Pourquoi suis-je mal chaussé ?

La note précédente ne donne pas l’impression du changement nettement mené que l’on peut trouver dans mes livres. Ne serais-je pas cohérent ? Non. Il existe 2 types de changements.

  1. Mise en œuvre d’une mesure bien définie. On ne sait pas comment faire, mais au moins la direction est claire. Par exemple on veut redresser la rentabilité de son entreprise. Voilà le changement dont parle mes livres.
  2. On sent qu’il faut changer, mais on ne sait pas où aller.
Application :
  • J’ai cru que je voulais écrire un livre. Mais des obstacles inattendus ont surgi, dont j’ai pris conscience après les avoir niés, et qui m’ont forcé à un apprentissage ingrat. Je ne sais pas réellement ce que je veux écrire : écrire me permet de « comprendre » mon expérience, d’y voir ce que je n’y avais pas aperçu, d’en tirer quelques règles utiles. Quand j’achève mes livres j’y trouve une idée fondamentale qui aurait dû le guider depuis le début. Réécriture. Tirer des enseignements de mon expérience me force à les comparer aux résultats scientifiques. Or, les comprendre n’est pas facile, d’autant que je n’avais pas été préparé à prendre au sérieux les sciences humaines et l’économie.
  • J’ai aussi découvert que je devais apprendre à écrire, à construire un livre que l’on ait envie de lire, d’où essai et erreur.
  • Le monde de l’édition française était inattendu. Il est toujours mystérieux.
  • J’ai d’ailleurs compris que j’étais une sorte de « vilain petit canard ». Ma carrière et une partie de mes études m’ont rapproché de la culture des hommes d’affaires internationaux, qui n’est pas celle de la France. Au fond, je pense que le changement que doit subir la France est d’absorber cette culture pour ne pas être victime d’un monde dont elle n’a pas compris les règles du jeu. C’est ainsi qu’elle défendra ses valeurs, qui méritent autant de respect que celles d’autres nations. Par conséquent, j’essaie de faire que mes livres et mon action construisent un pont entre deux mondes.
  • Plus j’avance et plus je dois remettre en cause de certitudes qui me semblaient (inconsciemment) des lois de la nature. Il n’y a pas que la planète qui subisse un réchauffement non désiré !

Compléments :

  • Ce processus de changement est celui qu’a décrit le psycho-sociologue Kurt Lewin : c’est le modèle du « dégel ». Quand un groupe humain est inefficace, il tend à nier cette inefficacité. Mais, progressivement, le doute s’installe. Si quelque solution à ses difficultés surnage et prouve son utilité, il va l’adopter. Et elle va rejoindre les autres règles qui guident son comportement dans l’inconscient collectif. Il y a « congélation ». LEWIN, Kurt, Resolving Social Conflicts And Field Theory in Social Science, American Psychological Association, 1997.

Définition universitaire de changement

Les idées sur le changement de quelques sciences et scientifiques :
  • Herbert Simon explique que la société est « organisée » pour que nous soyons « rationnels », c’est-à-dire que nous obtenions ce que nous désirons (c’est ainsi qu’il définit rationalité). Bien entendu nous avons en partie adapté nos désirs à nos possibilités. Mais de temps en temps il y a des choses que la société ne nous permet pas de faire, parce qu’elle ne l’a pas prévu. Alors nous devons la « changer », ou réduire nos ambitions.
  • La complexité de la question tient à ce qu’en général nous n’avons pas une vision claire de ce que nous devons faire, nous ne comprenons pas que nous devons changer : notre vie semble déréglée, plus rien ne réussit, c’est le mécanisme de la dépression (cf. travaux de Martin Seligman).
  • Soyons plus précis : ce qui rend la société « organisée », ce sont des règles explicites (code de la route), ou implicites (comment se comporter, se vêtir…). Ces règles sont ce que l’ethnologie appelle la « culture ». Quand elles nous donnent des recommandations efficaces nous sommes « heureux » (c’est ainsi que le sociologue américain Edgar Schein définit « culture »). Lorsque ce n’est pas le cas, c’est la déprime, donc. Le changement c’est faire évoluer ce « code de lois » de façon à le rendre efficace, quand il ne l’est pas.
  • C’est pourquoi on parle « d’effet de levier » (cf. Jay Forrester, un des premiers à modéliser les organisations – Dynamique des systèmes) : le changement demande très peu d’efforts, juste de modifier quelques règles. Par contre il requiert du talent et de l’expérience. C’est là qu’intervient mon travail.
  • Les théories sur le deuil, sur l’apprentissage des sociétés (Kurt Lewin) et de l’homme (Jean Piaget) peuvent aussi être évoquées pour décrire ces phénomènes.

Références: