Hannah Arendt

Pour Mme Le Pen, le régime de Vichy est responsable du Vel’ d’hiv’, pas la France. Si elle fait une telle déclaration c’est parce que c’est efficace. En effet, le thème qui la porte est que « l’élite » est la cause de nos problèmes. N’a-t-elle pas le pouvoir ? Et Vichy ? C’est l’élite qui a mal dirigé le pays. En conséquence, ce que l’on attend de l’élite, ce sont des excuses, pas des leçons de morale.
Hannah Arendt s’est penchée sur la question du crime contre l’humanité lors du procès Eichmann. Quelle en est la cause, selon elle ? La « banalité du mal ». Il résulte d’actions banales, y compris de la communauté juive. C’est même en voulant faire une sorte de bien, médiocre, que l’on a fait le mal, absolu. Et, à l’envers, c’est, presque, le mal qui a fait un peu de bien. Par exemple, lorsque les forces nazies ont compris que leur cause était perdue, elles ont désobéi et cherché à sauver les Juifs. A cela, on pourrait ajouter que Vichy était loin de n’être composé que de fascistes. Et que, au contraire, comme l’explique « L’armée des ombres« , la poignée de résistants de la première heure était un groupe hétéroclite qui allait des communistes aux royalistes. 
C’est aussi ce que dit Hannah Arendt : la caractéristique de la poignée ci-dessus, c’est la capacité de « jugement ». Juger c’est parvenir à une conviction qui nous est propre. Sans nous faire influencer par les idées reçues. C’était aussi l’idée de Socrate. Elle lui a été fatale. 
(Quant à Hannah Arendt, elle est morte le jour où elle a tapé la première page du livre qu’elle consacrait à la question du jugement. Vivons comme des légumes ?) 

Inoxydable Marine

M. Fillon coulé et Mme Le Pen pas touchée ? Pourtant ils font l’objet des mêmes soupçons. Des journalistes se posaient ces questions. Et je me les étais posées aussi.

Ils ont eu une idée intéressante : Mme Le Pen est le Robin des Bois de l’Europe, elle la vole, pour en faire profiter des intérêts français. Elle est cohérente. Pas M.Fillon.

J’avais envisagé d’autres théories. Moins subtiles.

  1. Effet Trump. Anti système. Inversion des valeurs. 
  2. Capital de marque. Il est difficile de changer l’image que l’on a de quelqu’un que l’on connaît bien. M.Fillon étant peu connu, la premier fait qui l’atteint le définit. 
  3. Diabolisation de Mme Le Pen. Ses partisans ont accepté l’image que ses adversaires donnent d’elle. Ils savent qu’elle déjeune de petits enfants… Alors 300.000€.

Thatcher, Merkel, Le Pen : Europe, affaire de femmes ?

Thatcher et Merkel ont façonné l’Europe. Thatcher c’est le libéralisme, qui a gagné l’Europe. Merkel, la chape de plomb de l’austérité. Pénitence à l’échelle du continent. Elles dépassent de la tête, des épaules, et des chaussures, tout ce que la politique compte de personnel. L’Europe est et a été à leur botte. Comment expliquer une telle domination ? 
Quand on les compare au mâle politique, ce qui frappe chez elles est leur cohérence. Alors que le premier est une girouette, un bambin arrogant, vaniteux, criard et inconséquent, elles ont des principes auxquels elles ne dérogent pas. Elles les illustrent par leur comportement. Elles ne gesticulent pas, ne se perdent pas en discours, elles agissent. C’est la définition de l’autorité : un comportement qui illustre des principes forts, des principes auxquels on croit plus qu’à sa vie. Elles se battent peut-être moins pour leur ambition que pour la collectivité. Le terme de leur action venu, elles ne s’accrochent pas au pouvoir.  
Potiches
Elles ne doivent ni leur succès à leur physique, ni à leurs diplômes, ni à leur situation sociale. Elles le doivent à leur travail, à cette détermination increvable, qui font qu’elles vont patiemment dans la direction qu’elles ont choisie. Et ce, y compris pour Mme Thatcher, qui n’a pas cette image. Elles ont quelque-chose qui les rend insensibles à le souffrance, et au découragement. 
D’où tiennent-elles cette autorité naturelle ? Vertus de la femme et surtout de mère ?

Et Mme Le Pen ? Certes, elle porte une idée qui contredit les combats de MMme Merkel et Thatcher : la dissolution de l’Europe. Mais elle pourrait bien avoir les mêmes caractéristiques qu’elles. Ce que ses concurrents ne devraient pas sous-estimer. Serait-elle indestructible ? Croit-elle, contrairement à eux, à ce qu’elle dit (ce que sent l’électeur) ? Est-elle prête, contrairement à eux, à périr pour ses idées ?
Impossible égalité des sexes ? L’un ne peut que dominer l’autre ? L’Europe à l’aube du maternalisme ?

Enseignement supérieur : la fabrique du crétin ?

Le modèle américain d’enseignement supérieur, et de massification de celui-ci, a gagné le monde, dit The Economist. Mais, aux USA, il  ne fabrique plus de connaissance, mais de la discrimination. C’est le diplôme qui compte. Parce qu’il est l’unique critère d’embauche utilisé par les entreprises. Ce qui provoque un effondrement de la qualité de l’enseignement et une explosion de son coût. Donc une sélection par l’argent d’une élite très peu éclairée. Quant aux autres, l’éducation qu’ils reçoivent n’est plus digne de ce nom. (La fabrique, massifiée, du crétin ?)
Ailleurs dans le monde, l’Arabie Saoudite et l’Iran se livrent une guerre par pauvres interposés. Au fond, ce qui compte, c’est que l’autre ne prenne pas l’avantage. Résultat : au Moyen-orient et en Afrique, c’est le chaos. (Ce qui arrange tout le monde ?) En France, les partis de gouvernement se réjouissent, mais Mme Le Pen a gagné. L’Ukraine est gouvernée par des oligarques. C’est eux son problème. Pour le moment, ils semblent se disputer. (La Russie a été dans la même situation, mais M.Poutine les a remis à leur place.) Mme Merkel dirige l’Europe. Son plan : une apparence de France forte, pour qu’on n’ait pas l’impression que l’Allemagne est sans contre-poids ; et « une Europe unie, gouvernée par des règles fiscales strictes, en paix avec ses voisins. » (Une Europe triste, mais digne ?)  En Angleterre, rien ne va plus ? M.Cameron pourrait être éliminé par son parti, s’il est réélu. Mais, le plus probable est que l’élection de mai produise un gouvernement minoritaire de gauche, incapable de gouverner. Ce n’est pas ce qu’il faut à la fragile économie anglaise. M.Netanyahou doit se battre contre les Palestiniens et M.Obama. Deux ans à attendre. Traités commerciaux des USA avec l’Asie et l’Europe. L’Amérique veut imposer ses normes au monde, surtout à la Chine. Pour le moment l’affaire tournerait à l’avantage de cette dernière. « Présenter (le traité avec l’Asie) comme une façon de contrer la Chine risque d’ajouter une (humiliation) inutile : cela pourrait faire ressembler (la défaite de la diplomatie américaine à) une victoire chinoise. »
L’industrie d’extraction de charbon connaît un mauvais moment. Il pollue (et pas que par le CO2 : mercure, sulfure, oxydes nitriques), et la Chine réduit sa consommation. Seul espoir : l’Inde. Mais elle veut exploiter ses propres ressources. Le vrai danger : que les milieux financiers n’y croient plus, et privent de financements les entreprises du secteur. Wall Street a produit des entreprises zombies qu’une nouvelle génération de fonds cherche à restructurer. Exemple : Kraft « a fait l’objet de 7 fusions ou cessions depuis 1980 ». Du coup l’entreprise a perdu le nord. C’est « le résultat de l’hyper activité des hommes d’affaire de Wall street ».
Monde numérique. La guerre du moment, c’est l’application de messagerie. Il s’agit, par le biais de « plates-formes », de mettre la main sur les flux de données des particuliers et des entreprises. Et d’asservir ses concurrents. Finalement, le capitalisme asiatique s’ouvre aux pratiques occidentales. Ils n’ont pas pu faire autrement. C’est la loi de la globalisation. Transparence et simplification, entrée d’administrateurs étrangers aux familles dirigeantes, et de quelques activistes.
« La capacité de digérer le lait pourrait expliquer comment l’Europe est devenue riche. » Pour permettre au drone d’éviter l’imprévu, on cherche à lui faire imiter les insectes. (Le plus surprenant est qu’on y parviendrait.)

Puissante Asie, faible Occident ?

L’Asie, en tant que Région, a acquis une réelle compétence industrielle. Chaque pays y joue un rôle. La Chine, en particulier, possède un puissant tissu économique, avec une riche sous-traitance. Par ailleurs, elle a été gagnée par la mode des aéroports. Ou, plus exactement, des villes construites autour d’un aéroport. Ces aéroports ont immédiatement la taille d’Heathrow… M.Netanyahou va-t-il être réélu ? Pas totalement sûr. Curieuse personnalité : « ni ses alliés, ni ses ennemis ne croient tout à fait ce qu’il dit ». Mais « nous avons besoin d’un premier ministre qui soit un salaud » pense un conducteur de taxi. Marine Le Pen devient une rock star. Raison de son succès ? « « Quand ils se battent contre le FN » dit Mme Le Pen, avec jubilation, « nous nous battons pour les Français ». » En Russie le KGB et les Tchétchènes, les hommes de main de M.Poutine, s’affrontent. En Europe, il y a deux poids deux mesures. Pour la France, d’une part, et pour les petits pays, de l’autre. En Angleterre, la main d’œuvre est extraordinairement pauvre (et peu productive) : « des 15 membres initiaux de l’UE, seulement la Grèce et le Portugal ont des coûts horaires plus faibles (que l’Angleterre) ». Cela semble en partie dû à l’immigration : « un demi million d’immigrants de plus qu’en 2010 sont employés en Angleterre, ce qui représente à peu près un tiers de la croissance de l’emploi du pays ». Le président égyptien se bat contre les Islamistes et semble vouloir, et avoir le talent pour, s’impliquer dans les affaires africaines. Dans certaines villes américaines, le rôle de la police est de rançonner la population (noire ?) pour combler les trous budgétaires. Dans 30 ans, plus d’un quart de la population des USA sera hispanique. The Economist se réjouit de cet afflux de sang neuf. Cependant, il semble que la transition n’aille pas de soi. Ils sont considérés comme « non blancs » (du coup, les « blancs » seront bientôt en minorité) ; non seulement l’ascenseur social ne semble pas marcher, mais ce serait le contraire qui se passerait : il y a un risque de « sous-classe hispanique » ; et il y a un risque « d’affrontement avec les blancs âgés », car, demain les vieux seront blancs, mais pas les jeunes…
L’esclavage se porte toujours bien. Particulièrement en Inde. Les « supply chains » lui seraient favorables.
MOOCS. On leur trouve d’utiles usages, en appui des cours traditionnels, et aux mêmes prix qu’eux. Notamment pour aider les élèves en difficulté. Mais aussi, c’était prévisible, pour la formation continue, et, à distance. The Economist ne croit pas aux montres d’Apple. D’une manière générale, à moins d’une « killer app », ce type de gadget portable ne devrait avoir un intérêt que pour les entreprises. En revanche, les troubles internationaux poussent les nations à s’armer. C’est bon pour l’industrie de la défense. La carte de visite n’a pas été disruptée par Internet. Pour contrer les menaces de Google, les assureurs vont nous équiper, nous et nos maisons, de capteurs. Et nous surveiller de près. « Les assureurs sont occupés à se transformer en entreprises technologiques. »
La politique monétariste de la BCE fait s’envoler la bourse et s’effondrer l’euro. Les Américains commencent à souffrir. Les inégalités de salaire viendraient du nombre et de la taille grandissants des entreprises. 

Tremblez : le risque politique est de retour

The Economist est inquiet. « Le risque politique revient pour hanter les fêtes de Noël« . Et le mal a un visage : celui de Marine Le Pen. Grâce à The Economist, elle est en passe d’acquérir une stature mondiale. 
Pourquoi devrions-nous avoir peur ? A cause de changements géoéconomiques majeurs. Et lorsqu’il y a changement, il y a conséquence imprévue. Et dans notre situation, il faut craindre le pire. 
  • Le chômage disparaît rapidement aux USA (pour laisser la place à un travail de pauvres). Du coup le FED change de politique monétaire. Or, cette politique a produit une spéculation sur les actions. Demain, un crash boursier ? (En outre, les capitaux qui s’étaient investis dans les pays émergents reviennent aux USA, ce qui va faire passer un mauvais quart d’heure aux dits émergents – Mexique, par exemple.)
  • Les prix du pétrole sont en chute libre. Il devrait y avoir des gagnants et des (gros) perdants. parmi lesquels les impôts. 
  • Le système financier chinois vacille de plus en plus.
  • Mais le pire, c’est la Grèce. Les Grecs en ont ras le bol de l’austérité. S’ils ont l’occasion de voter Syriza, c’est le chaos. Cette fois-ci, la zone euro pourra-t-elle s’en sortir ?
Le risque politique est là. De Ukip, à Marine Le Pen, les partis extrémistes sont portés par la vague de mécontentement qui secoue les peuples européens. 

Pitoyable politique française ?

Étrange situation, quelque-chose comme deux alcooliques s’appuyant l’un sur l’autre : un Sarkozy, qui n’est plus que l’ombre de lui-même ; des Socialistes, dont c’est l’ennemi favori, qui retrouvent du goût à la vie. Et Marine Le Pen qui n’en revient pas de sa chance ! L’incompétence des partis de gouvernement est son fonds de commerce. Or, ce sont justement ceux qui représentent le ratage politique du pays et qui, en plus, sont maintenant rejetés par l’opinion, qui occupent à nouveau le premier plan !
Fascinante leçon de changement, et de la difficulté d’un système (politique dans ce cas) à se transformer ? 

Le changement comme élan

Dans un article sur les acquisitions d’entreprises, je disais qu’elles devaient être une réinvention, non l’attente d’une rente.

Ceci est vrai pour tous les changements. Pourquoi ? Parce que l’entreprise, et plus généralement n’importe quelle organisation, est sous une pression constante des éléments (clients, fournisseurs, actionnaires, employés… pour l’entreprise). Si le changement commence par l’immobiliser, elle va se contracter sous cette pression.

Le changement doit donc être un grand élan d’enthousiasme, qui non seulement va être une transformation mais aussi une contre-poussée.

À titre d’exemple :
  • Ce qu’il ne faut pas faire. Une entreprise achète une société aux USA. Immédiatement ses donneurs d’ordre réduisent leurs prix, et ses syndicats se mettent en grève. Simple histoire d’établir un rapport de force favorable. La faillite est quasi immédiate. Coût 100m$ (plus le poste de celui qui m’a raconté l’histoire).
  • Bonne pratique : la reprise de l’affaire familiale par Marine Le Pen.