Il n'y a pas que le nationalisme dans la vie

Avant le temps des Gilets jaunes, M.Macron semblait penser que l’Europe avait le choix entre lui et le populisme.

Et Kant, était-il populiste ?

Or, Kant n’était pas libéral. Il n’y a pas besoin de penser Deutschland über alles, pour ne pas être libéral. Les sociétés développent des cultures qui leur sont propres, et ces cultures sont des richesses. Le monde est un équilibre entre ces cultures, de même que la nature fonctionne en écosystèmes.

Il se pourrait que ce qui se joue actuellement soit là : le libéralisme va-t-il être rejeté au profit du nationalisme, comme dans les années 30, ou allons-nous vers la paix (perpétuelle ?), des cultures ?

Vers la paix perpétuelle, de Kant.

Arrogant Macron

Il y a quelque chose de curieux avec l’Italie. Elle semble ne pas nous aimer. Or, qui se préoccupe de l’Italie ? Comment peut-on être haï par quelqu’un que vous ne connaissez pas ? Le problème pourrait être là.

Cela viendrait peut-être d’une longue histoire. Mais, M.Macron aurait mis de l’huile sur le feu. Et l’Italie ne serait pas la seule dans son cas. Apparemment, M.Macron serait extrêmement arrogant. Arrogance, vice que nos voisins ont toujours reproché à notre classe dirigeante.

(Courrier international.)

Aide à la personne et aide à la pierre

La spéculation immobilière est un mal mondial. Elle éjecte les pauvres des bassins d’emploi, elle les appauvrit, voire en fait des chômeurs. Mais le pauvre n’en a pas conscience.

Le problème vient de ce que l’on a transformé l’aide à la pierre, en aide à la personne, entend-on dire. Dans le premier cas, la collectivité construit des habitations et les loue. Dans le second, on donne de l’argent à une personne pour qu’elle finance un achat. Dans le premier cas, les loyers sont bas ; le second produit une bulle spéculative qui a pour effet pervers un appauvrissement de celui qui est aidé. Le phénomène que l’on observe aujourd’hui. Seulement, personne ne veut de la première solution. Je désire avoir ma maison, à moi.

Le gouvernement semble vouloir supprimer l’aide à la personne. Seulement, ce n’est pas le seul facteur spéculatif. Et il y a peut être des gens qui ont besoin d’aide.

Bonne solution ? Un mélange des deux ? Des zones hors marché, où certains sont subventionnés pour construire leur habitat. C’est, plus ou moins, la solution qu’avait trouvée le capitalisme paternaliste. Ainsi, il avait un personnel fidèle, et pas cher. Et ce serait encore le cas : les entreprises ont tout à gagner à ces mesures. Comme quoi, l’interventionnisme peut-être bon pour l’économie ?

(Ce que j’affirme concernant la capitalisme paternaliste est partiellement faux : il faisait de l’aide à la pierre, il construisait les maisons de ses ouvriers et de ses cadres. Mais il leur laissait des jardins, et possédait des maraichers, par exemple, ce qui faisait que l’employé jouissait d’une forme de liberté de choix et de droit de propriété. C’est, du moins, la pratique de la famille Lafarge, qui habitait près de chez moi.)

Affaire Benalla

Paresse intellectuelle. Je n’avais pas envie de m’intéresser à l’affaire Benalla. Pour moi cela allait de soi : la presse et l’opposition montent en épingle une affaire banale, dans leurs milieux.

J’ai fini par lire ce que l’on en disait. Ce qui confirme en partie ce que je pensais. Alexandre Benalla a par beaucoup de côtés un profil idéal. Certes, il a des parents enseignants, et possède une licence de droit, mais, pour le reste, c’est le type même d’homme qui réussit sans diplôme. L’entrepreneur. Alors qu’il n’a pas vingt ans, il est déjà aux côtés de Martine Aubry, dans son service d’ordre. Une fois que l’on a de telles relations, les biens de l’Etat sont à vous. Il a atteint le sommet sans avoir eu besoin de faire les grandes écoles et les cabinets ministériels. Et on en voit l’intérêt : il a été bombardé lieutenant-colonel de la gendarmerie alors qu’il n’a pas 27 ans ! Cet homme, c’est un Julien Sorel qui ferait aussi bien que Napoléon.

Pourquoi a-t-il matraqué du manifestant, alors qu’il aurait pu s’enrichir tranquillement ? M.Macron doit être triste. Il va devoir vivre entouré d’énarques. Ils sont mortels, mais, au moins, ils savent se tenir.

Le Gilet jaune a-t-il une logique ?

Le mouvement des Gilets jaunes surprend. Non seulement il ne disparaît pas, mais il semble s’affirmer.

On a cru que c’était une question de prix de l’essence, puis un besoin d’écoute par le gouvernement. On a peut-être aussi cru que la répression le ferait reculer. Cela n’a pas marché.

Il est difficile de repérer des affiliations politiques… beaucoup de sympathisants du RN ? Mais cela peut-être lu à l’envers : une France de mécontents, qui cherche un exutoire, à droite, à gauche, chez les Gilets jaune… la fin justifie les moyens. Les journaux parlent, aussi, de violence et de revendications farfelues : « Macron démission » et « démocratie directe », par exemple.

Farfelues ou logiques ? On dit depuis longtemps que les partis politiques ne représentent pas le pays. M.Macron ne semble pas plus légitime au yeux des Gilets jaune. Donc, c’est au peuple de diriger la nation. Vive Proudhon ?

M.Macron ou la France du sablier ?

Y a-t-il incompatibilité entre M.Macron et au moins une partie de la France ? Si oui, cela pourrait être une histoire de sablier…

M.Macron pourrait correspondre à un courant de pensée qui existe depuis longtemps aux USA. (Ce blog en parle depuis sa création.) Son cri de ralliement est « travailler dur ». Il y a deux voies de réussite, mais une seule recette. D’abord, les études. L’élite a fait les « meilleures études ». Mais si elle est arrivée eu sommet, comme M.Macron, ce n’est pas tant par de grandes facilités intellectuelles (comme c’était le cas pour les précédentes générations), que par son ambition, son acharnement et son optimisme. Car, son parcours, comme celui de M.Macron, peut avoir connu des échecs. C’est d’ailleurs de là qu’elle tire sa légitimité.

Ensuite, second chemin vers la fortune, il y a le « petit boulot ». Ce sont les taxis d’Uber, les livreurs à bicyclette, mais aussi les ressortissants de pays riches qui émigrent à la recherche d’un emploi, lors d’une crise. Ces émigrés ne sont pas maliens, ils ont fait des études. Elles auraient dû leur donner des emplois confortables. Mais la crise en a décidé autrement. Ils n’ont pas eu peur de déchoir. Il n’y a pas de sot métier. Dans cette pensée, celui « qui en veut » est prêt à tout, et il réussit.

La religion de cette pensée, ce qui la fonde et la justifie, ce sont les sciences économiques. Elles postulent des individus sans attache, qui prennent ce qu’on leur donne. « La société n’existe pas », comme le disait Mme Thatcher. Il n’y a que l’argent qui compte.

Cela conduit à une nation « en sablier » concluent les Anglo-saxons. D’un côté des « ultra riches », de l’autre la « valetaille ». Car, surprise ?, il se trouve que les « petits boulots » correspondent à ce dont les premiers ont besoin pour leur confort. Les transports en commun, ce n’est pas pour eux.

L’image de M.Macron, debout sur une table au milieu d’une foule, ou embrassant des footballers, est conforme à cette mythologie. L’ultra riche est un meneur d’hommes, et un athlète, qui apprécie, et se pique de pouvoir participer aux, jeux du cirque. Il se pense aussi esthète, façon oligarque et sac Louis Vuitton, il goûte les « restaurants étoilés ».

Et maintenant, si ce modèle est juste, pourquoi mécontente-t-il la population ? Parce qu’elle ne veut pas émigrer pour trouver des emplois de livreurs de pizzas – même si l’ultra riche a le pourboire généreux. Elle aspire à être une classe moyenne éduquée, qui se réalise dans un rôle social auquel elle s’est préparée. Elle trouve légitime une élite d’entrepreneurs-créateurs et d’aristocrates de l’esprit. Car c’est le rêve de nos pères. Mais pas celui de M.Macron ?

Grand débat : grand mystère

Il y a quelque-chose de curieux au sujet du « grand débat ». M.Macron a publié, au moment de son élection, un manifeste extrêmement fouillé. Celui-ci semblait tiré des travaux de la commission Attali, et peut-être d’autres recherches économiques. Travaux de fond, et qui avaient un aspect systématique, et qui semblaient être une synthèse des travaux de nos meilleurs économistes. On aurait pu croire, donc, qu’il y avait un moyen, scientifiquement approuvé, de transformer le pays et d’améliorer notre sort.

Le grand débat signifie-t-il que ce plan a été abandonné ? Etait-il idiot ? Ou le gouvernement a-t-il été incapable d’en comprendre la logique, donc de l’expliquer, et d’y croire ?…

Et maintenant, que fait-on ? On improvise ?

Grand débat : grand danger ?

Le gouvernement veut faire un « grand débat ». Est-ce une bonne idée ? Mon passé d’études de marché m’a appris que l’exercice est très, très, périlleux.

  • Le premier enseignement que j’en tire est qu’il ne faut jamais demander à quelqu’un ce qu’il veut, il n’en a aucune idée, ou n’exprime que des banalités (je veux être heureux, beau et riche, tout gratuit…), mais le déduire de ce que l’on observe de lui. Le Gilet jaune, comme exemple. Il se plaint des taxes ou du prix de l’essence. Mais il n’est pas conscient à la fois de la cause de son malaise, et des conséquences pour sa situation des évolutions de la société. En particulier, c’est le prix de l’habitat qui a eu raison de ses finances, et l’a éjecté loin de tout, y compris des bassins d’emploi. De même, la qualité des services de l’Etat a un impact direct sur sa santé, et, surtout, sur l’avenir de ses enfants. Ils sont les premières victimes de la disparition de l’ascenseur social. Ils peuvent avoir un QI d’inspecteur des finance, ils ne seront jamais inspecteur des finances, et associés de Rothschild. Et j’en passe. 
  • Les soucis ne font que commencer. Non seulement, il ne voit pas ce qui est bon pour lui, mais il a toutes les chances de s’y opposer. (Imaginez que le gouvernement vous annonce qu’il va réduire le prix de votre maison par deux…) Tout l’art de l’étude de marché est, non seulement de comprendre ce qui est bon pour celui que l’on étudie, mais de trouver une façon qui l’enthousiasme d’exprimer le changement proposé. Généralement, cela se dit en quelques mots… 
  • Ensuite, un échantillon ne doit jamais être fait de volontaires. Il doit être tiré au sort. Pourquoi ? Parce que les volontaires ont une motivation qui leur est propre, et qui n’est jamais celle de l’ensemble de la population. (C’est particulièrement vrai pour le grand débat : il va devoir faire avec des lobbys extrêmement bien organisés : ONG, syndicats, partis politiques…) Ce sont d’ailleurs des professionnels de la participation. Le bon participant a rarement envie de participer, et il ne sait pas comment s’exprimer. 
  • Enfin, il ne faut jamais faire travailler les gens en groupe, au moins dans une phase de diagnostic. Pourquoi ? Parce qu’il suffit d’une personne pour retourner un groupe. En revanche, le groupe est un formidable outil de créativité. 

Le grand moment d’une étude de marché, c’est la présentation du rapport. Si votre public ne vous dit pas : c’est évidemment cela la solution à nos problèmes, tout est perdu. Et pour qu’il vous le dise vous devez avoir trouvé des mots qui fassent mouche, qui n’aient aucune connotation négative (changement = licenciement, par exemple). Ce qui demande une mise au point, très prudente, par essais et erreurs.

Polos verts et Gilets Jaunes

Depuis l’élection de M.Trump, les USA sont divisés comme jamais, dit-on. Je me demande s’il n’en est pas de même chez nous.

Près de deux millions de personnes ont signé une pétition demandant à ce que le pays soit condamné pour ne pas avoir respecté ses engagements environnementaux. Ce serait une réaction (les « Polos verts » ?), ai-je entendu, aux Gilets Jaunes.

Dans le monde anglo-saxon, on nomme ces courants libéraux et nationalistes conservateurs. D’un côté les professions de l’intellect, la haute société, de l’autre le travail et les contingences matérielles. Effet pervers de la division des tâches ?

La France a une tradition de « troisième voie ». M.Macron semblait l’incarner. Se serait-il égaré ?

M.Macron a-t-il changé ?

M.Macron va-t-il changer ? s’interrogeait ce blog. Il semble bien qu’il ait changé. Ce qui est une preuve d’intelligence, et probablement la première revendication des Gilets jaunes : être écoutés.

Il a ainsi révélé qu’il n’était pas un orthodoxe de la rigueur. Le déficit français va dépasser les trois pour cent. (Ce qui va lui poser des problèmes, car le budget italien est recalé par l’UE alors qu’il semble plus vertueux. Deux poids, deux mesures ?)

Ce qui serait bien maintenant, c’est de poursuivre cette remise en cause, et de se demander ce qui n’a pas marché dans les politiques qui ont été appliquées ces dernières décennies, sans a priori.