La SNCF rend fou

Mon quotidien, c’est le train supprimé. Maintenant, il y a, en plus, le train qui ne part pas. Trois fois de suite, le soir. Et aucune information. Et un remplissage de wagon à bestiaux. Et l’autre jour, j’avais un rendez-vous un peu lointain, et trois trains pour y arriver… Le second a du mal à partir. Et on m’annonce que le troisième est ralenti… Et le rendez-vous ne durerait pas plus d’une heure… La SNCF, c’est le stress. Du coup, j’en viens à chercher un coupable.

Je crois que c’est l’esprit du temps : l’égoïsme. Les cheminots, collectivement, ont exploité leur monopole, pour essorer la collectivité. Les politiques, eux aussi, ont ruiné la SNCF, donc la collectivité, pour se faire construire des TGV, et se faire mousser. Mais ils sont eux les vrais coupables. Car, au moins certains d’entre-eux, ont aussi trouvé leur intérêt à encourager les premiers.

La concurrence peut-elle améliorer la situation ? On passera d’un comportement monopoliste à un autre. Et la collectivité continuera à être essorée. La question que pose la SNCF est le contrôle des « biens communs », façon Elinor Ostrom. Plus qu’une technique, c’est une question de volonté. Celle de nos élus, pour commencer.

Les inconditionnels de M.Macron

Un sondage concernant M.Sarkozy, que j’ai cité il y a longtemps : le coeur de son électorat avait des valeurs très différentes de celles du reste de la population. Chaque président aurait-il ses « inconditionnels » ? C’était probablement le cas de M.Hollande, qui mobilisait aisément les stars du show biz pour défendre sa cause. Cette idée m’est venue en tête, lorsque j’ai lu que 20% des Français envisageaient de voter pour le mouvement de M.Macron aux prochaines élections européennes. Ces 20% c’était la taille des inconditionnels de MM.Sarkozy et Hollande.

Mais ces 20% sont-ils des inconditionnels ? Que représenteraient-ils ? Les gagnants de la libéralisation ?… Des partisans de réformes libérales radicales ?… M.Macron semble bien seul. Mais alors, et si sa raison d’être était d’être l’homme du statu quo ? Car ses opposants veulent des réformes que refuse la majorité de la population ?

Les ambitions modestes de l'Education nationale

Philosophie en terminale, suite de ma réflexion. (Billet précédent.) Débat de France Culture, entre professeurs, donc. A une époque les normaliens enseignaient en terminale, et, pour autant, n’étaient pas considérés comme des incompétents. J’ai dans ma bibliothèque des ouvrages de vulgarisation anciens dans lesquels leurs contributions figurent aux côtés de celles des plus grands experts de sciences humaines. Voilà qui n’est plus d’actualité.

Cela m’a surtout fait comprendre l’esprit des réformes du gouvernement actuel. Car ce qui m’est venu à l’esprit c’est : médiocrité. Elles consistent à nous faire accepter le monde tel qu’il est. Oubliez vos illusions.

Or, la France, c’est le changement. Elle s’est construite sur des utopies : égalité, ascenseur social, culture (au sens du 17ème), science… La troisième République a mis en oeuvre ces utopies. La 4ème et la 5ème ont réalisé l’utopie du progrès technologique. Et aujourd’hui, c’est la gueule de bois. Vous n’avez pas de pain, pourquoi ne mangez-vous pas de la brioche ? nous dit le bon M.Macron.

Mon vieil Emmanuel

Anne Fulda, la biographe de M.Macron, écrit que M.Macron était un séducteur de vieux. Il leur doit sa carrière.

S’il s’est cassé les dents sur M.Trump, c’est que celui-ci ne se sent pas vieux ? La vieillesse est un concept français ?

Toujours est-il que M.Macron a quelque chose de vieillot, de désuet. Il manque de fantaisie me semble-t-il. Or, si vieillesse n’est pas américain, morale n’est pas français ? Une faille qui pourrait lui être fatale ?

Start up nation

Hervé Kabla observe, finement à mon avis, que M.Macron gère son gouvernement comme une entreprise, une start up. Et comme dans beaucoup de start up, il a des difficultés avec son personnel.

A la différence d’une start up, il me semble qu’il a assez peu choix de personnel. Quand on est le patron d’un parti, on ne peut pas être haï, et on est entouré d’ambitieux, qui se damneraient pour un ministère. Mais M.Macron n’est pas un chef de parti. Que ferait-il si M.Philippe le quittait ?

M.Macron ou la méprise ?

L’élection de M.Macron a été un rejet de l’homme politique traditionnel. Et l’opposition demeure la meilleure alliée de notre président. Lorsqu’elle le dénonce, elle rappelle à l’opinion qu’il n’y a, toujours, aucun choix.

Pourtant, il y a peut-être eu un, très faible, espoir déçu. Nous découvrons que M.Macron est un libéral jurassique. Quelque chose qui semblait avoir disparu avec MM. Blair et Clinton. Or, il aurait pu être autre chose. Une relecture du radicalisme, ou de la « troisième gauche ». Un élève de Paul Ricoeur.

Cette pensée, qui a forgé le pays, est très proche du libéralisme, mais ce n’est pas du libéralisme. C’est un individualisme farouche, mais un libertarisme solidaire. On y aime l’entreprise, au sens projet noble et aventureux (« venture » en anglais), mais pas le salariat (perte de liberté). L’Etat y est vu comme un danger totalitaire. Il est donc maigre, et contrôlé. La différence avec le libéralisme moderne, c’est que l’on n’y célèbre par les « premiers de cordée » à la Ayn Rand. L’être d’exception n’est pas un démiurge, ultra riche, il est dévouement à la cause public, à la Pasteur. En effet, les hommes y naissent et y demeurent éternellement égaux. Et, donc, les réformes n’y sont pas imposées, elles font partie d’un projet national, désiré par tous.

Hybris présidentiel

Je m’interrogeais sur les réformes gouvernementales. Si je comprends bien, elles n’ont rien de systémique, mais seraient plutôt un sarkozysme décomplexé : travailler plus pour gagner plus.

Toujours apparemment, M.Macron aurait parié sur une longue phase de croissance, pour faire passer ses mesures. Sans croissance, il serait forcé de prendre aux pauvres pour donner aux riches. Malheureusement, il se pourrait que l’économie nationale ait plus besoin de la consommation des pauvres que de l’esprit d’entreprise des riches… Tout cela pourrait donc mal finir.

(Article dont je tire ces réflexions.)

Ce qui semble confirmer que, comme ses prédécesseurs, M.Macron a cru que les maux de la France étaient dus à leur incompétence, et qu’il suffirait qu’il paraisse pour que le pays change.

Va-t-il, comme ses prédécesseurs, encore, être incapable de toute remise en cause ?

Le règne des mathématiques, c'est fini ?

Un ami s’étonnait que la philosophie soit devenue une des seules matières obligatoires de la nouvelle réforme de l’Education nationale. Les mathématiques en sont le parent pauvre. Nulle en maths et start up nation ?

Comme le monde a changé depuis mon enfance ! L’ex filière B, maintenant ES, est devenue une voie royale pour atteindre les écoles du pouvoir : HEC et l’ENA. De même, les préparations littéraires ont désormais des débouchés de ce type. Normale sup, ou rien, c’est fini. Nous sommes peut-être sur la voie de l’Angleterre. Demain, quand vous direz que vous êtes ingénieur, on pensera que vous êtes un artisan ? Comme les Américains nous allons devoir faire venir nos scientifiques de l’étranger ?

On entend dire à des universitaires importants que la sélection par les mathématiques est inégalitaire. Il me semble que c’est un sophisme. Elle est inégalitaire, mais infiniment moins que la sélection par la culture. Et c’est ce qui lui a été fatal ?

(Un normalien philosophe parachuté par les aléas d’une carrière, un rien bohème, en lycée de banlieue, a constaté qu’on n’y avait rien à cirer de sa discipline. La philo : moyen de sélection sociale terriblement efficace ?)

Ministre déphasé

Soft power, de France Culture, disait que notre ministre de la culture, Mme Nyssen, était déphasé. Mais que M.Macron la conservait par charité.

Le ministère de la culture n’est peut-être pas très important, et il n’a pas besoin de ministre pour rouler, cependant, cela ressemble à du détournement de bien public…

Quand M.Macron paraît

Le livre de M.Macron a suscité chez moi une frustration professionnelle. Il ne disait pas comment il allait conduire le changement. Quand vous voulez transformer une entreprise, vous changez son organisation. Et vous mettez en équation le changement, ce qui vous permet d’être à peu près sûr de ce que vous allez obtenir. Mais, avec M.Macron : rien. Peut-être avait-il une idée, mais il nous la cachait ? me suis je demandé.

Eh bien, aujourd’hui, il semble qu’il n’avait aucune idée. Certes il a fait des réformes, mais c’était beaucoup de bruit pour rien. La seule hypothèse que je trouve pour expliquer son comportement est celui de ses deux prédécesseurs : il a pensé qu’ils étaient idiots et qu’il suffisait qu’il paraisse pour que la France change. « Le changement c’est maintenant. »

(En revanche, je reste accroché à une autre hypothèse : lorsque le Français comprendra qu’il ne peut rien attendre d’en haut, il sauvera son pays. La France est par nature une « entreprise libérée ».)