Conseil Economique Social et Environnemental et démocratie participative

La démocratie participative, nouvelle mode ? Le gouvernement a demandé au Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) d’organiser des consultations des citoyens. La Convention Citoyenne pour le Climat, c’est lui, et ça ne fait que commencer. « Le projet de loi organique réforme le Conseil économique, social et environnemental (CESE), amené à jouer un rôle dans le développement de la démocratie participative. Le CESE devient le « carrefour des consultations publiques » et le conseil des pouvoirs publics. Son fonctionnement est modernisé et sa composition revue. » (lit-on ici.)

Qu’est-ce que le CESE ? On le présente, surprise, comme la troisième chambre de la République, après celle des députés et le Sénat. Il est constitué de « représentants sociaux ». Il est consulté plus ou moins obligatoirement au cours du processus législatif. Mais on s’est longtemps demandé s’il avait une utilité. Avant sa réforme, il semblait promis à la casse. (Il se trouve que je l’ai rencontré lors d’une mission, j’en ai retiré l’impression que nos institutions étaient tombées bien bas.)

Ce « machin » (au sens de De Gaulle) sera-t-il un outil démocratique efficace ? On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs ?

Communication bien française

Combien la communication du gouvernement aura-t-elle coûté à l’économie, et fait de chômeurs ?

Elle vise à terroriser, et elle insulte. D’ailleurs, elle n’est pas propre au gouvernement, elle rencontre une caisse de résonance. Résultat ? Peur et incertitude. Rien ne va. L’entrepreneur, qui essayait de sortir de l’eau, est contraint à se replier.

Comment fait-on à l’étranger ? On fait confiance. Et quand il y a un redémarrage d’épidémie, on confine. On n’en fait pas un drame.

Qu’attend-on du gouvernement ? Qu’il ne dise pas ses craintes, mais qu’il se prépare. Et surtout qu’il n’en rajoute pas. Le pays est suffisamment faible comme cela ?

Réformer la retraite est-il impossible ?

La réforme du régime des retraites : une obsession du gouvernement ? C’était le cas avant le confinement – à tel point qu’il a jugé cette réforme prioritaire par rapport à la crise sanitaire. Et il revient à la charge.

J’entendais un syndicaliste se demander si ce n’était pas une provocation : on ne va pas « se foutre sur la gueule », disait-il, alors qu’il faut se serrer les coudes face à l’adversité.

Il y a certainement des raisons pour réformer les retraites. Ne serait-ce que parce que les plans de licenciement qui se préparent vont probablement mettre à la retraite beaucoup de gens, histoire de ne pas dire qu’ils sont des plans de licenciement. Les lois sociales de début de mandat semblent avoir beaucoup facilité les choses.

Et c’est justement ce qui ne va pas. Les syndicats semblent ne pas avoir les moyens « intellectuels » de négocier quoi que ce soit. Soit ils résistent grossièrement, soit ils se font rouler dans la farine. Or, ce type de victoire est dangereux pour le gouvernement et pour le pays : à coups de réformes mal conçues, on crée l’injustice et la révolte. Ne faisons pas pour les retraites, ce que nous avons fait pour la santé.

Le premier changement à réussir n’est pas la réforme des retraites, mais celui de la prise de décision politique ?

Sens du remaniement ?

Avant le remaniement, on se demandait si M.Macron allait recentrer son gouvernement, ou, encore, faire un signe aux écologistes vainqueurs des municipales, ou encore lâcher du lest aux « territoires ».

Mon hypothèse est qu’il a jugé qu’à long terme on était tous morts, comme disait Keynes, et que l’affaire de la fin de son quinquennat va être la crise économique, qui menace d’être redoutable (d’autant que le pays était déjà mal en point avant qu’elle ne commence). Il semble donc avoir choisi, avant tout, des personnes de pratique, non des théoriciens.

Gouvernement de l'ombre ?

Remaniement ministériel. Paradoxal, un premier ministre, qui semblait avoir gagné un peu de popularité, est remplacé par un profil identique (un autre haut fonctionnaire), mais encore plus effacé.

Notre président a-t-il peur que son gouvernement ne lui fasse de l’ombre ? 
Depuis quelques mois, j’ai découvert les « territoires ». Les élus locaux se rebellent contre la technocratie centralisatrice et ses discours vides de sens. Pendant la crise, comme les personnels hospitaliers, ils ont fait la preuve de leur efficacité. Et si ce nouveau premier ministre, tout énarque qu’il est, était un signe à la France d’en bas ? A la France des territoires et pas à celle des écologistes urbains, qui croyait avoir gagné les élections ? 

L'avenir de notre système politique : la féodalité ou les USA ?

J’ai l’impression que la structure du pouvoir politique est en pleine recomposition.

Le contrôle de l’élection présidentielle par le couple Macron / Le Pen a mis un terme brutal aux ambitions des poids lourds de la politique. Une vie pour rien ? Alors, ils se tournent vers le local. Ils établissent des baronnies. Ils secouent le joug de la technocratie, que le coronavirus a ridiculisée. Les Régions d’abord, les métropoles ensuite. Mais tout est bon pour affirmer son pouvoir, même les communautés de communes. Plus curieusement, l’effacement total d’une assemblée nationale composée d’amateurs, donne une importance nouvelle au sénateur, car professionnel de la politique, et représentant de la France profonde. (Et l’on ne parle pas de la Corse, qui a fait sécession depuis longtemps.)

Le roi de France va-t-il à nouveau devoir composer avec de grands, et de petits, féodaux ? A moins que ce ne soit l’émergence d’un modèle à l’Américaine, avec ses puissants Sénateurs, ses gouverneurs, et sa chambre des représentants, et son pouvoir fédéral faible ?

Convention citoyenne est-ce bien sérieux ?

La Convention citoyenne, c’est l’intelligence collective, l’autorité définitive de la parole du peuple. C’est ce que pense, ou aimerait faire croire, le gouvernement.

Car la Convention citoyenne est un type de travail de groupe qui est bien connu pour ses biais.

Un groupe est extrêmement vulnérable à la manipulation, volontaire ou non. Le psycho-sociologue Serge Moscovici a montré, par exemple, qu’il suffisait qu’un petit nombre de « comparses » soient fermes dans leurs opinions, pour produire un recodage de la vision des couleurs du reste du groupe ! Robert Cialdini fait de la « validation sociale » (moutons de Panurge) une des lois des comportements sociaux. Pour beaucoup de raisons nous savons qu’il est désirable de penser comme les autres, ou dangereux de ne pas le faire. Ce phénomène se produit dans les jugements par jury. Le film « Onze hommes en colère » montre, d’ailleurs, comme un seul juré peut retourner un groupe complet.

La sélection du groupe influence ses conclusions. Soit il n’est pas représentatif de la population, et va refléter la culture, les intérêts, des gens choisis, soit il est représentatif de la population, et les virtuoses de la parole vont écraser les damnés de la terre.

Ce sont des phénomènes bien connus par ceux qui font des études de marché.

Le groupe ne travaillant pas correctement, il en reste à des considérations superficielles, il ne pénètre pas au coeur de la question. Par définition il ne va pas se confronter aux problèmes susceptibles de produire un conflit. De ce fait, ses décisions ne peuvent avoir aucune autorité.

(La question du groupe et de la démocratie est étudiée depuis les Grecs et les Anglais, pourquoi ne tient-on pas compte des enseignements du passé ?)

Pourquoi la somme sociale est-elle inférieure à ses individus ?

L’action et les déclarations brouillonnes du gouvernement français auraient coûté cher à son économie. Constellium, par exemple, a arrêté ses usines, alors que ses concurrents allemands continuaient à produire. Si bien qu’ils lui ont pris des marchés, à un mauvais moment. Il ne serait pas le seul dans son cas.

Dans un autre registre, certaines grandes entreprises étrangères annonceraient des plans d’économie, parce que c’est « ce que demande le marché ».

La société paraît parfois inférieure à la somme de ses composants. Comment l’expliquer ? Cela tient peut-être à sa structure, à son principe d’organisation. L’Etat français est une hiérarchie technocratique dont le chef, pur produit de l’Education nationale, prétend décider pour la nation. Dans le second cas, on a mis au dessus des hommes le « marché », opinion commune façon populisme.

La planification reviendrait-elle ?

M.Macron a annoncé un « plan ». L’Etat va-t-il redevenir planificateur ?

Il y a plan et plan. Contrairement à ce que l’on a dit, l’entreprise n’est jamais aussi mal à l’aise que lorsqu’elle est laissée à elle-même. Il suffit de regarder les yoyos de la bourse pour comprendre que l’entrepreneur est un trouillard. (Les Anglo-saxons, qui en savent bien plus que nous sur ce sujet, parlent de « greed and fear ».) Ce qu’il sait faire le mieux c’est courir dans une direction qu’on lui donne. C’est la raison qui fait qu’il aime les guerres : tout devient alors facile.

Mais, quand il n’y a pas de direction, il se replie sur lui, il a recours au coup bas, il licencie, et c’est la crise. C’est ce qui nous menace.

En conséquence, le gouvernement pourrait donner de grandes lignes de transformation de l’économie, et promettre des carottes à ceux qui s’engagent à les mettre en oeuvre avec enthousiasme.

Very chic brainstorming

Very Chic Brainstorming, titre Politico. M.Macron convoque les plus grands esprits de la planète pour l’aider à concevoir le monde d’après. Après la commission Attali, la commission Macron ?

Problème : ces gens sont les champions du monde d’avant. Celui-là même qui a montré qu’il n’était pas résilient. Larry Summers, par exemple, a été LE promoteur de la déréglementation. Quant à Paul Krugman, il a prophétisé que l’euro ne tiendrait pas…

M.Macron, une guerre de retard ?

VERY CHIC BRAINSTORMING: Emmanuel Macron chose Nobel Prize-winner Jean Tirole and former chief economist of the IMF Olivier Blanchard to coordinate a group of 25 high-level experts to devise recovery plan recommendations by the end of 2020, Le Monde reports. Their themes: fighting inequalities, climate change and demographics.
 Who’s in: It’s like a U.S. Democratic economic policy council in exile on the Seine, with Clinton and Obama White House alumni including Larry Summers and Laura Tyson, not to mention New York Times columnist Paul Krugman.