La banque contre la société

La banque américaine peine à recruter tant son image est mauvaise. Elle découvre que le salaire n’est pas tout, que l’estime de l’autre compte au moins autant. (Wall Street’s Latest Campus Recruiting Crisis Sparked by Goldman Controversy)

L’histoire de la finance illustre-t-elle le fait que l’individu ne peut échapper à la pression sociale ?

D’ailleurs, les banques ont été contraintes d’augmenter leurs fonds propres, ce qui devrait avoir un effet vertueux : meilleure garantie contre le risque ; moins d’argent à parier sur des projets hasardeux (ces projets étant les derniers à trouver un financement).

Cependant, les salaires de la profession ne paraissent par prêts de revenir à leurs niveaux antérieurs. N’y a-t-il que l’impôt pour les y inciter ? (Inequality: The gap widens, again | The Economist)

Qu’est-ce que l’aventure ?

Et si j’étais un aventurier ? dis-je à un ami, qui s’est établi au Canada.

Mon métier, en particulier, ne ressemble à rien d’existant. Il cherche même à ne pas être aspiré par les fonctions que j’ai exercées : manager, consultant, universitaire, écrivain. En fait, il se construit au hasard des événements et des rencontres.
Et si c’était cela l’aventure ? Une vie qui n’est pas totalement guidée par des règles sociales ?  

Hongrie et Europe disloquée

Ce qui arrive à l’Europe ressemble étrangement à ce que disent mes cours sur ce qui est fatal au changement.

La zone euro est attaquée de toutes parts ; les Anglo-saxons la regardent avec une inquiétude navrée pour sa stupidité, comme s’ils n’étaient pas un tout petit peu pour quelque chose dans ses malheurs ; la situation étant favorable à l’Allemagne (ECB policy: Not favouritism, just error | The Economist), elle n’est pas prêteuse ; en France, il en faudrait bien peu pour que l’opposition, suivant l’exemple grec, ne jette à la face du monde l’incompétence du gouvernement, et que celui-ci ne cède à quelque tentation du coup médiatique suicidaire. Et voilà que l’on découvre (Somewhere In Europe – NYTimes.com) que la Hongrie veut en revenir au régime qui a fait son succès de 1920 à 1944 (Miklós Horthy – Wikipédia)… Il est vrai que sa situation ne doit être guère enviable.

Le mal du changement, c’est qu’il déclenche le chacun pour soi. Or, l’homme n’est rien sans la société. Notre sort individuel dépend massivement de notre volonté de rendre des sortes de petits services collectifs, désintéressés. Sans cette volonté l’édifice social s’effondre.

Antipoison ? L’entraide. Il faut reconstruire le « lien social ». Cela se fait en deux temps, et cela nous concerne tous :
  • Il faut repérer ceux qui coulent et leur donner un coup de pouce pour réussir. C’est un travail compliqué et ingrat, irrationnel, où la crise succède à la crise.
  • Une fois que l’on a obtenu quelques succès, un phénomène mystérieux se produit, une dynamique collective s’enclenche qui fait que le groupe se réorganise et prend son sort en main. Peut-être a-t-il su tirer un enseignement de la résolution des problèmes des naufragés précédents ?  

Compléments :

    Le banquier est un psychopathe

    Le psychopathe est un homme qui n’a pas d’empathie. Il est indifférent au mal qu’il cause à autrui.

    N’est-ce pas le cas des banquiers ? Être à l’origine d’une crise effrayante ne trouble par leur conscience.

    En un sens, ce sont des psychopathes sociaux. Parce qu’ils sont isolés de la société, le regard de leur prochain ne pèse pas sur eux. Ils ne souffrent pas des erreurs qu’ils commettent.

    La solution à la crise n’est peut-être pas de jeter le bankster en prison, avec les autres psychopathes, mais de le faire vivre en société.

    Aimer son prochain est bon pour soi

    L’isolement serait redoutablement mauvais pour la santé. Surtout s’estimer environné par l’hostilité de la société.
    « si vous êtes assis dans votre coin, vous sentant menacé par d’autres, et si vous êtes seul au monde, c’est probablement une bonne raison pour prendre des mesures. » Heal thyself: Trust people – health – 30 August 2011 – New Scientist.
    Décidément, l’homme est un animal social…
    Compléments :

    Choix de l’enfant unique et implications

    Avoir un enfant à la fois est l’expression ultime de la qualité. Il entraîne un énorme investissement parental dans la progéniture puisque si vous la perdez, vous avez tout perdu. Souvent, aussi, il implique l’appartenance à un groupe social, au sein duquel des services peuvent être échangés, de façon de répartir la charge de la paternité. De manière plus hypothétique, il pourrait même signifier un certain degré d’intelligence.

    Une réflexion sur les plésiosaures. A loving mother

    Qui s’est révolté en Angleterre ?

    On a trouvé des gens fort riches parmi les pillards anglais, et beaucoup de membres des classes moyennes.

    Explication ? Effet d’entraînement et peut-être désir de ne pas moins profiter de bonnes affaires que ses voisins… (UK riots: Why respectable people turned to looting – New Scientist)

    En outre, il semblerait que les villes anglaises soient un mélange de classes vivant côte à côte, notamment parce que certains relativement aisés sont venus s’installer chez les pauvres. Absence de solidarité + tentation = pillage ? (Londres, un modèle de mixité urbaine fragilisé par la crise économique – LeMonde.fr)

    Résultat naturel de l’organisation libérale de la société anglaise : des individus isolés les uns des autres, et l’enrichissement comme seul horizon ? (Après tout c’est une hypothèse centrale du modèle de l’économie néoclassique.)

    Compléments :
    • Une société libérale est nécessairement un Etat carcéral : il faut bien compenser l’absence de lien social ?
    • Bientôt un retour de balancier ? Du libéralisme à l’ordre moral ? J’entendais David Cameron incriminerle manque de moralité de la société britannique. 

    Manager son manager (suite)

    On me parle d’un directeur d’une grande école : c’est un gestionnaire, il ne comprend rien aux projets pédagogiques de ses enseignants. Désespérant.
    Certes. Mais l’école va mal, pour des raisons financières. N’y a-t-il pas une logique à la nomination d’un gestionnaire à sa tête ? Et le génie pédagogique, qui lui préexistait, n’a-t-il pas fait la preuve de ses limites ? Cas général, me semble-t-il :
    Nous ne voyons que les faiblesses de nos contemporains. Or, elles ne sont pas rédhibitoires, elles sont le revers de la compétence qui était recherchée pour le poste occupé. Je crois que notre rôle social n’est pas de prendre excuse de ces faiblesses pour justifier notre immobilisme, mais de chercher comment nos forces permettent d’y remédier.
    Compléments :

    Stress et changement

    En dehors du « déchet toxique », arme de destruction massive, qu’est-ce qui génère le stress lors d’un changement ? J’identifie 4 facteurs principaux :
    1. Perte de sens.  On ne comprend plus à quoi rime son travail. Ce sentiment est renforcé par une ambiance délétère. Partout des oiseaux de mauvais augure se plaignent. (Vos craintes, si vous n’y prenez garde, peuvent dévaster un collègue fragile…) Que doit faire le manager ? Dire le « pourquoi du changement », sa raison profonde. Demander à l’organisation de concevoir le plan de mise en œuvre du changement. (En vérifiant qu’il répond bien à l’objectif – responsabilité du dirigeant.)
    2. Injonction paradoxale. L’injonction paradoxale est une demande que l’on ne sait pas satisfaire, mais que l’on ne peut refuser (mécanisme inconscient). Elle résulte souvent d’une méprise. Le manager ne voit pas la difficulté de la mission qu’il a confiée à son collaborateur, ou celui-ci a une vision fausse (excessive) de ce qu’on lui demande. Éviter ce problème passe, comme ci-dessus, par dire le « pourquoi », mais demander le « comment ». De ce fait, on ne peut exiger l’impossible, et l’on vérifie qu’il n’y a pas égarement de ses collaborateurs dans des solutions sans issues.
    3. Lien social. Les gens « isolés » souffrent des changements de manière disproportionnée. L’entraide est essentielle (interne, et externe). En complément du processus présenté ci-dessus, il faut identifier les isolés. Et procéder à des travaux d’équipe, ou à un traitement spécifique (faire appel à un coach, par exemple).
    4. Changement. La plupart des entreprises ignorent ce que signifie « changement », et ses conséquences. Le changement demande de faire un travail en plus de celui que l’on fait d’ordinaire : construire le tissu social afin qu’il soit solidaire. Pour cela, le management doit dégager le temps nécessaire, donc réorganiser son planning.