Interprétation

Je retrouve un article concernant le « lean manufacturing ».

Etrange, il y a lean et lean. Le lean initial, dont il est question ici, et le lean « occidental », qui est l’opposé du lean initial. Le lean occidental a pour but d’exploiter l’homme, ou d’en faire un chômeur, le lean initial est construit pour l’homme, autour de lui. Le lean initial est économe de la nature, c’est le contraire pour le lean occidental. Maigre en consommation de ressources naturelles contre hommes maigres.

Voilà un curieux phénomène, dont il est souvent question dans ce blog. La propension de notre société à faire dire aux mots l’exact opposé de leur sens.

D’où cela vient-il ? Thucydide semble l’associer aux périodes d’individualisme forcené. Soudainement, l’homme devient un loup pour l’homme et le langage, une arme.

Forme de perversion narcissique ? L’homme utilise ce qui devrait servir la société (et lui ensuite) à son profit ?

Qu'est-ce que la performance ?

Il y a quelques temps un dirigeant m’a envoyé un article traitant du Lean et de ses dégâts humains. Au hasard des rencontres, une histoire apparaît. 
Premier résultat. Le Lean s’appellerait désormais « performance ». Toute une industrie du conseil s’est constituée autour de ce sujet. Elle a quelque chose d’une secte, avec ses rites et ses mythes. On y passe des heures à discuter de la bonne place du post it sur tel tableau capital. Par ailleurs, de plus en plus le conseil interne aux entreprises ou institutions de l’Etat veut prendre la place des consultants, pour des raisons d’économie. Ce monde est entre le marteau et l’enclume : des managers qui ne veulent pas changer, et des exécutants qu’il faut faire gagner en productivité, alors que leurs conditions de travail se dégradent.
Cela ferait (évidemment ?) des dégâts humains. Plus curieusement, on assisterait à des ententes entre consultants et unités opérationnelles. Il n’est plus alors question de gain de productivité. Le « baron », patron d’une usine ou d’une division, a bloqué le changement venu d’en haut en contrôlant son vecteur : le consultant ? (Dans un exemple dont on m’a parlé, les gains dégagés correspondent exactement aux honoraires du consultant !)
A qui profite la performance ?
J’en arrive à une question. La « performance » serait-elle une conséquence de la théorie de la « shareholder value », selon laquelle le possesseur de capital crée la « valeur » de l’entreprise ? Et si son objectif était de dégrader les conditions de travail pour faire la fortune de quelques personnes ? En fait, les entreprises et l’Etat semblent convaincus qu’ils doivent gagner en performance. Et qu’il faut le faire avec les méthodes que tout le monde utilise. Du coup, on retrouve les conséquences de la « shareholder value ». Mais les gains d’efficacité sont probablement absorbés non (toujours) par les actionnaires, mais par quelques acteurs ou « intérêts spéciaux » qui savent faire payer leur capacité de nuisance. (Ce que les Anglo-saxons appellent « value drains ».)
L’esprit du jeu du moment serait-il le parasitisme ? Le faible est écrasé, et l’entreprise vidée de sa substance ? Idem de la plupart des actionnaires et des investisseurs des fonds d’investissement ? Après un tel traitement ne reste de l’animal que sa carcasse ?

A-t-on intérêt à alléger la société ?

J’en arrive à penser que l’on est tous en surpoids. Mais, si l’on s’allège, ne va-t-on pas accélérer la dépression dans laquelle on s’enfonce ? 
Pas forcément. Il est possible que la surcharge fasse que l’on n’arrive plus à bouger. Si l’on s’allège, on aura (les entreprises en particulier) envie d’agir, et l’activité mondiale pourrait, au contraire, redémarrer. 
En particulier, le marché, qui n’est qu’échanges, et pas concurrence.
Alors, tant pis pour les limites à la croissance ? Pas forcément non plus. Peut-être que notre croissance par surcharge pondérale n’était pas bonne, et que l’on va retrouver une croissance plus durable. 
Tout ceci est bien mystérieux ? 

Et si nous devenions "lean", qu'aurions-nous à y gagner ?

La production lean (un terme inventé par John Krafcik, un chercheur de l’IMVP) est « maigre » parce qu’elle utilise moins de tout en comparaison avec la production de masse. la moitié de l’effort humain dans l’usine, la moitié de la surface de fabrication, la moitié de l’investissement dans l’outillage, la moitié des heures d’ingénierie pour développer un nouveau produit, en moitié moins de temps. Aussi, elle demande de conserver bien moins que la moitié des stocks sur site, elle résulte en bien moins de défauts et elle produit une bien plus grande, et toujours croissante, variété de produits. (WOMACK James P., JONES Daniel T., ROOS Daniel, The Machine That Changed the World, Scribner Book Company, 1995.)

Dans un travail fait avec le professeur Schmitt, je fais le parallèle entre notre époque et celle qui a vu l’arrivée du « lean ». Nos entreprises sont de nouveau des bureaucraties, ce sont des structures de flicage. Et si on les allégeait ? Quels bénéfices en attendre ? La phrase précédente en donnerait-elle un ordre de grandeur ?
Au fait, par où commencer pour devenir « lean » ?  

Un objectif clé de la production lean est de pousser la responsabilité très bas dans l’échelle des responsabilités. Responsabilité signifie la responsabilité de contrôler son travail.

La solution à la crise : cure massive d'amaigrissement ?

Et si la solution à la crise était l’amaigrissement, massif, radical ? J’arrive à cette conclusion par tant de voies différentes que je commence à m’interroger :
  • Etude faite avec le Professeur Schmitt : nos entreprises sont devenues des bureaucraties « top heavy » il faut liquider les couches élevées, en revenir au « lean », responsabilisation et codéveloppement.
  • Big Data, idem : Oracle et son écosystème ont saturé l’entreprise de matériels et de logiciels camisoles de force, la démocratisation et la flexibilisation de Google and co permettent d’alléger radicalement tout ceci. 
  • Mon étude de l’Etat m’amène progressivement à quelque chose de similaire. Le déficit du pays viendrait peut-être bien de ce que nos politiciens ont vidé nos poches, et dissipé nos capacités nationales d’investissement pour nous accorder des subventions qui ont eu l’effet, spéculatif, inverse de celui qui était prévu. 
  • Augustin de Romanet, avec son Etat stratège, me semble, lui aussi, parler d’un Etat lean. 

Le Lean d’Hitachi consulting

Brochure d’Hitachi consulting (la division conseil d’Hitachi). Cela parle de Lean. Je crains le pire. Un discours de consultant convenu.
Mais ça commence bien. Elle cite ma référence préférée : The machine that changed the world. L’étude du MIT qui est à l’origine du terme. Elle se poursuit encore mieux. En attaquant notre façon (occidentale) de mettre en œuvre le Lean. Avec l’exemple d’un client, fabricant automobile (!). Il a beaucoup investi dans le Lean, sans résultat. « Pour beaucoup, Lean est une façon branchée de dire balayer l’atelier ou réduire les coûts. » Pour que le Lean fasse des miracles, il faut faire simple. Et surtout comprendre que le leadership doit venir d’en bas, alors : « la motivation des employés, leur créativité, travail d’équipe, fierté atteint des sommets, et l’amélioration continue devient un constituant de la culture du travail quotidien ».

Brève rencontre

Film de David Lean, 1945.

Entre deux passages de trains à vapeur, et dans la nuit permanente du noir et blanc, coup de foudre entre une femme et un homme, mariés par ailleurs.
Histoire bien loin de notre univers. Éternelle question : peut-il y avoir histoire d’amour sans interdiction ? L’amour serait-il une maladie sociale ?