La fabrique du barreur

Dans un précédent billet, je disais que Le Monde avait perdu son barreur. Qu’est-ce qui fait les bons barreurs ?

Je me demande si le barreur ne demande pas une longue construction. Beuve-Merry ou de Gaulle sont arrivés tard au pouvoir, par le plus grand des hasards d’ailleurs, après une dure vie de combat qui les a forgés. Par contraste, le journaliste ou l’homme politique a été fait par ses études. Il est porteur des valeurs du milieu qui l’a formé. Ce sont, au mieux, des idéologies, au pire des modes. En dehors de sa « volonté de puissance », il n’a pas de colonne vertébrale ?

La dérive du Monde

Je me souviens de mon père lisant religieusement Le Monde. J’étais frappé par sa technique remarquable pour découper sans ciseaux les articles qui l’intéressaient. Je ne sais d’ailleurs pas ce qu’il en faisait. Je doute qu’il les ait utilisés pour ses cours. Un moment, il m’envoyait les problèmes d’échecs et les bandes dessinées.

Petit-à-petit Le Monde l’a déçu. Je crois qu’à la fin de sa vie, il ne l’achetait plus. En revanche, il était devenu un grand lecteur du Canard enchaîné. (Dont je n’ai jamais pu supporter l’humour pesant!)

Il attribuait la dérive du Monde à 68. Je viens d’entendre un journaliste du Monde qui corroborait ses hypothèses : après-guerre, disait-il, le cours des choses était clair, progrès et reconstruction, à partir de 68, tout s’est brouillé. Il aurait fallu faire un travail de fond pour comprendre ce qui se passait et en tirer une nouvelle ligne directrice.

Il se trouve aussi, qu’en 69, le fondateur du Monde a pris sa retraite. Ayant perdu son barreur, Le Monde a navigué au hasard des vents qui soufflaient devant sa porte ?

(PS. J’ai aussi appris que le Monde avait été une invention de De Gaulle, qui était même à l’origine de son titre. Il voulait un journal qui représente la pensée de la France, plutôt que telle ou telle idéologie, ou nouvelles locales. Ayant mis à sa tête un incorruptible, il a récolté un journal d’opposition.)

Les origines du Monde

Le journal Le Monde est issu de la guerre. J’ai découvert que son fondateur, Hubert Beuve-Méry était une sorte d’autorité morale porteur d’une mission. (Emission de France culture.)

Les invités des Lundis de l’histoire (…) s’accordent sur la continuité entre ses premières expériences, comme Uriage, et son ambition pour Le Monde, « plate-forme d’une rénovation de la politique et des intelligences ».

En ces temps, Le Monde et Combat, de Camus, auraient été les seuls journaux reconnus pour leur qualité et leur rigueur intellectuelle.

L’après guerre semble avoir vu émerger des personnalités brillantes, intègres, dévouées à l’intérêt général. Elles n’ont pas fait école. Le naturel est revenu au galop.

Informer pour ne rien dire

« Stupide » contre « lâche » : le ton monte aux Etats-Unis entre Donald Trump et Joe Biden
Le tempétueux dirigeant républicain a convoqué lundi une conférence de presse surprise, alors que l’Amérique est à vif, moins de deux mois du scrutin du 3 novembre.

Voilà ce qu’écrivait Le Monde, hier, en première nouvelle. Vous êtes surpris ? L’insulte et le coup bas sont les rites électoraux américains, et même anglais. Les foucades de M.Trump sont sa marque de fabrique, quasiment depuis sa naissance. (Et il a passé sa vie à écrire sur lui-même !)

Une information ?

Le Monde ? La presse ? Encéphalogramme plat ?

Qu'est-ce qu'une fake news ?

Le Monde réagit : ce n’est pas vrai que l’Australie aurait connu des incendies pires que ceux d’aujourd’hui. C’est une fake news. Certes. Mais pourquoi Le Monde réagit-il ? Parce qu’il est un « activiste de la cause climatique » et ce type de « fausse » information (oui, les feux ont été plus étendus, mais les dégâts comptent moins) nuit à sa cause ?

Lorsqu’on lit attentivement l’article, on voit, d’ailleurs, que « selon les experts » (lesquels ?) le réchauffement climatique ne « cause » pas, il « aggrave ». Ce qui est extrêmement différent. D’autant que l’on peut se demander de « combien » il « aggrave ». Beaucoup ou presque rien ? A ce sujet, j’ai aussi lu que les zones entretenues par les aborigènes n’avaient pas pris feu, et que l’on ferait bien de s’en inspirer…

Le climat est, réchauffement ou non, soumis à des sautes d’humeur. Je ne suis pas sûr que la certitude, surtout quant à une cause, soit le propre du scientifique. Cela amène à se demander : pourquoi parle-t-on autant de ces incendies ? Pourquoi ces photographies émouvantes de koalas et de kangourous ? Et si, pour notre bien, certaines personnes utilisaient des événements qui frappent les esprits pour nous convaincre de leurs thèses ? Et si c’était cela la cause des fake news, et des contre fake news ? Celui qui vit de fake news… ?

Et si, au lieu de jouer les activistes, Le Monde se préoccupait de rigueur intellectuelle ? Cela n’augmenterait-il pas ses ventes ?

(Hervé Kabla, rappelle que ce procédé est un rien criminel : parler exclusivement de réchauffement climatique fait oublier des gestes qui pourraient sauver des vies, et la nature.)

Désinformation

Pour venger l’incendie de Notre Dame, un retraité tente de mettre le feu à une mosquée…

Le Monde dénonce l’extrême droite. Le Monde affirme, je me demande s’il ne devrait pas s’interroger :

Comment se fait-il que l’on puisse croire de tels bobards ? Et les croire suffisamment pour bousiller sa vie en se transformant en criminel ? Comment se fait-il, justement, qu’une grande partie de la population ne lise plus les journaux, mais préfère écouter des rumeurs stupides ?

Petit Monde

Dans mon enfance, mon père lisait religieusement Le Monde. Je me souviens qu’il en découpait souvent des articles. Puis il ne l’a plus acheté.

Je suis abonné à ses titres, mais ils ne me donnent pas envie de lire ses articles. Pourquoi ? D’abord parce qu’ils ne m’apprennent rien. Ce sont les nouvelles d’hier. Ensuite, parce qu’ils me semblent écrits pour un « microcosme », les quelques quartiers parisiens dont sont issus ses journalistes. Ce qui intéresse ce petit monde ne me concerne pas.

Le Monde de mon père devait occuper une fonction sociale, globale, universelle : une sorte de laboratoire d’idées.

Les changements du Monde

Je me souviens d’un temps où mon père découpait les articles du Monde. Puis il ne l’a plus acheté.

Aujourd’hui, je reçois les titres du Monde. Aucun intérêt. Le Monde me fait penser à un France Culture qui voudrait ressembler à Europe 1.

Je pense qu’un autre positionnement est possible, et rémunérateur. Celui qu’avait le journal après guerre.

Un président normal est-il un homme normal ?

Depuis quelques-temps Le Monde s’inquiète de la « normalité » de M.Hollande. Effectivement, elle ne paraît pas du tout normale, mais un contrecoup de la présidence Sarkozy.

Tous les deux semblent vouloir être aimés, l’un pour sa magnificence, l’autre pour son dépouillement de missionnaire. L’un veut être un surhomme, l’autre un homme ordinaire. Et nous que voulons-nous ? Un président normal. Quelqu’un qui tienne un rôle de président. Il sera jugé sur ses résultats, et pas sur sa personnalité. Elle n’intéresse que les historiens.
Compléments :

Monsieur Sarkozy devient sympathique

M.Hollande avait annoncé le changement. Il en aurait effectivement réussi un, à effet immédiat. Le Monde annonce : La sortie réussie de Nicolas Sarkozy

Le président de la République qui avait raté son entrée, a réussi sa sortie comme aucun de ses prédécesseurs, réussissant brusquement à se rendre aimable et à la hauteur de la fonction.

« il est encore plus grand mort que vivant » ? Aucune perfidie ne sera épargnée au pauvre M.Sarkozy ?