Qu'est-ce qu'un bon gouvernant ?

Le psycho-sociologue des entreprises James March dit que le bon « leader » est un plombier et un poète. A l’heure où l’on s’interroge sur notre démocratie et ses impasses, faudrait-il relire James March ?

  • Plombier, parce que le gros de son travail est de faire arriver les trains à l’heure. 
  • Poète, parce qu’il doit, de temps à autre, réinventer l’entreprise qu’il dirige. Ce qui signifie être capable de sortir des sentiers battus, et réenchanter le monde. Comme le fait un poète. 

Si c’est juste, cela expliquerait beaucoup de choses. Depuis longtemps nos gouvernants ne sont ni l’un ni l’autre. Nous nous enfonçons dans la grisaille, et les trains ne partent plus.

Comment juger notre gouvernement actuel ? Comme un apprenti ? Apprenti plombier, apprenti poète ? Et espérer qu’il ne sera pas apprenti sorcier ?

2019 ou la République en marche ?

M.Macron a tenu parole. La République est en marche. Quand il n’y a pas de transports en commun, il n’y a plus que cela à faire.

Ce que la grève nous a rappelé, c’est un aspect de la France que personne ne nous envie : notre façon d’être mécontents. Spontanément, le Français adopte une « tête d’abruti », lorsqu’il veut se faire respecter. (Celle du leader syndicaliste, ou de l’homme politique qui veut ressembler à un leader syndicaliste.) Il devient impoli et irrespectueux. A côté de lui, M.Trump est un modèle de bonne éducation. Est-ce une façon de « faire peuple » ? 
Dans mon métier, j’ai rencontré beaucoup de gens qui avaient adopté cette position. Ils devenaient charmants lorsque l’on avait le temps de les connaître. D’autant plus charmants qu’ils avaient l’impression de ne pas s’être bien conduits. 
Les grandes douleurs sont muettes, dit-on. Il est possible qu’une désapprobation glacée serait bien plus efficace que des grossiers braillements. Et si la France apprenait la force de la politesse ? La République en marche comme révolution culturelle ?

La fin de la Françafrique ?

Il n’y aura plus de franc CFA nous dit-on. Est-ce la fin des relations troubles entre la France et ses anciennes colonies ?

J’entendais une émission ancienne sur les relations entre de Gaulle et l’Afrique. On y disait ce que j’avais lu ailleurs, à savoir que l’indépendance avait été conçue comme une punition par de Gaulle. Il avait un grand projet d’union avec l’Afrique. Mais il n’avait pas été reçu avec l’enthousiasme qu’il attendait par la Guinée. Du coup, il a, en quelque sorte, plaqué l’Afrique, en étant bien convaincu que, seule, elle allait au devant du chaos. Ce qui a été le cas.

Question que se pose ce blog depuis avant sa naissance : la responsabilité du colonisateur n’était-elle pas d’accompagner le pays colonisé jusqu’à ce qu’il ait trouvé une place solide dans l’ordre mondial ?

M.Macron marcherait-il dans les pas du Général ?
De Gaulle Brazzaville 1944.jpg
Par Inconnu — ECPAD http://www.ecpad.fr/portraits-du-general-de-gaulle-dans-les-fonds-de-l-ecpad/, Domaine public, Lien

Usual suspects ou la négociation selon Edouard Philippe ?

La famille d’un des protagonistes de Usual suspects est prise en otage.

Qu’auriez-vous fait à sa place ?

Il abat les siens. Puis les preneurs d’otages.

La règle de la négociation conflictuelle est de montrer sa détermination, que l’on ne reculera devant rien. Une manière de le faire est de tuer ses amis. Tactique d’Edouard Philippe, avec la CFDT ?

Retraites : affrontements tactiques ?

Ce qui est surprenant dans la grève moderne est la faiblesse du nombre de grévistes, et leur pouvoir de nuisance. La grève est devenue tactique.

Le gouvernement n’est-il pas, lui-même, dans cette logique d’affrontement tactique ?

A-t-il été maladroit lorsqu’il a annoncé un « âge pivot » qui lui a « aliéné » le dernier syndicat qui aurait pu être de son côté, ou a-t-il choisi la confrontation ? Le bon négociateur ne cède pas, au contraire, il augmente ses demandes à mesure qu’on les refuse. Cela montre à son adversaire que l’affrontement ne joue pas en sa faveur.

Très peu de grévistes sont concernés par la réforme des retraites, qui touche les jeunes générations. Cela ne va-t-il pas, aussi, finir par fissurer leurs rangs ?

Il se trouve, enfin, que, depuis Nicolas Sarkozy, les gouvernements sont fermes face aux grèves. Ils les usent. Qu’Emmanuel Macron ait cédé aux Gilets jaunes était un changement de tactique. Et il n’a pas été payant.

Le gouvernement réforme l'audiovisuel public

Par hasard, j’ai entendu un échange entre Jean-Noël Jeanneney, ancien président de radio France, et Aurore Berger, rapporteur du projet de loi sur l’audiovisuel public. (Lien vers l’émission.) Le débat traitait, donc, de la réforme du dit audiovisuel, qui a produit une grève, interminable.

Ai-je bien compris ? Il m’a semblé écouter un dialogue de sourds. L’une disait (bâton et carotte ?) : les Français ne veulent plus payer pour l’audiovisuel public, mais le gouvernement veut le défendre.  Jean-Noël Jeanneney répondait : vous voulez fusionner la télévision publique avec la radio, on a essayé déjà, ça ne marche pas.

Donc :

  • Soit vous considérez que vous êtes là pour faire la volonté populaire et vous fermez l’audiovisuel public. 
  • Soit vous considérez que l’audiovisuel public doit être conservé et vous vous y prenez mal.

Les deux options menant au même résultat ?

Retraite : le retour de la méthode Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy semblait avoir une méthode bien à lui de réformer le pays : il commençait par une proposition qui semblait d’un grand bon sens, puis, on découvrait qu’elle cachait une entourloupe. Ce qui provoquait un violent mouvement d’indignation.

Emmanuel Macron l’imite-t-il ? Réforme des retraites : certains régimes de retraite, notamment les complémentaires du privé, ont amassé entre 130 et 165 milliards d’euros d’excédents, alors que d’autres (essentiellement le public), sont déficitaires. L’idée de la réforme, derrière une formulation curieuse (un euro cotisé donne des points), serait de compenser les uns avec les autres.

Si c’est le cas, cela pose quelques questions :

  • Les complémentaires ont-elles eu raison d’être prudentes ? En effet, en prélevant en excès, ne sont-elles pas responsables du manque de compétitivité de l’entreprise, donc du chômage – le fléau du système de répartition. Ne devraient-elles pas envisager de rembourser les actifs ? 
  • Le gouvernement ne pensait-il pas que les bénéficiaires des « régimes spéciaux » déficitaires comprendraient qu’ils participaient à un hold up ? Donc, qu’ils ne manifesteraient pas trop bruyamment ? 
  • Cela ne révélerait-il pas l’existence d’une majorité silencieuse, de « pigeons » ?
  • Le gouvernement peut-il continuer à pratiquer la réforme par la dissimulation ? Quelqu’un en qui personne n’a confiance a-t-il une chance de réussir un changement ?

    PS. Explication de la « cacophonie gouvernementale » par La Croix. Le coût des régimes spéciaux.

    Le loup des retraites

    Et si la méfiance des Français à l’égard du gouvernement était, une fois de plus, justifiée ? La réforme des retraites cacherait-elle, une nouvelle fois, un « loup ».

    À l’origine, l’objectif de remplacer les 42 régimes par un régime universel où chaque euro cotisé donnerait le même nombre de points pour tous était inattaquable sur le plan des principes. Mais tout a changé dès lors qu’il est apparu que cette manœuvre, sous couvert de revaloriser les petites retraites et d’assurer l’équité femmes-hommes, laissait dans l’ombre des objectifs plus sombrement budgétaires : derrière l’unicité, en effet, Bercy cherchait à faire financer par les excédents des régimes complémentaires du secteur privé, 120 milliards d’euros quand même, un secteur public structurellement déficitaire. (La Tribune.)

    (Si c’est le cas, ceux qui manifestent ne seraient pas les bons…)

    Réforme de la retraite : de quoi s'agit-il ?

    Le pays est paralysé. Une question de réforme des retraites. Mais de quoi parle-t-on ?

    Personne n’en sait rien, à commencer par le gouvernement ?

    • L’analyse des « décodeurs » du Monde est, comme d’habitude, floue. L’idée du « décodage » est méritoire, mais à force de ménager la chèvre et le chou, rien de clair ne sort. En tout cas, il est dit que la réforme est en discussion, et qu’elle ne s’appliquera qu’aux personnes qui prendront leur retraite après 2030. 
    • Le projet actuel ferait 132 pages… 
    • La position des syndicats est encore pire que celle du gouvernement : ils sont contre, par principe. 

    Comment « bien poser le problème » ? auraient dit mes professeurs :

    • Les « décodeurs » passent à côté d’un problème essentiel, que souligne Hervé Kabla : c’est le système de répartition. Aujourd’hui les entreprises et les actifs financent les retraités, et le ratio actif / inactif a baissé massivement depuis les années 60. Cela signifie cercle vicieux : plus le ratio augmente plus on prélève sur les salaires et les emplois, et moins il y a d’entreprises et d’emplois, et plus il faut prélever sur ceux qui restent… Les retraites vont-elles cesser faute de combattants ?
    • Il ne faut pas parler en moyennes. Par exemple, les femmes touchent, en moyenne, moins que les hommes à la retraite. Mais c’est l’inverse pour l’importante minorité qui touche une pension de réversion. Bref, il y a des femmes qui s’en sortent bien, d’autres mal, et les hommes au milieu (et encore, c’est un raisonnement moyen !) Idem, il y a une différence massive entre certains bénéficiaires de régimes spéciaux, et le reste de la population. Or, ces bénéficiaires ont des conditions de travail qui sont, très souvent, significativement meilleures que celles de l’employé du public (d’autant qu’ils ne connaîtront jamais le licenciement). Cela pose une question de justice sociale. Mais, si on expose le problème dans ces termes, il faut aussi se demander pourquoi les salariés riches touchent tellement plus que ceux qui occupaient leur poste il y a 30 ans. 

    Un paradoxe pourrait être que la réforme a, effectivement, un souci de justice sociale. (Les Décodeurs parlent de « profils plutôt « gagnants », comme ceux qui ont des carrières dites « hachées » avec des périodes de travail qui n’étaient même pas prise en compte à cause de la règle des trimestres. De même, des règles de calcul plus favorables sont envisagées dans certains cas pour les parents, et par défaut les mères, ou encore les aidants.« ) Seulement, les bénéficiaires du nouveau dispositif n’ont ni la conscience de l’être, ni les moyens de manifester leur contentement. Par définition, ce sont les forts qui profitent du système.

    Indirectement, les « décodeurs » posent aussi la question de la façon dont la réforme est menée. En effet, contrairement à ce que l’on entend, le gouvernement serait plutôt conciliant. Ne serait-il pas plus efficace de choisir la méthode forte ? C’est à dire ramener les prélèvements sur les salaires et les entreprises à un niveau comparable à ce qui se fait ailleurs, et mettre le pays en face du déficit, devenu massif, de son système de retraite ?

    Réforme de l'Etat : du marché au système ?

    Le gouvernement Macron promettait de réduire le coût de l’Etat. Or, les services publics sont en ébullition. Et le gouvernement doit payer pour calmer les esprits. (Pour autant, les choses s’améliorent-elles ?)

    Et si, comme je le disais dans deux précédents billets, nous étions en face d’une question de conduite du changement ? Ou plutôt d’esprit dans lequel le changement est conduit ?

    Depuis, probablement, le décès du général de Gaulle, le mot d’ordre est libéral. On estime que nous vivons dans une économie de marché : réformer les services publics, c’est leur couper les vivres ; ils s’adapteront.

    A ce présupposé individualiste, on peut opposer une vision systémique. Les services publics ne sont pas des marchés d’individus rationnels en concurrence parfaite, mais des systèmes, à l’image des systèmes de transport. Et l’évolution d’un système, ça se réfléchit, et ça se planifie.