Étiquette : Levy
Publicis
On ne change pas une équipe qui gagne : la crise actuelle pousse Publicis à conserver la direction de Maurice Lévy.
Naufrage international du philosophe français
- Affaire DSK : Bernard-Henri Lévy étrillé par la presse américaine – LeMonde.fr, France’s intelligentsia and the IMF chief’s arrest: Those terribly clever French intellectuals | The Economist.
- Il est étonnant de voir à quel point le vernis de la bienpensance tient peu lorsque le sort d’un ami est en jeu. Quels Tartuffe ! L’incident a été révélateur de ce que pensent réellement nos élites, de nous, des femmes et des émigrés (Les pires avocats de Dominique Strauss-Kahn | Rue89). Et cela rend sympathique l’Ancien régime.
Trouble shooter V
Souvenirs de la séance du 26 avril :
- Marco Tinelli a fondé FullSIX il y a 10 ans. En aussi peu de temps, il est devenu le n°3 français des agences de communication, il emploie 700 personnes. Pourquoi un tel succès ? à cause d’Internet et du web. Cette agence est née web, elle a tiré parti du temps d’adaptation de ses rivales pour leur chiper leur marché. Et j’ai l’impression que le moteur de l’entreprise, c’est justement ce changement. En effet les « annonceurs » sont bousculés par Internet, et leurs services n’y sont pas prêts. Dans l’exemple qu’il a choisi, 30% des ventes des concurrents de son client se font par Internet alors que lui n’en réalise que 3%. Que fait-il ? Il construit une organisation mixte, avec ses équipes, « commando », et lui apprend à travailler par l’exemple. Au bout de 6 mois l’entreprise est réformée, et ses équipes regagnent son agence, qui a maintenant un client fidèle. Une idée surprenante : il est convaincu que si un dirigeant veut, il peut. La résistance de l’organisation est une mauvaise excuse. Ce qui signifie que si autant d’entreprises, notamment de la Presse, sont bloquées par Internet, c’est la faute du manque de volonté de leurs dirigeants, non d’organisations rétrogrades.
- Raymond Lévy dirige la Société Centrale Canine. C’est une association, créée en 1882, qui est responsable du développement de la race canine en France. Ses bases de données contiennent la vie des 12m de chiens français, c’est aussi elle qui juge la race des chiots nouveaux nés (éleveurs), et qui officie dans les concours internationaux. Cette très vieille société est face à un changement qui ferait défaillir bien des dirigeants : elle doit passer à l’ère de la génétique, ses employés, de collecteurs d’informations, doivent devenir des chercheurs. En même temps elle doit sortir de son monopole français pour attaquer le marché mondial. Et cela avec des personnels qui ont une trentaine d’années d’ancienneté, et qu’elle ne veut pas remplacer, économie sociale oblige. Or, parmi les nombreux changements qu’il a entrepris, Raymond Lévy en a réussi un qui épouvanterait beaucoup d’entreprises jeunes et surdiplômées : il a fait utiliser le Web2.0 à la SCC. Pour reconquérir un marché qu’il n’aurait jamais dû perdre, il a lancé un projet dont le moteur est une sorte de Wikipédia du chien. Comment a-t-il évité la si redoutée résistance au changement que suscite le Web2.0 ? Il a compris que ses « salariés militants » avaient en tête un savoir extraordinaire, mais qu’ils ne savaient pas l’écrire. Il a donc demandé à une stagiaire de rédiger la pensée de ses collaborateurs : un quart d’heure par fiche, deux-cents fiches en moins d’un mois. Grande leçon : l’innovation va souvent plus vite que la capacité d’absorption des entreprises. On a alors la tentation de renouveler leurs employés. C’est impossible. En fait, l’organisation possède l’essentiel (dans ce cas, la connaissance encyclopédique du chien), ce dont elle a besoin pour changer, c’est d’un petit coup de pouce, d’un « moyen » bien adapté. Ici, un système qui permette de noter ce que ses membres ont en tête.
Pourquoi le changement peut tuer
Jean-Pierre est professeur honoraire d’organisation au CNAM (entre autres). Je lui ai parlé de ma note Le changement peut tuer, la dénaturation du Toyota Production System. Il a connu un phénomène semblable.
Il a beaucoup travaillé sur la technologie de groupe. Elle semblait promise à un bel avenir : elle résout un problème complexe (la fabrication de composants pour petite et moyenne série), et elle apporte des gains de productivité difficilement imaginables. Il y a eu suffisamment d’exemples de réussite pour s’en convaincre. Pourquoi nos entreprises n’en profitent-elles pas ? Parce que celles qui ont utilisé la technologie de groupe ont voulu s’en servir pour réduire leurs effectifs. Or, elle demandait de créer des « équipes autonomes » dont l’initiative était essentielle pour s’adapter à des flux de production hautement variables.
Je tente une explication pour cet échec. L’hypothèse Crozier – Tocqueville.
- Chaque Français est dans une cellule indépendante, qu’il administre selon son « bon plaisir ». L’autre, ne suivant pas sa logique, est un ennemi. N’avons-nous pas envie de détruire ceux qui ne pensent pas comme nous ? Même les meilleurs d’entre-nous, ceux qui défendent les déshérités, les sans-papiers… ne rêvent-ils pas, au fond, de liquider ceux qui leur font obstacle ?
- Or, notre vie en cellule ne nous prépare pas à diriger nos semblables. Lorsque nous voulons leur faire faire quelque chose de neuf, ça échoue. Résistance au changement ! Si seulement nous pouvions les remplacer, par des machines ou des étrangers…
- En général, ça ne prête pas à conséquence, parce que la France est faite d’influences qui s’opposent. Nous sommes impuissants. Mais il arrive qu’un individu soit sans défense. Alors il est écrasé. C’est de plus en plus le cas du salarié. Et aussi celui du dirigeant, s’il tombe sous le coup de la loi, qui le présume coupable.
Il y a quelque chose d’irrationnel dans notre caractère. Quelque chose qui effraie l’étranger. Un exemple en est l’Inquisition : elle touchait peu de gens, mais l’individu qui tombait dans ses griffes n’avait aucune chance de s’en tirer. Une sorte de crise de folie qui frappe au hasard, et détruit ce qu’elle touche. Une crise de folie dont les auteurs sont parfois, c’était le cas de l’Inquisition, des gens intelligents qui oeuvrent pour le bonheur collectif.
Références :
- Sur le sentiment d’effroi qu’inspire l’Inquisition : LEVY, Leonard Williams, The Palladium of Justice: Origins of Trial by Jury, Ivan R. Dee Publisher, 2000. Une étude de l’histoire du système de jugement américain.
- Sur l’homme d’affaire et le droit français qui le présume coupable : MIELLET, Dominique, RICHARD, Bertrand, Dirigeant de société : un métier à risques, Editions d’Organisation, 1995.
- Sur le bon plaisir : Portrait du Français en privilégié, Le bon plaisir de Michel Crozier.
