Ecouter rend intelligent

Notre gouvernement confond communiquer avec donner des leçons. « T’as pas compris, j’vais t’expliquer. »

Ce qu’on lui demande, c’est d’écouter. Or, pour bien écouter, il faut se convaincre que celui que l’on prend pour un con pourrait bien être possesseur d’une vérité que les esprits supérieurs ne suspectent même pas. Ecouter, c’est le chemin vers la sagesse.

Gouvernement d'amateurs ?

Emmanuel Macron fait boire la tasse au « machin » européen, puis lui présente une candidate qui fait l’objet d’une procédure d’enquête. Elle est liquidée, sans autre forme de procès. Surprenant ?

En France, le prince est tout, la loi rien. Mais l’Europe n’est pas la France.

Une bonne leçon pour les amateurs qui nous gouvernent ? Finiront-ils par devenir des professionnels ?

Les mille jours qui font un homme

M.Macron a créé une commission qui va proposer des mesures pour améliorer les conditions des mille premiers jours de la vie (démarrant à la conception). Ils sont critiques pour l’avenir de l’homme. C’est un enjeu de santé publique. (La Croix.)

Elle est dirigée par B.Cyrulnik, et semble s’inspirer de ses travaux.

Voilà qui aurait dû susciter bien des débats.

Est-ce très « libéral », pour un gouvernement libéral, de dire aux gens ce qu’ils doivent faire ? Comment se fait-il que les humains aient besoin de conseils pour élever leurs enfants, ce qui semble aussi naturel que se nourrir ? Un acte anti-féministe : ce sont les femmes qui sont en première ligne, lorsqu’il s’agit des mille premiers jours de l’enfant ? Les travaux de B.Cyrulnik montrent que la résilience est un phénomène mystérieux, éminemment lié au hasard (par exemple des jumeaux peuvent être traités différemment l’un de l’autre) : l’enfer ne risque-t-il pas d’être pavé de bonnes intentions par une commission d’apprentis sorciers déterministes ? (Par exemple : et si c’était plus les riches que les pauvres qui souffraient dans leur enfance, alors qu’il est plus facile de changer la vie des pauvres que des riches ?)…

A moins que la commission soit là pour se poser ces questions, et d’autres. Et qu’elle soit suffisamment diverse pour ne pas leur trouver une même réponse.

Emmanuel, à l'aise

Ministre iranien apparaissant au G7. Initiative de M.Macron.

Ce qui est surprenant avec M.Macron, c’est à quel point il est à l’aise au milieu des grands de ce monde. Pas de complexes. Et, après un peu de rodage, ça semble marcher. Pour un peu, on pourrait penser qu’il en tire les ficelles.

Jusqu’ici les dirigeants français étaient perçus comme maladroits et arrogants. Voici un changement ?
 
PS.

M.Macron vu de l'espace

Louis XVIII, dit-on, lisait la presse anglaise pour savoir ce qui se passait en France. Je fais pareil.

Politico raconte ce qui se passe à Bruxelles, et on découvre ce que le gouvernement ne nous croit pas assez intelligents pour comprendre sa pensée. On lit « Macron wants to be king and savior of Europe, “but his vigorous pursuit of a sovereign EU defending its interests on the global stage with the United States, China, Russia and India has yielded few tangible gains in his first two years in power,” argues Paul Taylor in his latest Europe at Large column« . Donc, M.Macron rêve d’une Europe puissance. Ce qui n’était pas évident.

Par ailleurs, on apprend des nominations dans l’administration française. Apparemment des proches de M.Macron qui semblent compétents. M.Macron s’entoure d’une équipe de gens qui lui ressemblent. Ou, plutôt ?, c’est une génération de hauts fonctionnaires qui a pris le pouvoir et est représentée par l’un des siens. Son seul point faible est son groupe de députés. Mais, en France, les députés ne comptent pas.

M.Macron – bilan provisoire

Mais que nous cache M.Macron ? me demandé-je depuis son élection. Mon hypothèse du moment :

La seule stratégie de M.Macron est de relancer l’entreprise. Pour cela il a deux angles d’attaque :

  • Le blocage : il s’en est pris à ce que l’on disait ennuyer l’entrepreneur : le droit social. 
  • Le numérique. Son arme est la BPI. Elle finance, sans compter, la création de start up, et elle cherche, massivement, à créer chez les entrepreneurs traditionnels l’envie de se transformer. 

Paradoxalement, M.Macron est très dépensier.

A l’extérieur, il veut faire de l’Europe une puissance.

Pourquoi cela ne réussit-il pas ? A mon avis, d’une part parce qu’il se fait des illusions sur le numérique, d’autre part, parce que l’entrepreneur souffre d’un blocage à la croissance qui est psychologique et culturel (mon sujet d’enquête actuel). Mais, rien n’est perdu : au moins, il a crée des conditions favorables. Selon moi, s’il suscitait un appel d’air venant de l’Allemagne, cela pourrait apporter à nos PME l’optimisme qui leur manque.

On lui reproche, enfin, de ne pas avoir réformé l’Etat. Mais, à mon avis, tant qu’il n’aura pas compris que cela se fait, comme pour l’entreprise, de l’intérieur, et pas par décrets, il est condamné à l’immobilité, s’il ne veut pas détruire les services publics, déjà en très mauvais état.

Indestructible Macron ?

M.Macron va-t-il tenir encore huit ans ?

Madame Le Pen est son ange gardien. Tant qu’elle est au second tour de la présidentielle, personne d’autre que lui ne peut être élu.

Ensuite, contrairement à MM. Giscard d’Estaing, Sarkozy et Hollande, il ne semble pas susciter de mouvement de rejet. Phénomène étrange, qui n’a pas touché, curieusement, MM.Mitterrand et Chirac. Comment l’expliquer ?

Mark McCormack, gourou de la littérature du management, a une théorie sur le sujet. Ce qui rend fou un client, c’est de ne pas se rendre compte de ce qui le rend fou. Je me demande s’il n’en est pas de même de l’électeur.

M.Macron, tacticien hors normes ?

Que retenir des dernières manoeuvres européennes ?

Je n’y connais rien, mais, il me semble que c’est une victoire pour M.Macron. D’abord, ça a été l’artisan du changement. Un Français sans complexe, une première. Ensuite, il a transformé ce qui était annoncé comme une prise de pouvoir de l’Allemagne sur l’UE en un triomphe français. Mes arguments :

Outre la domination allemande, on parlait de « Spitzenkandidat ». Les postes à la tête de l’UE devaient être attribués mécaniquement à des politiciens obscurs. Processus « démocratique », disait-on. Une Europe grande puissance peut-elle avoir des leaders médiocres ? Au lieu de cela, l’UE est maintenant dirigée par des personnalités de première notoriété. Mme von der Leyen devait être la remplaçante de Mme Merkel. Elle est la fille d’un homme politique qui a dirigé une région allemande pendant une durée record ; qui aurait pu prendre la suite d’Helmut Kohl ; et qui a mis un terme à sa carrière après une défaite face à Gerhard Schröder. Charles Michel, l’ancien premier ministre belge, est un Wallon, ce qui est pire qu’un Français. Et, avec Mme Lagarde, c’est la fin de la rigueur annoncée à la banque européenne. En outre, ce sont probablement des personnalités sur lesquelles M.Macron peut avoir de l’influence.

Je m’interroge sur M.Macron et sur ses qualités, depuis que j’en ai entendu parler. Jusque-là, j’étais perplexe. Mais, cette fois, je crois en distinguer une, exceptionnelle. C’est un tacticien hors pair, genre Napoléon. Peut-être mieux élevé, mais pas plus de complexes. Je lui ai reproché sa stratégie aux européennes, son absence de profession de foi, mais, même là, je reconnais que c’était efficace : tant que Mme Le Pen sera présente, il ne craint rien. En outre, sa position centrale lui permet de voler les idées, et l’électorat, du parti traditionnel qui a des velléités de se reconstituer. Avec l’élection présidentielle, cela fait trois victoires de suite. Et la dernière, contre le cours du jeu.

Maintenant, la question qui se pose est : qui de Trump et de Xi Jinping ? Il est à l’aise dans la bureaucratie internationale, mais est-il tous terrains ?

M.Macron guerroie

Désignation des dirigeants de l’UE. Monsieur Macron guerroie. J’essaie de comprendre ce qu’il cherche à faire. Pour le moment, je n’en suis pas capable.

En tout cas, il a l’air heureux et efficace. C’est lui qui fait le show. Sa jeunesse doit lui donner un avantage dans des discussions interminables. Mais il est aussi comme un poisson dans l’eau. Doué ou bien préparé aux relations internationales ? Pas de complexes, c’est sûr.

Finalement, est-il arrogant ? Les pays du nord, en particulier, ont un talent inné pour inventer des codes de bonne conduite qui, curieusement, leur donnent toujours l’avantage. Dans ces conditions soit on perd, soit on est impoli.

(Quant au résultat obtenu, difficile de juger, mais, vue de loin cela semble une victoire inattendue pour la France.)