque les esprits. Personne n’ayant perçu le moindre changement, les choses continuent comme avant ?

Réforme de l'Etat

On me disait que le patronat reprochait au gouvernement de ne pas réduire les dépenses de l’Etat. M.Macron mènerait, en fait, la réforme en sous-main, façon SNCF. L’Etat embaucherait désormais des contractuels, mais plus de fonctionnaires. 

Le contractuel serait-il plus efficace que le fonctionnaire ? Mettez-vous à sa place : que feriez-vous dans une organisation conçue pour des fonctionnaires ?… 
J’ai suivi des administrations qui se sont réformées efficacement, me semble-t-il. Elles ont adopté une autre formule. Elles ont liquidé leurs prestataires et formé leurs personnels pour qu’ils prennent leur place. (C’est, par ailleurs et apparemment, ce que ferait Orange, qui demeure terre de fonctionnaires.) Cela, en outre, forcerait l’entreprise à se dégager de sa dépendance à l’Etat et à devenir créative, pour survivre. Mais c’est probablement une solution que n’apprécierait pas le patronat… Ah, la résistance au changement !

Le changement de M.Macron

Qui est M.Macron ? Quelqu’un qui l’a croisé à plusieurs reprises m’en faisait un portrait qui correspond assez bien à ce qu’a déduit ce blog.

C’est une personne qui, depuis l’école, aurait une opinion exagérée de son talent. En revanche, il a une capacité exceptionnelle à se réinventer, face à la difficulté. Une épreuve en fait un autre homme. Malheureusement, il s’est entouré d’exécutants, me disait-on. Et les Collomb et des Hulot, qui auraient pu lui résister, partent, pourrait-on ajouter.

Qu’est-ce qui pourrait produire une crise salutaire ?

Les présidents maudits

L’histoire nous montre plutôt des rois compétents, à l’exception des rois fainéants. Plus jeune, je me disais que le jour où l’on écrirait l’histoire des présidents de notre République, cela produirait une saga du type « les présidents maudits ». Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Et ce quasiment depuis les origines.

D’où vient cette malédiction ? C’est au pied du mur que l’on voit le maçon. Un système de sélection est une prédiction autoréalisatrise. Il  sélectionne les as du mécanisme de sélection. Nous n’avons donc pas des présidents qui savent gouverner, mais des présidents qui savent grimper dans les appareils politiques. Lorsqu’ils arrivent à la lumière, ils ont en tête des idées d’une pauvreté consternante. Et ils trépignent lorsque la réalité les dément. 
Où est le cercle vicieux ? Probablement dans la puissance de l’Etat. Le jour où il n’aura aucun pouvoir, il n’intéressera plus les ambitieux. Cela laissera la place aux compétents. 

M.Macron : une guerre de retard ?

Lorsqu’on lit l’histoire de M.Macron, on entend parler les hautes sphères du monde d’il y a vingt ans. (Et le gouvernement Sarkozy.)

Il est recalé deux fois à Normale Sup, mais il ne se laisse pas abattre, part à Sciences Po, réussit l’ENA, et grâce à son enthousiasme plus qu’à son intellect ?, termine 5ème, et entre à l’inspection des finances. De là il pénètre dans le nombre infime des puissants qui font la France, puis chez Rothschild, fréquente la jet set internationale, et c’est la Commission Attali, et le gouvernement. Conclusion ? J’ai travaillé dur, et j’ai réussi grâce à mon mérite. Et ce monde que j’ai trouvé est fort agréable. Pourquoi mangez-vous du pain (rassis) et pas de la brioche ?  C’est ce qu’écrivait l’oligarque de tous les pays, lorsqu’on lui parlait inégalité. Donc, ceux qui sont dans la mélasse ne sont pas méritants. Ou, comme M.Macron nous aime bien : les Français sont des attardés, qui n’ont pas compris les beautés des conseils d’administration.

Mais la globalisation, c’est fini, au moins pour quelques décennies. Le monde est aux mains des Xi, Poutine, Erdogan, Trump, Al Sissi et autres hommes forts de moindre renom. La clique à laquelle M.Macron rêvait d’appartenir n’existe plus ? M.Macron : comme tout bon Français, vous avez une guerre de retard ?

Europe : la campagne de Russie de M.Macron ?

Paradoxe ? M.Macron a fait de l’Europe son cheval de bataille, or, aux élections européennes, il risque fort de se faire battre par le FN. De l’art, subtil, du camouflet.

Détail intéressant : on parle de Daniel Cohn-Bendit pour diriger la liste macronienne. M.Cohn-Bendit a, effectivement, tout ce qui manque à M.Macron.

(En réalité, on retrouve les ordres de grandeur du premier tour des présidentielles, et Mme Le Pen avait fait un score bien supérieur aux précédentes européennes. Une interprétation est que M.Macron a un socle d’électeurs d’une vingtaine de pour-cent. Va-t-il tenir ? Et que le vote protestataire est divisé. Mme Le Pen peut terminer en tête, mais il n’est pas sûr qu’elle se refasse une virginité.
En tout cas, LREM à 10 ou 15% et RN à 30% indiqueraient à notre président qu’il doit envisager sérieusement de demander l’asile politique aux Danois.)

Repentance

M.Macron reconnaît le rôle de l’Etat français dans la torture durant la guerre algérienne. Secret de polichinelle. On dit que cela va améliorer nos relations avec l’Algérie. Mais reprendre les thèses de la repentance ne va-t-il pas un peu mieux plomber la côte de notre président : décidément, c’est un homme de nobles pensées, coupé des réalités ?

Cela me semble dangereux de faire porter à quelques-uns les fautes du passé. En effet, je ne crois pas que ces fautes leur appartiennent en propre. Il me semble qu’elles sont en puissance dans la nature humaine. Dans l’avenir, plus que dans le passé. Nous sommes tous des coupables potentiels. Plutôt que se donner bonne conscience, par des gestes sans conséquence, il serait bien de se demander ce qui est la cause des drames ? Et ce particulièrement lorsque l’on détient un pouvoir immense ?

La métamorphose de M.Macron

Homéostasie ? Y a-t-il quelque-chose qui fait que tous nos présidents se ressemblent ?

M.Macron avait démarré « troisième voie ». Une tradition française. Il y a autre chose que la gauche et la droite. Il y a la France. Réconciliation de tout, opposants, mais aussi individu et société. Curieusement, il a basculé vers l’option « président normal », c’est-à-dire prétentieux et méprisant, sans que l’on sache ce qui lui a donné une aussi haute opinion de sa supériorité. C’est exactement ce que le Français adore haïr. C’est peut-être ce qui a coûté leur tête aux aristocrates. En France, l’égalité n’est pas tant une question d’argent que d’humilité ?