Qu'est-ce qu'un dictionnaire ?

Un dictionnaire doit-il contenir « woke » et « ielle » (qui veut dire, si je comprends bien, il ou elle) ? Débat entre Alain Finkielkraut et des rédacteurs du Larousse et du Robert. 

Le premier pense non, les seconds oui, si cela est employé. La question sous-jacente était : n’y aurait-il pas un brin de militantisme dans le choix des mots ? Une tentative de manipulation des esprits ? 

Dans mon enfance, certains masculins avaient un sens neutre. Homme, par exemple, voulait dire mâle et femelle, d’où « droits de l’homme ». Des féminins pouvaient aussi s’appliquer à des mâles : « sa majesté » (exemple d’A.Finkielkraut, qui cite un texte d’époque, qui parle de Louis XIV au féminin). 

Du coup, on peut se demander si la théorie du genre ne cherche pas à introduire un rapport de domination, là où il n’existait pas. 

Faut-il changer la langue, ou l’enseigner ? Je me demande si ce n’était pas le fond du débat. 

Petite France

Dans ma jeunesse, on disait que le français était une des langues les plus parlées dans le monde. Raté.

L’anglais, l’espagnol et le portugais ont gagné. Le français a perdu. La langue victorieuse a implanté sa population dans les terres colonisées. Il est devenu intéressant de la parler, y compris pour d’autres anciennes colonies, qui, elles, n’étaient pas peuplées par l’ethnie colonisatrice (comme l’Inde). En dehors de la France, de la Suisse, de la Belgique et du Québec, le Français est une langue coloniale. 

Alors, oublions complexes de supériorité et laissons nos anciennes colonies vivre leur vie et pratiquer l’anglais, et devenons des Suédois comme les autres ?

(Ce qui ne signifie pas abandonner la culture française. J’assistais à une conférence sur la Turquie, qui disait que le Turc était homme de « réseau », et qu’il existait le réseau des Turcs francophones. De modestes réseaux de diffusion de la culture française, le jour où elle sera remise sur pieds, pourraient avoir du succès. Mais, pour qu’ils réussissent, il faudrait que notre culture retrouve sa séduction d’antan.)

Le sens des mots

« Des nurses à voiles bleus roulaient dans des voitures vernies des bébés en dentelles ». Citation de J. Chardonne trouvée dans le Robert. 

Que signifie cette phrase ? Rouler, pour commencer. C’est un sens du verbe que l’on n’utilise plus. Voiture, veut dire landau. Est-ce suffisant de savoir qu’ils sont vernis ? Comment les nurses portent-elles leurs voiles ? Et les bébés leurs dentelles ? 

Comme quoi le sens des mots passe avec leur contexte ?

L'âge du cuistre

Scott Fitzgerald avait appelé son époque « Jazz age ». La nôtre ne serait-elle pas l’âge du cuistre ?

« Genré », « travailleur du sexe », « dictionnaire amoureux », « pages arrachées », « regards croisés », « sous les doigts de » (pour parler d’un pianiste)…

Je pense que les « à très vite », « belle année », « chef étoilé » appartiennent à une autre catégorie. La première liste est produite par la classe des intellectuels patentés, la seconde par celle de ceux qui veulent passer pour tels ?

La France s’est enorgueillie de ses hommes de lettres. Etrangement, elle semble avoir formé une élite inculte.

Art de l'écriture

Conséquence inattendue de m’être mis à écrire des livres : il a fallu que j’apprenne à écrire.

Je ne sais toujours pas écrire. Mais j’ai compris que l’on ne me comprenait pas. Il m’a fallu beaucoup de temps pour cela.

Qu’est-ce qui bloque ? En premier ce qui nous est enseigné à l’école. On nous dit d’être léger et elliptique. En particulier, de ne pas répéter un mot. Voilà qui ne passe pas. Le lecteur moderne a besoin de phrases courtes et les plus explicites, et répétitives, possibles. Toute la littérature classique, que l’on nous donne en modèle, est incompréhensible.

Un problème peut-être encore plus sérieux est celui de « l’autorité ». On m’a enseigné que les savants, les philosophes, les artistes… avaient une « autorité ». Non seulement leur parole valait démonstration, mais on était supposé les connaître. Il suffisait donc de les citer, sans aller plus loin, de crainte d’être impoli. En fait, aujourd’hui, la seule autorité qui tienne est celle du lecteur. Il se méfie de toute parole d’autorité, qui ne soit pas la sienne. (Car la parole d’autorité a été utilisée pour le manipuler ?) Il se méfie aussi des sous-entendus et des propos un peu négatifs. De peur que ce ne soit une critique voilée ? Tout ce qu’il ne comprend pas est une menace ?

On en arrive donc à la littérature journalistique anglo-saxonne. Il faut un texte aussi simple que possible, qui accroche le lecteur par ce qui l’intéresse, et qui fasse cheminer sa réflexion sans lui demander trop d’effort, mais sans profiter de son manque d’entraînement intellectuel pour lui faire avaler une couleuvre, ou, plutôt, en se méfiant de ce que ce manque d’entraînement peut lui faire croire à tort qu’on lui a fait avaler une couleuvre.

Chemin faisant, j’ai fait une découverte. Quasiment rien ne motive nos contemporains. Ils se plaignent, certes. Mais c’est uniquement pour alimenter une conversation entre amis. Au fond, nous sommes heureux.

état et Etat

Victor Hugo écrivait « Etat », « état ». Comme quoi la règle des majuscules n’est peut-être pas aussi ancienne qu’on pourrait le penser.

Je n’ai pas trouvé à quel moment la règle actuelle s’est imposée. En revanche en regardant la dixième édition du Grevisse, j’ai compris que j’ignorais tout du bon usage de la majuscule. Par exemple, les points cardinaux employés « absolument » doivent avoir une majuscule. Les pays du Nord. Mais on dit nord, lorsqu’il s’agit de la direction.

Ce qui semble bien compliqué, et un rien inutile. A croire que notre langue a été fabriquée. Et qu’elle était réservée à des gens qui avaient du temps à perdre.

Papa et maman sont universels

Pourquoi tous les bébés du monde appellent-ils leurs parents papa et maman, ou quelque son approchant ? 
Apparemment parce que le premier bruit qu’émet l’enfant est aaaaa, et lorsqu’il parvient à fermer le bec, cela devient maaamaaa. Du coup l’être humain qui se trouve à proximité estime qu’on l’a désigné par ce terme. Puis le son se complexifie et devient paaapaaa. Le deuxième être de proximité s’attribue ce nom. Mais les choses se corsent, ensuite. Du fait d’associations d’idées différentes liées à des circonstances différentes, les langues s’éloignent les unes autres. 
L’article dans lequel j’ai trouvé cette théorie.

Quelle langue apprendre ?

Contrairement à M.Cameron, je ne pense pas qu’il faille apprendre le Mandarin. Ni l’Anglais. Pour des raisons différentes. Je m’adresse aux jeunes.
  • L’Anglais est une obligation. Il ne se parle pas, il se massacre. Etudier Shakespeare est une bêtise. L’Anglais s’apprend dans les affaires. Pour le reste, aucun intérêt. Le seul endroit du monde anglo-saxon où il y ait un peu de culture est l’Angleterre, et l’Angleterre disparaît.
  • Quant à la Chine, comme une partie de l’Asie, elle semble devoir se refermer sur elle-même, une fois qu’elle aura rattrapé son retard sur l’Occident. Je n’y vois ni l’émergence d’une culture admirable, ni un endroit très favorable à une carrière.
Comme ces deux exemples le montrent, je crois aux niches, et je pense qu’apprendre une langue va de pair avec l’amour de sa culture. Et que la force d’un pays est liée, justement, à celle de sa culture. Décider d’apprendre une langue, c’est parier sur la dynamique d’une culture, et vouloir l’aimer. Alors, quelles cultures pourraient-elles connaître un renouveau ?

Je ne crois pas au pays du nord de l’Europe. Petits et mesquins. Effroyables bonnets de nuits. L’Allemagne est un cas à part. Elle est vieillissante, mais a un gros savoir faire. Elle a besoin de jeunes qui aiment une culture qui a beaucoup de mérites. La Russie ? La pauvre ! Après le communisme, un dégel ultralibéral. Nettoyage au lance-flamme. Un siècle de terre brûlée. Mais le russe semble parlé par de nombreuses communautés, dynamiques et entreprenantes. Mais elles parlent aussi d’autres langues…  Je parierais sur un renouveau du sud de l’Europe, en particulier de l’Italie, et de l’Amérique du sud. C’est désorganisé mais sympathique, et ça ne se prend pas trop au sérieux. J’ai du mal à voir quoi que ce soit de séduisant en Asie. J’ai aussi du mal à voir le potentiel du Moyen orient. Où distinguer quelque-chose qui ressemble à un foyer culturel ? Faut-il croire en l’Afrique ? Peut-être. Il semble que, pour une fois, le continent pourrait connaître un développement qui ne soit pas une exploitation. Mais, pour y participer, il ne faudra pas maîtriser telle ou telle langue, l’Anglais et le Français étant suffisants, mais plutôt y vivre. A y bien regarder, j’ai envie de parier sur ceux qui, aujourd’hui, sont les vaincus de l’histoire, mais n’ont pas renoncé à leur honneur. Ce qui ne tue pas renforce.

Et les USA ? Je crois qu’ils demeureront toujours les USA. Un lieu hospitalier pour ceux qui disposent de deux formes de richesse. Soit un savoir unique, un talent, soit une capacité hors du commun à faire le « sale boulot ». Ils leur offriront une capacité à s’épanouir.

Et la France ? Depuis quelques décennies, elle a le chic de l’abjection médiocre. Elle prend à l’Allemagne ou aux Anglo-saxons ce qu’ils ont de plus moche. Elle pense ainsi faire croire qu’elle est allemande ou anglo-saxonne. Exploitée, elle se donne une image d’exploiteur. Leçon de 45 ? Par quoi passerait son salut ? Peut-être par une flambée théorique, qui l’élève au dessus des bassesses dans lesquelles elle se noie. L’émergence d’une nouvelle utopie, dont nous serions les missionnaires ?

Apprenez les langues ?

M.Cameron incite les Anglais à étudier le chinois et pas le français. The Economist, article après article, montre une globalisation qui change. Les pays ne cèdent pas à l’autarcie, mais ils se replient sur eux-mêmes et instrumentalisent les échanges internationaux.
Tout ceci va probablement dans une même direction. Les pays forts ont avantage à garder une langue qui leur est propre. C’est une barrière à l’accès à leur savoir et à leur marché. Je suis frappé, par exemple, à quel point c’est le cas pour l’Allemagne. C’est un pays beaucoup moins polyglotte qu’on ne le croit. D’ailleurs toutes les entreprises qui ont de gros marchés allemands ont des dirigeants bilingues. Je le constate régulièrement.

Alors, apprenons les langues étrangères et défendons le français, en ayant des idées (billet précédent) ?

Le secret de la prospérité : parler anglais

Mieux un pays parle anglais, mieux son économie se porte. Parlons anglais, donc.

J’ai déjà noté ce phénomène, il y a longtemps. L’Insead possède une base de données des résultats de ses étudiants aux tests d’admission. Elle sert aux exercices de statistique. En jouant avec, je me suis rendu compte qu’il y avait une corrélation forte entre les test de QI (ou équivalent) et la nationalité. Etre anglo-saxon était une garantie d’intelligence.

Plusieurs explications possibles. La maîtrise de la langue peut entrer en jeu. Plus subtilement, ces tests peuvent avoir un biais culturel. D’où un question. Les spécialistes de stratégie disent qu’il faut changer l’avenir à son avantage. Et si une bonne stratégie nationale était de ne pas parler anglais ? C’est à dire de chercher un terrain concurrentiel sur lequel sa culture soit un avantage ?