Quelle est la France que nous laissera M.Macron ?

Ce blog se demande, régulièrement, qui est M.Macron, et ce qu’il cherche à faire. Il n’est pas impossible que M.Macron ait l’impression de le dire clairement. Mais nous décodons son discours par rapport à notre expérience. Ce qui en change le sens.

Ma dernière hypothèse en date est qu’il est un libéral. Evident ? Qu’entendez-vous par libéral ? Tout est là.

Le libéralisme, fondamentalement, est la négation des sciences humaines. C’est croire que des hommes peuvent et doivent vivre côte à côte, sans lien. Pour le libéral, c’est l’économie de marché qui permet de réaliser cette anarchie. Rien de neuf. L’idée remonte aux économistes des Lumières.

Qui dit économie de marché, dit libre concurrence. M.Macron nous paraît avoir complexifié le droit social. En fait, il pense probablement, peut-être avec raison, l’avoir rendu flexible. Le CDI a vécu. Cela devrait dynamiser l’économie, selon lui. Par ailleurs, il investit massivement dans ce qui lui semble l’avenir du monde : le numérique. Pour cela, il doit ponctionner tout le reste… Finalement, le service public, une hérésie pour le libéral, même haut fonctionnaire, devrait logiquement finir aux mains du privé.

Et l’Europe ? Il est possible que « concurrence » soit un mot clé. Il faut que tous les pays jouent sur un pied d’égalité. Et il faut que l’Europe se batte avec les mêmes armes que la Chine et les USA. Paradoxalement, le libéralisme peut se faire protectionniste.

Références, pour l’Europe : Leader de l’Europe et Discours de la Sorbonne.

Règlements de comptes sur l'Olympe

Jupiter-Macron veut faire la loi sur l’Olympe, dit un quotidien suisse. Qu’est-ce qui se passe ?

Il en voudrait au candidat allemand. Si je comprends bien, il le considère, en termes scientifiques, comme « une couille molle ». Bon argument ? Il faut défendre les intérêt de l’Europe face à Trump, Xi Jinping, ou Poutine. Jean-Claude Junker, lui, savait se faire respecter. Mme Vestager, elle aussi, a de la poigne. De même que Michel Barnier.

La manière de M.Macron déplaît aux Allemands, qui le jugent impoli. Le hasard fait que leurs candidats sont en passe de prendre tous les postes de responsabilité, y compris à la banque centrale européenne. Or, les Allemands, c’est la rigueur pour les autres, et les exportations pour eux, c’est-à-dire, une politique forte à l’intérieur, et faible à l’extérieur. Encore une fois, ce n’est pas franchement dans notre intérêt à l’heure Xi Jinping, Trump.

Dommage que M.Macron n’ait pas jugé bon de nous informer de ses intentions ? (La campagne des européennes aurait été le bon moment pour ce faire ?)

M.Macron appuie Margrethe Vestager

Monsieur Macron soutient Margrethe Vestager. Il s’agit de l’élection du président de la Commission européenne (le remplaçant de Jean-Claude Juncker).

Mme Vestager est commissaire à la concurrence de l’UE. C’est elle qui s’en est pris au GAFA.

Qu’est-ce que cet appui signifie en ce qui concerne la politique de M.Macron ? Car la concurrence, si elle est idéologie, transforme l’homme en « loup pour l’homme ». Elle n’est même pas favorable à l’économie, car elle empêche le développement, nécessairement lent et hésitant, de compétences essentielles. Ce souci de la concurrence, poussé un peu trop loin, explique peut-être bien des mécontentements actuels.

Le coming out de M.Macron

Dans un précédent billet, je me demandais si le passage à droite de M.Macron n’était pas bon pour la droite. Il y a peut-être plus évident. Elle semble se casser la tête à se transformer, alors qu’elle a une solution évidente : lui. Elle se trouverait un chef, et lui pourrait remplacer son équipe d’amateurs par des professionnels de la politique.

Mais il n’en a peut être pas besoin. Madame Le Pen étant quasiment sûre d’être présente au second tour des présidentielles, il est quasiment sûr d’être l’autre sélectionné pour la finale.

M.Macron président de Neuilly ?

Décidément, j’ai toujours tort. Je pensais que M.Macron disposait d’un socle de sympathisants. En gros ceux qui ont de belles places dans l’entreprise et ont des idées « socialement avancées ». Faux : il y a eu migration d’une courbe de Gauss légèrement centrée à gauche, vers une droite qui n’a pas peur de l’extrême, avec une représentation étonnante, et dominante, chez les personnes âgées, et dans les beaux quartiers. L’électorat jeune et dynamique est parti chez les écolos.

En fait M.Macron a adopté la stratégie de M.Wauquiez ! Du coup, cela pourrait ouvrir un boulevard au successeur de ce dernier, pour peu qu’il se recentre. (Article de Politico.)

(N’est-ce pas aussi une chance pour la gauche, si elle parvient à sortir de son intellectualisme éthéré et à reprendre pied dans la réalité de l’homme moyen ?)
(Détail amusant : le déplacement de l’électorat de M.Macron rappelle ce qu’écrit Anne Fulda, biographe de M.Macron, qui le décrit comme un séducteur de personnes âgées.)

Graphique tiré de l’article ci-dessus :

Macron 2017                                         
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Renaissance 2019
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SOURCE: Ipsos France

Libéral Macron

Les élus européens du parti de M.Macron ont adhéré à l’ADLE, l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe. Que veut dire « libéral « ?

  • A l’origine du parti européen, on trouve les noms de Valéry Giscard d’Estaing et de Simone Veil, ainsi que de François Bayrou. Le parti est au centre du parlement européen. 
  • Libéral aux USA signifie démocrate. En France, capitalisme extrême. 
  • Le dictionnaire dit, notamment, « le libéralisme préconise la libre concurrence, la liberté des échanges et du travail ». Et aussi : « Voir capitalisme (privé), individualisme ».

Ce qui semble surnager de l’action de M.Macron c’est, dans le public et le privé, des réformes du droit social. Le credo ultime du libéralisme serait-il que la société, et ses lois compliquées, est un obstacle à la prospérité ? Si c’est le cas, les partis centristes sont-ils aussi modérés qu’on veut bien le dire ?

Fusion Renault Fiat

Association de pensées. On annonce la fusion Renault Fiat. La littérature du management dit que les fusions sont massivement des échecs. Le problème vient, principalement, des cultures des entreprises. Imaginons que l’on veuille fusionner la France et l’Italie (en imaginant que l’Italie ait, elle-même, fusionné). Certes, le rapprochement Nissan Renault semble avoir réussi, ou a semblé un temps, mais celui qui l’a fait est en prison…

D’après La Tribune, cette idée serait la conséquence de quelques raisonnements fautifs, mais habituels. La stratégie de M.Ghosn était le coût et pas la qualité. Il fallait être de plus en plus gros. Si bien que les véhicules qu’il a produits avaient de moins en moins de valeur. Fiat permettrait de continuer à grossir. L’Etat français rêverait lui aussi, et comme d’habitude, d’un champion.

Quant à Fiat, la société serait au bord de la faillite, dans un état pitoyable.

Les apprentis sorciers sont aux manettes ?

M.Macron et la transformation de la fonction publique

Qu’est-ce que M.Macron essaie de faire dans la fonction publique ? Mystère. Le projet de loi « Transformation de la fonction publique » (La Tribune) ne parle que de droit du travail. Apparemment M.Macron veut aligner la fonction publique sur le secteur privé. On s’approche à pas feutrés du licenciement ?

Qu’est-ce que cela va nous apporter ? Selon moi, le problème de la fonction publique n’est pas son coût, mais sa désorganisation. Le rapport qualité prix des personnels me semble supérieur à ce que l’on trouve dans le privé. Et ce du fait d’un statut qui permet d’échanger un peu de salaire contre la sécurité de l’emploi. Seulement, ces gens sont extraordinairement mal utilisés.

Une hypothèse possible est que M.Macron n’ait aucun objectif précis en tête, mais qu’il pense qu’en « flexibilisant » l’emploi on produit mécaniquement la performance. Le mal de la fonction publique, ce serait le statut de fonctionnaire.

M.Macron et l'Europe

L’Olympe européenne ne parle que de M.Macron. Il veut s’opposer aux arrangements habituels et imposer une organisation qui lui convienne. C’est à dire ? Peut-être la liquidation de la gauche et de la droite, comme il l’a fait en France. Mais avec quel objectif ? Celui qu’il a pour la France, et que l’on ne connaît pas ?

Par ailleurs, une UE divisée entre libéraux et extrême droite, comme en France, est-ce un projet très séduisant ?

Ce qu’il y a de curieux dans cette nouvelle, c’est qu’il n’a pas été question de ce militantisme dans l’élection européenne. Pourquoi M.Macron ne nous a-t-il pas dit : donnez-moi vos voix pour que je change l’Europe ? Doit on déduire de son attitude l’estime qu’il a pour nous ?

Le retour du champion national

Les Chinois (et accessoirement les Russes) ont gagné, le libéralisme a du plomb dans l’aile. Il n’est plus question que de champions nationaux, et d’indépendance (voir interview de Bruno Lemaire).

C’est une réaction à la montée du « populisme », qui n’a peut-être pas que du mauvais. Cela lui vole un de ses thèmes de campagne tout en lui coupant l’herbe sous le pied : un champion ne peut qu’être européen : une nation européenne est trop petite pour lui offrir un marché comparable à celui de la Chine ou des USA. Mais l’UE va-t-elle renoncer à son obsession de la concurrence ? Et va-t-elle parvenir à transcender ses intérêts nationaux mesquins ?

Dommage que ces idées n’aient pas fait plus de bruit lors de la campagne des européennes ?