Contre Christine Lagarde

Une partie de l’élite des économistes anglo-saxons dénonce la candidature de Mme Lagarde à la direction du FMI. La crise de la zone euro est gérée en dépit du bon sens, et notre ministre est un des principaux coupables de cette situation.
L’argument me semble difficilement recevable. Qui peut prévoir l’avenir ? Qui peut dire ce que déclencherait une restructuration de la dette grecque ? Un politique ne peut pas être une voyante, il doit agir en fonction de son âme et conscience, des circonstances et des évolutions des forces en présence.
   
Ce ne sont pas les pacifistes qui signent les paix, mais les généraux victorieux.
Compléments :

Christine Lagarde et le FMI

Christine Lagarde devrait prendre la tête du FMI. Sauf si elle est trahie par son passé, une probabilité qui, contrairement à ce que je pensais, n’est pas négligeable.
La justice ne voudrait-elle pas que le poste aille à un pays émergent ?
Curieusement, un argument que l’on n’entend pas est que la compétence est fonction d’apprentissage. Cela fait des décennies que l’Europe dirige le FMI. Peut-être a-t-elle acquis quelque savoir-faire ? Que donnerait un membre du PC chinois à sa place ?
Une autre question que l’on ne se pose pas est si « justice » est entendue de la même façon par tous. Si par « justice » le poste est donné à un pays, en fera-t-il un usage que nous trouvons « juste » ? 

Christine Lagarde et Cynthia Fleury

  • « Serre les dents et souris » dit Christine Lagarde. Elle n’est pas française cette femme ! Le Français, qu’il soit ouvrier ou grand patron, ne sait que geindre, se plaindre, demander de l’aide. Elle persiste : « (le) courage (…) revient parfois à changer de regard, à inverser la façon dont on aborde les choses. »
  • Pour Cynthia Fleury, le courage c’est surtout se faire des alliés et se construire des réseaux. Sinon on crève en martyr.

Nous disent-elles le changement que nous avons subi ? Nous avons appelé de nos désirs un monde où s’épanouirait notre personnalité, sans contrainte sociale. Nous avons récolté une société dans laquelle le mot d’ordre est « courage » (le thème de l’entretien) et la règle du jeu est de serrer les dents et de se faire des amis puissants. 

Économie américaine

Au début de la crise Mme Lagarde disait que l’Amérique, si admirable et si dynamique, se relèverait évidemment avant l’Europe.
Pas évident pour le moment. Elle produit autant qu’en 2007, avec 7,5m de travailleurs en moins. Les entreprises nagent dans le cash, mais n’investissent pas et ne recrutent pas, ou recrutent à l’étranger. (Gimme a “V”.) Et l’innovation qui va faire jaillir un nouveau secteur économique est toujours invisible.
L’odeur de tout ce cash aurait requinqué les fonds « activistes ». Ils s’introduisent dans les entreprises, les découpent en morceaux et s’enrichissent ainsi. Ils se seraient alliés aux fonds de pension, histoire de redorer leur image. Ils s’en prendraient maintenant aux salaires des dirigeants. (Ready, set, dough.)
Vont-ils aller jusqu’à les recruter dans les pays émergents ?

Emploi américain

Ce que me disait un ami qui vit aux USA se confirme : énorme déficit d’ingénieurs, peut-être, plus exactement, de scientifiques (70% des étudiants en doctorat sont d’origine étrangère). Or c’étaient eux le moteur de l’innovation nationale…
Autre particularité : il ne semble plus y avoir de place pour les qualifications intermédiaires, qui, lorsqu’elles sont mises au chômage et parviennent à retrouver un travail, doivent accepter des petits boulots dans les services, bien moins payés que leurs anciens emplois. (New Job Means Lower Wages for Many.)
Vers une société faite d’une petite élite riche entourée de serviteurs pauvres ? 
Compléments :
  • Pour le moment mes prévisions semblent meilleures que celles de Madame Lagarde, qui pensait que la crise ne serait qu’une formalité pour un pays aussi admirable que les USA.

Christine Lagarde

J’ai appris que Christine Lagarde est le meilleur ministre des finances européen selon le Financial Times. (Ancienne nouvelle, à laquelle je n’avais pas fait attention – ou qui n’a pas fait de bruit.)
Je sais peu de choses de Mme Lagarde, sinon qu’elle parle parfaitement anglais et que ses propos sont dans la logique de ceux de la presse anglo-saxonne. Même si je la perçois plutôt du côté de ceux qui lisent l’information que de ceux qui la font, c’est une première en France.
Nouveau « Nobel Obama » ? On récompense un ressortissant d’un peuple de sauvages pour sembler, presque, être « l’un des nôtres » ?

Is the USA still a Giant?

Minter Dial résume une session de réflexion du Medef (il a raté sa vocation : il devrait être journaliste !). Christine Lagarde et quelques sommités s’interrogent sur l’avenir des USA. Il est rose. Ah si la France avait les qualités des USA !

  • Comme le fait remarquer Minter Dial : ces gens s’intéressent plus à ce qui a fait la grandeur des USA qu’à ce qui pourrait la rendre durable.
  • Or, comme l’ont observé beaucoup de sociologues, et notamment Max Weber, ce qui fait le succès d’une nation n’est plus là quand elle réussit. En outre, nous tendons à consommer ce qui est nécessaire à notre succès. Pour ma part, je crois l’état des USA inquiétant (Grande illusion).
  • Il y a danger ici : celui qui rend ridicules les livres de management. Celui qui a fait qu’on se gaussait des USA dans les années 80, et que l’on louait le Japon. Prendre les conséquences du succès pour sa cause. Et copier ces conséquences.

Compléments :

  • Le billet de Minter Dial : MEDEF 2008 Conference « Think Big »: Is the USA Still a Giant?
  • Pour un exemple de la confusion entre la cause et la conséquence : In Search of Excellence, énorme best seller des années 80, explique : « Pour découvrir les secrets de notre « art premier », Thomas Peters (…) et Robert Waterman (…) ont étudié 43 entreprises américaines performantes (…) toutes partagent huit principes de management fondamentaux. » Quelques temps plus tard, la plupart des dites entreprises performantes avaient bu un bouillon (à commencer par IBM). PETERS, Thomas J., WATERMAN, Robert H. jr, In Search of Excellence, Warner Books, 1982.
  • WEBER, Max, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Pocket, 1989.