Chanter en coeur

L’individualisme postsoixhantuitarde serait-il en fin de vie ? De plus en plus de travaux sur les joies de la société.  Une étude montre ainsi qu’il serait bon pour la santé de chanter dans un chœur. En effet, les battements cardiaques des chanteurs se synchroniseraient (ou du moins leurs variations).

Non seulement il tonifie le système cardiovasculaire, mais il produit aussi le même effet de relaxation que les exercices de respiration du yoga. 

L'amitié comme facteur de productivité

Les entreprises peuvent et devraient créer et valoriser la camaraderie, c’est un avantage concurrentiel qui permet de recruter les meilleurs employés, et de les conserver, d’améliorer la motivation, la créativité et la productivité. 

Voilà ce que disent des travaux apparemment scientifiques. Après l’individu comme source de coût, l’entreprise en reviendrait-elle à l’homme, créateur de richesses ?

Le temps des révoltes ?

Une amie me disait qu’elle avait l’intuition d’un mouvement violent en France. Ne vivons-nous pas, partout dans le monde, une période de grands mécontentements ? me suis-je dit. Brésil récemment, Turquie, Suède, Syrie, Iran, Printemps arabes… Et peut-être aussi Tea party. (Les manifestations du mariage pour tous me semblent s’inscrire dans nos rites nationaux.) Ces mouvements auraient-ils des causes communes ? Si j’entends ce que disent les médias : non. Les conditions sont partout différentes.

Je me suis alors souvenu d’une histoire. Elle m’a été racontée par un anthropologue. Il est intervenu pour une usine dont le personnel se mettait en grève sans raison (et sans revendication). Explication ? Déshumanisation du travail par automatisation à outrance. Les grèves étaient les seuls moments où les employés pouvaient retrouver un peu de chaleur humaine.

Et s’il en était de même pour notre société ? Non seulement il y a eu individualisation, mais aussi perte de sens. Collectivement, nos causes sont au plus médiocres. Nous ne croyons même plus au communisme, à l’éducation pour tous, à la science, à la conquête de l’espace ou au progrès. Individuellement, c’est encore pire. Et si le mérite premier des révolutions était de donner un peu de sens à la vie ? 

Lien social : force de l'homme moderne ?

Malgré une taille de cerveau similaire aux humains modernes, qui leur étaient contemporains, les Néandertaliens présentaient une structure cérébrale différente. Une partie importante de leur cerveau était en effet dévolue à la vision, au détriment d’autres fonctions comme le lien social (article)

Cela aurait eu plusieurs conséquences néfastes. Plus petits groupes sociaux que les nôtres, moindre capacité à accumuler du savoir.
Ce qui va dans le sens d’une de mes théories (tri sélectif de l’information ?) : le rôle du cerveau est avant tout social.

Zone euro contre nature ?

Arrêtons l’acharnement thérapeutique. Mettons un terme aux souffrances de la zone euro. Achevons-là, dit Dennis Meadows.  Beaucoup d’Américains pensent comme lui : aucune union monétaire n’a jamais tenu.

Mais un pays n’est-il pas une union monétaire ? L’Inde, la Chine, les USA sont comparables à l’Europe et ne sont pas menacés de chaos. Par contre, la Belgique, si.
Tout ceci a une raison : la confiance. Les Américains ont confiance les uns aux autres, ce qui fait qu’un État peut en subventionner massivement un autre, sans que ça ne pose de question à personne. Il en est de même en France : qui voudrait de la Corse ou de la Corrèze si la France était une union comptable ?
Toute notre crise ne tient qu’à cela : confiance. La confiance commence par un acte de foi. Mais un acte de foi qui n’est pas totalement irresponsable. Il est basé sur un raisonnement, inconscient, à long terme : peut-être aurons-nous besoin d’eux un jour ? Peut-être cela vaut-il la peine que nous les aidions aujourd’hui ? C’est le raisonnement dont sont faites les familles. Mais la confiance, cela se maintient aussi. Par la force de la pression sociale. Il est extrêmement difficile de jouer les parasites lorsque l’on appartient à une équipe…
Bref, ce qui se joue a peut-être deux faces : 
  • ai-je envie d’un monde où j’aimerais les Grecs ou les Allemands comme j’aime les Corses ou les Corréziens ? 
  • Quel type de lien social dois-je installer pour m’assurer qu’on n’abuse pas de ma confiance ?
Compléments :

Communication et changement : les principes

Pour une raison inconnue de moi, l’idée s’est répandue que le changement était une question de communication. Et, depuis quelques années, les entreprises se sont mises à investir des sommes impressionnantes en publicité interne. C’est un gâchis. Il s’explique parce qu’elles n’ont pas compris les mécanismes qui transforment les groupes humains.

Edgar Schein dit que le mécanisme de résistance au changement le plus efficace est le lien social. Ce qui signifie qu’un groupe humain change en bloc, ou ne change pas. Comme dans le film 12 hommes en colère, il suffit d’une seule personne pour bloquer un changement. Par conséquent tout processus de changement qui ne s’assure pas qu’aucun obstacle ne demeure est inefficace.
Ensuite, comme le savent tous les publicitaires, le changement se fait par « leaders d’opinion ». Plus exactement, par « hommes clés ». Ceux-ci sont de trois natures : les personnes qui ont un « pouvoir de nuisance », celles qui ont un pouvoir effectif (qui est généralement non officiel – cf. la « base qui dépasse le syndicat »), celles qui ont un savoir nécessaire au changement. Ces personnes sont en petit nombre et se renouvellent à chaque étape du changement.
Les techniques de conduite du changement consistent donc à repérer et à mobiliser ces personnes clés. Comme elles sont peu nombreuses, il est ainsi possible de mener un changement avec relativement peu de moyens. En outre, comme elles ont un pouvoir d’entraînement fort, elles suscitent une dynamique de groupe. Malcolm Gladwell (The tipping point) parle « d’épidémie sociale ».
Ce mécanisme par hommes clés explique pourquoi les actions de communication traditionnelles ne fonctionnent pas. En effet, une autre façon de voir l’homme clé est de dire que c’est une personne en qui l’on a confiance. C’est pour cela que l’on parle aussi de « leader d’opinion ». Si ce leader d’opinion est convaincu par le changement, toute l’organisation le sera. Le « bruit de couloir » est donc le moyen d’information le plus fiable ! Les autres canaux de communication suscitent la méfiance. C’est pour cela que la communication traditionnellement pratiquée par l’entreprise est non seulement une perte d’argent, mais aussi contreproductive. L’homme juge sur les actes, non sur les paroles.
Compléments :
  • Un autre moyen de voir les choses est de s’interroger sur notre réaction à la communication de notre gouvernement.

Et si la démographie expliquait le cours de l’histoire ?

J’ai été surpris par l’argument d’Olivier Ray, l’autre jour. Il reprenait en grande partie l’analyse de ce blog de l’aspect cyclique du libéralisme, mais en ajoutant un élément que je n’avais pas vu : la démographie. Le 19ème siècle comme notre époque ont été marqués par un afflux de main d’œuvre (notamment des pays émergents dans notre cas). 68, par ailleurs, a été le résultat du baby boom.

Il est possible, me suis-je dit, que les structures sociales explosent sous la pression. Du coup, la dimension individuelle de la société prend le dessus. Ce qui fournit un territoire favorable à la fois aux forces libérales (de droite), et libertaires (de gauche). En effet, paradoxalement, elles sont relativement plus solidaires et mieux organisées que la nuée d’individus qui résulte de la dislocation sociale. Et, surtout, elles sont monomaniaques. Il s’ensuit un cercle vicieux, le libéralisme appelant à de plus en plus de déréglementation, et les mouvements libertaires à détruire l’ordre social.
Les libéraux et les libertaires ne sont donc pas la cause de la dislocation sociale, mais une sorte de conséquence. Ce seraient la peste et le choléra, les pathologies opportunistes, d’une société dont le principe est individualiste (cf. « les droits de l’homme »). 
L’individualisme en lui-même n’a probablement rien de mauvais. Ce qui ne va pas est cette dislocation de la maison commune, par exploitation ou destruction. Pour éviter le chaos, il faut recréer l’édifice social, i.e. retendre des liens entre les individus : morale d’entraide, redistribution…
Compléments :

Système immunitaire collectif

Lorsqu’une fourmi est attaquée par des fungi, ses congénère lui viennent immédiatement en aide, en absorbant une partie des dits fungi.
Cela permettrait à la première fourmi de ramener l’attaque à un niveau que son système immunitaire sait traiter, et cela immuniserait le reste de la colonie. Elle aurait donc une forme de système immunitaire collectif.
Au fond, il en est de même des humains : lorsqu’un individu est attaqué, la société conçoit un vaccin pour protéger les autres. 

Avez-vous un cerveau à vous faire des amis ?

La taille de votre cerveau détermine vos compétences sociales et ce sont elles qui vous permettent d’avoir beaucoup d’amis.

La partie du cerveau concernée serait le lobe préfrontal (juste au dessus des yeux). Par contre une petite tête ne serait pas un handicap pour pratiquer les réseaux sociaux : les « amis » que l’on s’y fait ne demandent pas de compétences particulières.

Comment fabriquer un terroriste ?

Mohamed Merah, déjà vu (du blog « Arun with a View ») reprend le témoignage d’un jeune terroriste ressemblant à celui de Toulouse. Comment en est-il arrivé là ?

Curieusement, c’est un très bon élève, jusqu’au Lycée, qu’il trouve froid et hostile. Il rejoint alors la communauté sympathique des petits voleurs (apparemment la grande majorité des enfants d’immigrés), connaît la prison où il apprend l’arabe et découvre le Coran.
Qu’en déduire ? Qu’il en faut extrêmement peu pour devenir un terroriste. Le mécanisme semble le suivant : formatage à la consommation x chômage = petite délinquance. La prison fournit alors le mécanisme de socialisation qu’attendait l’individu, qui trouve sa voie : la croisade.
La théorie de Lorenz dit ceci : le rôle des rites sociaux est de canaliser l’agressivité de l’individu. Pour certaines parties de la population, les rites d’intégration dans la communauté nationale ne fonctionnent plus. D’autres se sont substitués à eux.
Cela montre aussi peut-être qu’une forme d’économie de marché et de libéralisme qui veulent que l’homme soit une sorte d’électron libre se trompent : l’individu est social par nature.