Bug

Lorsque l’on est un ancien « développeur », voici une nouvelle qui frappe : des milliers d’A320 sont victimes d’un « bug ».

Dans ma jeunesse, une loi de la nature était que la qualité d’un « code » se comptait en nombre de bugs par millier de lignes. Or, les systèmes modernes comptent des millions de lignes de code… Comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus d’accidents ?

Dans ces temps, j’avais noté que, s’il y avait le bug « qui tuait instantanément », la plupart étaient vus comme un comportement du système par l’opérateur, qui le compensait. D’une manière générale, ce n’est pas le bug qui compte, mais le comportement d’ensemble. Et c’est par essai / erreur qu’on le met au point, avec, paradoxalement, beaucoup d’empirisme. Ce qui ne tue pas renforce.

Airline travellers face disruption after Airbus warns A320 jets need software fix

Financial Times du 29 novembre

Vive le logiciel libre ?

Le numérique est la colonne vertébrale de l’humanité, or, la France, dans ce domaine, est totalement dépendante des USA. Seul moyen de se tirer d’affaires : le « logiciel libre ».

Etrange phénomène ? Les meilleurs logiciels mondiaux, les plus fiables, systèmes d’exploitation en tête, sont gratuits. Pourtant, ils sont développés par des « communautés » des meilleurs informaticiens de la planète.

Une des raisons pour cela est, justement, qu’il n’y a que les virtuoses qui soient à la hauteur de la tâche. Il est glorieux d’appartenir à ces communautés, comme il est glorieux de faire avancer les mathématiques. Et tout ce qui est essentiel et glorieux ne rapporte pas d’argent. Le monde du « libre » a retrouvé l’esprit de la recherche, qui a déserté le CNRS ou le CEA.

C’est un écosystème très curieux, d’ailleurs. Les communautés se font et se défont. Si bien que, si vous n’y prenez pas garde, vous pouvez vous retrouver avec un logiciel obsolète. En conséquence, c’est la jungle : il faut être en permanence sur ses gardes. Et le risque est opportunité. Si une nouvelle communauté se crée, c’est qu’elle a du nouveau à apporter. Il faut en profiter.

Paradoxe ? Le logiciel libre génère une kyrielle de licornes aux USA. Leurs valorisations se mesurent en dizaines de milliards d’euros. Comment gagner de l’argent, avec quelque-chose qui est gratuit ?

Comme avec les mathématiques. Par leur application. Le principe même de la fortune, dans ce monde, est que le logiciel n’est que pour les héros, par pour les PDG ou leurs informaticiens. Il faut donc à ces derniers des intermédiaires. Ceux-ci, venus du Walhalla, ont développé des outils qui permettent de tirer le meilleur du logiciel libre et de profiter de ses mouvement telluriques. C’est, plus ou moins, ce que l’on appelle « open core ». On profite de la dynamique des communautés, tout en développant des outils et un savoir-faire dit « propriétaire ».

Dernière curiosité, la France serait en pointe dans l’adoption du logiciel libre, en Europe. Et la demande y serait tirée par la commande publique. Kafkaïenne, comme d’habitude, mais tout de même agissante. Enfin une raison d’espérer ?

Souveraineté et open source

Le numérique, c’est le GAFAM (ou son équivalent chinois). Comment la France peut-elle récupérer un peu de souveraineté ?

Solution : open source. Comme les mathématiques, l’open source est un logiciel « libre », sans droits. Pour peu que l’on respecte un peu de discipline, c’est-à-dire que l’on ne se coupe pas de la communauté qui le développe et des progrès qu’elle fait sans cesse, on peut utiliser ses « briques » pour constituer n’importe quel type de logiciel. (Si vous voulez fabriquer un avion, vous trouverez un logiciel de CAO, libre, conçu par des ingénieurs de la NASA !)

La souveraineté demande deux autres choses : d’héberger sur place, ce qui n’a rien de compliqué, et de fabriquer des puces. Or, il se trouve que nous possédons un des principaux fabricants de puces pour téléphones portables mondiaux…

Et si nous avions tout ce qu’il faut pour une politique industrielle à l’ancienne ?

737 Max version bêta

Une innovation du monde du logiciel aura été la « version bêta ». C’est au client de tester le logiciel.

Maintenant que les avions sont pilotés par logiciel, les constructeurs aéronautiques semblent en passe de l’adopter. Je lisais qu’après deux cents heures de test, Boeing, apparemment peu ému par trois cents morts, estimait que son logiciel était corrigé, et que ses 737 Max pouvaient voler à nouveau. Les compagnies vont-elles augmenter leurs prix ? Le délicieux frisson du risque, ça vaut cher.