Étiquette : Kant
Schopenhauer pour les nuls
- Le livre que cite Histoire du mariage remarque que les théories de Freud arrivent à une époque de répression sexuelle sans précédent.
- Curieux cheminement qui mène de Kant à Heidegger, en passant par Hegel, Schopenhauer et Nietzsche, notamment. Chacun emprunte à l’autre des idées qui semblent progressivement prendre la solidité d’une vérité scientifique. En même temps, on passe de systèmes fermés et logiques, à des travaux beaucoup moins préoccupés de consistance interne.
Karl Marx (suite)
Quelques réflexions suscitées par le billet précédent :
- Je pense que ce que disent la sociologie, l’ethnologie, la théorie de la complexité et mon expérience, c’est que vivre en société c’est suivre des règles, règles qui ont une logique d’ensemble (par exemple « main invisible » de l’économie, ou religion). Dans ce sens, nous aliénons notre liberté. Dans un autre sens, sans règles nous sommes des pantins dont on a coupé les ficelles.
- Ces règles que nous suivons avec bonne volonté ont pour rôle de faire le bonheur collectif. La liberté, c’est donc suivre des règles acceptées. De ce fait, nous sommes généralement libres et nous réalisons naturellement l’idéal de Marx, Hegel et Kant.
- En fait, la transformation de notre environnement, notamment du fait de notre action, et nos mutations internes (innovation), font que les règles du groupe évoluent et doivent évoluer sans fin (c’est le « changement »). Par contre il est possible qu’un jour ce mécanisme de création de règles ne soit pas assez adaptable pour résister à la sélection naturelle, et nous disparaîtront. Ça sera le terme de notre histoire.
- Le danger qui nous menace est soit une erreur humaine malencontreuse, une innovation qui tourne mal et qui détruit l’humanité sans l’intention de lui nuire, soit un acte de parasitisme qui attaque la société au bénéfice du seul parasite. Le parasitisme est probablement la seule menace à notre liberté.
- Notre raison, notre capacité à distinguer et à modifier les règles que nous suivons, nous sert donc à améliorer les règles du groupe quand il est en difficulté (changement), et à nous garantir des parasites.
Leçon de manipulation pour les enfants
Je dépasse une mère et son fils. « Gregor dépêche toi. Si tu ne te dépêches pas maman va manger ta part de gâteau. » Gregor accélère le pas.
Voici la leçon de la journée pour le petit Gregor : on fait de nous des accro des sucreries pour nous rendre aisément manipulables.
Décidément, le règne de la raison qu’annonçaient Kant et quelques autres est bien loin de nous.
Division des tâches
J’entends parler de division des tâches à la radio. Et si le sujet était moins théorique qu’il n’y paraît ? La division des tâches est le principe même de la pensée d’Adam Smith, c’est sa justification de la globalisation : la richesse mondiale optimale sera atteinte quand chacun sera spécialisé. Adam Smith ayant essentiellement mathématisé la culture anglo-saxonne marchande, on peut imaginer que la division des tâches est profondément inscrite dans l’inconscient collectif anglo-saxon. Et, comme la France absorbe sans réflexion tout ce qui vient d’ailleurs, la question nous concerne.
Le concept n’a rien de théorique. L’université américaine est un exemple de son application. On y trouve des multitudes de disciplines qui ne se parlent pas, en contradiction avec l’esprit scientifique même. Les économistes, par exemple, qui décident de notre existence, ne peuvent pas supporter les sciences humaines, du coup ils font faire à la société des virevoltes criminelles (dont notre crise actuelle).
La division des tâches pousse à l’hyperspécialisation et à l’irresponsabilité. Chacun se réfugie dans un étroit domaine de compétence en espérant que Dieu (la Main invisible du marché) fera le bien à partir de son effort aveugle. Cette hyperspécialisation rend le contrôle impossible, puisque, par définition, personne ne comprend ce que l’autre fait. Du coup, elle met la société à la merci du parasitisme et de l’idéalisme (rappelons nous la période néoconservatrice). La division des tâches c’est mettre notre vie entre les mains d’experts incontrôlés.
Et encore s’ils étaient compétents ! Leur sélection se fait selon des processus, des règles humaines… qui sélectionnent des experts des mécanismes de sélection, non des esprits supérieurs ; des spécialistes du moyen, non de la fin. Comme le remarquait Rousseau, ceux qui ont fait de la science et de la pensée ce qu’elle est n’ont pas eu de maîtres. Ils ont créé leur univers.
Ce qu’il y a de curieux dans la pensée anglo-saxonne c’est son hypothèse fondamentale, qui est l’hypothèse implicite de l’économie moderne. Homme = outil de production, c’est tout. La richesse des nations selon Adam Smith (ce que l’on appellerait aujourd’hui PIB), c’est produire le plus possible. Les Temps modernes de Chaplin traduisent fidèlement cet idéal.
La pensée anglo-saxonne ne peut pas concevoir que ce qui fait la beauté de la vie n’est pas l’entassement de biens matériels. Pas plus qu’elle ne peut concevoir la notion de société ; que l’homme ne peut pas vivre comme un électron libre ; qu’il est intimement lié au groupe humain, sans lequel il n’est rien.
Bien sûr la France, toujours en retard d’une guerre, a copié servilement : on demande désormais à l’enfant quel est son « projet professionnel ».
L’homme doit être un citoyen. Et être un citoyen, c’est être capable de contrôler ce qui se passe dans la société, et donc de le comprendre. C’est apprendre à utiliser sa « raison » auraient dit Kant et les philosophes des Lumières. Je soupçonne que c’était le projet initial de l’Education nationale…
Compléments :
- Récemment des économistes respectables ont essayé d’utiliser les guerres napoléoniennes pour montrer qu’imposer une réforme en force était une bonne chose. Dommage qu’ils n’aient étudié ni l’histoire, ni la sociologie. How imposed institutional reforms can work.
- Sur l’utopie de base de l’économie, la rationalité individuelle, comme cause de la crise actuelle : Irrationalité du marché.
- Kant / Scruton, Le contrat social / Rousseau.
Idée d’Europe au XXème siècle
- Autres réflexions sur le sujet : L’Europe difficile.
Pour une société de parasites ?
Affrontement entre Dick Cheney et Barak Obama. Le premier défend la torture, qui a permis de sauver des vies américaines. Le second affirme que l’on ne transige pas avec la morale.
Que fait un Dick Cheney ? Ce qui lui semble bien, sans souci des lois. Pourquoi s’en soucierait-il puisqu’il sait qu’il a raison. Que se passe-t-il alors ? Un homme décide du sort de ses semblables, selon son bon vouloir. C’est la définition du totalitarisme. Son comportement nie le libre arbitre humain.
Et s’il avait raison ? Que va-t-on dire alors à la république bananière qui torture ses opposants ? Crime contre l’humanité ? Elle vous répondra qu’elle ne voit pas MM.Bush et Cheney dans le box des accusés. Vous lui répondrez que la loi du plus fort est la meilleure et que vous êtes le plus fort. Mais le serez-vous demain ?
Ne pas obéir aux lois n’est pas seulement opposé à notre intérêt, c’est aussi la faillite de l’intellect. N’y a-t-il que la torture pour démasquer les menées contre la sûreté de l’état ? D’ailleurs, avoir recours à la torture n’empêche-t-il pas la police de rechercher des moyens plus efficaces de nous protéger ?
Mais toutes les lois sont-elles justes ? Notre gouvernement légifère à tour de bras. Avec raison ?
Il légifère sous la pression populaire. Une enseignante est agressée, on condamne la jeunesse. Vox populi vox dei ? Bizarrement, il y a beaucoup de gens qui tuent et qui ne sont condamnés à rien. Pourquoi ? Crime passionnel, légitime défense, ou simplement doute. La différence entre le jugement du peuple et ces condamnations c’est la justice. Comment pouvons-nous condamner la jeunesse sans entendre au moins ses avocats ? Ce que notre gouvernement attaque, c’est l’état de droit.
Malheureusement, il a beaucoup de complices. À commencer par ceux qui sont les premiers à le condamner. Car, à l’image d’Obama, nous sommes tous victimes de « l’éthique des valeurs », il existe des principes saints (« égalité »), qui une fois brandis valent condamnation sans appel. Les journaux, les intellectuels… refusent le débat, ils savent. Or, la démocratie, c’est le débat. C’est lui qui produit la « volonté générale », qui, a son tour, produit des lois « justes ».
S’il y a quelque chose à reprocher à notre gouvernement, c’est, paradoxalement, sa cohérence. Toutes ses lois vont dans la même direction : la concurrence de l’homme avec l’homme. C’est nier le principe même de la société, qui est la solidarité. Le résultat d’une telle politique est étudié par les théories économiques (ce qui leur a valu le nom de « the dismal science » soit, approximativement, « la science déprimante »). C’est un monde de pénurie, c’est l’exclusion, c’est une société de classes. Surtout, ce monde de parasites traversé par les crises suscitées par l’aléa moral est extrêmement fragile face aux agressions externes, il est peu durable.
Le plus affligeant dans cette histoire est que je ne fais que reprendre l’argumentation des Lumières sur laquelle notre société est supposée avoir été bâtie. Pourquoi ignorons-nous la pensée de nos pères fondateurs ? Pourquoi des juristes n’ont-ils pas la moindre idée de l’esprit de nos lois ? Mais qu’est-il arrivé à l’éducation nationale ?
Compléments :
- Sur les Lumières : Kant (raison pratique) et Rousseau.
- Sur l’organisation d’un monde d’individualistes : The Logic of Collective Action.
Le contrat social
- Kant pour les nuls.
- Durkheim : Religion et changement
- SMITH, Adam, KRUEGER, Alan B, CANNAN, Edwin, The Wealth of Nations: Adam Smith ; Introduction by Alan B. Krueger ; Edited, With Notes and Marginal Summary, by Edwin Cannan, Bantam Classics, 2003.
- Apologie de l’inégalité par le spameur républicain : Propagande américaine.
- L’économie n’est pas une science.
Changement : textes de référence
On me demande des références sur le sujet du changement, pour une thèse. Quelques idées reflétant l’état actuel de mes connaissances.
Tout d’abord la recherche anglo-saxonne, telle qu’on l’enseigne en MBA :
- la science des organisations utilisée par le consultant anglo-saxon descend directement du management scientifique de Taylor.
- courant issu des sciences humaines, illustré par John Kotter (Leading change).
- une tendance minoritaire provient de la systémique, tendance ingénieur, travaux de Jay Forrester régénérés par Peter Senge (The 5th discipline).
- On parle aussi de la théorie de la complexité, une redécouverte de la sociologie par les sciences dures. Institut de Santa Fé.
En plus solide :
- Toujours dans le domaine américain : Edgar Schein a appliqué les sciences humaines à l’organisation (voir Corporate culture et Process consultation).
- Voir la théorie des organisations de l’économiste Herbert Simon et de James March.
- Le sociologue Merton me semble aussi très important.
- Plus généralement, la sociologie des origines, et surtout l’ethnologie, donne des outils utiles pour comprendre la société actuelle et ce qui la met en mouvement. La sociologie étant l’invention principale de la science allemande, il faut regarder du côté de Kant et Hegel en premier, des sociologues ensuite – Weber, etc., les économistes pas loin derrière, – List, Schumpeter…
- Pour comprendre la culture française, Montesquieu, Tocqueville, Crozier et d’Iribarne me semblent utiles.
- La conduite du changement en Chine: le Discours de la Tortue parle du livre des changements, fondement de la pensée chinoise. Je ne suis pas un grand expert de la Chine, mais je pense que pour comprendre sa pensée, il faut se familiariser avec son histoire et sa littérature: voir par exemple le livre de Jacques Gernet et le roman des 3 royaumes.
Pour plus de détails sur ce qui précède, faire des recherches par mots clés dans ce blog, ou lire Conduire le changement: transformer les organisations, sans bouleverser les hommes, j’y ai utilisé ces travaux pour résoudre les problèmes de changement quotidiens.
Chine et Kant
Vente d’une collection appartenant à Yves Saint-Laurent et Pierre Berger, et mécontentement chinois.
La Chine réclame la restitution de deux pièces prises lors d’une guerre, vers 1850.
L’affaire a été jugée par un tribunal français. Mais ça n’apaise pas la Chine. Veut-elle faire de la publicité à son pouvoir de nuisance ? (Le Chinois ne comprend que la force, La Chine ne nous aime pas.)
Cela m’a fait penser à une suggestion de Kant. Pourquoi, lorsque nous trouvons meilleures nos idées que les lois, ne nous demandons nous pas ce que ces idées deviendraient généralisées en loi ?
Qu’est-ce qui appartient au patrimoine d’un pays ? Quand est-il légal ou non de le lui prendre ? Faut-il condamner les descendants de ceux qui ont gagné des guerres, pour ce qu’ont fait leurs prédécesseurs ? Y a-t-il une nation qui ne soit pas coupable ?
