Adepte de l’effet de levier depuis l’éclairage de Christophe FAURIE, voici une illustration intéressante tirée d’une lecture récente (Freakonomics de S.D. LEVITT et S.J.DUBNER).
Étiquette : Levitt
Mal de la presse
Je ne m’y attendais pas. La radio m’annonce que le conflit Israël / Hamas divise la France. J’écoute la nouvelle : d’après un sondage, environ 1/3 des Français donne la responsabilité du conflit aux deux, environ un tiers ne sait pas, et sur ce qui reste le Hamas a moins de supporters qu’Israël. À lire la presse et à écouter la radio j’étais persuadé que l’opinion publique accusait Israël d’agression ! (Qu’est-ce qui fait bouger les opinions ?)
Et si les médias transmettaient ce qu’ils croient juste ? Je me souviens d’une critique du Masque et la Plume, dévastée par le succès d’une pièce dans laquelle jouait Alain Delon. « Mais à quoi servons nous ? » s’est-elle demandé. Les journalistes lui ressemblent-ils : pensent-ils qu’ils doivent nous éduquer ?
Mais où vont-ils chercher leurs idées ? Non dans la « raison », c’est-à-dire l’enquête qui permet de se faire une opinion, mais dans ce qui leur semble évident, c’est-à-dire les valeurs de la culture de leur milieu, leur « idéologie ».
Et s’il ne fallait pas aller chercher plus loin le déclin de la Presse ?
- Elle passe à côté d’une grosse partie de la population, dont elle n’a pas les opinions.
- Et elle n’apporte rien au reste.
- Ajoutons à cela qu’Internet lui a enlève le revenu de la publicité, mais sans en faire payer le coût exact, parce qu’il a en partie parasité la presse traditionnelle, en obtenant gratuitement son contenu.
Il y a là une validation de ce que Theodore Levitt a appelé Marketing Myopia : la Presse a oublié son métier : l’information. Elle a redéfini le concept en le remplaçant par « nos idées », et elle ne voit du monde que le média : si ses affaires vont mal, c’est parce qu’elle a raté la révolution Internet.
Et non. Si elle avait compris le besoin de son marché, de la démocratie, si elle avait envie de produire une information réellement utile, tout le reste ne serait que du détail : Internet ne serait pas une menace, un casse-tête, un objet de « conduite du changement », mais une chance unique de mieux accomplir sa mission, d’un emploi évident.
Compléments :
- Les billets qui ont amené mes réflexions où elles en sont aujourd’hui : Faire réfléchir les élites et former les masses, Disparition de la presse (sur Theodore Levitt, sur Internet et la presse) et Avenir de la presse.
Disparition de la presse (2)
L’article précédent cite un fameux article de Theodore Levitt (Marketing Myopia, Harvard Business Review, 1960). Celui-ci dit que les entreprises défaillent parce qu’elles ne voient que le produit et oublient le marché.
Une autre manière de formuler la chose est peut-être la segmentation leader / manager de John Kotter : le manager applique, le leader conçoit. L’un est un homme de rites, l’autre de raison.
Argument favori de ce blog : après la phase entrepreneuriale (leaders), l’entreprise a de fortes chances de tomber entre les mains de managers, qui vont sanctifier le moyen (la gestion financière, par exemple), et vont oublier l’essentiel : la raison d’être de l’entreprise. Au lieu d’exploiter les compétences uniques de leur entreprise, ils sont incapables de renouveler son avantage concurrentiel, ils gèrent la lancée que d’autres leur ont léguée. Et ça leur est fatal. Ils sont incapables de résister aux frottements, à la destruction créatrice.
C’est peut-être bien ce qui est arrivé à la Presse.
Quelques réflexions sur le sujet : Avenir de la presse. Quant à John Kotter : Mesurer la capacité au changement d’une entreprise.