Justice

Il me semble, qu’après guerre, les USA étaient parvenus à imposer l’idée qu’ils étaient la justice internationale. D’ailleurs, eux-mêmes représentaient cette justice : les décisions de leur cour suprême scandaient l’avancée d’un progrès en marche.

Avec l’événement de Trump, l’illusion s’est effondrée. Bien sûr, il est responsable, mais pas coupable. Il n’est que le résultat de ce qui l’a précédé.

Nous en sommes revenus à la bêtise décomplexée. Chacun suit, avec satisfaction, ses instincts animaux, plein du sentiment de sa supériorité innée. Ce qu’il ne comprend pas est nécessairement stupide, n’est-ce pas ?

Peut-être serait-il temps de se dire que, au fond, la raison (au sens « science » du terme) et les droits de l’homme furent une bonne idée ? Et qu’il serait bien d’y travailler à nouveau ? Et qu’être faible, pauvre et dominé, comme l’Europe, crée des circonstances favorables à l’usage de son intelligence ?

Tahiti

Au dix-huitième siècle, il était d’usage de ramener un Tahitien en Europe.

Cela résultait d’une méprise. L’Européen avait la tête encombrée de fantasmes. Le Tahitien, impressionné par l’armement européen, cherchait un allié. Ils ne sont pas parvenus à se comprendre.

Paradoxe d’une époque qui rêvait de raison ?

Rallumer les Lumières

Mon billet Trump et les Lumières me fait penser que l’Occident a peu de mémoire.

Un courant de pensée l’a fait ce qu’il est. Mais, tout est oublié. Après l’enthousiasme des temps anciens, la question est devenue un sujet de cours barbant, et, sur la requête des révoltés de 68, on l’a abandonnée.

(Seuls Musk et ses « techno fascistes » qui regrettent, ces temps anciens ?)

Situation dangereuse ? Nous vivons sur notre héritage comme s’il était un acquis. Mais, peut-on faire revivre le souffle épique qui a porté notre société depuis la Renaissance ? Tout le beau de la passion semble passé. L’avenir s’annonce poussif ?

Trump et les Lumières

Je lis un livre qui était à mon programme de terminale, mais dont il n’a pas été question : La pensée contemporaine. Il date de 1970.

Que pensait-on dans les années 60 ? Montaigne, Descartes, Montesquieu, Rousseau, Voltaire, la science moderne, triomphante, et les débats qu’entraîne la signification qu’on veut lui donner (on a droit à quelques considérations de l’inévitable Einstein).

En lisant cela, que je ne suis pas sûr de comprendre, tant ce qui semblait évident à l’époque a été effacé de nos esprits, je me demande si ce n’est pas l’exact opposé de ce qu’est Trump.

Car l’obsession des auteurs cités, je crois, c’est la raison. La raison signifie dominer ses passions (Descartes), mais surtout, ce que l’on a oublié, c’est que, pour eux, la raison, c’est le règne de la loi. Il me semble que les travaux et débats des Lumières se ramènent à cette seule idée. Accessoirement, de ce monde raisonnable, parce qu’il est raisonnable, naît une pensée scientifique, éminemment complexe. Il en résulte le progrès, qui satisfait le corps et émerveille l’esprit.

Cultivons le légume ?

Une des idées fixes de ce blog pourrait être que « l’histoire se répète » ou encore « responsable mais pas coupable ».

Autrement dit, l’individu subit les événements. Il est pris dans des systèmes. En revanche, à certains moments, à certains embranchements, une impulsion individuelle peut changer un système.

Par exemple, des billets récents semblent dire que l’évolution sociale aurait produit l’émergence d’une « oligarchie », une élite indigne de ce nom, qui se nourrit sur la bête. Cela semble résulter du culte du progrès d’après guerre qui a porté à notre tête le diplômé, et à la cessation de la guerre froide, qui a fait que les peuples n’ont plus été une menace pour leurs dirigeants.

Cela pose plusieurs questions : une science des systèmes pourrait-elle éviter ce triste phénomène, comme on l’a espéré après guerre ? Peut-on amener l’homme à penser rationnellement, et non à être un mouton de Panurge, comme l’ont espéré les Lumières ?

Pourquoi certaines personnes pensent et d’autres pas ? C’est la question que pose, me semble-t-il, les travaux de Boris Cyrulnik. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une réponse, sinon que c’est le résultat du hasard, d’inné et d’acquis, qui conduirait à une forme de spécialisation de l’humanité. En outre, on peut se demander si l’on doit regretter l’état de la société, et chercher à en faire un paradis : car le fait d’être opprimés nous force à penser pour nous libérer de l’oppression. Une société idéale serait une société de légumes ?

IP

Si l’intelligence artificielle peut faire votre travail, peut-être peut-elle remplacer votre patron, disait le New York Times.

Il semble effectivement que cela soit une idée dont le temps est venu :

A global company has recently announced that it has hired the first ever humanoid robot as its Chief Executive Officer (CEO).

Article (2023)

Formidable façon de réduire les coûts ! Plus besoin de licencier des milliers de travailleurs. Ce qui ne rapporte rien. (Actuellement, Elon Musk réclame une rémunération de 56 md$ -soit l’équivalent du salaire « chargé » annuel de probablement un million de Français.)

Et si l’on élisait une Intelligence Présidentielle ? N’est-ce pas le rêve des Lumières : mettre un terme à l’exploitation de l’homme par l’homme ? Et voilà qui mettrait un terme, au moins, au mal Français : la dépendance à l’Etat ? Car, on ne pourrait plus espérer de compassion d’une IP ? Seulement des « hallucinations » ?

Religion et postmodernisme

Iain McGilchrist, dans son étude du cerveau (The master and his emissary), tire une conclusion surprenante. Il voit les Lumières comme une régression de l’esprit humain.

L’explication est simple : les Lumières ont refusé ce qu’elles ne parvenaient pas à comprendre. En particulier la religion.

La critique du postmodernisme est encore plus méchante. Le postmodernisme tourne en ridicule la complexité du monde. C’est, paradoxalement, un acte totalitaire et violent : il condamne, quasiment à mort, les esprits réellement supérieurs.

J’en suis arrivé à me demander si l’incompréhensible, le non quantifiable, n’avait pas des vertus. Je le pensais déjà de la science : c’est l’inconnu qui est stimulant, c’est lui qui est riche de découvertes possibles, qui fait d’avoir « toujours tort » une promesse de bonheurs. Mais je le crois de plus en plus de l’art, pré post moderne. Pour commencer à l’appréhender, il faut l’étudier, il ne nous parle pas spontanément. L’art n’est pas pour les amateurs. S’élever dans sa connaissance permet à notre esprit, je le soupçonne, de se découvrir des capacités nouvelles. Capacités utiles partout.

Seulement, comme ailleurs, le danger est probablement dans « l’aliénation » : être capturé par l’art, ou par la religion. Aimer l’incompréhensible parce qu’il est incompréhensible. Le propre de l’esprit sain est certainement de ne jamais abandonner l’espoir de pouvoir comprendre, sans, pour autant, adopter les solutions de facilité postmodernes.

Sorcières de Salem

On voit parfois les USA comme un pays de progrès, mais, par bien des côtés, c’est un fondamentalisme religieux, bien plus à l’aise avec d’autres fondamentalismes, y compris islamiste, qu’avec l’héritage des Lumières (paradoxalement représenté par l’URSS).

C’est peut-être ce que rappelle l’histoire de sorcières de Salem. Une communauté prise de folie, et qui massacre ses membres. Le massacre ne cessant qu’au moment où il menace la haute société.

La communauté concernée connaît des conditions précaires : elle est à la frontière d’une guerre avec les Indiens et les Français. Elle vit dans la peur. En outre, il semble qu’il y ait beaucoup de haines en son sein. Et, surtout, qu’elle soit une secte à la pensée inquiétante. Etrangement, toutes ses valeurs semblent inversées. Elle croit, finalement, plus au diable qu’à dieu. L’élu, selon elle, se reconnaîtrait à ce qu’il est combattu par le malin, et donc qu’il est poursuivi par la malchance ! Idem pour la justice : c’est la communauté qui juge sans appel, celui qu’elle dit coupable ne peut sauver sa vie qu’en se repentant de ce qu’il n’a pas fait.

Mais, au fond, quoi de différent avec les procès staliniens ? Comment éviter qu’une pensée collective ne se détraque ?

(Idées venues de In our time, de la BBC.)

Le siècle français

Et si le 19ème siècle avait été le siècle français ? Les idées de la révolution ont gagné le monde.

Elles ont réveillé l’Allemagne, qui nous a livré trois guerres, dont deux mondiales. Elles sont à l’origine de l’URSS et de la Chine de Mao.

Le monde anglo-saxon semble s’en être protégé. Peut-être parce qu’il était immunisé : c’était ses idées ?

Quelles étaient-elles ? L’invention de l’intellectuel ? La raison qui commande aux éléments ?

Faut-il voir une répétition de la Boîte de Pandore ? Une illustration du Catastrophisme, dont il était question dans un précédent billet ? L’humanité « innove » en lâchant dans la nature des principes nouveaux. Ils font de formidables dégâts, jusqu’au moment où l’on parvient à les maîtriser ?