L'être humain est-il incompréhensible ?

Kundera semble penser que l’on est condamné à se méprendre sur l’autre. L’incommunicabilité est un principe d’organisation de la société. 

Ce que je constate est que l’on a « toujours tort », si l’on croit comprendre l’autre. Ma mère, qui me disait « qu’elle me connaissait comme s’il elle m’avait fait », est un parfait exemple de cette erreur fatale. 

En revanche, croire que l’autre ne peut être compris paraît tout aussi idiot. 

Il y a, en fait, entre ces deux idées reçues un juste milieu. Effectivement, l’autre est, a priori, un inconnu, et il fait tout pour le rester, en changeant sans arrêt. C’est ce qui fait, d’ailleurs, beaucoup de son charme.

De ce fait, s’il y a un espoir de le comprendre (de temps en temps, et approximativement), c’est en cherchant sans cesse qui il est. 

Voilà ce que je tire de mon expérience…

Lien social et changement

Yakafokon expliqué ? 

Le Yakafokon, c’est le raisonnement cartésien. Nos institutions ont des missions. Si elles les exerçaient tout serait facile. Par exemple, notre président ne devrait avoir qu’à ordonner pour être obéi. 

Mais une société, ce sont des rites et un « système ». Nos comportements sont encadrés. Nous pouvons croire, dire, et faire croire que nous sommes puissants, nous faisons toujours la même chose. 

Le changement, le vrai, ne part pas du haut, mais du bas. Son principe, c’est le « lien social ». Un à un, un groupe de personnes voulant faire bouger les choses se constitue. 

La question est : comment se crée un lien ? La réponse que je tire du confinement est : Zoom. 

J’ai découvert que j’étais anormal. Les entrepreneurs me disent avoir besoin de rencontrer les gens pour les connaître. Pas moi. Il peut se passer « quelque-chose » dans une discussion à distance. 

Kurt Lewin explique peut-être le phénomène : il dit que pour connaître quelqu’un, il faut vouloir le changer. Eh bien, ma préoccupation est toujours le changement. Et c’est peut-être cela qui crée le lien. 

Pardon

Les mystère du pardon, une émission de Radiolab. Curieuse chose que le pardon. L’émission commence avec Justin Trudeau. Par mégarde, il bouscule une députée. Pendant deux jours, il n’arrête pas de se confondre en excuses. Un rien lassant. 

D’ailleurs, lorsque le dommage est sérieux on n’a pas intérêt à demander pardon, car cela est une reconnaissance de culpabilité. Alors, les Américains ont eu l’idée de permettre un pardon qui n’engage pas. Mais il a été exploité, par les avocats, à l’envers de ses intentions. 

Et pourtant, le pardon peut réussir. L’émission citait le cas d’une erreur médicale qui tue un enfant. Le directeur de la clinique rencontre la mère, et reconnaît sa faute. Ainsi se mettant en son pouvoir. Un lien s’est établi entre deux personnes qui n’étaient que vrais sentiments. Et la mère aide maintenant la clinique pour que de tels accidents ne se reproduisent plus. 

Le pardon est un miracle ? 

(Je et tu de Martin Buber ?)

Distanciation sociale

Distanciation sociale : « mot de la décennie ». Ou du siècle ? 

J’ai découvert qu’elle se pratiquait avant qu’on la décrète. Une personne m’a expliqué que, déjà, elle évitait les grands rassemblements de début d’année, car c’était là que l’on attrapait la grippe. J’ai aussi découvert que, depuis longtemps, certains DRH faisaient appliquer à leurs collègues des mesures de « distanciation » dès qu’il y avait une épidémie de quoi que ce soit. Et aussi que, pour cette raison, le port du masque était courant en Asie. (Asie qui était, donc, déjà, un foyer d’infection ?)

Je me suis aussi rendu compte que j’avais régulièrement des périodes de fièvre inexpliquées, et qu’elles ont disparu depuis que je suis isolé. 

Qu’en déduire ? Notre modèle social était-il insuffisamment « distancié » ? Le contact, qu’il soit avec l’homme, l’animal, ou la nature, a un coût, qui peut être énorme ? Apprenons à cultiver, avec parcimonie et efficacité, l’art, si précieux, du lien ?

Société sidérée

Il y a perte de repères, une forme de « sidération » de la société. On est « désorientés ». On ne sait même plus si le pays fonctionne ou non, s’il est au bord de la faillite, ou non. Du coup, chacun se replie sur soi. Curieuse manifestation : les gens font du « présentiel en télétravail ». Ils vont au bureau mais vivent avec un casque sur les oreilles et se parlent par ordinateur interposé. 

Débat entre amis.

Que faire ? Du positif et de l’humain. Retrouver un sens à notre action, en prenant conscience des forces de notre pays et des opportunités qui s’ouvrent à nous. Et nous donner les moyens d’en tirer parti, en « se retrouvant entre être humains ». Apprendre ou réapprendre le lien social. Et tout d’abord pour sa nature même : « l’innovation ».  

Qu'est-ce qu'un privilégié ?

Le salon de musique, de Satyajit Ray, est l’histoire de la ruine d’un Maharadja. Le film montre son rôle social. Il était l’assurance de son peuple, en cas de calamité. Peut-être aussi était-il le garant de sa culture. 

Un discours a émergé aux USA, mais aussi en France, selon lequel ceux qui dirigeaient le pays et ses entreprises étaient une « élite », ils devaient leur position au « mérite » d’avoir fait des études, et que le peuple était « paresseux », qu’il fallait « siffler la fin de la récréation » et le mettre au travail. En même temps, on a évoqué un retour à l’Ancien régime, on a parlé de révolution et de « populisme ». 

Le privilégié serait-il celui qui ne voit que les avantages de sa position, est certain qu’ils lui sont dûs, et pas ses devoirs ? 

Perdez votre temps !

Il y a eu un temps où je négociais beaucoup. Rien ne se passait pendant la négociation, mais tout survenait, de manière inattendue, la tension retombée, dans les 5 minutes qui précédaient l’arrivée de mon taxi.

Il y a temps et temps. Le temps de la société est un temps-durée, un temps mort, le temps des livres de physique et des sondes intergalactiques, lors duquel il n’arrive rien. Mais si l’on sort des limites que nous fixe la société, alors tout change. Si, au lieu de répondre mécaniquement, « ça va ! » à « comment ça va ? »,  vous perdez un peu de temps à écouter l’autre, vous finissez par découvrir des choses curieuses.

Il y a le « temps calcul », pendant lequel on gagne ce que l’on a mis, euro pour euro, et il y a le « temps relation », le temps « non linéaire » nécessaire à l’établissement d’une relation entre hommes. Ce qui apporte un gain « non linéaire », infini : la solution de vos problèmes (souvent existentiels).

Je soupçonne que je retrouve les idées de Bergson.

Vacances et résilience

Le voyage est généralement le désagrément des vacances. On se dépêche pour rejoindre son lieu de villégiature. Temps perdu. Des amis font du voyage leurs vacances. Ils vont d’ami en ami, et de spécialité locale en spécialité locale. Pas de temps mort. Ils ne bronzent pas idiots.

En fait leur périple ressemble beaucoup à celui des Tobriandais dont parle Bronislaw Malinowski, avec leur rite de « don et contre don ». Ici aussi, « on ne vient jamais les mains vides ». L’avant départ est une recherche fébrile du cadeau original qui va montrer son affection.

Le « don et le contre don » rendaient la communauté tobriandaise, éparpillée sur un chapelet d’îles, solidaire, et si, en ces temps de résilience, on imitait mes amis ?

Pourquoi gagne-t-on à donner ?

J’ai toujours essayé de mettre les gens en contact, de faire que quelqu’un apporte ce qu’il sait à quelqu’un d’autre. Bien peu de choses, généralement : seulement un peu de temps, et, éventuellement une idée.

Il y a des personnes qui ne se prêtent pas à ce jeu. Ils n’ont pas le temps.

Ce qui est dommage. Parce qu’un jour ils ont désespérément besoin d’autre chose, d’argent par exemple, ou d’un contact avec tel ou tel, de clients, etc. Et cela leur paraît alors impossible à obtenir, un travail de surhomme. Pourtant, lorsque l’on a des amis, un réseau… tout cela est très facile.

Et voilà pourquoi l’on a intérêt à donner.

(Sauf, lorsque l’on est dans un monde qui ne sait que prendre. Ce monde, alors, est bloqué, tout y est impossible.)

Un témoignage d’expert du don.

Coronavirus : ce qui ne tue pas renforce ?

Le coronavirus touche l’Italie. L’Europe tremble. On ne dit plus que le coronavirus est une punition de nos pêchés. Notre société a bien changé.

Et pourtant, à la réflexion, il y a quelque-chose de juste là-dedans. Le coronavirus révèle nos instants « d’hybris ». Libertarisme, libéralisme… pendant quelques décennies l’humanité, au moins sa couche supérieure, a cru que la dimension sociale de l’existence n’existait pas. Le virus nous détrompe. Il est l’externalité négative de la supply chain mondiale, qui a conduit à une délocalisation massive. Il dit peut être aussi à la Chine, qui a voulu s’imposer en force, une manière bien peu chinoise, que cela ne se fait pas sans risque. Il dit encore que la dissimulation, le mensonge, tuent, comme on le voit en Chine et en Iran. Enfin, on a cru au « post modernisme », à la « post vérité », le monde n’était que croyances, que l’on pouvait manipuler. La réalité se rappelle à notre bon souvenir.

Enseignement ? Sans parler de pêché, il est peut-être bon de garder en tête que le changement « trop facile », la raison qui dicte ses raisons à la nature, a pour conséquence « imprévue » le drame.