M.Macron ou le dilemme de l'élite ?

Comment caractériser la situation politique actuelle ? Une hypothèse :

  1. M.Macron dit : j’ai la seule bonne solution pour résoudre les problèmes du pays. C’est faire ce qu’on essayé de faire en vain mes prédécesseurs. D’un côté la French tech, de l’autre la réduction des dépenses publiques. Pour cela, j’ai besoin, comme eux, d’un pouvoir absolu. 
  2. La population répond : le coronavirus, M.Poutine, l’inflation… font que la « globalisation », qui sous-tendait cette politique, est morte de ses vices cachés. Le monde a changé, du tout au tout, mais nous ne savons pas comment. Il faut « poser le problème », avant de lui chercher une solution, qu’il faudra inventer. En particulier, vous devez nous écouter. 

Si c’est le cas, ces gens peuvent-ils s’entendre ? Le psycho-sociologue Adam Grant répond : non. Il est inconcevable pour « l’élite » de se remettre en cause. 

M.Macron lui a donné raison lors de la crise des Gilets jaune. Il a rencontré le peuple. Mais il n’a fait que parler. 

M.Macron se dit prêt à faire des compromis. Mais est-ce qui est attendu de lui ? 

Les caprices de Marianne ?

Depuis l’élection de 2017, un problème m’a semblé insoluble : celui du député présidentiel. Un président doit avoir une majorité à l’assemblée nationale. Or, les députés de M.Macron n’avaient aucune légitimité. Ils formaient un groupe hétéroclite, création spontanée d’une opportunité. 

Ce qui m’a surpris, c’est que M.Macron n’a rien fait pour résoudre cette question : il n’a jamais consenti aucun effort pour courtiser les élus de terrain. Il est même probable qu’il ait fait tout le contraire : alors qu’ils se lamentent de la « désertification » de leur territoire, il ne rêve que de leur couper un peu plus les vivres, au nom de l’équilibre des finances de l’Etat. 

Entre temps, il y a eu d’étonnants rebondissements. M.Zemmour est survenu. On a cru un temps qu’il allait ébranler Mme le Pen et faire réussir Mme Pécresse. C’est le contraire de ce qui s’est passé. Mme Le Pen a été « dédiabolisée », et elle a saisi le sujet qui, justement, ne concerne pas M.Macron : le sort de ce que l’on appelle maintenant la « France périphérique ». Puis il y a eu un sursaut. M.Macron a été élu. Alors M.Mélenchon, manoeuvre géniale !, s’est emparé du podium et a phagocyté la gauche. Mais, une fois de plus, il y a eu plus de chaleur que de lumière. 

Eh bien, ce feu d’artifice de surprises n’a rien changé. Pour une fois, je n’ai pas eu tort. M.Macron n’a pas de majorité à l’assemblée. 

La grande démission

« La grande démission » est un phénomène mondial. Le confinement a produit un déclic, massif. Les salariés ne veulent pas retourner au travail. L’entreprise ne parvient pas à embaucher. 

On dit que cela est lié à une question de « sens ». Jeune et moins jeune trouvent absurde la société telle qu’elle est. Ils veulent la changer. Mais ils ne sont pas très fermes dans leurs convictions. Ce qu’on leur reproche. 

Les explications de ce phénomène ne sont guère convaincantes. Pour ma part, je me demande s’il ne s’agit pas d’une évolution « normale » de la société. Et si ce n’est pas M.Macron avec son « premier de cordée », et sa « traversée de la rue pour trouver une travail », qui en parle le mieux. 

En effet l’après guerre a été un grand changement dans notre relation au travail. En quelque sorte la population a été embrigadée dans une société technocratique et taylorienne. Chacun avait un emploi. Il était ennuyeux, mais on ne cherchait pas là la « réalisation » de son être. L’aspiration du Français était familiale. Puis ce monde soviétique a changé. Le dirigeant de grande société était désormais un salarié, recruté sur diplômes (cf. les parachutages de l’ENA). Le mot d’ordre de ces théoriciens est devenu « performance ». Ils se sont attaqués à la structure bureaucratique de la société, forcément inefficace, et abritant des « paresseux » (le fonctionnaire soviétique). Ils ont licencié, délocalisé, couru après toutes les « modes de management » et multiplié les changements internes hasardeux… 

Résultat : un chaos d’inefficacité, une économie dévastée, des travailleurs précaires, et des oligarques, qui se versent d’énormes salaires pour se récompenser de leur génie. 

Effectivement, il en résulte un monde absurde. 

M.Macron, l'anti président ?

Emmanuel Macron est un champion du « monde d’avant ». Un monde que notre société, dans sa quasi totalité, trouve désormais absurde et contre nature. (D’où la recherche de « sens » dont il est tant question.)

Le pays a porté à sa tête la personne qui représente ce qu’il exècre, alors même que cette personne croit que sa mission est de le convertir à sa cause ?

Peut-être. Mais, si c’était le cas, cela serait-il fatalement un mal ? Pourquoi un gouvernant devrait-il partager l’intérêt collectif ? Après tout, on fait bien appel au militaire dans une guerre, alors que ses valeurs ne sont pas les nôtres. 

M.Macron a des qualités rares. Il est motivé pour faire un travail dont personne ne voudrait et il a été formé pour cela. Pour le reste, c’est une question de contrôle ?

(NB. La France fait face au problème que doit résoudre le recruteur : que doit-on rechercher, en priorité, chez un candidat ?) 

Inflation : les ennuis commencent ?

« L’augmentation des taux est préoccupante pour les pays lourdement endettés de la zone euro« , disait le Financial Times, dimanche. 

Effectivement, ce que craignait ce blog est arrivé. La France est considérablement endettée. Elle va devoir lever toujours plus de dettes pour payer l’intérêt de sa dette, et rembourser les dettes échues. 

Voilà qui va poser de sérieuses difficultés à nos gouvernants. Car ils ne savent qu’utiliser deux outils : la hache et la douche. Ils se lancent dans de grandes réformes utopiques, et quand leurs conséquences produisent un soulèvement populaire, ils le noient sous l’argent public. C’est, quasi certainement, ce qui a produit la situation dans laquelle se trouve le pays. 

Le psychologue Adam Grant pense que le changement est quasiment impossible pour un esprit d’élite. Croyons au miracle ?

La politique selon Cedric Villani

BBC 4 interroge Cedric Villani (From our own correspondant). Elle enquête. Que sont devenus les néophytes de la politique que M.Macron a emmené avec lui ?

M.Villani, c’est Aznavour dans « J’m voyais déjà »  ? « D’autres ont réussi avec peu de voix et beaucoup d’argent / Moi j’étais trop pur ou trop en avance« . Il dit, en substance, qu’il était arrivé au pouvoir avec les idées qui allaient changer le monde. Mais il a été trahi. La politique demeurait. Il était trop pur. 

Et aujourd’hui ? Il s’est rallié à M.Mélenchon. Voilà qui est surprenant. Parce qu’avant d’être député, M.Villani était une pasionaria du projet européen, qui remplissait ma boîte mail d’invitations à des conférences. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai découvert son existence. Or, M.Mélenchon est anti Europe ! 

BBC 4 lui a posé la question. Réponse : maintenant, j’ai compris ce que c’était la politique ! C’est sacrifier ses valeurs, pour avoir le pouvoir ! 

Les journalistes de la BBC ont du talent ? Celui, en quelques minutes, de caractériser un phénomène de société ?

Macron solo ?

M.Macron aurait compromis son projet de défense européenne, lisais-je dans Politico.eu. Il continue de causer avec M.Poutine, et n’est qu’un tiède allié de l’Ukraine. 

Contraste avec la stratégie de M.Johnson ? Lui est très bruyant dans sa défense de l’Ukraine. Il se fait beaucoup d’amis au sein de l’UE. Ce qui lui permettra de mieux la diviser, le jour venu ? 

M.Macron, ou le complexe, typiquement français, du « gros malin » ? L’anti esprit d’équipe ? Or, sans équipe on n’est rien… gros malin ? 

Dignité ?

Vidéo linkedin. De jeunes entrepreneurs « issus de l’immigration » rencontrent M.Macron. Celui-ci est entouré d’extra terrestres, de vieux jeunes, courtisans visiblement désoeuvrés, en costume bleu électrique, qui se bousculent pour voir l’attraction. Les jeunes, eux, fort bien de leur personne par ailleurs, sont en habit banlieue. Ils font un numéro clownesque. Le président exulte. Aurait-il trouvé de « bons sauvages » ? Sa vision pour la France ? 

Dans ma jeunesse, l’immigré de référence, c’était Alain Mimoun. La France d’en bas s’identifiait à lui parce qu’il prouvait ce à quoi elle croyait : l’ascenseur social, pour ceux qui aimaient ses valeurs, qu’elle pensait universelles. Et lorsqu’il n’était pas sur une piste, il s’habillait en costume cravate. Alain Mimoun, la dignité incarnée ?

Que penserait cette France de notre président ?

Elisabeth Borne

Elisabeth Borne, choix par défaut ? Lorsqu’il s’est agi de trouver un nouveau premier ministre, son nom est le premier que j’ai lu. Choix qui semblait logique : Mme Borne a le profil des premiers ministres que semble aimer M.Macron : c’est un exécutant silencieux. Ce que l’on appelle un « sherpa ». 

Puis, ce nom s’est effacé. Il fallait une femme, si possible de gauche, voire écologiste, entendait-on. Mais, probablement, avant tout, une personnalité qui frappe les esprits. Et la compétence, en quoi entre-t-elle en compte dans ce choix ? pouvait-on se demander. 

Féminisme selon M.Macron ? Soit il considère  la femme comme une « potiche », soit, ce qui semble avoir été le cas de Mme Borne, il n’en perçoit pas le talent ? 

Quand le naturel revient au galop ? 

Réconcilier la France

Réconciliation, impératif du second quinquennat, lis-je. Etrangement, « réconciliation » était le thème du premier quinquennat, et le sous-titre du livre de M.Macron. En voulant réconcilier, M.Macron aurait-il divisé ? 

Mais peut-on réconcilier la France ? C’est une des questions que se pose ce blog, depuis bien avant ses débuts. Car le propre de la France, c’est la lutte fratricide, suicidaire. C’était déjà le cas à l’heure de Jeanne d’Arc, et ce n’est pas sans conséquences que nos ancêtres soient Gaulois. Même si nous n’avons pas hérité leur ADN, nous avons conservé leurs divisions. 

Rien de plus effrayant que lire Marc Bloch et son étrange défaite : des officiers qui doutent de leurs troupes, et des usines d’armement en grève ! C’est ça la France. 

La cause ? Michel Vinock l’attribue au catholicisme. La folie de l’absolu. L’intolérance de l’inquisiteur ? Et les Gaulois, dans cette histoire ? A moins qu’ils aient fait du catholicisme ce que n’avaient pas prévu qu’il soit ses concepteurs juifs ?

Paradoxalement, les moments de fraternité semblent, effectivement, correspondre à la poursuite d’un idéal commun, toujours fortement abstrait. Le progrès a été un grand fédérateur de la nation, en particulier. 

Et pourtant, même dans ces moments de réunion nationale, que ce soit pendant les années révolutionnaires, ou durant les trente glorieuses, il a toujours existé un parti des revanchards, de frustrés, de médiocres. Et ce parti a une particularité, qui, encore une fois, nous semble propre : il en appelle à l’étranger. Serait-il la clé de l’énigme ?

Think again, Emmanuel Marcon, et lisons les travaux d’Adam Grant (un précédent billet) ?