Pensé-je ?

Averroès semble avoir estimé que le cerveau de l’homme était animé par celui de Dieu. Ce qui ne faisait pas l’affaire des Chrétiens, qui croient au libre arbitre.

Le libre arbitre du Chrétien, comme le déterminisme du scientifique, ne me semblent pas des théories défendables. Quand on observe le passé, on constate que l’homme appartient à son temps. On met en avant tel ou tel individu exceptionnel, comme s’il avait créé son époque, mais il n’en était que l’effet. Ce n’est pas le Mont Blanc qui a fait les Alpes. Mais ce temps, et ces modes, ne sont, pas plus, déterminés, il résultent d’une forme de chaos. Il semble qu’il y ait une création permanente, qui brouille toute possibilité de prévision.

Pour autant, tout se passe comme si nous avions un libre arbitre et que nous pouvions orienter l’histoire. Et c’est probablement une bonne chose que nous en soyons convaincus.

La bécasse et le mouton

Ch.Kozar parlait de stratégie comme « vol de la bécasse ». Le chasseur peine à tuer des bécasses, car leur comportement est imprévisible.

Partir dans tous les sens, sans a priori, est la bonne façon d’explorer un monde par nature « complexe ». Petit à petit, l’exploration amène à la compréhension.

Je me demande si l’homme digne de ce nom n’est pas une bécasse. Or, je soupçonne que toute notre éducation consiste à faire de nous des moutons. La perfection étant nommée « élite » ?

(Oui, mais si l’analyse est juste, comment éviter cette malédiction ?)

Kaja Kallas

Kaja Kallas, chef de la diplomatie européenne, ancienne première ministre d’Estonie. La BBC lui consacrait un « profile ».

Elle descend de toute une lignée de dirigeants de la nation estonienne. Ce qui a valu à sa mère de se retrouver, à 6 mois, en Sibérie.

J’ai retenu de l’émission une anecdote : son père emmène sa famille à Berlin, ils passent à côté du mur, qui ne tient qu’à un fil, respirez la liberté, leur dit-il (en substance).

Liberté ? Et si c’était ce qui est en jeu, actuellement ?

Pression sociale

Je ne peux travailler que pendant les vacances et le week-end. Les tâches ménagères en souffrent.

Ce n’est qu’alors que mon cerveau se met à fonctionner. Le reste du temps, il obéit aux injonctions de son environnement. (De l’importance du Sabbat ?)

Suis-je unique ? Il me semble que la société exerce sur nous une pression dont nous sommes les esclaves. Impossible de lui échapper ?

(Même les aristocrates d’antan en ont été victimes : ils prétendaient être au dessus des conventions, mais ils en ont inventé d’autres, dont ils ont été prisonniers et qui les ont détruits ?)

De la liberté

La façon dont l’humanité a été gérée ces derniers temps nous rappelle que le problème posé par les Lumières, comment éviter que l’homme exploite l’homme, n’a pas été résolu.

Les Lumières ont cru aux lois et au marché. Mais ce fut un échec. D’ailleurs, ce n’est pas parce que ce qui dirige les hommes (le marché ou la nature) n’est pas humain que leur sort est enviable.

J’en suis arrivé à penser qu’il faut chercher la solution du côté de la résilience et des communs. L’idée est de placer l’humanité dans une situation où elle doit rester sur ses gardes (oublions la société paternaliste d’après guerre), ce qui la force à la solidarité et à une réaction à l’aléa stimulante. Quant au commun, c’est un « dispositif social » qui est contrôlé par tous, ce qui fait que personne n’en a seul les commandes. Tout cela conduit à un écosystème dans lequel chacun est en monopole, sans pouvoir l’utiliser comme un monopole, parce que tous les autres, ensemble ont la capacité de le remplacer. (A suivre ?)

Vive la liberté !

J’ai l’impression, avec d’autres, que la vie tend à faire de nous des machines. Du coup, tout devient banal. L’art nous fait redécouvrir le monde « comme si c’était la première fois ». Il nous ramène à la « réalité ». Ou à ce qui peut le mieux porter ce nom.

Quant à la contrainte, à la forme du poème classique par exemple, elle me semble un moyen de forcer l’esprit (de l’artiste) à se révolter, à secouer sa paresse, et donc à retrouver le monde tel qu’il est ou devrait être.

Une question qui se pose alors est : l’art peut-il renaître ? Ou la société va-t-elle nous décérébrer ?

Rien de neuf, bien sûr. Mais il me semble que le point de vue le plus intéressant sur la question est celui de Tocqueville, pas celui des philosophes patentés. Car il me paraît ne pas se contenter d’un constat, d’une théorie, de la raison pure, mais aborder la question sous un angle pratique, anthropologique, scientifique. Il attribue le mal à la « massification » de la société. Et, effectivement, depuis que tout le monde est intellectuel, il n’y a plus d’intellectuel. Les classes privilégiées se sont décrétées « élites ». Et le talent est noyé dans la masse, et n’a plus les moyens de vivre. L’Angleterre, qui a gardé une société de classes, prend bien mieux que nous soin de son talent. Ce qui permet même à un pauvre talentueux, de temps à autres, d’émerger.

Pour autant, il n’est sûrement pas une bonne chose pour la société que l’on ne réserve le droit de penser qu’à quelques-uns. Bref, le mystère est entier.

Un espoir ? La nature de l’homme n’est pas l’esclavage, peut-être trouvera-t-il un moyen nouveau de se tirer d’affaire ? Et l’art renaîtra ?

Considérations fumeuses ?

Vive la liberté ?

Il y a quelques années, ce blog, avec d’autres, observait que le monde semblait être devenu gaullien : les nations s’étaient donné un exécutif fort.

Aujourd’hui, l’impuissance paraît être la règle du jeu : la France est dissoute, ça ne va pas très bien en Allemagne, Kamala Harris est peu rassurante, d’ailleurs même B. Obama, qui semblait beaucoup plus compétent qu’elle, s’est trouvé paralysé. A tel point que M.Trump sombre dans la banalité.

Mais a-t-on besoin d’un exécutif fort ? Selon Montesquieu, il ne peut pas y avoir de liberté dans ces conditions. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que l’électeur semble lui retirer tout pouvoir.

Et si la force d’une démocratie était la liberté, justement ? Liberté qui rend créatif et fort. Et lorsque la patrie est en danger, étant riche et puissante, elle a les moyens de réagir ? C’est alors qu’elle se donne un chef, et qu’elle lui obéit ?

Ara qui rit

La science CQFD (France culture) consacrait une émission au « ara qui rit », au perroquet.

Le perroquet serait un être social, ce qui lui vaudrait un relativement gros cerveau, par rapport à celui des oiseaux. Apparemment, un gros cerveau est rendu nécessaire par la complexité de la vie en société.

Ce qui semble dire que toutes les théories sur la liberté de l’homme, sur le fait qu’il a un jour décidé d’un « contrat social » sont du plus grand fumeux. C’est la société qui a fait l’homme, pas le contraire.

Mais la société a ses ruses, et elle a fait croire à la marionnette qu’elle était sans fil ?

Homme et société

La conjonction des oeuvres de Iain McGilchrist et Henri Suhamy me fait m’interroger sur l’influence de la société sur l’homme. Et si la société avait pour objet de décérébrer l’individu ? Et si elle le faisait par le biais de la raison ?

Paradoxalement, la liberté serait dans l’irrationnel, le gratuit, la culture.

J’interprète le libéralisme de ce dernier demi-siècle comme une révolte contre le modèle bureaucratique d’après guerre. Mais cette révolte a mal tourné. Elle a renforcé ce qu’elle dénonçait.

A moins que ce ne soit qu’une première étape de la libération. Peut-être que, comme pour toute innovation, ce sont les usages destructifs qui sont premiers. L’erreur est humaine, dis-je souvent. Au sens où le propre de l’homme est de commencer par se tromper. Erreur qui le met dans une situation désespérée, qui lui donne le génie du désespoir ?

Gainsbarre

Dans l’émission Etonnez-moi Benoît, de France Culture, Alain Chamfort parlait de Serge Gainsbourg.

Il disait, en substance, que le changement de Gainsbourg à Gainsbarre lui avait été fatal. Il avait été victime du personnage qui avait fait son succès. (J’avais entendu Maxime le Forestier dire la même chose : fait avéré ?)

Paradoxe, celui qui jouait les anarchistes était un « aliéné », un accro au regard de la société, un prisonnier de ses conventions ? Un pantin ? Une leçon ?