Faquin !

Désaccord entre France Culture, le Robert et le CNRTL. Pour les deux derniers, faquin viendrait du néerlandais fac (espace clos, compartiment) ou fak (poche). Pour le premier, qui interviewait un spécialiste italien, il aurait une origine arabe, « el faquino » (mon orthographe). Il serait passé au vénitien, comme beaucoup d’autres mots arabes. C’était d’ailleurs le sujet de l’émission.

El faquino était un docteur. Tout le monde ayant voulu être docteur, le sens du mot a connu une dérive. Il s’est mis à signifier porte-faix. Le français serait allé encore plus loin.

J’aimerais que l’Italien ait raison ! En effet, on a là un phénomène si fréquent : dès que quoi que ce soit semble avoir du prestige, tout le monde veut en être, si bien qu’il perd toute valeur, et qu’il n’y a plus que des faquins ! Voilà qui devrait être enseigné à l’école.

Couleur oeillet

Curieuse histoire que celle des mots. Originellement, la rose n’était pas rose. Et le mot « rose » ne correspondait pas à une couleur. Ce que nous appelons « rose » était qualifié « d’incarnat ». Puis la rose est devenue rose, et son nom est devenu une couleur.

Un phénomène identique serait survenu en Angleterre. Mais il aurait concerné l’oeillet. Si bien que « rose » se traduit par « pink », oeillet.

Voilà ce que disait Concordance des temps de France culture, la semaine dernière.

Emergence du langage

Surprenant. Le langage apparaîtrait en deux générations.

Que ce soit l’animal ou l’homme, il a naturellement la capacité à « s’exprimer ». Il fait des gestes, émet des sons, etc. Mais c’est incohérent. Seulement, si vous exposez des jeunes à cette incohérence, ils finissent par la structurer. Il en résulte un langage ! (Et, apparemment, tous les langages ont plus ou moins les mêmes structures.)

On tire ces conclusions de l’étude d’oiseaux et de sourds-muets remis en société après une phase d’isolement due à un régime totalitaire.

Une autre émission de Nature bang, de la BBC.

Une fois de plus, j’ai pensé que le simplisme de la société de mon enfance et de l’enseignement que j’ai reçu est criminel.

Langue et innovation

La vie est faite de coups de génie. J’en ai eu un lorsque, pour vérifier les mots du scrabble, je suis passé de mon vieux dictionnaire, à Internet.

Ma vie a changé : ex (mon « ex »), fac, exo, mayo (mayonnaise), homo, pédé, trek, web (qui m’a sauvé, alors que je trouvais le w dans mon dernier tirage)…

LGBTQ pour la prochaine édition ?

Comme le PIB, le score du scrabble mesure l’innovation langagière ?

L’évolution d’un dictionnaire a-t-elle beaucoup à dire sur celle de la société ?

L'âge du néologisme

Romain Gary s’est longtemps cherché un nom d’homme célèbre. Ne réussissant pas, il s’est demandé s’il ne serait pas contraint de faire une oeuvre. (C’est ce qu’il écrit dans La promesse de l’aube.)

J’ai l’impression que ce qui caractérise l’époque passée a été la croyance dans le mot. Orange, Engie, Thalès, Noos… Les programmes politiques, eux aussi, n’ont été que des mots. Les fabricants de mots ont fait carrière. Mais le mot n’est que du vent.

« Mais qu’est-ce que parler en homme ? Ce n’est jamais inventer de nouveaux noms, c’est toujours mieux entendre les anciens noms » dit Alain. Le programme d’un nouvel âge ?

Qu'est-ce que l'argot ?

Il n’y a pas un argot, mais des argots. Et l’argot évolue très vite. Ses mots disparaissent ou passent dans le langage courant (« se planter », « aller au charbon » furent des mots d’argot).

La fonction de l’argot est d’être une marque d’appartenance à une communauté fière d’elle-même (par exemple, un temps, celle des bouchers, ou, de tous temps, celle des polytechniciens).

De ce fait, il y a ceux qui veulent faire croire qu’ils appartiennent à la communauté, en utilisant ses mots d’argot, mais improprement, comme Sartre et autres normaliens, et ceux qui, sans lui appartenir, la respectent suffisamment pour vouloir la comprendre, comme les policiers qui semblent avoir été les premiers à écrire des dictionnaires d’argot.

Voilà ce que je retiens d’une émission un peu ancienne.

Le sens des mots

J’ai retenu une leçon du temps où je faisais des études de marché. Les mots n’ont aucun sens. Ou, plutôt, ils ont le sens, imprévisible, que leur donne la « foule ».

Il n’y a probablement que certaines personnes qui croient que les dictionnaires définissent les mots. En réalité le sens du mot résulte d’une association. Et cette association dépend des circonstances. Par exemple, dans une étude, j’ai découvert que le mot « vendeur » était entendu comme « voleur ».

Il y a aussi des sortes d’incompatibilité. Par exemple, un organisme financier voulait associer des assurances à ses prêts. Ce qui ne suscitait aucune intention d’achat, car le marché estimait incompatibles les mots « banque » et « assurance ». En revanche, une fois que le produit a été baptisé « prêt coup dur », le marché a estimé que c’était ce qu’il lui fallait et que l’organisme financier avait la légitimité de proposer un tel prêt.

Un autre exemple : changement, le thème de ce blog. Je ne sais pas ce qui est entendu par « changement ». Il semble que, pour beaucoup de gens, changement soit associé à « suicide » (cf. France Télécom). Mais il est aussi possible, au moins à une époque, que changement ait signifié, pour d’autres, « grand soir » : tout ce dont nous avons toujours rêvé va survenir. Le changement c’est maintenant.

Finalement, cela produit des dialogues de sourds. Par exemple lorsque le changement « grand soir » rencontre le changement « suicide ».

(Pour moi, changement n’est pas un résultat, mais un phénomène physique, qui se décrit, afin de trouver les moyens d’en faire ce qui nous est favorable.)

Obnubilé

Etre obnubilé par une idée. Je pensais que cela signifiait avoir une idée fixe. En fait, il faut entendre « avoir l’esprit faussé ». L’idée nous égare. Elle est une (brève) folie. Le sens originel est « couvert de nuages ». A Paris, le ciel est obnubilé ?

Mon erreur explique peut-être comment les mots changent de sens. On ne les apprend pas dans le dictionnaire, mais on déduit ce qu’ils veulent dire des phrases dans lesquelles ils sont inclus. D’ailleurs, on ne peut pas non plus les apprendre dans le dictionnaire. Leur emploi correct est une question de pratique, de « bon usage », comme disait Grevisse. Le ciel de Paris y a perdu un qualificatif.

Incompréhension

J’ai remarqué qu’il m’arrivait de ne pas être compris. Mais, lorsque je cherche à comprendre ce qui n’est pas compris, je découvre que mon interlocuteur pense comme moi ! Que se passe-t-il ? 
  1. Je parle de mon expérience. Je pense donc être en position « d’autorité ». Ce que je ne vois pas est que certains termes que j’emploie ne sont pas compris. Et que cela fait que mon audience peut se sentir, faute de meilleur mot, agressée. Mon erreur vient de ce que ces termes étaient dans le vocabulaire (technique) commun, il y a quelques années. J’aurais trouvé insultant pour mes interlocuteurs de les expliquer.
  2. Il y a une forte volatilité du sens des mots. Je l’avais noté lorsque je faisais des études de marché. Le phénomène n’a fait que s’amplifier. La question du « fact checking » pourrait être liée à ce problème.
Morale 1 ? Il est important de partir, avec son auditoire, de bases communes de langage. Par exemple, en démarrant sur une anecdote de la vie quotidienne. Morale 2 ? On ne peut pas avoir raison contre son temps. 
(Exercice difficile pour un blog, qui doit écrire court, et éviter les répétions, qui lasseraient les lecteurs assidus…)