Soutenons George Bush

Ce que montre la crise actuelle c’est le discrédit du processus démocratique.

Pourquoi étais-je aussi enthousiaste pour la démocratie américaine (De la démocratie en Amérique) ?
11 septembre et unanimité qui avait suivi. On allait la voir se refaire. Ne disait-on pas que ce que voulait ben Laden n’était pas l’effondrement des tours mais celui du capitalisme ? De l’Occident ? N’est-ce pas justement ce qui menace ?
Or me voilà parlant de conduite du changement. Mais il ne devrait pas y avoir de conduite du changement ! Le peuple américain devrait suivre son président comme il l’a toujours fait dans les moments difficiles. Pourquoi ça ne marche pas aujourd’hui ?

Peut-être parce que George Bush a perdu toute crédibilité. Le critiquer n’est-il pas le fonds de commerce de John McCain, pourtant républicain. Les démocrates ne le maudissent-ils pas ? Le monde entier ne vote-t-il pas Obama, en réaction à sa politique ?

Le succès de ces assauts a discrédité la fonction présidentielle. Un nouveau président n’y changera rien : c’est l’élite américaine, quel que soit son bord, qui n’est plus crédible. Elle avait oublié que, vue de loin, il est impossible de faire la différence entre bons et mauvais. De même que l’étranger ne fait pas de différences entre les confessions libanaises.
Or, dans les moments difficiles, ce qui compte n’est pas la seule bonne direction, mais une décision. L’anarchie c’est la mort.

George Bush est coupable ? Au milieu de cette crise, il reste le seul droit dans ses bottes. Il coule avec le bateau. L’erreur irakienne ? C’est la politique américaine de toujours. Celle qui n’a jamais supporté les pays fermés sur eux-mêmes, et qui a expédié le commodore Perry ouvrir le Japon à coups de canons. D’ailleurs, Kennedy est infiniment plus coupable que Bush : non seulement, il a engagé l’Amérique dans la guerre du Vietnam (argument : la théorie des dominos), mais il a poussé le monde dans l’escalade de l’armement. Et ce alors que les Américains savaient que c’était inutile, et que son prédécesseur, Eisenhower, avait tout fait pour l’éviter.

C’est une faute de frères ennemis. Une guerre fratricide entre intellectuels américains, mais aussi une guerre entre démocraties : les élites françaises, anglaises… ont couvert George Bush d’insultes. Résultat : la démocratie s’est totalement discréditée. Pour le reste du monde, l’axe du mal, c’est elle.

Si ce changement doit nous apprendre quelque chose, c’est la modération du propos. Nous ne sommes pas seuls dans le monde. On nous regarde et on nous écoute.

Compléments :

L'Amérique segmentée

Le neocon du billet précédent me ramène à un autre sujet favori : les élections américaines.
Si je reprends les conclusions de mes précédents billets, je vois apparaître
deux segments dans la population américaine. J’écarte de mon analyse les minorités du pays (les noirs, les indiens, les latinos…).

  • L’élite. Elle a fait des études dans les meilleures universités. Elle veut faire le bien du peuple, qu’elle juge inapte à la réflexion. Elle est soit « bien pensante » (démocrate), soit déterminée à en découdre pour imposer les valeurs universelles de l’Amérique par la force (néoconservateur). Elle ressemble beaucoup aux intellectuels des Lumières : elle est pétrie d’idées théoriques qu’elle a pêchées dans la culture de son milieu. Et elle rêve de les appliquer. Alors qu’elle n’a aucune expérience pratique.
  • L’Américain moyen. Ronald Reagan ou Sarah Palin. Il a quelque chose d’un « self made man ». Il s’est fait. C’est son succès, sa confiance en soi et en les USA qui lui tiennent lieu de discours. Comparé à celui de l’élite, il paraît simpliste. « Le peuple le plus bête du monde » disent les Guignols de l’info. C’est certainement l’opinion de l’élite. Cette opinion explique aussi pourquoi le membre de l’élite est, finalement, un mal aimé. Généralement, il doit se contenter de tirer les ficelles du Président en place.

Les Présidents républicains et quelques démocrates (Truman, Johnson) sont proches de l’Américain moyen. Les Présidents démocrates qui échappent au modèle (Roosevelt, Kennedy, Clinton) ont pour caractéristique majeure une séduction extraordinaire.

Grand expectations

PATTERSON, James T., Grand Expectations: The United States, 1945-1974, Oxford University Press, 1996. Gros livre, facile à lire. Histoire des USA durant les vingt années qui ont suivi la seconde guerre mondiale.

L’Américain sort de guerre convaincu que tout est possible si l’on y met les moyens, des moyens énormes, disproportionnés, sans précédents :

  • L’Effet domino est inventé par McNamara pour qualifier la menace que ferait courir au monde le passage à l’est du moindre pays qui n’y est pas encore.
  • La « guerre au terrorisme » de G.Bush est un héritier d’un grand nombre d’autres « guerres » : on pensait ainsi écraser un mal (la pauvreté, le cancer…) par des moyens énormes.

Le grand succès de cette période est un enrichissement matériel considérable. Sur les autres fronts les changements ont été difficiles.

  • Les noirs y ont repris la tactique de la « classe ouvrière » anglaise du début du 19ème siècle : provoquer les forces les plus réactionnaires en leur fief, se faire massacrer, d’où haut le corps national et obtention de quelques droits.
  • Contrairement à la France, le changement aux USA passe par la loi. Partout où elle n’est pas appliquée, il y a procès, les tribunaux la font respecter. La Cour Suprême a été le pivot du changement.
  • Par contre l’argent (subvention) est peu efficace : il semble se disperser avant d’atteindre sa cible (cf. la « guerre à la pauvreté« ).

La guerre froide a marqué ces deux décennies. Les gouvernants américains savaient que l’URSS était préoccupée de la défense de son territoire, non de répandre ses idées. Ils savaient aussi qu’elle n’était pas de taille à se mesurer à leur puissance. Mais pouvait-on le dire? Il s’est ensuivi une névrose qui a probablement entraîné le monde et les USA dans un parcours inutilement chaotique et risqué, et a détourné leurs ressources d’emplois plus utiles.

Quant aux présidents, il semble qu’il leur ait fallu une bonne dose d’abjection et de névrose pour atteindre leur poste. Mais elles n’ont pas nécessairement contaminé leur gestion du pays. Ils arrivaient généralement armés de grands idéaux. Exception : le couple Nixon / Kissinger chez qui la volonté de pouvoir n’avait pas laissé de place à grand chose d’autre. Par ailleurs, ceux qui ont eu le parcours politique le plus facile semblent aussi avoir eu la volonté réformatrice la plus faible : Kennedy (superficiel et vain), Eisenhower (peu sensible aux droits de l’homme).

Commentaires :
  • Le changement de type « guerre à… » est ce que mes livres appellent le « passage en force », il est mis en déroute par la « complexité » des organisations, le fait qu’elles sont des « systèmes » (sur ces sujets, voir par exemple : Saint Simon et la systémique et Théorie de la complexité). Le changement doit s’inscrire dans la culture du groupe auquel on veut l’appliquer.
  • Je ne crois pas la politique du secret une bonne politique : elle ne prive pas d’informations celui à qui elle est destinée, et elle traite en irresponsables les membres de l’entreprise ou du pays. Ils se comportent donc en irresponsables, ce qui n’est bon pour personne.

Références :

  • stratégie de la classe ouvrière anglaise : THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.