Changement mondial

Faut-il s’allier aux Chinois ? Réorganiser le commerce mondial sans les USA ?

Ce serait oublier que les Chinois doivent leur succès à un généreux transfert de compétences, suivi d’une politique de subvention qui a pour but d’abattre les généreux donateurs. Ce qui ne vaut pas mieux que la politique de Trump. Et est tout aussi suicidaire.

Dans ces conditions l’Europe est dans une situation délicate. Elle est entre le marteau américain et l’enclume chinoise, divisée, et menacée par le « populisme ». Et Trump nous a fait la grâce de nous démontrer la nature de la menace : son danger ne tient pas à telle ou telle idéologie « fasciste », mais à une incompétence insondable.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Tout ce monde cherche un bouc émissaire, alors que le mal est chez lui : son « modèle économique » n’est pas durable.

Se guérir consiste à sortir du déni, et, ensuite, à comprendre que l’on a besoin des autres pour se tirer d’affaire.

Mais la raison est elle une bonne raison de changement ?

Local Britain

Le Brexit ou l’énantiodromie ? Il devait avoir deux vertus. « Global Britain » : l’Angleterre allait faire de grosses affaires avec le monde du libre échange (en particulier la Chine et les USA), qui est partout, sauf en Europe, comme chacun sait. Et plus d’immigration.

Pas de chance. En prévision d’une invasion de Taiwan, ou d’autres événements de ce type, il faut, en urgence, reconstruire les moyens de sa souveraineté. Le monde entre dans une économie de guerre. Protectionnisme et investissements massifs sont à l’ordre du jour. La petite Bretagne est toute seule, dans le froid. Non seulement sa croissance n’est pas ce qu’elle aurait dû être, au sein de l’UE, mais, à l’envers du mouvement général, elle réduit son investissement !

Quant à l’immigration, elle ne s’est jamais aussi bien portée : les immigrés des colonies ont remplacé les Européens.

Seule la City (qui s’opposait au Brexit) garde la tête hors de l’eau.

Voilà ce que je retiens de l’émission Politique étrangère de Christine Ockrent.

(Voilà ce que disait le Financial Times, lundi dernier :

America is toppling the EU from its regulatory throne
Corporate rules are more likely to be handed down by Washington than Brussels these days.)

Virus et immigration

Article de Politico. Des migrants sont acceptés par Malte : 

« 65 de ces 85 migrants ont été testés positifs. » (…) c’est un pic d’infections (difficile) à traiter pour un pays de moins d’un demi-million d’habitants. Et cela n’assouplira pas de sitôt la position dure de Malte sur la migration – bien au contraire.

Plus loin, il est dit :

Le ministre allemand du travail (…) propose aujourd’hui des règles d’interdiction de travaux de sous-traitance dans les abattoirs allemands. Les entreprises doivent, dans leur cœur de métier, «autoriser uniquement les employés à travailler dans l’abattoir» (…) Cette décision marque probablement la fin de la pratique allemande d’externaliser les emplois les plus difficiles de l’industrie de la viande à des personnes employées temporairement par des sous-traitants. Les flambées locales de la pandémie de coronavirus parmi les travailleurs saisonniers des usines de transformation de la viande ont fait pencher le débat allemand vers l’interdiction. 

Immigration, sous-traitance : revirement radical des pratiques de l’Europe fondée sur le « libre échange » ? 
La liste des changements imposés par l’épidémie est sans fin. 
(Autre paradoxe : il semble appliquer le programme de Mme Le Pen, sans qu’elle en reçoive le crédit.)

L'énigme du libre échange

Dans son introduction à L’économie politique de Friedrich List, Emmanuel Todd observe que c’est le libre échange qui a ruiné l’Angleterre victorienne, et qui ruinait l’Amérique, à l’époque du Japon triomphant, dans les années 80 et 90, à laquelle il écrit. Les nations fortes ont protégé leurs industries naissantes.

Comment justifier, dans ces conditions, la pratique du « libre échange » ? Une question à se poser alors que l’UE semble aujourd’hui le dernier bastion de cette idéologie ?

Emmanuel Todd note aussi un fait curieux. En dehors de Friedrich List, aucun auteur sérieux d’économie n’est autre chose que libre échangiste ! Ce qui, en retour, le justifie !

Emmanuel Todd commet-il une erreur ? Tous les membres d’une « nation » ne pensent pas forcément appartenir à une nation. Ils suivent leur intérêt, et celui-ci peut être de faire la fortune d’une autre nation. C’est comme cela que Colbert a fait venir en France le savoir-faire qu’elle n’avait pas.

Mais peut-être que les « libres-échangistes » sont différents des personnes attirées par Colbert. Ils ne semblent pas vouloir s’installer quelque-part en particulier. Ils sont citoyens du monde. Ils ressemblent aux monarques de l’ancien régime qui, tout en se faisant la guerre, étaient parents, et avaient des liens plus forts entre eux qu’avec leurs sujets ?

PC chinois

Le Financial Times annonce que l’Etat chinois a demandé à ses services de remplacer ordinateurs et logiciels étrangers par de la production locale.

Conséquence de la politique de M.Trump ? Ou tendance mercantiliste (impérialiste ?) naturelle du gouvernement chinois ?

Cela pourrait bien vouloir dire que le temps de la « supply chain » et des délocalisations est fini. Les grandes « régions » économiques vont-elles devoir se recentrer sur leur demande locale, illico presto ?

Les enjeux du libre échange

Il est beaucoup question d’accord de libre échange. Une émission de France Culture expliquait que les gains que l’on pouvait en tirer étaient au mieux très faibles. C’est pourquoi ils sont difficiles à comprendre par les opinions publiques.

En fait, l’enjeu ne serait peut être pas économique. Les invités de l’émission parlaient « d’idéologie ». Ceux qui les promeuvent sont des « croyants » ? Car, ce qui se joue ce sont, surtout, des rapports de force culturels. La pollution, les droits de l’homme, les OGM et le boeuf aux hormones font partie de l’accord, et seraient peut être son véritable intérêt. D’ailleurs, cela peut basculer d’un côté ou de l’autre : le Canada peut renoncer au boeuf aux hormones, ou l’Europe peut y être contrainte…

Même sur le plan économique, les choses ne sont pas évidentes, d’ailleurs. Car, disent les cours d’économie, c’est « l’avantage comparatif » qui compte dans l’échange. Un accord avec l’Amérique du sud, par exemple, pourrait être bon pour son agriculture, et mauvais pour son industrie (et inversement en Europe). Or, le problème endémique de l’Amérique latine, c’est justement d’être incapable de sortir son économie de l’exploitation de ses ressources naturelles…

Voilà qui est ennuyeux. Les accords de libre échange en cours de négociation ou récemment conclus seraient-ils un nouveau déni de démocratie ? Ne serait-il pas bien, de temps à autres, que l’on s’interroge sur les idées que nous suivons aveuglément ?

Défi Trump

M.Trump lance une guerre commerciale tous azimuts. Mme Merkel risque de devoir chercher des acheteurs de Mercedes qui ne soient pas américains. Les Grecs et les Italiens ?

Pour qu’ils en aient les moyens, il faudrait peut-être qu’elle crée les conditions nécessaires à ce que les Allemands achètent ce qu’ils produisent…

(Si cela se fait, M.Trump aura réussi un changement que beaucoup d’économistes, italiens et grecs, appelaient de leurs voeux.)

ISDS

ISDS et TTIP. TTIP : traité de libre échange européen. ISDS : possibilité pour une entreprise qui a un différend avec un Etat de demander l’arbitrage d’un tribunal privé. 
La France est contre l’ISDS. En quoi un tribunal privé pourrait-il avoir le pas sur la voix du Peuple ? Mais uniquement quand il s’agit des Américains. Car lorsqu’il est questions de nos entreprises et des pays de l’est, la France est favorable à un arbitrage privé. 
Tout cela, en dernière analyse, semble une question de confiance. Nous considérons les pays de l’est comme des républiques bananières, et il en est de même de USA vis-à-vis de nous.

Faut-il avoir peur du traité de libre échange avec les USA ?

L’Amérique négocie un traité de libre échange avec la Chine et un autre avec l’Europe. Une fois de plus ce traité ne provoque aucun débat chez nous. Notre démocratie est dans un état inquiétant. Pourtant, il agite les Allemands et les Américains. Les Allemands s’inquiètent de tribunaux qui permettraient à l’entreprise d’imposer ses intérêts aux démocraties. Les Américains ont peur du chômage et des délocalisations. Car, ils ont constaté que la libéralisation des échanges ne leur avait été guère favorable.
Quelle est la motivation de ces mesures ? Un intérêt économique démontré ? Pas évident : ce que l’on aplanit ce n’est pas des droits de douane mais des normes culturelles. Un baroud d’honneur des idéologues du libre échange ? Peut-être en ce qui concerne l’Europe. Mais pour les USA, il semble surtout que ce qui intéresse M.Obama, ce soit le Pacifique. (Il paraît nous considérer comme des « has been ».) Il est en guerre avec la Chine, et veut lui imposer sa loi. Sa stratégie : s’il construit une puissante alliance avec les pays de la région, la Chine devra se plier à ses lois. Ce qui explique que le petit peuple ne se retrouve pas dans ses manœuvres. D’autant qu’il a choisi, pour « conduire le changement », la démarche du donneur de leçons, si j’en crois Paul Krugman. Ce qui explique peut-être que les élus démocrates lui aient fait mordre la poussière

Immigration en Europe : mort par chaos ?

Enquête sur les boat people de l’Europe. Ils viennent des zones de conflit (Syrie), et de pauvreté (Mali). (Mais peut être pas d’extrême pauvreté, car il faut pas mal d’argent pour faire le voyage.) Leur nombre n’est pas en augmentation significative. S’ils meurent plus, c’est peut-être parce qu’en attaquant les bateaux des passeurs, l’Europe les force à prendre des embarcations de fortune. C’est aussi parce que l’Italie a mis un terme à son programme Mare Nostrum, qui repêchait les embarcations en difficulté. On lui reprochait d’encourager l’immigration. On pense maintenant que ce n’était pas le cas. Il permettait simplement d’éviter des morts. Alors pourquoi ne pas adopter le dispositif qui a permis la prise en charge mondiale des boat people vietnamiens ? Parce que l’Europe donne un tel spectacle de désorganisation lamentable que personne n’a envie de l’aider. (Quant aux Australiens, ils empêchent les boat people d’approcher de leurs côtes. Ils les auraient découragés.)
L’Europe, justement. Portrait en regard de MM.Schäuble et Varoufakis. Chacun ressemble à l’image que donne son pays. M.Schäuble est un invalide digne et droit. M.Varoufakis, un dilettante hypocrite, qui s’occupe fort peu de son ministère des finances, trop occupé à gagner de l’argent sur le circuit des célébrités et à mener la vie de la jet set. La Grèce est proche de la sortie. Les fonds spéculatifs ne croient plus à ses chances. L’impact de son départ, pour l’Europe, serait limité. Ce serait même une bonne opération pour les marchés financiers. Mais elle peut gagner du temps en payant ses salaires avec des reconnaissances de dette.  Quant à la France, son problème est la flexibilité de l’emploi, dit The Economist. Avec un euro inflexible, l’emploi doit s’adapter. Or, la France, contrairement à l’Allemagne, protège l’emploi en place. D’où chômage et précarité. MM.Hollande, Valls et Macron savent ce qu’il faut faire mais ils sont bloqués par la résistance du système (politique ?). Ils font donc du Schröder en sous marin. Ils facilitent les licenciements, notamment en réformant la justice. Et ils réduisent les charges patronales. De manière à ce qu’elle ne puisse pas être détectée, la manœuvre a été divisée en petits morceaux. Mais peut-elle être efficace dans ces conditions ? Et l’Angleterre, ne devrait-elle pas être notre modèle ? Voilà un pays qui a fait de la flexibilité de l’emploi sa loi fondatrice. Eh bien tout va mal, et M.Cameron, qu’interviewe The Economist, s’en fiche. L’Europe tape sur Gazprom. Message : M.Poutine est un tigre de papier. Les USA, depuis la guerre du Vietnam, ont maintenu la paix en Asie. La Chine en a profité pour se développer. Ce qui lui donne les moyens d’éliminer l’influence américaine… Quant au Japon, la protection américaine l’a infantilisé. Aux USA aussi M.Obama essaie de faire passer ses traités de libre échange en douce. Comme en France, son parti n’en veut pas, mais il a l’appui tacite de son opposition. Et il y a des tas de candidats à l’investiture républicaine. Pas que l’on compte être élu, mais parce qu’un coup de pub est toujours bon pour une carrière.
La Chine, Eldorado de la bagnole occidentale, c’est fini. Le marché se contracte. Maintenant surcapacité et guerre des prix. Cela va être fatal aux producteurs locaux. Mais ce n’est pas grave. Ce n’est pas le véhicule, mais le composant qui compte aujourd’hui. Les compagnies aériennes occidentales, c’est fini. Après le low cost, qui va attaquer le long courrier, les « connecteurs » mettent le dernier clou à leur cercueil. Emirates, Etihad, Qatar et Turkish Airlines emploient, comme l’Ouest, la technique de la subvention massive. Mais eux sont riches. Et leurs aéroports, contrairement à ceux de l’Ouest, sont à des emplacements stratégiques.
Il y a une grosse spéculation sur la dette d’entreprise. Cela devrait claquer l’année prochaine en Europe, et un peu plus tard en Amérique. (Attention, M.Drahi ?)
Les sciences du management n’ont plus que de vieux gourous.