France : crise de gouvernance ?

La population française est étonnamment homogène par rapport à ce à quoi elle croit. Non seulement la scission gauche droite chère à nos politiques ne correspond à rien pour nous mais le portrait que font de nous les journalistes n’est pas ressemblant :

L’analyse des données laisse apparaître un espace triangulaire de consensus politique, dont les trois sommets sont le libéralisme culturel, le libéralisme économique (liberté des entreprises, réduction des taxes et des dépenses publiques) et la protection sociale (Sécurité sociale, emploi et revenus).

Nous sommes, aussi, en majorité, « progressistes » (droit des homosexuels, opposition à la peine de mort…), peu nationalistes, l’Europe ne nous menace pas (même lorsque nous votons contre).

Peut-être plus curieusement, les gouvernants comprennent ce que veut le peuple, et le FN est totalement hors cible (et il l’était déjà en 2002 lorsqu’il a mis KO Jospin). Alors pourquoi vote-t-on FN ? Pourquoi demande-t-on une législation répressive, plus de discipline à l’école ?…

Mauvaises solutions à de vrais problèmes : l’opinion perçoit, justement, que ce qui est important pour elle (l’éducation, l’emploi…) se désintègre, et que le gouvernement est incapable d’y remédier.

La baisse de soutien aux responsables politiques est due à une perte d’efficacité de l’action publique.

Résultat :

La capacité démocratique du régime s’est détériorée de manière substantielle au cours des vingt années étudiées.

Compléments :

  • Ce qu’on demande au gouvernement est compliqué :

Une forte majorité de français voulant à la fois des d’impôts moins élevés et le maintien des services publics et des prestations sociales, la marge de manœuvre s’avère pour le moins réduite. Un gouvernement de droite ayant pour objectif une baisse importante des impôts devra réduire les services publics et les prestations sociales, et se trouvera confronté à une opposition de gauche. De son côté un gouvernement de gauche voulant accroître – ou même seulement maintenir – le niveau de prestation sociale sans modifier les critères de distribution devra, compte tenu des évolutions démographiques et professionnelles, augmenter fortement les impôts et s’opposer ainsi à la formation de coalition d’opposition de droite.

  • Base de ce billet : BALME, richard, Convergences, fragmentation et majorités cycliques dans l’opinion publique ? (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

Attali m’a tué

Et si j’avais une nouvelle fois tort ? Et si je faisais une mauvaise querelle au gouvernement ?

Et si la réforme de la taxe professionnelle venait de la Commission Attali ? Et si les collectivités locales étaient victimes d’une idée de gauche ?

Les économistes de tout bord, à l’époque de la commission, pensaient qu’il fallait faire sauter les rigidités de l’économie, qu’ils appelaient « privilèges » : nous étions tous des « rentiers ». L’exemple le plus symbolique était celui des taxis. Bizarrement les économistes de gauche semblaient les plus farouches promoteurs de l’idée : je me souviens d’un économiste apparemment ultralibéral qui m’a dit avoir été surpris que ses collègues de gauche aient voulu exproprier les privilégiés (les taxis, donc). Lui était pour un dédommagement.

D’ailleurs la mise en œuvre du changement semble bien avoir été conçue comme un licenciement sec : les cafouillages actuels ne montrent-ils pas que la question du financement des collectivités locales n’avait pas été envisagée ? (Ou était-ce une façon de faire d’une pierre deux coups : donner de l’argent aux entreprises, et rendre les collectivités locales dépendantes du pouvoir central ?)

Cette idée à plusieurs particularités :

  • Elle nie tout ce qui est culturel dans notre vie, comme irrationnel : pourquoi respecter le Ramadan ? Pourquoi s’arrêter de travailler le dimanche ? Pourquoi des syndicats ? Et, rapidement, pourquoi une enfance et des écoles ? Elle nie la dimension sociale de la vie (celle qu’étudient la sociologie, l’ethnologie ou la théorie de la complexité), et veut faire de nous des électrons libres. De manière amusante, c’est de l’application de ce type d’idées que l’historien anglais E.P.Thompson date l’émergence de la classe ouvrière anglaise. Ce serait curieux qu’une idée socialiste fasse de nous une masse de larves illettrées en concurrence parfaite.
  • Pour être honnête, elle s’appliquait à toutes les couches de la population. Cependant la théorie (The Logic of Collective Action) et la pratique montrent qu’elle donne de bien meilleurs résultats avec les pauvres qu’avec les riches.

La commission Attali serait-elle toujours d’accord avec son idée ? La mode chez les scientifiques de l’économie n’est-elle pas à la relance Keynésienne ? Pourquoi démolir les collectivités locales, les CCI… et mettre des gens au chômage, alors qu’on essaie de l’éviter ailleurs ? Et si, finalement, le gouvernement suivait avec détermination une idée fixe ? Ou était-il au dessus de la volonté humaine d’abandonner une idée aussi belle, et sanctionnée par l’opposition ?

Compléments :

Après nous le déluge

La France contre l’euro ? la France se vautre définitivement dans le déficit, alors que l’Allemagne choisit la rigueur, la zone euro va péter…

Ce billet fut une révélation. J’ai compris que la crise a été un extraordinaire moment de libération pour nos politiques.

Ils ont vécu un interminable âge des ténèbres, des années passées, sans conviction, à mal équilibrer des budgets (que Raymond Barre brûle en enfer !). Un exercice contre nature d’une cruauté insoutenable. Le royaume de France n’a-t-il pas toujours été en faillite ? Sa vie n’a-t-elle pas toujours été insouciante, en dehors des crises et des révolutions ?

Mais, voilà le retour des temps bénis. Le déluge est désormais après nous. Plus besoin de travailler, d’administrer les comptes de la nation. D’ailleurs le succès électoral est assuré : un emprunt par ci, une baisse de TVA sans contrepartie par là… Et quand nous serons en crise ? La relance ! Vive Keynes !

Compléments :

Science économique : bilan

Paul Krugman fait le point sur l’évolution de la pensée économique des dernières décennies, qui va de pair, et a encouragé, la bulle financière.

Les économistes auraient vécu une période d’euphorie mathématique. La beauté de l’équation a fait oublier le bon sens, et les enseignements de l’observation. On a distribué des prix Nobel à des personnes qui ignorent ce qui nous paraît évident. La crise vient de ces erreurs d’apprentis sorciers. (Le prix Nobel comme bonnet d’âne ?)

Un exemple : certains nobélisés expliquaient les crises comme une faillite de l’offre de travail, autrement dit le chômage et les récessions sont causées par la paresse du peuple ! (La crise comme vengeance divine ?) Cette idée était masquée sous des équations complexes.

Que conseille M.Krugman ? Dépoussiérer le keynésianisme. Quand les outils monétaires ne marchent plus (quand les taux d’intérêt atteignent 0), l’état doit relancer l’économie, il n’y a pas d’autre solution. Ce monde keynésien doit être dirigé par des modèles mathématiques débarrassés des erreurs passées, c’est-à-dire qui tiennent compte du comportement réel (« irrationnel » au sens économique du terme) de la population.

Toujours des modélisations et des mathématiques… l’économiste ne changera jamais !

Compléments :

Prochain système économique

Le keynésianisme, l’illusion selon laquelle l’état pouvait gérer, par ses dépenses et ses impôts, l’économie, a été remplacé par le monétarisme, l’illusion selon laquelle l’économe dépendait d’un taux d’intérêt fixé par une banque centrale indépendante. Cette dernière illusion ayant explosé avec les dernières bulles spéculatives on se demande quelle sera la prochaine mode.

Pour Paul Krugman (dans un billet déjà ancien The lessons of 1979-82), ce sera à nouveau le Keynésianisme. En effet, la prétendue victoire du monétarisme sur l’inflation des années 80, correctement analysée, fut un désastre. Puisque le monétarisme n’a pas gagné, alors le keynésianisme est victorieux.

Le jugement de J.Galbraith, dans L’économie en perspective, me semble plus juste. Déjà, il montre, comme P.Krugman, que le monétarisme n’a rien réussi. Par contre, il enterre le keynésianisme au motif qu’il n’est pas possible de gérer l’économie par des mesures macro-économiques (on doit la barrière entre micro et macro économie à Keynes). En effet, elles ne savent réparer les grands problèmes de la société (exemple le chômage) dont les causes sont micro économiques. Elles se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain, qui n’est pas celui que lui prête l’économiste classique.

Ceci signifie que l’économiste doit comprendre ce que dit ce blog à longueur de billets : quand on désire un changement, il ne faut pas se contenter de belles théories, il faut contrôler le changement, c’est-à-dire s’assurer que les moyens sont là qui vont le faire réussir. C’est pour cela que tout gouvernement est doté d’un « exécutif ».

La physique est d’accord. Elle sait que l’incertitude produit le chaos, et que pour l’éviter, il faut prévoir des mécanismes de contrôle (c’est l’automatique), aucune sonde spatiale ne suivrait sa route sans cela.

Le jour où l’économie aura compris cette simple vérité, elle sera devenue une science.

Compléments :

  • L’économie en perspective explique non seulement que l’économie classique est basée sur des hypothèses fausses, mais que si elle a eu une vie aussi longue, c’est parce qu’elle est favorable aux « puissants » (et aux économistes). D’ailleurs, chaque théorie économique a plus ou moins inconsciemment justifié les idées de classes dominantes ou montantes.
  • Contrôlez le changement !

Sommet du G20 (suite)

Ce que veut faire le G20 est un changement : remettre l’économie en fonctionnement. Que dirait mon expérience si elle voulait s’y appliquer ?
  • Point essentiel : il faut contrôler le changement. Condition nécessaire : écoute de l’organisation, en empathie, sans a priori. Pour le moment, c’est le cas. C’est à la fois remarquable et exceptionnel.
  • Ainsi, on aperçoit l’émergence de difficultés, au coup par coup. Il faut alors les traiter efficacement. Ici, il y a divergence entre Anglo-saxons et Allemands. Les premiers, s’appuyant sur l’expérience de précédentes crises, estiment qu’il faut une relance brutale (dont seuls ils n’ont plus les moyens). L’Allemagne est prudente. Les deux camps ont des arguments solides.
Je penche du côté allemand :
  • Il peut être dangereux de gaspiller toutes ses cartouches d’un coup. J’ai observé qu’il fallait généralement s’y reprendre à plusieurs fois pour réussir. En outre, à frapper trop fort on risque un contrecoup (hyperinflation). Et il est difficile de faire la moindre prévision en économie, trop de paramètres changent d’une crise à l’autre.
  • Surtout, mon expérience me fait croire que les mesures « macroéconomiques » sont peu efficaces, inutilement coûteuses, et, surtout, que leurs conséquences sont difficilement prévisibles. Ce qui est efficace est une intervention directe sur la partie des règles de la société qui causent son dysfonctionnement. Et c’est bon marché. En fait, je ne suis pas le seul de ce point de vue. L’économiste John Galbraith semble dire quelque chose de semblable dans L’économie en perspective : il faut faire sauter la barrière (que l’on doit à Keynes) entre micro et macro économie, car les mesures macro économiques sont impuissantes pour réparer les grands problèmes de la société (exemple le chômage) dont les causes sont micro économiques, et se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain, qui n’est pas celui que lui prête l’économiste classique.
Compléments :