Double de Gaulle

La France d’après guerre a été un chaos. Anciens collabos, nouveaux résistants, syndicats révolutionnaires, PC stalinien, intellectuels engagés, militaires putschistes, etc. Comment cette société a-t-elle pu cohabiter ? Une croyance, que le monde a partagé. On s’était trompés. La science et le progrès nous montrent la voie. Le retour au mal est impossible.

Contrairement à l’image que l’on en a, de Gaulle a été un homme de son temps. Il aimait le progrès
Mais il n’était pas que cela. Il était aussi « grandeur nationale », valeurs éternelles. C’est peut-être cela que ne pouvait plus supporter la jeunesse. Et qui a causé une révolution. Le leader du changement doit se méfier de ses idées fixes ? 

Avoir raison avec Raymond Aron

« Je préfère avoir tort avec Sartre que raison avec Aron », disait-on. Curieux quand on y réfléchit bien.

Dans un certain sens, ils se ressemblaient. Deux normaliens ascendant philosophie, de la même promotion (autrement dit l’Olympe de l’esprit). Puis deux majors de l’agrégation. (Sartre est recalé à son premier passage.) Mais ça s’arrête là.
Si l’on en croit Michel Onfray, Sartre n’a pas eu une conduite irréprochable pendant la guerre. Et, ensuite, il a défendu l’Union soviétique. Raymond Aron, lui, est parti en Angleterre, avec le Général de Gaulle, puis il a pourfendu, toujours seul contre tous, l’URSS.

Grande leçon d’humilité ? La politesse du héros, c’est d’être agréable ?

Représentant du peuple

Cela a-t-il un sens de parler, par exemple, de « représentant du Parti Socialiste » (billet précédent) ? Ou plus généralement de « représentant du peuple » ?

Les sciences du management apportent une réponse paradoxale à cette question : « servant leader ». Ce type de leader n’est pas un Führer. Il est d’ailleurs rarement charismatique. Son action fait émerger ce à quoi croit le peuple, dans son ensemble, ses valeurs communes. Peut-être ce que le droit appelle « constitution ». Si le leader prend la tête du mouvement qui va faire changer la société, ce n’est pas par ambition, mais faute de quelqu’un d’autre qui puisse tenir ce rôle, par devoir. 

Prophète

M.Macron aime-t-il les membres de LREM ? Envisageait-il qu’il serait rejoint par ces gens ? On pourrait se poser la même question pour Jésus Christ, Ayn Rand ou de Gaulle.

C’est la question que pose l’entreprise libérée. Un leader ne peut attirer que des suiveurs. Ce n’est qu’en se supprimant que l’on peut créer les conditions de la liberté. Les véritables disciples de M.Macron sont les Wauquiez et autre Mélenchon, qui font acte d’originalité.

(Le groupe que j’anime se définit comme « des libertaires fédérés par des projets communs ».)

De l'action du leader

Bergson pense qu’il existe des « êtres privilégiés », qui ont la faculté de changer le monde. Ils lui apportent, aussi, une touche personnelle. Cette idée se retrouve dans les théories du management : ces êtres exceptionnels sont appelés des « leaders ». 
Je me demande si ces leaders ont réellement la faculté de créer la réalité. Je soupçonne qu’ils ressemblent au sculpteur. Il révèlent une potentialité de la pierre. Mais, on peut tirer plusieurs statues d’une même pierre ! c’est peut-être là que le leader a un impact décisif sur l’avenir. Mais peut-il vraiment faire acte créatif ? Je soupçonne que c’est l’histoire de beaucoup d’idéologies. Elles ont révélé quelque chose d’important, mais elles étaient aussi porteuses de beaucoup « d’irréaliste ». Et cette partie de leur héritage n’a cessé de nous poser des problèmes. A l’image des conséquences du progrès scientifique.

2017 : année libération ?

Les théories du management changent. Pendant quelques décennies elles ont parlé du dirigeant comme d’un « chaos maker », un « disrupteur » qui, par la destruction, de son marché ou du tissu social de son entreprise, suscitait, en réaction, la création. Aujourd’hui, on parle d’un « leader libérateur ». L’homme et l’entreprise ont un potentiel qu’il s’agit de laisser fleurir. Le printemps après la terre brûlée. 
James March, quant à lui, décrit le leader comme un « poète » et un « plombier ». Poète, parce que c’est sa fantaisie qui lui fait trouver de nouvelles voies. Plombier, parce que, comme le disait Napoléon, le succès est dans l’exécution, dans le détail. Lequel préférez-vous ?

Provoquer le changement ?

Pourquoi certaines personnes provoquent-elles le changement ? J’en suis arrivé à retenir deux théories :
  • Le changement de phase en physique (de l’eau à la glace, par exemple). Le changement est une question d’information. Ce qui le bloque est que chacun pense que le reste de l’organisation veut maintenir le statu quo. Et la division des tâches à laquelle procède la société facilite ce blocage.  Pour changer, chacun doit savoir que le reste de l’organisation partage son diagnostic de la situation et de la nécessité du changement. « L’animateur du changement » propage cette nouvelle. (Dimension électron libre.)
  • La théorie du leadership. Je m’en suis longtemps méfié. Je soupçonnais un biais culturel anglo-saxon. Mais j’ai fini par croire qu’elle avait quelque-chose de juste. Dans mon cas particulier, j’apporte à l’entreprise une énergie qui lui manque. Et peut-être aussi une vision qu’elle n’a pas : elle est optimisée pour la ligne droite. Elle pratique le culte du statu quo. J’ai la particularité de croire ce que les gens me racontent, de les voir comme des héros. Du coup, je veux leur faire-faire ce qu’implique logiquement leurs compétences. 

Rôle du dirigeant dans le changement

Un des premiers billets de ce blog disait que je me trompais toujours. C’est une fois de plus le cas. J’ai longtemps cru que le dirigeant était maladroit. Il ne savait pas mettre en oeuvre le changement. En fait, j’ai tort. Le dirigeant obtient ce qu’il veut. Bien que cela ne donne pas forcément les résultats qu’il attendait…
C’est Nicolas Sarkozy qui m’a donné cette idée. L’analyse menée par ce blog a fini par me convaincre que Nicolas Sarkozy a réussi ce qu’il cherchait à faire. Il a appliqué ce que l’ensemble des gouvernants européens pensait bien. Et il a obtenu les résultats qu’ils ont obtenus
Une réflexion sur une ancienne mission me ramène à cette idée. Je vois maintenant que son PDG voulait « diviser pour régner ». Il craignait la concurrence. En particulier, il avait coupé en deux une unité parce que le charisme de son ancien patron lui avait fait de l’ombre. Résultat : luttes fratricides, et comptes dans le rouge. Nouveau PDG. Entreprise méconnaissable. 
Au fond, l’entreprise vit avec les yeux braqués sur son dirigeant. Elle calque son comportement sur le sien. 
Voilà pourquoi on a raison de changer l’entraîneur de l’équipe qui perd ? 

Qu'est-ce qui fait réussir un changement ?

L’expérience de trois décennies de changement me laisse penser qu’un changement n’a qu’un seul facteur clé de succès : la motivation de son leader. Tant qu’il est « in quiet » (en deux mots), le changement avance. Quand il ne l’est plus, il s’arrête. Les universitaires parlent de « feeling of urgency ».
(Remarque. Ma contribution porte sur l’efficience du changement, j’apporte des outils, une expérience… qui permettent de le faciliter, mais mon rôle n’est pas de le provoquer.)
Par ailleurs, c’est cette « in quiétude » qui fait que son équipe trouve le leader crédible ou non. 2 raisons pour cela : elle le rend « prévisible » et prouve sa motivation pour l’intérêt commun.
Cela a au moins deux conséquences  :
  • Un leader doit concevoir le changement qu’il veut mener en fonction d’une préoccupation à long terme. 
  • Pour des sujets importants mais de plus faible « in quiétude » pour lui, il doit trouver des relais « d’in quiétude », c’est-à-dire relier le projet à des questions qui préoccupent les membres de son équipe. (D’où l’importance d’identifier des sous-projets à fort enjeu.) Le rôle du leader change. Il doit alors « maîtriser » le changement qu’il a lancé. Henri Bouquin disait « organiser l’autonomie ».
Ce qui laisse en suspens une question : qui est le leader ? Eh bien, celui qui veut changer l’organisation. Le travail est facilité si l’on a un pouvoir officiel, mais ce n’est pas une condition nécessaire.