Dr Krugman and Mr Trump

J’ai arrêté de lire le blog de Paul Krugman le jour où il est devenu payant. (On a beau être un farouche démocrate, on a aussi besoin d’argent ?)

Récemment, je me demandais ce qu’il pensait de l’état du monde. J’ai regardé ses tweets. Ils ne parlaient que de l’élection américaine. Si j’ai bien compris, avant l’élection, ils démontraient que tout allait bien et que Kamala Harris allait gagner.

Trump contre Krugman, l’intuition contre la raison ? Donald Trump est un homme de marketing qui a compris l’humeur du peuple ? « Alternative truth » : nous avons vécu à l’ère de la raison, façon Paul Krugman, et cela n’a pas servi nos intérêts, la vérité est ailleurs ? Au fond, c’est aussi ce que disaient les Surréalistes. Ceci n’est pas Paul Krugman ?

Paul Krugman : notre mal ? être français

look at “crisis-hit” France; investors are so worried about France that they won’t hold its bonds unless offered, um, 0.64 percent, the lowest rate in history. But never mind — everyone knows that the French must be in crisis, because they still believe in social insurance, and besides, they’re French. 
dit Paul Krugman.  Plus loin :
Will the QE policy turn this around? Unless it’s shockingly larger and more aggressive than expected, it’s hard to see how. Unconventional monetary policy works, if it does, largely by changing expectations
Que signifie tout ceci ? C’est que le marché n’a rien de parfait. Google a raison, et les Suisses le prouvent (deux précédents billets). L’économie est le terrain de bataille de l’idéologie et du bluff. Nos dirigeants le savent. Ils savent aussi que leurs paroles ne sont que l’opium du peuple.  

L'économie européenne selon Paul Krugman

Nouveau billet que Paul Krugman consacre à l’Europe. A chaque fois, il constate que ce qu’il avait prévu se produit. Faute d’une politique keynesienne, l’Europe s’enfonce dans la crise. Les malades vont de plus en plus mal, les bien portants de mieux en mieux (l’Allemagne, championne de la rigueur pour les autres, voir Le mythe de l’austérité germanique, croît).

Il a tout de même un mot gentil pour nous. L’Europe, contrairement à ce qu’il croyait, ne s’est pas disloquée :

L’histoire européenne demeure celle de politiques économiques profondément destructrices, qui ont fait beaucoup de mal – mais n’ont pas conduit à la dislocation, parce que la cohésion politique de l’euro est plus forte que ne le pensaient des gens comme moi.

L’Européen est habitué à souffrir en silence, pour un intérêt supérieur qu’il ne sait pas toujours très bien formuler ? C’est pour cela que l’on peut lui imposer la rigueur ?

Salaires : le problème, c'est l'Allemagne ?

Sont-ce les salaires français qui croissent trop, ou les allemands pas assez ? Paul Krugman penche pour la seconde solution. Au motif, accepté par bon nombre d’économistes, qu’une économie en bonne santé doit avoir une inflation de l’ordre de 2%. Ce qui est le cas de la France, mais pas de l’Allemagne.

Que faut-il penser de cela ? En tout cas, il est surprenant que l’argument ne soit pas repris chez nous. La France, 2% d’inflation et un encéphalogramme plat ?

Dépression séculaire et limites à la croissance

On parle de « dépression séculaire » aux USA. Les meilleurs économistes seraient inquiets.

Il semble (ça paraît une évidence) que depuis les années 80, la croissance se soit faite à coup de bulles spéculatives. L’économie serait incapable de croître. Peut-être, faute de croissance démographique.

Dans ces conditions que faut-il faire ? Apparemment, le contraire de ce que l’on fait. Autrement dit, être imprudent, vivre comme s’il ne devait pas y avoir de crise, et dépenser à tort et à travers. « La vertu privée est le vice public » dit Paul Krugman.

Cela semble quelque peu malsain. Sommes-nous obligés de nous plier aux lois de ce système ? Ne pourrions-nous pas le changer ?

Krugman contre Hollande

Paul Krugman n’en revient pas. M.Hollande a cité Jean-Baptiste Say. « L’offre crée la demande« . M.Hollande a « horrifié » les économistes.

Paul Krugman ne comprend pas. Aussi bien à gauche qu’à droite, il y a consensus sur le fait que la France est sur le bord de la déflation. M.Hollande veut-il s’y précipiter ? D’autant que la situation du pays n’a rien de désespéré et ne demande aucune décision urgente. Pourquoi donc M.Hollande a-t-il viré à droite, en opposition de phase ?

D’accord, tout ne va pas bien. Mais on ne peut que s’étonner qu’il en faille si peu pour amener l’élite française à prendre un brutal virage à droite, alors que, dans des situations bien pires, la souffrance qu’elles infligent ne fait que renforcer la détermination d’autres élites, comme celles de Finlande ou de Hollande.

Hollande plus fort que Krugman ? Ou « petite blague » de notre président ?

Fin d'ère?

Je rapproche deux lectures récentes. The Economist craint le retour de la démocratie. Paul Krugman se demande pourquoi la France fait l’objet d’un tel harcèlement, alors que l’état du pays n’a rien de  préoccupant. Réponse : il a choisi l’impôt plutôt que de s’en prendre aux prestations sociales.

Signes d’inquiétude des tenants du modèle du marché ? Pourrait-il y avoir un changement d’idéologie dominante ? Dans ce cas quel pourrait-il être ? Difficile de le dire. Mais, il peut se produire relativement brutalement. Ce genre de changement ressemble à une mode. D’un seul coup, la majorité se rend compte qu’elle est majorité, et que jusque-là elle obéissait à une minorité. Quelle nouvelle idéologie pourrait faire une forme d’unanimité ? Modèle vénézuélien ? L’Etat tente de prendre en main l’économie pour soulager la pauvreté, mais les pouvoirs économiques font grève. En résulte quelque-chose de dysfonctionnel. Autre idée ?

Et si l’on avait tué le moteur de la croissance ?

Ces trente dernières années ont été marquées par deux innovations. Internet et la « supply chain ». La supply chain a conduit aux délocalisations. Elles permettaient de remplacer des salaires (relativement) élevés par des salaires plus bas. Internet a eu le même effet. Il a facilité la création d’une nouvelle classe de travailleurs précaires. Résultat ? Les entreprises ont échangé leurs machines pour de la main d’œuvre, mal payée.
Quel est l’intérêt de cette analyse ? Ce phénomène ressemble à celui qui a été décrit pour le Japon dans les années 90. Le miracle japonais tenait à la mobilisation de plus en plus de personnes. Il s’est arrêté net, faute de combattants. (KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.) En pire. Il y a appauvrissement de la population, et, peut-être, destruction de la capacité créative, désormais inemployée. Or, le moteur de la croissance est l’innovation et le gain de productivité. Les dernières décennies n’ont-ils pas cassé ce moteur ?

Ceux qui disent « halte à la croissance » doivent-ils s’en réjouir ? Je n’en suis pas sûr. Ce changement, ni préparé ni voulu, ne va-t-il pas avoir des effets désastreux ?