Ténèbres

Un des livres cités par ce blog parle des USA comme « reluctant crusaders ».

Les USA se voient comme des « croisés ». Mais dès que la croisade tourne mal, ils se replient sur leurs terres.

C’est cet instinct que Trump semble avoir libéré. Vance, par exemple, c’est le retour des sorcières de Salem. C’est un rappel que le puritanisme anglo-saxon est plus effrayant, car plus froid, systématique et intellectuellement consternant, que l’inquisition catholique, qui conserve toujours quelque-chose de l’irrationalité latine.

On ne s’en rend pas compte, mais la France est en première ligne de l’affrontement. C’est l’expression même de sa culture à laquelle les USA s’en prennent. Celle dont le maître mot est « laïcité ». Car ce qui l’a caractérisée jusqu’à récemment a été la pensée des Lumières et de la raison, et, en conséquence, son combat contre l’obscurantisme dont les USA demeurent probablement le meilleur représentant, loin devant les Jihadistes. Paradoxalement, la Chine communiste et l’URSS ont été bâties sur le modèle français.

Mais les paradoxes ne s’arrêtent pas là. Ce qu’attaque Trump est le résultat d’une autre idéologie, qui, elle, est parvenue à conquérir le pays, du moins ses élites.

US tells French companies to comply with Donald Trump’s anti-diversity order
Move signals push by the American president to widen his ideological campaign abroad

Financial Times, 28 mars

Manif de Notre Dame

La Manif pour tous est inacceptable. Elle met en cause une mesure démocratiquement adoptée. Voilà ce que disait, en substance, une invitée de France Culture. Mais, cela n’est-il pas encore plus vrai pour Notre Dame des Landes ? D’autant qu’il y a eu référendum local, l’expression ultime de la volonté populaire, de la « démocratie ».

L’émission portait sur la laïcité. Cela me semble dire que la laïcité doit traiter de bien plus que de la religion. La question qu’elle pose, probablement, est celle des « communautés » dans une société démocratique. 

Charlie et la laïcité

Il y a quelques temps The Guardian accusait Charlie Hebdo de racisme. Charlie estime que les malheurs du pays viennent de la faiblesse d’un État qui a laissé émerger des religions qui le détruisent. En lisant l’article, trois idées me sont venues en tête :
  • Et si l’essence de Charlie était la laïcité ? Laïcité au sens de Voltaire. Une lutte contre la religion vue comme obscurantisme (l’opposé de « Lumières »). Cela étant démontré par la raison : analysés froidement, les mythes qui sous-tendent une religion ne sont pas défendables. Cette lutte contre la religion tient peut être aussi au fait que la France a, depuis toujours, été déchirée par des guerres de religion. La laïcité comme synonyme de paix ?
  • Et si The Guardian utilisait le procédé qu’il reproche à Charlie ? Il s’en prend à la culture française sans la comprendre, au nom d’une idéologie, totalitaire comme toute idéologie : l’universalisme de la culture anglo-saxonne. 
  • Dans le modèle des Lumières il y a plus important, peut-être, que la lutte contre l’obscurantisme. Il y a le passage d’un modèle assis sur la primauté de la naissance au modèle de la primauté du talent. De là vient l’ascenseur social. Quand la France ne permet plus à l’individu d’espérer, quand la naissance détermine à nouveau le cours de la vie, comme en Angleterre, la laïcité devient racisme ?

Histoire de la laïcité en France

Livre de Jean Baubérot, Que sais-je ?, 2013.
La France ne me semble pas sortir grandie de ce livre. Elle me paraît même donner une image très inquiétante d’elle-même. Curieusement, la laïcité « doit permettre un vivre ensemble pacifié », alors qu’elle va être l’objet de conflits permanents. Ce qui différencie étrangement notre pays d’autres nations. Car la laïcité n’est pas propre à la France. Mais ailleurs elle n’a pas fait autant de bruit.
Son histoire est celle de l’affrontement de deux minorités hystériques, sœurs ennemies totalitaires ?, les « deux France ». Mais aussi d’une grande hypocrisie. En effet, ses principes ne s’appliquent pas aux colonies. Tous s’accordent pour trouver la religion bien pratique pour exploiter les « sujets » de la République.
Le conflit semblait finalement s’apaiser. Mais 68 le ranime. De manière inattendue la laïcité que l’on croyait installée, va être défaite. La gauche accuse l’école de reproduire les inégalités sociales. Mais ses méthodes pédagogiques provoquent une révolte de la droite, qui met en cause la qualité de l’école publique. L’école privée, subventionnée, fait un retour triomphal. 
Attaquée par l’individualisme et par la globalisation, décontenancée par l’Islam, la définition moderne de la laïcité semble avant tout le réflexe d’une société réactionnaire qui a perdu tous ses repères. 

Laïcité et guerres de religion

Nouvel article sur la laïcité. Tous les intellectuels pensent-ils la même chose ? 1) la France est multiculturelle ; en interdisant les signes religieux ont favorise la révolte ; 2) le gouvernement a tort de suivre la voix de la majorité (mise en cause du principe démocratique ?).
Le modèle laïc faisant l’objet d’une attaque croisée des Anglo-saxons, qui n’ont jamais pu le supporter, et de notre intelligentsia, devient de plus en plus difficile à défendre. 
Mais certains signes religieux ne sont-ils pas une provocation ? Un millier de Français mène le djihad et au moins soixante d’entre eux sont morts au combat. Deux autres ont commis récemment des atrocités sur notre territoire. Jouer ainsi sa vie demande beaucoup de courage. Ce qui signifie qu’au moins une partie de la communauté musulmane, pas uniquement celle qui est assez déterminée pour partir, éprouve de la haine pour le système français actuel. Et que cette haine ne peut que susciter une haine en retour. Or, c’est, probablement, pour éviter les guerres de religion que la laïcité a été inventée : laissons nos opinions à la porte de l’espace public, et nous n’aurons plus à en venir aux mains ?
Conclusions :
  • Il faut attaquer la réelle cause du malaise actuel : le fait que notre système ne fournisse plus un sens à notre vie. Notre société a pris la mauvaise habitude de considérer une partie de ses ressortissants, immigrés ou non, comme des sous-hommes. Ce qu’ils ne peuvent pas accepter. 
  • Si la laïcité telle qu’elle est appliquée participe à cet écrasement de l’homme, il faut la réparer. Mais pas la liquider. 

(En Angleterre aussi, les « communautés » semblent avoir peur les unes des autres.)

    Et si l'on réinventait le projet républicain, sans ses ridicules ?

    Qui n’a jamais éprouvé à l’école le sentiment étrange d’être écrasé par l’ordre et la culture scolaires « universels », et d’être, au même moment, protégé et comme libéré par cet ordre et cette culture ? En tenant à distance les mondes sociaux et les mondes scolaires, la laïcité à la française nie les individus tels qu’ils sont dans leurs racines et leur singularité, tout en leur ouvrant, par cet écart même, un espace de liberté nouveau et d’autres processus de subjectivation. (Extrait de : François Dubet, « La laïcité et son autre », La Vie des idées, 12 février 2015. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-laicite-et-son-autre.html)

    La laïcité est soudainement devenue l’objet de tous les débats. Certains semblent y voir une solution aux problèmes de notre société. Mais je me demande si, aussi, sournoisement, elle n’est pas attaquée comme totalitaire, et, pire, ringarde. En lisant la phrase ci-dessus, j’ai eu les idées suivantes : 
    La laïcité n’est qu’un élément d’un projet plus grand, qui est peut-être celui des Lumières et de la France républicaine. C’était l’idée de la libération de l’homme par le progrès de la raison, et du rôle de la France comme pionnier de ce combat contre la coutume vecteur d’aliénation. 
    Ce projet a été tourné en dérision. Mais rien ne l’a remplacé. Et surtout, rien qui fonctionne. En particulier, l’idée que semblent agiter certains que la France serait multiculturelle est proprement ridicule. Car ce « multiculturalisme » ne correspond à rien d’ancien : je l’ai vu émerger de mon vivant. Je l’interprète comme un réflexe d’autodéfense : plus rien ne fonctionnant, il a fallu se protéger avec les moyens du bord. Donc recréer des communautés avec ce que l’on pouvait trouver de plus évidemment commun dans le peu de bagages qu’il nous restait. 
    Mais ce projet a fonctionné, avec tous ses ridicules. Pourquoi ne pas le remettre en marche ? Mais en le débarrassant des dits ridicules : nous ne prétendrons pas qu’il est universel, que c’est le bien. Nous nous contenterons d’affirmer que c’est un modèle qui, lorsqu’il marche correctement, nous convient. Peut-être aussi faut-il penser en termes d’écosystème de cultures, et dire que la nôtre, si elle ne cherche pas à coloniser les autres, a peut-être quelque-chose d’original à leur apporter ?

    (D’où viennent les ridicules du projet républicain ? Il me semble que contrairement à ce que l’on a cru, il n’était pas scientifique, mais religieux. Il fallait avoir la foi du charbonnier pour ne pas apercevoir ses contradictions. Mais il faut probablement aussi la plus grande mauvaise foi pour ne pas apercevoir ses bénéfices. Ce qui est probablement vrai pour toutes les religions.)

    La Grèce fait souffler le vent du renouveau ?

    M.Renzi et le gouvernement grec annonceraient-ils le renouveau de l’Europe ? Le premier ministre et le ministre des finances grecs font le tour des capitales du continent. Leur style, détendu et créatif, a quelque chose de rafraîchissant (après celui, mesquin et constipé, des politiques traditionnels). Ils apportent des idées neuves, pas idiotes. Ils ont redonné de la fierté à la Grèce. Et les Espagnols rêvent de les imiter. L’Europe du Sud, tout en prétendant suivre la ligne Merkel, caresse l’espoir qu’ils soient l’hirondelle qui dégèle la rigueur. Quant à la BCE, certes elle tient la Grèce entre ses mains, mais sans légitimité démocratique peut-on éjecter une démocratie de la zone euro ? M.Renzi s’est attelé à des travaux d’Hercule : rationaliser la démocratie italienne. Il vient de réussir un exploit : faire élire son président.
    A l’opposé, l’Allemagne donne une désagréable image de repli sur soi. Droite et gauche s’unissent dans le refus. Euro, immigrants et surtout, cela pourrait surprendre, Amérique. En France, la laïcité est en question. Et si elle avait été instrumentalisée en outil de domination ?
    Délicate Ukraine. L’armée ukrainienne n’a aucune chance face à la russe. Peut-on l’armer sans déclencher une dangereuse escalade ? L’Allemagne et B.Obama pensent non, le nouveau ministre de la défense et les Républicains américains, oui.
    Le fermier anglais, jadis le plus productif au monde, est maintenant en queue de peloton. Parmi les causes de ce retard, il semble qu’il y ait surtout le désengagement de l’Etat (Mme Thatcher ?). « Les instituts de recherche publique britanniques ont été liquidés dans les années 80. » Et la terre est devenue un « hot market » pour spéculateur.
    Le Japon ne parvient ni à reconstruire une vie pour les victimes du tsunami et de l’accident nucléaire, ni à démanteler la centrale nucléaire de Fukushima. Ce n’est pas une question d’argent, mais de dysfonctionnement du système. Goulots d’étranglement. (Corruption ?… Au passage, je note ce que coûte un accident nucléaire : « 71.000 réfugiés nucléaires », plus démantèlement et nettoyage : peut-être plus de 400md€, sur une quarantaine d’années !)
    En brûlant un pilote jordanien, l’Etat Islamique a fait une erreur de relations publiques. Il recule en Iraq, mais l’Etat de non droit syrien pourrait lui fournir un asile durable. D’autant que les candidats au djihad continuent à affluer.
    M.Netanyahou joue des puissantes amitiés que compte Israël aux USA pour ennuyer M.Obama. Ce n’est probablement pas judicieux.
    La pollution en Indeest effrayante. Elle ferait 1,6m de morts par an. En cause une croissance propulsée par une technologie d’un autre temps. Voitures (pourtant seulement 5% de la population est équipée) et usines. Il va falloir moderniser et penser transports en commun… En termes de pollution, ça ne va pas fort, non plus, en Chine. Mais on y a pris des mesures, à la Chinoise : la situation doit s’améliorer radicalement, quitte à sacrifier l’emploi et la croissance.
    Le numérique n’a pas encore disrupté la traduction, mais pourrait bien disrupter le traducteur. Façon Uber. L’Amérique devient le plus gros exportateur mondial de pétrole. C’est bon pour ses affaires, et mauvais pour celles de ses adversaires.
    Economie mondiale : l’enlisement ? Les Etats continuent à accumuler des dettes à grande vitesse. Pourquoi ? Pas de croissance, démographie en recul. Et surtout :  « comme n’importe quel médicament de confort, après quelques temps on ne peut plus se passer de la dette » ?)Tout le monde faisant face aux mêmes circonstances, pas possible d’exporter ses malheurs chez le voisin. Les banques centrales essaient, toutefois. Les taux de change sont partis pour fluctuer. D’où graves difficultés pour les pays endettés en monnaies étrangères. D’autant que les marchés financiers font sauter toutes les tentatives d’arrimage d’une monnaie à une autre. (Le montant des échanges de devises représente plus de cent fois celui du commerce mondial…) Petit succès, tout de même, les Etats se sont mis, avec une efficacité inconcevable il y a peu, à traquer les riches qui échappent à l’impôt, partout où ils se cachent. 
    Pourquoi se rase-t-on ?(Et surtout, pourquoi les femmes s’épilent-elles ?) La culture contre la nature. Autre effet de la culture, américaine cette fois : le fonds activiste. Il lui suffit d’acquérir une petite partie du capital d’une grande entreprise pour lui dicter ses volontés. En effet, les autres investisseurs sont soit passifs, soit des spéculateurs attirés par une affaire fumante. L’existence de tels fonds forcerait le dirigeant à demeurer sur ses gardes. Mais leur avenir est compromis : ils sont devenus trop gros pour le marché. Et seuls les USA leur sont propices. 

    Repos le dimanche

    Le débat qu’a lancé Serge Delwasse sur le travail du dimanche illustre deux phénomènes curieux :

    • Au fond, nous sommes tous pour le travail le dimanche. Mais pour les autres. Ou avec augmentation de paie. Mais si la mesure passe, il sera alors logique que ce soit les chômeurs qui en profitent. Et les payer pas cher sera tout de même mieux qu’une fin de droits. Résultat ? Fin des jours de repos garantis, et une baisse globale des salaires. Y aura-t-il augmentation des emplois ? Pas sûr. Car si les employés sont appauvris, ils n’achèteront plus. Spirale de la déflation. 
    • Le dimanche n’est pas très laïc. En outre, ce n’est pas pratique pour tout le monde. Voilà ce que dit Serge Delwasse. Mais un autre dispositif ne ferait-il pas plus de malheureux ? Si j’ai appris quelque chose de mon expérience du changement, c’est que l’enfer est pavé de bonnes intentions.  D’ailleurs, que le dimanche n’ait pas une origine laïque est-il un crime ? Notre histoire est faite de réinterprétations des traditions pour de nouveaux usages. La plupart des fêtes religieuses n’ont-elles pas une origine païenne ? 

    Travail du dimanche : et si la France se souvenait qu'elle est laïque ?

    Ce blog ouvre ses colonnes à Serge Delwasse et à son art consommé de la systémique… La parole est donc à Serge. Il vous interpelle :

    La tentation est grande de mettre un grain de sel décalé dans la controverse de la semaine. Controverse d’autant plus stérile qu’elle oppose deux camps qui sont en réalité le même : celui de la France laïque, pour laquelle le dimanche DOIT être un jour comme les autres, et celui de la France sociale, pour laquelle le repos dominicale est une avancée majeure.

    L’auteur se doit tout d’abord de rappeler quelques évidences si évidentes qu’elles passeraient pour des tautologies au yeux d’un observateur serein, s’il en existait un…

    1. Le repos hebdomadaire est une avancée sociale majeure fait par Moïse, au second millénaire avant JC
    2. Le choix du dimanche comme jour de repos coïncide avec l’adoption du christianisme comme religion officielle par Rome
    3. Le repos hebdomadaire est une nouvelle conquête sociale du monde ouvrier en 1906, après quelques décennies d’un 19ème siècle industrieux et anticlérical
    4. Le week end de deux jours généralisé (même pour les écoliers) est une avancée majeure dans l’ensemble du monde, de la seconde partie du 20ème siècle.

    Qui dit interdiction de travail le dimanche dit fermeture des magasins. Ceci posé, un certain nombre de dérogations existent, et ont été rajoutées en un millefeuille que je ne me hasarderai pas à essayer de décrire, mais qui est abondamment analysé par les commentateurs :

    1. La sécurité et la santé
    2. Les services publics de transport
    3. L’alimentation
    4. Les week-ends précédant certaines fêtes
    5. Les zones touristiques…
    6. Les zones commerçantes mais pas touristiques… 

    A ce stade, il me semble important de résumer :

    • Chaque salarié a un droit à deux jours de repos consécutifs dans une semaine
    • Ces deux jours de repos consécutifs ont pour but de se reposer et de passer du temps avec les siens, il est normal que ce soit de préférence un jour qui serait le même pour tous, choisi par convention, et qui peut s’appeler dimanche
    • Si on peut éviter que cela ait des répercussions sur les usagers et/ou les clients, c’est mieux
    • Si l’on peut encourager une économie vacillante, ce n’est pas mal non plus.
    • Et surtout, si l’on peut trouver un système qui nous fait passer, une fois de plus, pour un pays qui se repaît des combats d’arrière-garde, c’est encore mieux. Le temps de Jonathan Liddell et des Chariots de Feu où celui-ci refusait de courir le dimanche pour ne pas offenser le Seigneur est révolu. La Premier League anglaise de football fait jouer le dimanche et Wimbledon, temple du conservatisme, a successivement envahi les deux dimanche de la quinzaine – celui de la finale, puis le premier.

    Maintenant, plaçons-nous du point de vue du salarié, celui à qui l’on veut interdire de travailler pour préserver ses avantages acquis. Sait-on qu’il y a un certain nombre de gens qui :

    • Sont mariés avec des boulangers – ou des boulangères, dont la boulangerie ferme le mardi, et préfèrent donc être de repos le mardi ?
    • N’ont pas d’enfant à l’école, et préfèrent partir en week-end quand il n’y a personne ?
    • Sont juifs et préfèrent ne pas travailler les vendredi et samedi ?
    • Sont musulmans et aimeraient aller à la mosquée le jeudi soir et le vendredi ?
    • Ne sont rien et aimeraient simplement gagner un peu plus ?

    Ce qui est manifeste, c’est que, la loi posant le principe du dimanche comme jour de repos, elle offre un biais chrétien. La loi de 1905, dite de séparation des Eglises et de l’Etat  est pourtant claire : « La République […] garantit le libre exercice des cultes (art 1) [et…] ne reconnaît […] aucun culte (art. 2) … », je suggère au gouvernement, au nom de la laïcité, de déférer l’ensemble des lois prohibant le travail du dimanche devant le Conseil Constitutionnel. Une QPC habilement suscitée devrait faire l’affaire. Les Sages n’auront d’autre choix que de reconnaître que le Dimanche est le jour du Seigneur chrétien et que l’interdiction d’ouverture le dimanche viole la laïcité de la République. Ainsi, la banalisation du travail du dimanche serait imposée aux syndicats, au nom d’un principe républicain pour lequel ils se sont battus. Ouf, la grève générale est évitée ! 

    Chaque entreprise choisirait ainsi ses deux jours de fermeture en fonction de son marché, de ses contraintes, ou, tout simplement du mode de vie de son dirigeant. C’est si simple… Mais c’est ici que cela devient compliqué, le diable se logeant comme d’habitude dans les détails. Comment concilier cette liberté nouvelle avec le souhait bien légitime pour le plus grand nombre de ne pas changer son rythme de vie ? il suffirait de faire un subtil distingo entre la notion d’horaires de travail – qui, rappelons-le, sont du ressort du chef d’entreprise – et de jours de travail. Les jours de repos deviendraient un élément essentiel du contrat de travail. Les nouveaux contrats comprendraient deux jours de repos obligatoire – qui n’existent pas aujourd’hui, aussi surprenant que cela puisse paraître, en droit du travail – et seraient librement négociés entre le salarié et son employeur. Une fois le contrat signé, ce dernier ne pourrait pas, s’il ne l’a pas prévu, modifier les jours de repos. 

    L’étape suivante serait de supprimer un certain nombre de jours fériés (ascension, pentecôte, assomption, toussaint) en les intégrant au couple congés/RTT et nous aurons, grâce à la laïcité, un pays dont les magasins sont ouverts quand les clients souhaitent faire leurs courses…

    Invention de la laïcité

    Au point de départ, donc, « individu » n’est que le nom du cadre permettant de sauvegarder l’expérience religieuse des intrusions du pouvoir politique, il sera alors à défendre aussi bien contre l’État que contre le pouvoir ecclésiastique. Tel est le sens de la laïcité moderne. (L’Esprit des Lumières, Tzvetan Todorov.)

    Le protestantisme à l’origine de la laïcité ? Comme première expression de l’individualisme ?