Le libéralisme vivrait-il ses dernières heures ?
- Le modèle du dégel est dû à Kurt Lewin, c’est aussi le modèle de la transition de phase, en physique.
Le libéralisme vivrait-il ses dernières heures ?
Le changement est aussi vieux que l’humanité. Quand elle a voulu le provoquer, elle a utilisé trois techniques seulement. Elles peuvent se combiner.
Le changement bureaucratique
Un graphiquede Paul Krugman montre que, par les temps qui courent, plus un État dépense plus sa croissance est forte. La rigueur est donc probablement une mauvaise politique. (Voir aussi : l’Irlandeet l’Angleterre.)
Sans qu’il l’ait voulu, ce blog est né avec la crise. Il passe son temps à la commenter. D’ailleurs la crise est le propre du changement (d’une certaine façon elle tombe bien pour un blog qui parle de changement ?).
Voici quelques réflexions sur la situation du changement en cours. Un billet déconseillé aux dépressifs.
Plus étrangement, c’est le monde entier qui serait un château de cartes. Tout ce que l’on croyait, à commencer par le fabuleux destin des pays émergents, paraît une illusion.
L’histoire des BRICS peut se lire, d’ailleurs, autrement : dans les années 90, ils se sont libéralisés. Cela a été accompagné d’une forte croissance, mais a aussi résulté en déséquilibres dangereux. Peut-être sont-ils tentés de les corriger ?
Plus généralement, l’idée d’un marché qui s’autorégulerait et ferait le bien collectif, idée qui nous a valu la déréglementation de nos services publiques et de l’industrie financière, l’Europe des très nombreux et peu intégrés, le règne d’agences de notations à but lucratif…, semble avoir du plomb dans l’aile.
Années folles ?
Ce qui me donne la curieuse idée suivante. Et si, du SDSF à l’oligarque, nous avions connu une formidable liberté ? Nous pensions construire alors que nous dissipions l’héritage de l’après guerre ? D’où un sentiment de facilité ? Et si notre avenir était à la rigueur, comme on nous le dit ? Mais à une rigueur qui ne soit pas que budgétaire, une rigueur intellectuelle avant tout ? Et si nous devions réapprendre à travailler consciencieusement, sans rêver de gloire instantanée, de succès sans effort ?
Il s’agit maintenant de refermer la boîte de Pandore, sans susciter le désastre d’un nettoyage par le vide. Les banques, par exemple, doivent augmenter leurs réserves, ce qui pourrait les ramener à leur situation des années 80. Parallèlement, la phase d’exploitation du moins disant international pourrait céder la place à un repli sur soi des nations, qui devront réapprendre à développer leurs ressources propres. Mais, comme le disait Keynes, « à long terme nous sommes tous morts« . Ceci ne peut réussir que si le monde parvient à changer de cap sans dommages.
Trois scénarios paraissent se dégager. Vie sur une poudrière ; effet domino suivi par un tsunami, façon années 30 ; réinvention et nouvelles décennies glorieuses.
Les gouvernements mondiaux paraissent vouloir faire le strict minimum pour rester dans le premier scénario. Vont-ils éviter le second ? Tentation dogmatique allemande, égoïsmes nationaux, obsession de la multinationale de la réduction de coût, médiocre personnel politique… Il n’en faudrait pas beaucoup pour que l’aléa moral n’emporte la situation.
D’ailleurs, que le monde soit dominé par les préoccupations personnelles, en particulier de nos politiques, est une conséquence naturelle d’une phase libérale. Mais, comme je le note régulièrement, le plus étrange est une forme de doute et d’honnêteté intellectuelle. L’humanité est incertaine. Vivons-nous la fin des idéologies ?
L’inquiétude étant la meilleure disposition vis-à-vis d’une crise (en fait d’un changement), je continue à penser que c’est une raison d’espérer.
Le coin de la théorie
En quoi ceci illustre-t-il les théories du changement ?
C’était un brin d’optimisme, pour finir.
Deux opinions semblent s’affronter.
Compléments :
Analyse lumineuse de la théorie de Keynes :
La France change beaucoup plus qu’on ne le dit. Sa conception de la protection sociale s’est transformée du tout au tout en quelques décennies :
Changement de principes
Sa finalité initiale était « l’intégration » de la nation, et notamment des pauvres. Cela signifiait une logique de plein emploi et un système d’assurance sociale payée par le salarié sur son salaire (logique de l’assurance). La préoccupation du système était la lutte contre le chômage, dont l’outil était l’augmentation des prestations sociales (d’où augmentation de la demande, qui tire l’économie – Keynésianisme). Les rôles étaient bien définis : l’État s’occupait du politique, le patronat de l’entreprise et le syndicat des institutions de protection sociale.
Aujourd’hui, une partie importante de la population dépend du RMI qui est alimenté par l’impôt, donc contrôlé par l’État et la France qui travaille est régie par un système mixte assurance sociale, assurance privée. L’anxiété nationale n’est plus le chômage, mais l’inflation, l’outil d’intervention est la relance par l’offre et la rigueur budgétaire (Monétarisme).
Les étapes du changement
Transformation progressive :
Le mécanisme du changement
Ces changements auraient été introduits « à la marge » puis étendus. Si bien que les tenants de l’État providence ne se sont pas méfiés. Il est aussi possible qu’il y ait eu marché de dupes, les intérêts que chacun y trouve étant contradictoires. Surtout ce changement est l’histoire de la construction d’un consensus, ses acteurs (notamment les syndicats, la CFDT ayant joué les premiers rôles) s’étant convaincus qu’il était le seul possible. Cette communauté d’idées serait-elle favorisée par le fait qu’ils passent leur existence ensemble, commission après commission, et finissent par penser la même chose ?
Commentaires
Voilà un constat qui me laisse avec plus de questions que de réponses :
Compléments :