Taxe Le Pen

L’Europe profiterait de l’incurie française pour signer un accord avec le Mercosur. Les Allemands en auraient désespérément besoin pour leur industrie, contrairement à nos agriculteurs.

Berlin has been desperate for a deal to give its manufacturers access to a new market. But France fears soybeans and steaks from the Pampas will now add the wrath of farmers to Macron’s list of urgent political woes.

Polotico.eu

Drôle d’affaire que ce vote de la censure du gouvernement. Comme en Allemagne dans les années 30, les extrêmes s’allient. La nouveauté : la gauche vote avec ceux que, hier encore, elle « diabolisait ».

A quoi cela rime-t-il ? Personne n’a apparemment rien de mieux à proposer. Y aura-t-il la « taxe Le Pen », comme il y a la « taxe carbone » ? Qui va payer l’addition ? Les pauvres et la « classe moyenne », comme en Grèce et ailleurs ? En particulier les électeurs de Mme Le Pen ?

Le pays est-il encore gouvernable ? A-t-il le choix entre un régime qui le ruine et l’anarchie ?

(Seule issue : un hypothétique renouvellement « par le bas », comme en 45, et en 58 ?)

Scénario grec

L’autre jour, la BBC disait que Mme Le Pen aurait peut-être intérêt à faire tomber le gouvernement avant que le procès dans lequel elle se trouve ne la rende inéligible.

Entre-temps, je me suis renseigné sur le scénario grec. J’avais oublié que cela avait été une crise financière. Des banques en difficultés, plus d’argent, des salaires de fonctionnaires et des retraites qui n’étaient plus payés…

D’après wikipedia les conséquences ont été effrayantes.

Selon une étude britannique, on constate depuis le début de la crise « des tendances très inquiétantes, un doublement des cas de suicides, une hausse des homicides, une augmentation de 50 % des infections au virus HIV et des gens qui nous disent que leur santé a empiré mais qu’ils ne peuvent plus consulter de médecins même s’ils devraient le faire ». Faute de moyens de subsistance, le recours à la prostitution est également en augmentation. Selon les chiffres compilés par le site Okeanews, de 2008 à 2014, la mortalité infantile a augmenté de 42,8 %, les suicides de 44 % et les dépressions de 272,7 %.

Les « plus modestes » auraient subi le gros du choc.

Selon un rapport de l’institut Hans Böckler, depuis le début de la crise les impôts ont augmenté de 337 % pour les plus pauvres contre seulement 9 % pour les plus riches, et les 10 % les plus pauvres ont perdu en moyenne 86 % de leurs revenus, contre 17 à 20 % pour les 30 % les plus riches.

5ème république, mal de la France ?

The USA, the UK and France, which have led the democratic world, are all suffering problems with their constitutions. But the problem is most acute in France, where President Macron has lost his parliamentary majority, and forced his pension reforms through by decree. But worse is to come; Macron can only serve as President until 2027 and will leave a vacuum at the heart of French politics when he steps down. And unlike Charles de Gaulle, he doesn’t seem likely to leave an enduring movement or an obvious successor. He hoovered up centrist support when he swept to power, and his main rivals now are either far-left or far-right. They both are populists, anti-NATO and pro-Putin. Edward Stourton explores if France is heading towards a constitutional crisis and asks what political turmoil in our nearest neighbour might mean.

Présentation de France : a constitutional crisis in the making (sans point d’interrogation). Une émission de BBC4.

Il est curieux d’entendre parler de son pays par des étrangers.

La France file un mauvais coton, pense la BBC. M.Macron pourrait suivre l’exemple de M.Obama et transmettre le pouvoir à Mme Le Pen. Le problème de la France vient de sa constitution qui permet de la gouverner sans faire grand cas de l’avis du peuple. A cela s’ajoute le fait que M.Macron a siphonné les voix de la droite et de la gauche modérées. Il n’y a plus que lui et les extrêmes. Or, la constitution de la 5ème République, parce qu’elle n’est pas démocratique, leur convient très bien et permet de gouverner en étant minoritaire. Quel serait, pour le monde, l’impact d’une France, qui demeure une grande puissance, d’extrême droite ?

Constitution dysfonctionnelle, mais problème complexe. L’émission disait que, faute d’un système de partis forts comme en Angleterre, un régime parlementaire, celui de la 3ème ou de la 4ème République, est instable.

La solution est peut-être, comme dans toutes les démocraties, entre les mains du peuple ? Tant qu’il se comportera de manière irresponsable, il sera ingouvernable ?

Prochain président

Comme d’habitude, je me suis trompé. Lorsque j’envisageais qui pourrait succéder à M.Macron, j’oubliais Edouard Philippe. Il serait en tête de tous les sondages.

Il y a aussi Bruno Le Maire, le seul ministre du gouvernement.

Je pense que Mme Borne ferait un bon candidat. Les victimes sont à la mode, et c’est une grande victime. C’est l’exécuteur des basses oeuvres du président, qui lui préférerait certainement quasiment n’importe qui d’autre, mais dont personne ne veut. Ce serait aussi la promesse d’un peu moins de testostérone, et de plus de discrétion dans nos relations internationales. Et peut-être d’un peu plus d’écoute de la population.

Paradoxalement, ce candidat pourrait espérer gouverner grâce à l’inexistant parti présidentiel, dont le principal actif est un groupe parlementaire de personnalités transparentes, dont la seule vertu est le nombre.

Dans cette équation, l’inconnue est ce dont ne parle pas la presse : la dégradation de la situation du Français. Ce sur quoi joue, avec patience et discrétion, Mme Le Pen.

Il y aura aussi le jeu politique. L’intérêt individuel s’oppose généralement à l’intérêt collectif, contrairement à ce que dit Adam Smith.

Et, il y aura l’assemblée nationale. Un éventuel président de la teinte de M.Macron pourrait avoir encore moins de députés que lui…

Front anti Bobo ?

Je participais à une réunion des membres d’une association que je trouve particulièrement dynamique. Ce que j’apprécie est qu’elle me semble très concrète, et obtenir des résultats « sur le terrain ».

Je la croyais sur la voie du succès. Mais ne me suis-je pas trompé ?

Ce qui m’a surpris dans ce que j’entendais des réactions que suscitait l’action de ses membres, était deux choses : à quel point le terme « Bobo » surgit rapidement pour censurer un argument, et à quel point le raisonnement conceptuel irrite.

Quelqu’un me disait l’autre jour qu’il était regrettable que Mme Le Pen se soit approprié « le bon sens ».

Je me suis demandé si le discours qui a « le haut du pavé » n’est pas celui d’une infime minorité, ayant un énorme pouvoir d’influence. Et si l’ombre ne cache pas un considérable mécontentement d’une très grande part de la société.

Extrême droite, toute ?

Italie, Suède, Finlande, Espagne, presque… après l’Europe de l’Est… l’extrême droite s’empare de l’Europe de l’Ouest ?

J’entendais une émission sur « the new elite » par la BBC, qui explique peut-être les causes du phénomène : un rejet des idées « socialement avancées » de ce que l’on a fini par appeler « l’élite ». On reproche à ces idées, à l’opposé de leurs prétentions à l’altruisme, de profiter magnifiquement à « l’élite », et de nuire gravement à la population.

La relative bonne performance démocratique de gouvernements honnis par la presse, tels que ceux de M.Erdogan ou de Mme Meloni, « dédiaboliserait-t-il » l’extrême ? Faut-il aussi voir dans ce rejet, épidermique ?, l’affection dont jouit M.Poutine dans certains milieux, en dépit de la gravité de ses exactions ?

Et chez nous ? Un journaliste qui a fait le tour des QG de campagne avant les élections présidentielles m’a dit avoir été surpris par la compétence du RN en matière de ruralité. Opinion d’autant plus inattendue qu’il n’est pas du tout de son bord. (Et que je ne lui demandais rien.)

M.Macron ne se représentant pas (et ayant une fâcheuse tendance à jouer avec le feu), et les partis politiques traditionnels donnant le spectacle de l’irresponsabilité, l’électeur va-t-il finir par installer Mme Le Pen au pouvoir ?

Présidentielles : rien ne va plus ?

Mme Le Pen pourrait être élue disent les sondages. Voilà qui est nouveau. Comment l’expliquer ? 

  • On lisait déjà il y a des années que la gauche ne voulait plus du vote utile. M.Macron ou Mme Le Pen, c’est la même chose. Seulement, il n’y a plus de gauche. 
  • Autre hypothèse. Récemment, j’observais que 50% de l’électorat votait « mécontent », d’après les sondages. Ils pourraient s’unir, et, s’ajouter à l’abstention de ce qui reste de la gauche, ou de la droite. 

Cela ressemble au phénomène qui a conduit au Brexit et à l’élection de M.Trump. Et il a une explication rationnelle, que cache la « théorie du complot » : les politiques de ces dernières décennies ont nuit à la majorité de la population. Boris Johnson, avec tout ce qu’on peut lui reprocher, a certainement trouvé le bon slogan : « leveling up » : « nivellement par le haut ». Il a à la fois tué les Brexiters et le vote travailliste.

Le coming out de M.Macron

Dans un précédent billet, je me demandais si le passage à droite de M.Macron n’était pas bon pour la droite. Il y a peut-être plus évident. Elle semble se casser la tête à se transformer, alors qu’elle a une solution évidente : lui. Elle se trouverait un chef, et lui pourrait remplacer son équipe d’amateurs par des professionnels de la politique.

Mais il n’en a peut être pas besoin. Madame Le Pen étant quasiment sûre d’être présente au second tour des présidentielles, il est quasiment sûr d’être l’autre sélectionné pour la finale.

Débat

Retard à l’allumage : un billet sur le débat présidentiel. (J’écris quand je le peux…)
Débat entendu sur France Info. Je n’ai pas tenu la distance. J’ai été suffoqué par la violence de Mme Le Pen. Sa « diabolisation » avait fini par la rendre sympathique. Elle ne pouvait pas ouvrir la bouche sans se faire agresser. En outre, elle semblait croire à ce qu’elle disait. Et c’est une femme, et notre société défend la veuve et l’orphelin. Mais là, je l’ai imaginée en présidente de la République, et j’ai pris peur. 
La société est devenue comme elle : chacun cherche uniquement à provoquer l’erreur de l’autre, pour en profiter. Il devient de plus en plus risqué de vouloir aider quelqu’un. Comment vivre dans un tel monde ?

(Quant à M.Macron, j’ai admiré les bénéfices d’avoir fait l’ENA. Il ne s’est pas laissé démonter. A sa place je n’aurais certainement pas tenu. En revanche, il n’y a pas eu le cri du coeur qui aurait peut-être frappé juste et mis KO son adversaire.)